Archives de catégorie : Tour du monde – 9 – Retour au Moyen-Orient

Tour du monde – 9 – Retour au Moyen-Orient

La société cairote

23 Juillet 2011

Mon avion atterit sur le tarmac de l’aéroport du Caire. Retour au Moyen-Orient et retour définitif dans l’hémisphere Nord.
Il est 6h du matin, ce fut encore une courte nuit.

Je change mes dollars américains contre des livres égyptiennes puis j’achete un visa au guichet d’a coté.
Une fois la douane franchit, je me rends au niveau de la restitution des bagages.
Mon sac est bien la. En l’empoignant, je constate qu’il a été fouillé soit par le personnel de l’aéroport de Johannesbourg, soit par celui du Caire.
Ils ont bien pris le soin de refermer chaque poche, mais il reste toujours 1cm de fermeture éclair non-ferméees. Ca se voit tout de suite, je ferme toujours les poches entierement.

On m’a volé un sac qui contenait mes chargeurs et adaptateurs électriques ! Pour le chargeur de piles, ca peut se racheter ; pour les adaptateurs, je n’en ai plus besoin, les prises sont désormais les memes ici qu’en France.
Par contre, ce qui me pose le plus de probleme, c’est mon chargeur de camescope. Il me semble que l’embout est assez répandu, mais je vais encore bien m’amuser pour dénicher le meme dans l’immense ville du Caire.
Les voleurs ont aussi ouvert ma boite de cassettes contenant les films DV : tout ce que j’ai filmé depuis Panama… et bien ils n’ont rien pris… ouf… tout y est…
Je ne sais pas quoi en faire de ces cassettes ; soit je les garde dans mon sac, soit je les envois par la Poste. Mais plus je les accumule, plus je crains de les envoyer pour qu’elles risquent de se perdre… Allez, on les garde jusqu’au bout. Elles sont uniques, elles n’ont pas de prix !
Du coup, pour ce vol, je m’estime plutot chanceux dans mon malheur.

Je suis dans le hall de l’aéroport et c’est parti : les chauffeurs de taxi m’alpaguent, me propose des prix. 80 a 100 livres égyptiennes en moyenne. C’est un peu trop cher. Je refuse plusieurs fois avant qu’un type me demande combien je veux mettre dans la course jusqu’au Downtown.
Je lui réponds :
– « Tout le monde me propose 100 ou 80 mais c’est trop cher »
– « Combien alors »
– « 50 »
– « Ok 50, c’est bon suivez-moi »

Il m’amene vers son collegue dans une voiture qui n’a pas vraiment l’air d’etre un taxi. Mais je suis trop fatigué pour réfléchir ; et 50, c’est plutot un bon prix.
Ils sont tous les 2 a l’avant. J’ai maintenant la certitude que ce n’est pas un taxi.

Je traverse une partie de la ville. 12 kms sépare l’aéroport de l’hostel que je n’ai pas booké. Mais vu la situation politique du pays, je ne devrais pas avoir de probleme pour obtenir un lit.

Ils ont du mal a trouver l’endroit précis. Je leur dit que c’est juste a coté de la station de métro Mubarak… oups… j’ai dit le mot qui fache ? Pas de réaction.
Ils m’arretent finalement en face de l’hostel apres avoir interrogé les passants. Je suis rue Emad Al-Din et je leur tend un billet de 100 en attendant mes 50 en retour.
Il me dit :
–  » Non, c’est 50 euros »
– « !!! »

Alors celle-la, on me l’avait encore jamais faite !
Parce que je n’ai jamais mentionné le mot « pound », ils me répondent « euro ».
12 kms pour 50 euros, ils se croient ou, en Australie ? Ca ferait plus de 350 livres…
Je commence a les engueuler. Si j’en prends un pour en frapper l’autre, 15 autres vont rappliquer ; il y a quelques personnes dans la rue. Mais je vous assure, c’est tentant !

Les esprits s’échauffent. Je leur dis de garder le billet de 100 et basta. Je pars vers l’hostel avec mon sac. Bande de c******* !!!
Alors que le tourisme est en chute libre dans la région, certains continuent d’arnaquer les nouveaux visiteurs. A partir de maintenant c’est la guerre !
Meme en Inde ou dans le reste du continent asiatique, on ne m’avait jamais fait ce coup-la.
En conséquence, vous pensez bien que j’arrive avec une tres mauvaise impression de l’Egypte ! Je suis dégouté des le départ.

J’entre au guichet de l’hostel. Le réceptionniste me donne une grande chambre avec 4 lits.
Je lui dis :
– « Je suis tout seul dedans ? »
– « Oui, c’est tout pour vous »
Effectivement, il n’y a pas grand monde. J’ai croisé 2 étrangers dans l’hostel.
Néanmoins, tout seul, j’ai la chance d’etre au calme apres ces dernieres courtes nuits passées dans les aéroports et les avions.

Il est 8h, je m’endors jusqu’en fin de matinée. Au réveil, j’interroge le réceptionniste pour savoir s’il connait une boutique de connectique.
Il me dit de me rendre rue Shierrif, a 2 pas de l’hostel, qui pululle de magasins d’appareils électriques et d’électroniques.
Sans grande difficulté, je retrouve un chargeur de pile et un autre chargeur correspondant précisément a mon camescope. Le tout, avec des prises électriques identiques a celles de l’Europe.
Dans la meme rue, je trouve meme le livre de voyage en anglais qui me manquait pour la suite de mon parcours.
Que j’aime lorsque les situations s’arrangent aussi facilement et aussi rapidemment…

Tout cela me fait regagner confiance. J’ai eu affaire a des vendeurs aimables. Et les prix des articles étaient fixes. Je décide donc de faire la part des choses entre les bons et les mauvais égyptiens. Faisons preuve d’un peu de discernement.

La ville du Caire est immense, pourtant, on se repere plutot aisément.
Les rues des villes sont pour la plupart bruyantes, mais pas si détestable a sillonner. Je les croyais plus agressif au niveau des ventes mais il est peu fréquent qu’ils forcent la main pour entrer dans leur magasin ou pour jeter un coup d’oeil sur leur étalages (en ce qui concerne les nombreux vendeurs ambulants des trottoirs).

Comme en Turquie et en Indonésie, j’entends a nouveau le muezzin et on prend le thé a n’importe quelle heure de la journée.
En revanche, pour la 1ere fois dans ce tour du monde, je suis dans un pays arabe. D’ailleurs au passage, ne dites jamais aux turcs qu’ils sont un peuple arabe, ils détestent l’amalgame. Les turcs sont des turcs, c’est tout !

Lorsque les égyptiens parlent, on a un peu l’impression qu’ils s’engueulent. Mais pas du tout ! Ils discutent et avec le sourire.
Impossible pour moi de déchiffrer quoique ce soit sur les enseignes et les panneaux.
Les chiffres arabes ? A part le « 1 » et le « 9 », il n’y a pas d’autres ressemblances avec « nos » chiffres arabes. Leur « 4 » est un « 3 retourné », le « 5 » est un « 0 », le « 7 » est un « V » et le « 8 » un « V retourné ». Plus de faux-amis que de correspondances…

Mon retour dans l’hémisphere Nord marque également le retour de la chaleur. Il fait 32 degres. Mais ca n’a rien a voir avec la chaleur tropicale du Nord de l’Amérique latine. C’est supportable mais mieux vaut ne pas trop courir…

Ma rue
 
Le Caire est surnomée "la ville aux 1000 minarets". Pour le profane, un minaret, c'est ce qu'on voit au loin
 
Je voudrais passer l’apres-midi tranquille et pour ca, j’ai prévu de me rendre au Musée Egyptien, qu’on appelle simplement en Europe « Musée du Caire ».
Un petit kilometre a parcourir a pied jusqu’a un rond-point ou j’interroge un couple de touristes (des touristes, j’en ai vraiment pas vu des masses).
 
Ils me disent d’empreinter cette rue pour éviter la Place Tahrir. Je leur réponds :
– « Parce que c’est par la-bas la Place Tahrir ?
– « Oui, ils demandent les passeports aux étrangers. Tu peux y aller si tu veux, c’est pas interdit ; mais tu n’es pas non plus forcément le bienvenu »
 
Je les remercie et pars dans l’autre rue pour éviter la Place que j’apercois de loin : elle est a 300m du Musée du Caire.
Entre l’Histoire et l’Actualité, j’ai fait mon choix.
 
Le Musée du Caire
 
Les photos sont interdites a l’intérieur.
 
Quelques pieces du musée dans le jardin extérieur...
 
 
... pour consoler
 
Ce musée est incontournable, et contient plus de 100000 pieces, bijoux, sarcophages… Si on passait une minute sur chacune, il faudrait 9 mois pour tout voir !
Le musée n’est pas immense mais il a un charme fou. Seulement 1 piece sur 5 est protégée, sous vitrine. Pour le reste, on passe entre les statues, on frole les tombeaux gravés de hiéroglyphes datant de l’antiquité égyptienne. Akhenaton, Nefertiti, Ramses, Toutankamon… L’ere des pharaons a duré des millénaires.
Tout ce qui a été retrouvé s’est accumulé dans ce musée, lorsqu’il n’a pas été volé par les vagues successives des conquérants ou les pilleurs égyptiens.
 
On ressort du musée et c’est a nouveau le Caire en ébullition, autant par la chaleur que dans les manifestations. J’apprends ce soir que le mouvement s’est déplacé devant le Ministere de la Défense. L’Armée, ayant bénéficié d’un large soutien populaire, est désormais critiquée pour sa lenteur dans la mise en oeuvre des réformes annoncée, et pour maintenir encore des pratiques répressives datant de l’ere Moubarak.
Le Maréchal des forces armées égyptiennes, qui tient a lui seul le pays, a rassuré les contestataires, renouvellant son engagement en faveur de la Démocratie.
 
Aujourd’hui correspond également pour les égyptiens a la fête de la révolution qui conduisit, dans la nuit du 22 au 23 juillet 1952, à la chute du roi Farouk 1er.
Tout cela n’a pas empeché un tres mauvais bilan pour aujourd’hui : 230 blessés devant le ministere de la Défense…
En fin d’apres-midi, les manifestants ont regagnés la Place Tahrir qu’ils occupent depuis maitenant 15 jours.
De mon coté, je n’ai rien vu de tout ca.
La nuit tombe, je rentre a l’hostel.
 
24 Juillet 2011
 
Creme solaire, lunette et couvre-chef. Aujourd’hui, on part en direction de la station des bus. Elle est située sous une bretelle mais c’est tres mal indiqué. J’interroge plusieurs personnes. Le bus que je prends est tout neuf, mais la grande majorité ne sont pas en tres bon état… et pas tres propre non plus, a l’image du Caire.
Pour une livre égyptienne, le bus m’amene dans la ville de Gizeh, a quelques kilometres du Caire. On a pas vraiment l’impression d’avoir quitté le Caire, et on appréhende Gizeh comme étant plutot la banlieue de la capitale.
Un des passagers me demande si je vais aux pyramides, et me dit de descendre alors a cet arret. Effectivement, c’est bien la ; un bout de la pyramide de Khufu (Cheops) dépasse des immeubles…
 
On m’avait déja dit que les pyramides se trouvaient en plein milieu de Gizeh, qui s’est construite tout autour du site a vitesse grand « V ».
A l’entrée, je donne mon ticket pour le faire valider. On doit passer par les détecteurs ; comme pour le Musée du Caire, c’est systématique. Le vigile donne alors mon ticket composté a un autre type qui me demande de le suivre.
Je lui dis alors :
– « Rends-moi ce ticket »
– « Mais c’est pour vous aider »
– « Donne-moi ce ticket »
Il allait m’emmener vers un chameau et me proposer un tour. Or, j’ai décidé de tout faire a pied. Je vous connais par coeur les cocos…
 
Ce que je trouve abérrant, c’est le nombre pas croyables de vendeurs ambulants a l’entrée. Contrairement a ceux des rues du Caire, ils font preuve de beaucoup d’insistance dans leur tentative de vente, vivant intégralement du tourisme.
Et des touristes, en ce moment, il y en a tres peu. La preuve, je n’ai pas fait la queue a la billeterie, alors qu’en temps normal, mieux vaut s’y rendre le plus tot possible.
On croit pour autant etre tranquille a l’intérieur du site, mais au final, on ne l’est pas puisque les vendeurs ambulants fourmillent aussi dans tout le site. Sans parler de tout ceux qui cherchent a te vendre un tour en chameau. En veux-tu, en voila !
 
Progressons…
 
Le Sphinx, qu'on ne présente plus ! Derriere, la Pyramide de Khafre (Chephren), la 2nde plus vaste des 3 principales
 
Pour s’extraire de cette jungle oppressante que forment les vendeurs, il faut donc sortir des routes bitumées pour s’enfoncer dans la partie désertique, la ou personne ne met les pieds en temps normal. Autant prendre beaucoup d’eau, il fait chaud aujourd’hui.
 
Toujours la Pyramide de Khafre (Chephren) a gauche et celle de Menkaure (Mycerinus) a droite. De ce coté, rien a dire quant a la vue...
 
Mais de l’autre coté, lorsqu’on tourne son regard sur la plus vaste des 3, la Pyramide de Khufu (Cheops)…
 
... on a droit au chaos urbain de Gizeh en arriere-plan !
 
Je retrouve la route bitumée pour rentrer. Sur les bas-cotés, c’est sale. Pas autant que le site de Fatepur Sikri en Inde, mais c’est plein de déchets en tout genre. Le plateau de Gizeh est mal entretenu, ca se voit…
 
A nouveau, on me demande : « Camel ride ? Camel ride ? ». Et meme si tu dis « non » une premiere fois, ils argumentent. Tu répetes « non » 2, 3 ou 4 fois avant qu’ils te lachent ; et ca, une vingtaine de fois durant la balade. Ca devient vite insupportable. A la fin, tu ne dis plus rien. Meme pas un signe de tete, tu les ignores complétement.
Un vendeur me crie : « water ! »
Je lui demande combien il vend sa bouteille d’eau :
– « C’est comme tu veux »
Ca, c’est leur phrase sympas avant qu’ils augmentent systematiquement ton tarif  par rapport a ta 1ere offre. Je lui dis alors :
– « Je veux un prix fixe »
– « Dis-le moi »
– « 3 pounds »
– « Non, 5 »
– « Au revoir »
– « Attends, ok, 4 »
– « Bye bye »
– « C’est bon, 3… »
Un homme en chameau passe a coté au meme instant et me dit :
– « Ce n’est qu’un pauvre homme qui travaille dans le désert »
Je lui réponds :
– « C’est pas le désert, c’est Gizeh ! »
On est encerclé par la ville et meme a l’endroit le plus reculé que je sois allé dans le site, on entend toujours les klaxons. Je vais certainement pas m’attendrir pour un arnaqueur dans un lieu touristique.
Je lui donne un billet de 5 et me tend une seule piece de 1 pound, en me répondant :
– « No money » en fouillant tres succinctement ses poches
-« Alors tu reprends ta piece, je reprends mon billet et… »
– « Attends… »
Ca y est, une piece est apparue dans sa poche comme par magie !!!
Non, je n’ai définitivement aucun remord a avoir payé une bouteille d’eau au prix de la rue. Culturel ou pas, c’est insupportable ce genre de gens qui tentent de t’avoit jusqu’au bout de la transaction. Des pratiques pareilles, ca ne devrait pas exister, et surtout pas dans des lieux touristiques ou l’ont est censé profiter de la magie du lieu.
Et ne me reprochez pas de ne pas etre comprehensif sur les gens qui vivent du tourisme : il y avait autant de vendeurs ambulants sur le site de Teotihuacan au Mexique, mais contrairement a Gizeh, un simple « non » de la part du touriste, et ils n’insistaient pas. Idem pour toute la Thailande.
J’ai vu les autres touristes present sur Gizeh tout aussi a bout de nerf que moi a cause de ca.
Quand je parle de harcelement, c’est qu’il n’y a pas d’autres mots pour caracteriser ce genre de pratiques !
D’ailleurs, les pyramides dans tout ca ? Occultées… occultées a cause de tout ces éléments perturbateurs…
 
Je suis resté 3h sous 36 degres… Je ressors en longeant le site par une rue et je prends la photo qu’aucun éditeur de livre de voyage n’oserait insérer dans un de leur article :
 
C'est une belle vue pour les citadins, mais coté pyramide, le paysage est bel et bien gaché
 
Je retourne a l’hostel par un autre bus pour moins d’un pound.
Je n’ai pas vraiment apprecié cette excursion, meme si les pyramides en elle-memes sont superbes.
Trop de choses m’ont déplus. Et meme si on enleve les vendeurs, il reste Gizeh, tout autour, qui nous empeche de replonger dans le passé (et la sereinité) comme on le peut sur les sites du Machu Picchu, d’Ayers Rock, dans le désert namibien, la Cappadoce, au sommet du Pain de Sucre a Rio et meme au Taj Mahal (du monde, mais pas de vendeurs a la sauvette a l’interieur et c’est tres propre) !
Pour les Pyramides de Gizeh, on n’est « pas dedans » voila tout.
 
Faites-moi penser a mon retour de dresser une liste des sites agréables a visiter et de ceux a visiter… tres vite !
Je classe les Pyramides de Gizeh comme étant le 2nd site le plus honteux classé par l’Unesco (la médaille d’or revient toujours a Fatepur Sikri) que j’ai pu voir.
 
Ma politique pour un retour a de vraies valeurs touristiques sur le site de Gizeh :
– Les vendeurs ambulants tous a l’entrée, et on pratique les prix fixes.
– Les vendeurs d’eau, a des endroits précis dans le site. On limite le nombre a 1 par pyramide. Et prix fixe aussi, bien entendu !
– Les vendeurs de tour en chameau ou en caleche, tous en file indienne, comme les taxis dans les villes ; et tous regroupés a l’entrée du site, sans exception. Si on a besoin d’eux, on viendra les sonner.
– Balayage et ramassage des déchets. On se croirait dans les rues du Caire !
– Pour le bruit de la ville de Gizeh tout autour, le casque audio-guidé peut etre une bonne solution. Pour la vue de la ville… la, je n’ai pas d’idée, mais le casque audio peut vraiment faire oublier sa présence, le temps de la visite.
 
Le prix du billet est de 8 euros environ, je serais pret a payer 13 ou 14 euros pour admirer un site de bien meilleure qualité par rapport a ce que j’ai pu voir. Voila pour le coup de gueule… et les propositions d’aménagement de l’espace touristique !
Je me porte candidat pour les prochaines élections au titre de Conservateur du site de Gizeh. Qui vote pour moi ?…
 
25 Juillet 2011
 
Je ne suis pas sur de vouloir poursuivre ma route dans les sites touristiques du sud du pays, qui fourmillent de vendeurs d’autant plus « insistants » que la fréquentation touristique est en forte baisse.
On est finalement plus tranquille dans les rues du Caire, loin des lieux connus.
 
Il fait chaud, ca me rend fainéant pour sortir ce matin. Pour le moment, a vrai dire, je suis en train de regarder tourner le ventilateur du plafond. Et puis hier, les Pyramides de Gizeh m’ont un peu « refroidis »…
 
Je dois prendre une décision sur la suite de mon voyage. Et je le fais vers midi, au coin de la rue, a l’intérieur d’un café-resto tres agréable, avec des serveurs sympathiques. On y passe de la musique locale : Une flute qui siffle comme de rapides battements d’aile, un violon trainant sur chaque note, un carillon et un tambour en fond, discret ; et un interprete chantant sur un air reveur mais décidé. On est en immersion jusqu’au dernier accord.
J’apprécie ce quartier. Ca klaxonne, c’est pas tres propre mais c’est vivant sans etre oppressant. Les gens sont calmes d’apparence, ce qui contraste avec la circulation frénétique. Un vrai challenge a chaque fois qu’on doit traverser la route !
Au meme titre que le Pahar Ganj de Delhi, c’est le genre de quartier dont on apprécie les défauts.
 
J’avais l’intention de quitter le Caire aujourd’hui, mais j’ai eu la flemme de partir a cause de la chaleur.
Je réfléchis tranquillement dans le café-resto climatisé pendant que les heures défilent. On ne tient pas longtemps dehors : 32 avant-hier, 36 hier, on en est a 37 degres aujourd’hui. ! C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas envie de descendre plus dans le sud de l’Egypte.
 
Je rentre a l’hostel, abattu par la chaleur, avant de me décider a vous écrire ces quelques lignes, dans le salon, en transpirant sous la faible puissance du ventilateur du plafond.
C’est décidé, demain, on part a l’Est.
 
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !
 

Sinaï

25 Juilet 2011 (suite et fin)

Je demande au réceptionniste comment rejoindre le Monastere de St-Catherine, a l’Est du pays. Il existe un bus direct mais je voudrais etre sur de l’horaire.
Il me dit alors qu’il vaut mieux aller directement a la station prendre le ticket en préision pour demain. Lui et son frere travaillent dans l’hostel.
Il est plus de 23h, ils viennent de finir leur travail et souhaitent rentrer en voiture pour rejoindre leur quartier.
Ils me proposent alors de monter dans leur véhicule pour me déposer juste devant la station.
J’accepte en les remerciant. Il précise que demain, il faudra empreinter une autre route a pied que la leur.
Il fait encore tres chaud. L’un des 2 me réponds : « Cette année, ca va, il fait bon, (37 degres aujourd’hui !!!) normalement, c’est pire ».
Sur le ton de la plaisanterie, il ajoute : « Ca, c’est parce que Moubarak n’est plus la ».

La station est seulement a 10min a pied, mais en voiture, c’est a plus de d’1/2h. Nous sommes coincés dans un carrefour a cause du trafic. Il est 23h30.

L’un des 2 freres parlent tres bien francais. Il a vécu 5 ans en Normandie.
Il me dit alors :
– « En France, c’est pas comme ca a cette heure »
– « Non, meme a Paris, il n’y a pas autant de monde, mais a Paris, c’est la moitié de la population par rapport au Caire »
Il retorque :
– « Ca depend, c’est comme ca l’Egypte : aujourd’hui a 14h, il n’y avait personne ; et hier a 14h, il y avait plein de monde au meme endroit »
– « Mais pourquoi a 23h il y a encore des bouchons »
– « C’est parce que les gens rentrent chez eux, et beaucoup habitent dans le meme quartier »
– « C’est la fin de la journée de travail ? »
– « Pas forcément, y’a pas d’horaire comme en France, on travaille autant qu’on veut, a l’heure qu’on veut »

Ca klaxonne dans tous les sens. La route est tellement bouchée que les motocyclistes empreintent les trottoirs. La plupart possede de superbes (vieilles) Vespa.
On finit par s’en sortir. Ils me déposent devant la station. L’un des 2 me dit :
– « C’est bon, tu sais ou est l’hostel ? »
–  » Oui, c’est dans cette direction »
– « Oui, c’est gauche, droite puis encore gauche »
– « Hum… (il fait nuit, je vais me planter, c’est sur) »
– « Sinon tu connais le nom de la rue pour demander »
– « Oui c’est Al- Di… El-Dir… »
– « Emad El-Din »
– « Ouai »

Rien a voir avec ma prononciation…
Je pars acheter mon billet puis je rentre a l’hostel, en pleine nuit.
Absolument aucun danger dans les rues du Caire. C’est simple, les capitales ou je me suis senti le plus en sécurité sont toutes celles de pays a majorité musulmanes : Istanbul, Kuala Lumpur et Jakarta. Le Caire ne déroge pas a la regle.

Finalement, je retrouve ma route assez facilement, grace a des points de reperes : enseignes en francais (beaucoup), travaux de voieries et minarets.

Aujourd’hui marque le jour des 6 mois depuis le début des revendications, commencées le 25 Janvier dernier.

De ce 25 Janvier au 11 fevrier dernier, on a vu des images saisissantes ; les photographes s’en sont donnés a coeur joie pour capturer les slogans des manifestants lors de ces 18 jours : « Moubarak dégage » a t-on pu lire le plus souvent sur les panneaux car elle était a l’epoque la principale revendication. Plus original :  » Je suis ingénieur agricole et je suis venu pour arracher Moubarak par ses racines ». Plus fort : « J’avais peur, je suis devenu un égyptien » ou encore le poignant « Pars, ma femme me manque », le tout porté par des visages qui en donnent toute leur force. Il aura fallut 18 jours avant que Moubarak se décide a partir. Et maintenant…
Pourquoi sont-ils toujours Place Tahrir ? :
Les principales revendications des révolutionnaires sont :
– Limoger le gouvernement en place qualifié de contre-révolutionnaires qui contient encore des ministres de l’ancien régime
– Redonner le pouvoir aux civils et préparer de nouvelles élections
– Organiser des proces aux hommes responsables de la mort de révolutionnaires avec a leur tete, le président dechu
– Supprimer le jugement de civils devant la cour militaire
– Accélérer l’épuration de la police et la débarasser des éléments corrompus
– Annuler les lois qui criminalisent les manifestations
– Constituer un fond d’assistance a l’économie nationale
Ces informations, je les ai eu grace a un journal local traduit en francais : l’Hebdo Al-Ahram (citons quand meme la source). Pour toutes ces raisons, les sit-in et les manifestations de la Place Tahrir vont encore durer un bon moment…

Dans la foulée, j’apprends dans le journal (rubrique internationale) que Salvador Allende, apres autopsie, n’a pas été assassiné comme certains le prétendait. Il s’est bien donné la mort le 11 septembre 1973 (cf : Dictature et politique a Santiago). Et oui, on reste connecté meme avec les anciens pays traversés !

26 Janvier 2011

Je pars a pied vers la station. C’est encore les bouchons, et déja une chaleur…
Je quitte le Caire a 11h ce matin dans un bus ponctuel en direction de la Péninsule du Sinai. Je suis le seul étranger a bord.
A l’intérieur, du jeune habillé a la mode au vieillard aux vetements traditionnels. Les femmes sont soit a la mode elles-aussi, soit voilées, soit voilées… integralement.
Quelques jeunes recrues de l’armée se rendent aussi dans le Sinai. Les check-points sont partout…

S’extraire du Caire a pris du temps mais nous voici sur la route.
Je m’endors.
Au réveil, me voila a Suez pour un court arret. A ma droite, j’apercois la mer Rouge. Je me rendors a nouveau avant de me réveiller dans le Sinaï, devant un paysage aride : un désert surmonté de collines rocailleuses de la meme couleur que la terre.

J’arrive en pleine nuit a Al-Milga, le village le plus proche du Monastere Sainte-Catherine. L’hostel est a 2,5kms de l’arret de bus. C’est tout droit, allons-y a pied.
Je dépose mes affaires dans la chambre vetuste avant  me rendre a nouveau au centre de la ville, pour entrer dans un petit restaurant. Il fait tres doux a présent. Personne ne se trouve a l’intérieur ; tout le monde a préferé rester dehors.
On joue aux dominos en fumant le narguilet sous cette nuit etoilée, loin de la tumultueuse ville du Caire. Les égyptiens fument beaucoup. Peut-etre pour compenser : pas d’alcool pour les musulmans.
2 personnes s’approchent de moi. Surement un pere et son fils, habillés tous les 2 en tenue traditionnelle. Ils sont souriants.
Le pere ne parle pas anglais. C’est le fils qui fait la traduction :
– « Salam aleikum »
– « 
Maleik… sala…….hello !  »
– « Etes-vous musulman ? »
– « Non »
– « Quelle est votre religion ? »
– « Je n’en ai pas »
– « Vous n’en avez pas ? » sur le ton de l’étonnement
– « En quoi croyez-vous ? »
La, j’ai failli répondre « en moi, et c’est déja pas mal quand on a décidé de faire un tour du monde », mais j’ai préféré dire :
– « Rien »
– « Jamais vous ne vous posez des questions sur qui a crée le monde ? »
Le pere poursuit :
– « Il y a un Dieu dans ce monde. Allah nous a tout donné »

Et c’est tout… Ils m’ont parlé calmement pour ces quelques phrases avant de me serrer la main et de s’en aller lentement. Je pensais qu’ils serais plus insistants, mais ils estiment avoir dit l’essentiel, et en toute sereinité. Peut-etre espérait-il que je sois musulman. Va savoir…

27 Juillet 2011

Je n’arrive pas a dormir. Hier, j’ai demandé au réceptionniste si il etait possible d’obtenir un ventilateur, il m’a répondu :
– « Non, mon ami, il fait froid la nuit »
Certes, on est a 1500m d’altitude, mais ca ne se ressent pas tellement durant la nuit.

Il est 5h du matin et j’étouffe a l’intérieur de cette chambre. Je dois aller faire un tour dans la « fraicheur » matinale : 25 degres…
Je n’avais absolument rien vu hier soir, mais je suis au beau milieu d’une terre entourée de montagne aride. Le décor est superbe.
J’escalde un peu pour prendre en photo l’hostel, qui est plus un campement-ferme avec quelques chambres a disposition :

L'hostel est en contrebas
 
Dans la colline ou je me trouve, je vois pour la 1ere fois un fenec du désert. Il aboit un peu comme un chihuahua, mais c’est juste histoire de dire « je sais aboyer » avant qu’il ne détalle – peureux comme il est – des que je tente la moindre approche.
 
Je retourne a l’hostel et j’ouvre ma porte en grand, pour tenter de dormir a nouveau. Je retrouve le sommeil.
Il est 10h, le réceptionniste me dit de me dépecher si je veux voir l’intérieur du monastere : ca ferme a midi.
25 minutes a pied sous un soleil de plomb et me voici a l’intérieur. Le monastere se visite assez rapidemment d’autant plus que toutes les portes ne sont pas libres d’acces : 20 moines grecs orthodoxes y vivent toute l’année.
C’est l’un des plus anciens monasteres au monde encore en activité (milieu du Ier siecle apres JC). Le Sinaï devenant tres vite une terre arabe et profondément musulmane, ce monastere reste l’exception comme étant encore aujourd’hui le foyer du Christianisme sur toute la Péninsule.
Au passage, on appelle « coptes » les Chrétiens d’Egypte. Dans le vieux Caire, il y a tout un quartier Copte, principalement des églises orthodoxes (datant de l’époque greco-egyptienne), mais on compte aussi quelques églises coptes catholiques et coptes évangéliques.
Pour ma part, c’est la 1ere fois que j’entre dans un monastere orthodoxe. Et ca n’aura pas été en Grece.
 
D’extérieur, c’est un superbe batiment… d’intérieur aussi d’ailleurs :
 
Le Monastere Sainte-Catherine
 
On est entouré de plusieurs montagnes
 
La plus célebre, le Mont Sinaï, ou Moise recut de Dieu les 10 Commandements.
Je suis parti un peu tard de l’hostel donc aujourd’hui, on va pas faire comme Moïse, on va plutot s’attaquer a une montagne plus petite, d’ou l’on aura une belle vue.
 
On s'éloigne de plus en plus du monastere
 
Le ciel s’est couvert. L’air devient plus respirable.
Je retrouve une chose que j’apprécie toujours autant : le silence !

Et a vrai dire, le silence, je l’ai eu depuis que j’ai quitté les quelques touristes du monastere et les 2 ou 3 vendeurs ambulants a la sortie (pas trop insistants ceux-la).
Le sentier est bien fait. Un peu ardu sur la fin mais on parvient vite au sommet :
 
On apercoit encore le monastere au loin
 
Sur ma droite, le meme decor, et toujours pas un bruit !
 
Et sur ma gauche, le Mont Sinai, tout aussi ressemblant que les montagnes voisines. A l'extreme gauche de la photo, une sorte de chapelle chrétienne batie a la hate
 
Absence totale de touriste. Je n’ai croisé personne durant toute l’ascension ! Et seulement un seul touriste avec son guide durant la redescente. Je me suis vraiment senti privilegié de me balader seul dans cette immense contrée.
 
Il se met a pleuvoir un peu au moment ou j’entre dans un café-snack, proche de l’entrée du monastere. Je patiente tranquillement, en attendant l’accalmie.
Le gérant m’interroge :
– « Tu viens du Caire ? »
– « Oui »
– « Comment c’est ? »
– « Chaud »
–  » Tu etais Place Tahrir ? »
– « A 300m de la place »
– « Tu n’es pas allé dedans ? »
– « Non, je ne savais pas trop quoi faire »
– « La révolution ! » me dit-il en souriant
Je lui réponds avec le meme sourire :
– « C’est la votre, pas la mienne »
– « C’est vrai. Moi j’étais Place Tahrir »
– « Un couple m’a dit qu’ils controlent les passeports pour tous les étrangers. On est pas vraiment les bienvenus »
– « Oui mais tu n’aurais pas eu de probleme »
– « Oui je sais »
– « Si tu es israélien, tu aurais eu des problemes »
– « Pourquoi, vous avez des problemes avec les israéliens ? »
– « Oui »
– « Encore maintenant ? »
– Ecoute, ils tuent les palestiniens musulmans tous les jours. Pour moi, c’est comme s’ils tuaient mes freres »
– « Justement le couple que j’ai rencontré dans la rue, c’etait des israéliens »
– Et ils n’ont pas eu de problemes »
– « Non… je suis arrivé au Caire le jour ou il y a eu des violences au Ministere de la Défense… »
–  » Oui avec l’armée, mais ca s’est calmé maintenant »
– « Oui, ils sont tous revenus Place Tahrir. Je n’ai rien vu du tout. C’était aussi le jour de l’anniversaire de la révolution de 1952 »
– « Oui » dit-il en acquiescant avec un grand sourire, comme si on lui rappelait un bon souvenir
 
La pluie s’est arretée. Il me fait un prix pour les 2 ou 3 choses que j’ai commandé.
L’air pensif, il finit par me demander une derniere chose :
– « Et votre révolution a vous, elle était quand ?… »
 
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !
 

Lawrence d’Arabie et le Canyon du Croissant de Lune

27 Juillet 2011 (suite et fin)

Je rentre a l’hostel apres mon apres-midi de marche dans le Sinai.
Je demande alors au gérant a quelle heure part le bus demain pour ma prochaine destination : je pars a Nuweiba, au sud-est du Sinai.
Il me dit qu’il n’y a pas de bus.

Je lui réponds alors :
– « Poutant, c’est écrit sur mon livre »
– « Non, il n’y en a pas depuis longtemps. Tu dois prendre le mini-bus »
– « Mais sur mon livre ils disent que pour aller a Nuweiba, je dois changer a Dahab »
– « Crois-moi, il n’y a pas de bus. Ils ont été annulé. Je ne suis pas un menteur »
– « Je te crois. C’est combien un mini-bus ? »
– « 200 a 250 pounds »
– « C’est cher »
– « Je te le négocie a 200 »
– « Ok. Merci »

Je n’ai pas vraiment d’autres solutions : il n’y a pas de touristes dans l’hostel, donc pas de possibilités de me faire amener autrement qu’en mini-bus.
La situation politique, c’est ca le vrai probleme… Ca a annulé beaucoup de liaisons routieres plus suffisamment rentables. J’étais vraiment tranquille dans le Sinai, mais j’aurais préféré que ce soit dans un contexte différent…

Je m’installe sur la terrasse pour écrire un peu. Le gérant s’assoeit en face de moi. Ils viennent souvent vers toi, meme si ce n’est pas pour parler beaucoup :
– « Aaaaah… life is life ! » me dit-il
– « En francais, on dit : C’est la vie ! Beaucoup d’étrangers le disent dans le monde lorsqu’ils rencontrent un francais parce que c’est facile a retenir »
– « C’est la vie ? »
– « C’est la vie »
– « Alors si je vois des francais, je peux leur dire : c’est la vie »
– « Oui mais tu dois dire quelques phrases avant, sinon ca veut rien dire »
– « D’accord… C’est bon tu prends le mini-bus demain a 8h pour 200 pounds »
– « Ok… Tiens par exemple : Il n’y a pas de bus pour aller a Nuweiba demain. C’est la vie ! »

28 Juillet 2011

Je prends donc le mini-bus de Hamed Abu Mattar Taxi 10254 St-Catherine (il m’a donné sa carte). C’est un ami du gérant.
Il est 8h et il faudra 2h pour rejoindre Nuweiba.
Le paysage change a nouveau. Les chameaux en liberté occupent parfois le bord de la route. Des montagnes rocailleuses du Sinai, on passe lentement a un paysage, encore plus aride : la terre s’affine, change de couleur, les dunes venant percuter les basses montagnes aux tons ocres.

Le chaufeur trace sur une route plutot droite et en bon état. Le véhicule ne sera stoppé que 2 fois par 2 check-points successifs. Le controle de mon passeport est tres sommaire. On regarde souvent seulement la couverture : Union Européenne – République Francaise. Ca suffit…
Le chauffeur salue chaleureusement les militaires, armées d’AK-47 qu’ils tiennent comme on peut tenir un simple baton. Ils sont a chaque fois plutot jeunes et toujours souriants. Pour ce qui est de la jeunesse égyptiennes, il n’y a rien a dire : ce sont les enfants les plus éduqués et les plus polis que j’ai pu rencontré. Les petits mexicains l’étaient aussi.
Les ados ? Ah les ados… c’est autre chose… mais c’est pareil dans tous les pays… alors…

Bref, le chauffeur, sur demande des 2 militaires, les transporte au niveau du dernier check-point, a l’entrée de Nuweiba.
Nous y arrivons finalement en a peine plus d’1h. Je suis tres en avance.

Nous sommes au bord de la mer Rouge et je m’apprete dans quelques heures a traverser le Golfe d’Aqaba pour justement rejoindre la ville d’Aqaba, en Jordanie.

J’attends dans l’immense salle prévue pour les passagers. Je discute avec un jeune saoudien qui enseigne l’anglais dans son pays. Il est en voyage. Il me pose des questions simples, juste pour pouvoir discuter un peu.
Il me demande combien de langues je parle. Je lui demande a mon tour si il comprend toutes les langues arabes. Il me réponds qu’autour de son pays – Yémen, Oman, Qatar, Jordanie, Syrie, Irak… – il n’ya pas de probleme. En Egypte, ils ont un accent différent mais il comprend aussi. En revanche il a du mal a comprendre l’algérien et surtout le marocain puisqu’ils ajoutent des mots francais dans leurs phrases. Il me dit alors :
– « Si les marocains parlent lentement, je peux comprendre »

Ca doit etre l’équivalent de nos québécois…

Je filme un peu cette grande salle d’attente. Les gens circulent ou dorment, les enfants s’amusent. J’en profite aussi pour faire une sieste sur un des bancs en bois.
Il est plus de 16h, nous embarquons enfin sur un gros ferry pour 1h… normalement…

Mais le bateau a pris du retard, et j’arrive en pleine nuit – en plus du changement d’heure – a Aqaba. Je suis avec un groupe d’étrangers que j’ai rencontré sur le bateau. Britanniques, espagnol, portuguais… A la sortie du bateau, nous devons empreinter un chemin différent des égyptiens pour les formalités d’entrée.
Certains poursuivent leur route vers le Nord, a part Barry, un anglais, qui a l’intention de passer la nuit a Aqaba avant de partir demain matin a Rum, comme moi.

Il me propose de partager l’hotel pour ce soir. Pas de problemes.
J’ai pris la peine d’échanger mes livres égyptiennes contre des dinar jordaniens.
Une fois les affaires posées, nous partons en ville. De quoi a l’air Aqaba…

 

Thomas Edward Lawrence
Archéologue, écrivain, espion… T.E Lawrence accéda a la notoriété durant la 1ere Guerre Mondiale en tant qu’officier de liaison britannique durant la Grande Révolte Arabe, afin de libérer la Péninsule arabique de l’Empire Ottoman.
Il cherche principalement a convaincre les mouvements nationalistes arabes de se rassembler pour aider les intérets britanniques, en guerre contre les ottomans. Sa connaissance de la langue arabe et de sa culture seront des atouts décisifs dans ce conflit.
Sans prendre l’avis de l’Etat-major anglais, lui et les troupes arabes organisent une action contre le port stratégique d’Aqaba. Franc succes.

Aujourd’hui, Aqaba reste toujours une position stratégique car c’est le seul port de Jordanie.

Je dis a Barry que j’aimerais visiter le vieil Aqaba demain matin, avant de partir.

Il fait encore tres chaud cette nuit.

29 Juillet 2011

Aqaba, c’est aussi et surtout une station balnéaire ou tous les jordaniens se rendent pour profiter de la Mer Rouge dans leur pays ; car pour le reste, pas grand-chose a se mettre sous la dent : les ruines de la vieille-ville s’étendent sur a peine 500m carré ; le plus haut muret m’arrivant au niveau du genou.
Pas d’inscription, pas d’information sur place, RIEN !

Nous repartons en direction de l’hostel. Il est 8h du matin, les gens sont déja sur les plages :

De l’autre coté, la ville d’Eilat, en Israel. Sur la gauche de la photo, derriere l’arbre, c’est le début du Sinai en Egypte

Les frontieres tiennent dans un mouchoir de poche. 12kms au sud d’Aqaba, et c’est déja l’Arabie Saoudite.

Arrivés a la station de bus, nous apprenons qu’il n’y a pas véritablement de bus se rendant a Rum, pour la simple et bonne raison que le village se situe en plein désert. Par contre, le mini-bus s’arretera sur la voie express, et ce sera a nous de nous débrouiller pour rejoindre Rum en autostop.
Nous craignons de rester longtemps sous le soleil de plomb sans voir passer un véhicule. Finalement, proche de la station, un taxi nous propose un prix 10 fois inférieur a ceux des rabatteurs. Nous embarquons.

Le chauffeur a un ami a Wadi Rum qui pourrait nous assurer une sortie dans les alentours du village.
Rum, c’est en fait quelques maisonnettes perdues au milieu d’une vallée (« Wadi » en arabe) connue pour son caractere pittoresque, son désert de sable, ses tentes bédouins et pour avoir abrité T.E Lawrence durant l’écriture de son fameux récit auto-biographique : « les 7 Pilliers de la Sagesse ». C’est aussi dans ce désert que fut tourné le film « Lawrence d’Arabie », de David Lean.

Nous sommes invité chez Slman a prendre le thé dans sa maison. Originaire d’Arabie Saoudite, sa famille a émigré en Jordanie il y a 200 ans. Il revete d’ailleurs d’une jellaba blanche (robe longue d’une seule piece a manches longues) , d’un keffieh rouge et blanc sur sa tete (piece de tissu a carreau) retenue par une bande qu’on appelle l’akal, servant a le maintenir. A la télé, on en voit beaucoup lors des réunions de l’OPEP ! Slman en fait d’ailleurs plus ou moins allusion lorsqu’il nous dit qu’en Arabie Saoudite, l’eau vaut plus chere que le pétrole : 20litres d’essence leur coute 50 centimes d’euros ! Ca fait rever…

Nous sommes assis dans la piece principale recouverte de matelas le long du mur. Slman nous offre le thé dans de petits verres tout en nous proposant une sortie a Wadi Rum. Nous ne tardons pas avant de nous décider a faire ce qu’il nous propose, en y ajoutant une derniere sortie demain matin.

L’oncle de Slman entre dans la piece. C’est un homme simple, habillé comme Slman, qui se présente a nous avec un anglais des plus basiques… voire quasi-inexistant. C’est lui qui nous servira de chauffeur pour ce tour en 4X4. Et oui, la voiture a remplacé le chameau depuis bien longtemps ; et les bédouins, autrefois nomades, se sont pour beaucoup sédentarisés. Le petit village de Rum en compte quelques-uns. Pour le reste, quelques traditions persistent encore : on éleve toujours les chameaux, caprins et ovins ; et on offre toujours le thé aux étrangers sous les tentes traditionnelles.

Il est presque midi, sans plus tarder, nous partons en 4X4 dans le désert de Wadi Rum, qui n’est autre que l’une des portes d’entrée du grand désert d’Arabie : la plus vaste étendue de sable au monde, recouvrant la quasi-totalité de la surface de la péninsule arabique.
Le 1er arret sera la Source de Lawrence, nommée ainsi parce qu’elle fut l’un des endroits ou Lawrence d’Arabie écrivit son livre. Cette source se trouve prisonniere dans une cuve naturelle au sommet d’une montagne. Un tuyau permet de pomper l’eau jusqu’au pied. D’en haut, c’est surtout la vue qui est intéressante :

La montagne ou se trouve la Source de Lawrence
Le désert de Wadi Rum. En bas a gauche, on peut apercevoir le bassin ou la source finit sa course. L’eau est potable, mais bouillante !

On approche aujourd’hui les 40 degres. La bouteille d’eau que je tiens dans les mains durant l’ascension est désormais tout aussi bouillante.
Nous partons ensuite pour le Canyon de Khazali :

Le Canyon de Khazali. On y trouve aussi un peu de fraicheur !
Le Pont naturel de Burdah

Devant chaque site visités, il y a toujours une tente bédouin ou le tenant t’offre le thé.
Nous partons ensuite dans la Maison de Lawrence. Il est resté dans cette demeure durant la Révolte du Désert. De ca, il ne reste plus qu’un petit mur. Pas de quoi prendre une photo. En revanche, ce que l’on croise au meme moment en vaut une :

Quelques chameaux d’élevage

La derniere attraction de la journée sera un autre pont de pierre.
Pour chaque trajet, pas de route bitumée bien entendu. Ca secoue pas mal dans le véhicule.
C’est aussi ce qui fait le charme de cet authentique désert…

Le Pont naturel de Wadak…
… au milieu de ce type de montagnes

C’est aussi la que nous passerons la nuit.
Notre chauffeur nous prépare le menu du soir : riz-poulet-légume. C’est vraiment bon. 2 convives se joient a nous. Ce sont 2 allemands d’un autre tour, conduits par un chauffeur… de 15 ans ! Il fait partie de la famille de Slman et me dit qu’il conduit les 4X4 depuis qu’il a 12 ans !

La nuit arrive et nous mangeons juste en face de la tente, histoire de sentir sur nous l’air légerement frais. Notre chauffeur s’amuse a crier. Beaucoup d’écho al’intérieur de ces montagnes. Nous sommes a la lumiere d’une lampe a gaz, assis sur de fins matelas, sous le creux d’un rocher.

Nous déplacons les matelas entre 2 montagnes pour avoir une vue meilleure.
Il est 21h, nous sommes pieds nus dans le sable encore un peu chaud a regarder le ciel étoilé. Le silence est total.

30 Juillet 2011

A peine besoin de la couverture cette nuit. Une légere fraicheur entre 3h et 4h du matin, c’est tout.
Nous observons le lever de soleil en haut du Pont de Wadak. Vue splendide sur le désert.

Les 2 allemands nous quittent. Avec Barry, nous partons pour Barrah Siq, toujours dans le désert.
C’est un canyon bien plus important que Kazhali :

Et toujours ces montagnes…
… aux traits si particuliers
Plan général de Barrah Siq

L’écho est encore plus impressionnant qu’hier ; et lorsque notre chauffeur ne crie pas : le silence ! On respire encore un peu avant l’arrivée de la grosse chaleur vers 9h00…

C’était notre derniere sortie dans Wadi Rum. Nous retournons a Rum, chez Slman. Nous le remercions pour cette sortie et lui demandons la meilleure facon de rejoindre notre pochaine destination. Manque de bol, le seul bus de la journée est parti a 8h ce matin.
C’est alors le jeune chauffeur d’hier qui se propose de nous amener jusqu’a l’entrée du désert pour trouver un autre moyen de locomotion. Croyez-moi, ca fait bizarre de se faire conduire par un enfant de 15 ans. Il atteint tout juste les pédales, mais rien a dire quant a sa conduite : il roule doucement et sans a-coups dans les changements de vitesses.

Nous sommes a l’entrée du désert et les quelques personnes que l’on trouve nous disent que le taxi est le seul moyen, a l’heure actuelle, de quitter le désert.
Un chauffeur s’approche de nous. Nous faisons lentement descendre le prix jusqu’a ce qu’il atteigne un niveau raisonnable.
Et c’est parti.

A propos, une question…
Quand on pense a la Jordanie, on pense a quoi a votre avis ?
Oui, c’est la ou nous nous rendons : au Nord, dans la cité antique de Petra. C’est un passage incontournable.

Il est midi. Arrivés a l’hostel, je réfléchis un peu : j’avais pensé rester 2 nuits sur place, mais je préfere finalement n’en passer qu’une car les prix des hotels et du billets d’entrée sur le site ne sont pas donnés. Faisons quelques économies et partons directement a l’intérieur de la cité. On est la pour ca, non ?

Il faut 4 ou 5h pour avoir le temps de bien visiter, mais le site a l’avantage de fermer au public tard le soir. Barry est partant lui aussi, et prend un passe 2 jours, pour en voir un peu plus demain.

La cité est immense. Je pars de mon coté.

Cette ville possede une particularité :

Celle d’avoir été presque intégralement taillée dans la roche

Pour le moment, je me trouve encore dans l’étroit passage montagneux, le Siq : l’un des 2 seuls endroits par lequel on peut entrer a l’intérieur de la cité antique.

Le Siq est un étroit et sinueux couloir d’1,5 km – et jusqu’a 200m de profondeur – , qui ne dépasse pas une dizaine de metres de largeur

Ce décor ne vous rapelle rien ? Amis cinéphiles, nous sommes ici sur l’un des lieux de tournage du film Indiana Jones et la Derniere Croisade. Le Siq constitue d’ailleurs le décor des derniers plans du film. Si vous vous souvenez, le Graal se trouve dans le Canyon du Croissant de Lune ; mais les images du canyon dans le film ne correspondent pas avec la vallée dans laquelle je me trouve. Le Canyon du Croissant de Lune est une pure invention scénaristique. Le titre de mon article, c’est juste un petit clin d’oeil au film ! 😉

Je poursuis ma route dans le Siq.

Jusqu’a ce qu’il soit dévié au XXeme siecle, le cours d’eau Wadi Musa, qui passait a l’intérieur du Siq, assurait l’essentiel des besoins en eau de la ville.

On peut voir d’ailleurs des 2 cotés les aqueducs creusés dans la roche pour acheminer l’eau

Et voici maintenant celui que vous attendez tous :

Le Khazneh, qui apparait doucement sous nos yeux au bout de cet étroit couloir

Pour le coup, je suis vache : je décide de ne pas dévoiler le monument dans son intégralité. Il est aussi joli comme ca, que prit en photo de pleine face. Un peu de mystere… rien qu’un tout petit peu…
La encore, le Khazneh est un des décors du film, et non des moindres : a en croire Spielberg, le Graal est toujours a l’intérieur ; Indiana Jones a du pénétrer dans la caverne pour y trouver la Coupe Sacrée apres avoir passé les 3 épreuves : « le Souffle de Dieu », « le Mot de Dieu » et le « Chemin de Dieu ». Le Graal réside au fond d’une faille créee apres qu’Elsa Shneider ait franchit la Dalle Scellée, la Coupe entre les mains… Ca vous dit rien ? Et bah revoyez-le, c’est un film culte !

Sinon, a part ca, il n’y a pas l’ombre d’un Graal. En meme temps, je n’en suis pas totalement sur car l’intérieur n’est pas visitable. Ahah, mystere !

Retour a la réalité. La ville a été fondée par un peuple nomade arabe : les Nabatéens. A l’origine, leur construction étaient de simples tentes. Par la suite, les habitants se sont mis a tailler de basiques habitations dans la roche :

Au départ, ce sont de simples trous taillés dans les falaises
Sur la droite, on peut voir le théatre romain, lui aussi entierement taillé dans la roche
Grand Temple de l’époque byzantine

En contact constant avec les autres civilisations, les Nabatéens finirent par s’inspirer de l’architecture de plusieurs d’entre elles.
C’est le cas du Khazneh (« Trésor du Pharaon » en arabe) qui serait le tombeau d’un roi ou d’une reine.
Nabatéene, puis romaine, puis byzantine, la ville reste pour un temps entre les mains des Francs qui batirent plusieurs fortifications croisées.

Du théatre romain, du Grand Temple byzantin…

… et des tombeaux royaux nabatéens, il en reste quelques vestiges…

…mais les séismes successifs ont entrainés l’abandon progressif de la ville. Khazneh est le monument le plus connu du site car il est le mieux conservé… et le plus épargné par les catastrophes. Pour le reste, c’est néanmoins de superbes découvertes quelque soit l’endroit ou l’on porte le regard : le site est vaste et l’arpenter en empreintant les sentiers qui rejoignent les collines alentours, c’est une superbe balade a travers les ages.
C’est un endroit que je conseille vivement de visiter.

J’ai croisé Barry a un moment donné, il en a fait une petite partie, mais son passe lui donne le droit de revenir demain.
Pour ma part, je suis resté 4h sur le site. Le soleil a bien cogné, mais ca en valait la peine.

Je rentre a l’hotel. Barry me dit que finalement, il n’a pas envie d’y retourner demain… Je sais exactement a quel endroit il s’est arreté, il en a fait a peine la moitié.
Je lui dit qu’il rate une superbe balade dans les hauteurs, par les sentiers qui accedent aux autres sites en retrait. Il dispose d’un passe de 2 jours et ne l’a utilisé qu’1h a peine. Pour que je décide de faire la moitié d’un site classé, il faut vraiment que j’ai une bonne raison…

Ses commentaires quasi-je-m’en-foutiste sur Petra ne me plaisent pas. C’est un site antique et l’on se sent vraiment dedans lorsqu’on le parcourt. Les marchands ambulants n’étaient pas oppressants et le site est tres bien entretenu : des poubelles partout, c’est propre et les panneaux d’infos sont biens fondus dans le décor. Il n’y a rien a en redire, le site était sublime ! En plus d’etre l’un des décors de mon film d’aventure préféré. Alors ca, PAS TOUCHE !
Barry s’en fout et prefere partir plus au Nord…

Il me demande ou je vais. Je lui dis que je compte rejoindre Amman, la capitale. Il compte finalement partir lui aussi a Amman, comme par hasard. Je lui dis que je compte prendre le bus de 6h30 demain matin. Et bah lui aussi… Barry n’est pas méchant, mais entre nous, je cherche le moyen de me débarasser de lui. Ce n’est pas quelqu’un de tres ouvert et j’ai pas franchement envie qu’il me suive dans toute la Jordanie…

Cette journée était vraiment longue. Dire que ce matin, j’étais encore dans le désert de Wadi Rum…

31 Juillet 2011

Il est 5h du matin. J’espérais ne pas réveillé Barry mais si…
J’espere surtout qu’il ne va pas me demander dans quel hotel d’Amman je compte loger…
Pour rejoindre la station de bus, il faut rejoindre Wadi Musa (comme le nom du cours d’eau), la ville nouvelle, proche de Petra. Je lui annonce que j’y vais a pied. Lui préfere prendre le taxi, mais pour 2 bornes, je prefere marcher un peu dans la fraicheur matinale. Je fais rapidemment mes affaires.

Je sors de l’hotel – qui se trouvait a 100m a peine de l’entrée de Petra – apres avoir dit a Barry : « On se revoit a la station ».
Et finalement, apres quelques minutes d’ascension vers la ville nouvelle, un taxi passe devant moi. Le chauffeur me demande :
– « Amman ? »
– « Oui, je vais a la station de bus a pied, merci »
– « Combien tu payes pour le bus ? »
– « 6 dinars »
– « Monte, je t’emmene a la station »
– « Non, j’y vais a pied »
– « A la station d’Amman… »
Je lui demande en rigolant :
– « Pour 6 dinars ? »
– « Oui »
– « Pour la station de bus d’Amman pour 6 dinars ??? »
– « Oui »
– « D’ici a la station de bus d’Amman… 6 dinars ?! »
– « Oui » répete-t-il en rigolant
Je suis vraiment étonné par le cout dérisoire de la course et lui demande simplement :
– « Pourquoi ? »
– « C’est un tarif local et je l’applique pour les étrangers aussi »
– « Ah bon… »
Je cherche la faille dans l’histoire mais il n’y en a pas. A ce que je comprends, c’est son jour de bonté…
C’est le 1er (et certainement le dernier) chauffeur de taxi de la race des gentils dans ce tour du monde !
Je n’en reviens pas : 6 dinars, c’est moins de 6 euros… pour 250 bornes dans un taxi flambant neuf avec air climatisée ! Et pour couronner le tout, il me débarasse de Barry que je devais retrouver a la station. Merci Mohammed (ils se chargent toujours des présentations) !

Il prend 2 autres locaux en sortant de Wadi Musa. Quant a moi, je finis ma nuit, sur le siege avant, jusqu’a Amman.
Il me dépose a l’entrée d’un carrefour et me conseille de prendre un taxi pour 2 dinars afin de rejoindre précisément mon hotel.
C’est ce que je fais apres l’avoir vivement remercié.

L’autre taxi me dépose dans un backpacker vraiment sympas tenue par un gérant qui l’est tout autant.
Les jordaniens t’accueillent toujours par un « welcome », quelque soit la situation : entrer dans un taxi, a l’intérieur d’une tente bédouin, dans un boutique… Et lorsqu’ils te servent ou répondent a ta question, ils finissent par « you’re welcome » parfois meme avant que tu sortes ton « thank you ». Un traditionnel sens de l’hospitalité et un sens de l’humour tres appréciable.

Il est 9h du matin, je traine. J’ai décidé de ne rien faire aujourd’hui suite a ces derniers jours assez éprouvant.

Le gérant est vraiment sympathique. Il s’appelle Louis et ne me demandez pas pourquoi. Surement pas a cause de ses origines : il est palestinien, et loin d’etre le seul dans le pays. 65 pour cent de la population jordanienne est palestinienne. Pour la plupart des réfugiés ou enfants de réfugiés. Ce qui ne l’empeche pas d’avoir des amis israéliens me dit-il.
Je discute longtemps avec Louis dans le salon autour d’un thé. Il m’explique que les britanniques sont un peu moins appréciés ici a cause de leur implication en Palestine ; et qu’il connait un hotel a 2 pas ou il est écrit a l’entrée : « Interdit aux juifs. Interdit aux britanniques ».
Louis fait parfois de grandes phrases mais il m’explique qu’au final, ce sont des cas isolés. A part ca, il n’y a pas de probleme pour un britannique a entrer sur le sol jordanien.
Il me dit que les francais sont appréciés en Jordanie, et qu’il garde une bonne image de Chirac qui s’est beaucoup déplacé au Moyen-Orient au cours de ses 2 mandats ; alors que Sarkozy s’est contenté « de boire des bieres sur Petra » me dit-il.
Il m’explique ca avec de grands gestes, et son humour de jordanien qui me fait bien marrer aussi.
Il ne peux pas sortir du pays parce que son grand-pere était un militant armé pro-Palestine. Louis, lui, a un casier vierge, n’a jamais fait de mal a personne, mais juste a cause de son nom de famille, il est interdit de sortie de territoire.

On a quitté le sud jordanien et le désert pour rejoindre aujourd’hui Amman, la capitale, ou je trouve un peu de la Palestine. Quelque chose me dit que dans les prochains jours, on va moins parler d’Histoire et plus d’Actualités…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

 

Le Mur et les remparts

1er Aout 2011

1er jour de Ramadan pour tous les musulmans.
Louis me dit :  » Ce matin les gens ne sont pas contents. Ils ne mangent pas, ne boivent pas, ne fument pas  »

On s’abstient jusqu’au coucher du soleil. Ca n’empeche pas Louis de s’allumer une cigarette en buvant sont thé.
Je lui demande :
– « Tu n’es pas musulman ? »
– « Si, mais je ne fais pas le Ramadan c’est dangereux »
Et il s’en va… Je ne sais pas si il blaguait mais la ou je peux trouver du danger, c’est de ne pas boire une goutte d’eau de la journée sous 35 degres !

Tous les jours, des gens s’evanouissent a cause de ca…
Pour ceux qui se posent la question, le Ramadan commence a l’age de 10 ans chez les musulmans, pas avant.

Je passe la journée a me poser, parce que la Jordanie a été vraiment physique. Je n’ai pas beaucoup dormi.
Je reste sous le ventilateur de la chambre a programmer la suite de mon voyage. Dehors, il fait tres chaud. Il faut vraiment avoir la foi pour décider de ne pas boire de la journée.

Je viens de déployer en grand ma carte du monde pour tracer mon parcours depuis l’Afrique du Sud. A présent, je n’ai plus vraiment besoin de l’étaler. Les pays sont plus petits et on se rapproche de la Méditerrannée et de l’Europe. Ca se ressert…

Journée francaise a regarder TV5 Monde, la chaine francophone. Il est tres rare de la trouver dans un hotel ou une auberge de jeunesse. Emissions francaises, suisses, québécoises, je suis meme tombé sur « Questions pour un champion » !

J’ai réorganise mon sac a dos, qui se craque a plusieurs endroits, malgré les multiples réparations : plus de 11 mois de voyage a etre maltraitée dans les soutes a bagages des bus, trains, avions…

L’apres-midi, je pars chez le restaurateur du coin. La veille, il m’a dit qu’il serait quand meme ouvert aujourd’hui pour les touristes. Il préparera des plats sans les goutter…
J’entends des pétards éclater dehors depuis le soir ou j’étais a Petra pour feter l’arrivée et le début du Ramadan. Pour ce qui est de la circulation, ca klaxonne sans arrets.
Je pars a la superette du coin pour acheter de l’eau. Le patron n’a rien avalé depuis hier. C’est pas la joie.

En fin d’apres-midi, je discute avec Louis. Je voudrais savoir comment rejoindre la frontiere palestinienne, puis Jérusalem.
Il me dit qu’il est né ici, a Amman. Ses parents sont des réfugiés qui vivaient a Ramallah, en Cisjordanie. Lui, n’a jamais pu s’y rendre.
Il a le statut de « citoyen temporaire », contrairement aux autres pays arabes ou ils sont généralement considérés comme apatrides.

Louis me dit :
– « Jérusalem, on m’a dit que c’était la plus belle ville du monde. Tu vas aimer, j’en suis sur. A la frontiere, on va te poser pleins de questions. Beaucoup se font refouler. Tu as fais de la prison en France ? »
– « Non »
– « Parce qu’ils le savent. Ce sont, les meilleurs agents au monde »
– « Le Mossad ? »
– « Oui, ils connaissent toute ta vie. Ils sont encore plus fort que les américains »

Avec tous les pays que j’ai traversé, l’interrogatoire va peut-etre prendre un moment… Mais Louis ajoute :
– « Tu es francais, normalement il n’y a pas de problemes. Mais si tu possedes un livre en arabe ou le Coran, ils vont te poser des questions. Certains sont sympas et te laissent passer sans probleme. D’autres vont prendre leur temps. Ca dépend »

Je retourne a la superette du coin pour racheter de l’eau. Il savoure ce soir son seul repas de la journée en mangeant debout devant la télé, derriere son comptoir. Cette fois-ci, il est content…
Le Ramadan, ca joue vraiment sur le moral.

2 Aout 2011

Je pars en taxi collectif avec 4 japonais.

Juste avant ca, une petite photo, histoire de vous montrer a quoi ressemblait mon quartier :

Le matin, c’est calme. L’apres-midi, ca grouille de voitures et de klaxons

 

Direction, la frontiere palestinienne.
Oui, je sais, je prends un peu d’avance sur l’Histoire en disant « frontiere palestinienne », mais la Cisjordanie finira bien un jour par devenir une partie du territoire de la Palestine.

Le coup de tampon de sortie de Jordanie est fait, je prends un autre bus qui s’occupera simplement de franchir le No Man’s Land séparant la Jordanie de la Cisjordanie.
La suite, c’est un peu comme a l’aéroport : une file d’attente avant de passer tes bagages au détecteur roulant. Tu franchis ensuite une porte ou, au préalable, tu as fais passer tous tes objets métalliques par un second sas.
La derniere file sera le moment des interrogations. Et c’est une fille d’une vingtaine d’années qui me posera juste 2 ou 3 questions  avec un grand sourire ; rien a voir avec les douaniers surentrainés a poser les questions destabilisantes élaborées par le Mossad…

Elle me demande simplement :
– « Tu voyages seul ? »
– « Oui »
– « Moi, j’aurais un peu peur toute seule dans les autres pays »
– « Mais il y a pleins d’endroits tres sur pour une fille seule »
– « C’est vrai ? »
– « Oui, en Europe, en Amerique… »

Je ne pensais pas avoir a rassurer une israélienne de la douane sur la sécurité des autres pays du monde…

Coup de tampon israélien sur mon passeport : je suis désormais officiellement interdit d’entrée en Iran, Irak, Syrie et Liban.
3 solutions pour s’y rendre néanmoins :
– avoir un 2nd passeport,
– avoir un coup de tampon israélien sur une feuille a part et donc, qui n’apparaitra pas sur votre passeport. C’est possible, mais Israel ne le fait que sur demande, et encore, si ils en ont envie… et surtout, si vous aimez passer plusieurs heures a vous faire interroger sur les raisons pour lesquelles vous ne souhaitez pas avoir leur sésame sur vous
– aller en Israel en toute fin de votre voyage au Moyen-Orient (forcement). La encore, vous aurez pas mal de questions sur vos précédents voyages en Iran ou au Liban… Ces pays qui ne reconnaissent pas l’état d’Israel.

De mon coté, j’ai choisi de l’avoir sur le passeport car je n’irais pas dans ces autres pays pour ce voyage (peut-etre une autre fois). De plus, mon carnet est presque saturé de coups de tampons. Donc, dans tous les cas, il faudra que j’en commande un autre si je veux voyager a nouveau.

Je retire des shekels avant d’aller prendre le bus. Pas le choix a la frontiere, il n’y a qu’une destination : Jérusalem.

Les distances étant tres courtes, il faudra juste une heure et demi depuis la frontiere pour me rendre au backpacker situé aux portes de la vieille-ville, a Jérusalem-Est.
Avant toutes choses, je cherche une laverie, que j’arrive finalement a trouver. J’arrive meme enfin a changer ma monnaie brésilienne !

J’ai décidé de commencer mon parcours a Jérusalem en prenant un peu de hauteur – dans tous les sens du terme – ce que je vous invite a faire avec moi, parce qu’on a tendance a avoir une image tres négative de la cité. Lorsqu’on entend parler de Jérusalem aux informations, ce n’est pas pour en dire du bien…
Il est plus de 16h et depuis l’Egypte, le soleil se couche plus tard. Je peux profiter des baisses de températures pour me rendre au Mont des Oliviers.

Elle surplombe la vieille-ville par de superbes oliviers et on peut se balader a l’intérieur

C’est la 1ere fois depuis longtemps que je ressens les memes odeurs que dans le midi de la France : n’oublions pas qu’a Jérusalem, nous sommes dans l’arriere-pays méditerrannéen. Se promener autour de Jérusalem un soir d’été, ca donnerait l’impression, par les senteurs et le climat, d’etre a Aix-en Provence. La petite brise s’installe.

Au loin, derriere les remparts, le Dome du Rocher. A gauche, l’Eglise russe orthodoxe Sainte-Marie Madeleine

Au sommet du Mont, je passe devant un autre église catholique ou un moine et une soeur discutent en francais. Quelques minutes plus tard, je me trouve sur le meme flanc de colline que le Mont des Oliviers, mais du coté du cimetiere juif de Jérusalem, ou je vois une quinzaine de pratiquants debouts, se balancant d’avant en arriere devant la tombe d’un defunt, a réciter des psaumes de la Torah. Au meme moment, j’entends au haut-parleur le muezzin du minaret le plus proche.
Voila, en 3 phrases, je pense avoir résumé ce qu’est Jérusalem : la ville ou se cotoient 3 religions au quotidien.

On peut les apercevoir au loin, en contrebas du cimetiere. Ce sont des juifs orthodoxes a la longue barbe, habillés du traditionnel costume noir et d’un chapeau noir

Leur silhouette contraste avec la blancheur des murets et des pierres de ce cimetiere.

Vous pouvez le voir sur les 1eres sépultures sur la photo : pour honorer leur défunts, les juifs ont l’habitude de poser un simple caillou sur la pierre tombale car leur religion leur interdit d’ornementer les tombes avec des fleurs par exemple. La pierre symbolise la permanence, alors que les fleurs finissent par se faner…

Le soleil se couche, je rentre aux abords de la vieille-ville.

C’est toujours le Ramadan. Pour trouver quelquechose d’ouvert, ca met du temps. Et meme lorsque la nuit arrive, les musulmans sont servis en priorité devant le comptoir, ce qui me fait poireauter plus d’une demi-heure pour un malheureux sandwich…
Allez, mangez, vous n’avez rien avalé de la journee…

3 Aout 2011

Ce matin, le seul endroit ou je peux trouver un petit-dejeuner digne de ce nom est dans une librairie qui fait aussi office de café. Ils n’ont pas la culture du café-croissant et si on ajoute a cela la période du Ramadan, c’est encore plus difficile a trouver en ce moment.

Je pars longer l’autre coté de la vieille-ville, par l’Ouest :

A gauche, le quartier chrétien (le drapeau du Vatican flotte au sommet d’une église). A droite, la vieille citadelle de Jérusalem
Et encore plus a droite, le quartier arménien

J’entre dans le quartier chrétien :

Toute la vieille-ville de Jérusalem a été batie et restaurée avec ce meme type de pierre blanche

La ville est tres touristique mais on arrive a trouver quelques ruelles plutot calmes.
Je pars ensuite en dehors des remparts, sur le Mont Sion, en direction du Cimetiere Chrétien.

 

Oskar Schindler :
Industriel allemand et membre du parti nazi durant la 2nde Guerre Mondiale, il profita du travail obligatoire des Juifs pour faire fortune dans la fabrication de batteries de cuisine.
Prenant parti pour eux, il les racheta pour les amener en Tchécoslovaquie, et les faire travailler dans une usine d’armement. Il sabote alors sa propre usine et fait croire a une faillite pour sauver ses travailleurs et ne pas ralentir l’avancée des alliées par sa production d’armes.
Pour avoir sauvé 1100 vies de la déportation, l’Etat d’Israel, bien que 20 années apres sa mort, lui attribua le titre de Juste parmi les nations (personnes ayant mis leur vie en danger pour sauver des Juifs), la plus haute distinction délivrée par l’Etat d’Israel a des civils.

La tombe remplie de cailloux que vous pouvez voir a gauche de l’allée est celle d’Oskar Schindler. Elle correspond aussi a la derniere séquence du film « La Liste de Schindler » de Steven Spielberg, ou chaque rescapés et enfants de rescapés viennent tour a tour y déposer un caillou

 

La chaleur devient étouffante. Je dois rentrer a l’hostel en attendant les heures plus fraiches.

Je repars a nouveau dans le quartier chrétien pour une balade en fin d’apres-midi :

Une rue du quartier chrétien
La rue Ararat, dans le quartier arménien

 

Protestants, catholiques, orthodoxes…
Espagnols, brésiliens, francais… le quartier chrétien est animé par des bars, des restaurants et des commerces.
Pretres orthodoxes, rabbins, évangélistes, curés, musulmans, on se croise chaque jour dans la rue. Les boutiques de souvenirs vont dans le meme sens : chez un commercant, on peut trouver aussi bien une croix de Jésus a coté d’une kippa ou d’un croissant de l’Islam en bois.
Les nationalités européennes et américaines se cotoient aussi dans le quartier juif. Et de temps en temps, on te demande ta religion pour tenter de te vendre des babioles et des bouquins.
Lorsque tu réponds : pas de religion, ils se désinteressent totalement de ton cas. L’athée est ici le plus mauvais des clients !

D’ailleurs juste devant l’entrée du Mur des Lamentations, on me demande :
– « English? »
– « No, french »
– « French jewish? »
– « No, just french… »

Et il s’en va…

Pour entrer dans le Mur des Lamentations, encore une fois, c’est comme dans un aéroport, il faut passer ses affaires au détecteur. Pour ce qui est du Mur, je ne l’ai pas pris en photo. Comme tout le monde le sait, on dépose un papier sur lequel on a écrit des voeux et des prieres avant de l’insérer dans les fentes du Mur.

Ballade au cimetiere juif pour etre au calme en fin de journée. Oui… pour etre sur d’etre au calme, optez toujours pour un cimetiere !

4 Aout 2011

Je ne sais pas dans quelle mesure s’étend la liberté de la presse en Israel. Mais ce matin, comme hier, je me rends a nouveau dans cette petite librairie qui est en fait un Educationnal Bookshop ou de nombreux livres en anglais traitent du conflit israelo-arabe, tres tournés sur les droits de l’homme et les pratiques illégales et inhumaines d’Israel a l’encontre du peuple palestinien.

Le conflit israelo-arabe est d’une rare complexité. Beaucoup de frontieres sont contestées dans le monde, mais il n’y a pas plus mediatisé que le probleme du partage de ces petits territoires que forment l’Israel et la Palestine.
On compte officiellement 58 camps de refugiés palestiniens au Proche-Orient (Jordanie, Liban, Syrie, Cisjordanie et la bande de Gaza). En tout, 1400000 refugiés.
De nombreuses années ont été perdues a faire des concessions aux colonisateurs, si bien qu’aujourd’hui, les réalités du terrain ont bien changé. Avec le temps, on a désormais plus affaire a un type d’aparteid qu’a une occupation militaire : ceux qui ont refusé de fuir sont aujourd’hui citoyens israéliens, nationalité qu’on leur a imposée ;  et ils représentent aujourd’hui plus d’1,2 millions de personnes. En Cisjordanie, les colonies illégales juives affichent leur détermination par la violence des armes, et repoussent chaque jour un peu plus les palestiniens présents sur ce que les colons juifs appellent « leur » sol. Israel se fond dans le paysage palestinien, comme les chinois s’implantent tous les jours un peu plus sur le sol tibétain.

Aujourd’hui, on en est ou ?
Depuis presque 10 mois, les pourparlers de paix sont a l’arret. Afin de relancer les échanges entre les 2 parties, le chef de l’autorité palestinienne a décidé de conduire aupres de l’ONU une requete pour la reconnaissance d’un Etat indépendant.  La France se prépare a donner son approbation, comme plus d’une centaine de pays dans le monde.
J’ajoute que plus de 50 pour cent des citoyens israeliens sont en faveur de la création d’un Etat palestinien (c’est important de le signaler !). Les USA, quant a eux, affirment que les discussions doivent se poursuivre sur la base des frontieres de 1967, et menacent de poser leur droit de veto contre la création d’un Etat indépendant. Cette indulgence de la part des USA envers Israel, son petit protégé, est due aux importantes pressions créeent par les puissants lobbys juifs aux Etats-Unis.

La réalité apparait aujourd’hui sous mes yeux, lorsque je décide de me diriger du coté sud des remparts pour atteindre l’entrée d’une colline. Je prends une photo cette pancarte :

Observation point… vous voulez savoir ce qu’ils appelent promenade et point d’observation sur cette colline ?
Le mur qu’ils ont batis, et qui coupe en grande partie Jerusalem-Est…

Lorsque j’etais a Berlin en 2009, je me souviens qu’on se prenait en photo devant les restes du Mur. On fetait d’ailleurs cette année les 20 ans de sa chute. Ici, a Jérusalem, il est bien la, toujours en activité, et il continue de s’étendre sur toute la Cisjordanie. Son utilité principale est de limiter les attaques terroristes, mais sa seconde utilité est bien plus mesquine, car elle permet de contester et de remettre en cause le partage géographique du territoire avec le peuple palestinien.

Je dis qu’a Jérusalem, il n’y a pas qu’un seul mur des Lamentations…

Je rentre au backpacker. C’etait mon dernier soir a Jérusalem.

La vieille-ville reste un endroit superbe. Mon ressenti, c’est qu’elle appartient a tout le monde. Dans quel autre pays au monde peut-on voir 3 religions differentes cohabiter au quotidien ?

5 Aout 2011

Je prends mon temps avant de partir en direction d’un mini-bus économique.
En 1h de trajet, j’arrive a Tel-Aviv.

La chaleur me plombe véritablement et je passe le début d’apres-midi a dormir avant de partir un peu a la découverte de mon quartier.
Se balader dans les rues de Tel-Aviv, c’est a peu pres la meme chose que de se promener dans les rues de Clermont… avec un peu plus de kippa sur la tete. Pour le reste, pas beaucoup de changement : c’est comme si on circulait avenue Charras ou avenue des Etats-Unis.

J’arrive sur l’Avenue Rothshild. C’est ici que le mouvement a commencé : depuis plus de 2 semaines, et au dela de tout clivage ethnique ou religieux (pour une fois), les israeliens se plaignent du cout de la vie tres élevée dans le pays.
Les tentes sont posées, le long du terrain vert de l’avenue, entre les 2 chaussées. La jeunesse est la…
Quelquechose se prépare… quelquechose que le gouvernement n’a pas vu venir : alors que la menace arrive normalement autour de ses frontieres, c’est une colere de citoyens israeliens au sein meme du pays.

6 Aout 2011

Le samedi, c’est shabbat. Tout est fermé. C’est encore pire qu’un dimanche en France. En passant devant l’Avenue Rothschild, tout est a l’arret. Il n’y a pas l’animation qu’il y avait avant-hier.
Je met alors mon travail de recherche de compréhension de ce mouvement en suspension et me dirige la ou tout le monde se rend…

Sous les pavés, la plage !

Et je retrouve par la meme occasion la Méditerrannée que j’avais laissée il y a plus de 10 mois a Istanbul, au tout début de ce voyage.
J’y passe l’apres-midi toute entiere.
En fin de journée, les commerces commencent a reouvrir.

7 Aout 2011

C’est le jour ou les manifestations reprennent, meme si j’apprends qu’elles avaient commencé la veille au soir. Certains panneaux, placés sur les tentes et aux alentours, doivent etre originaux, mais je ne comprends pas l’hébreux. De temps en temps, quelques mots d’anglais apparaissent :

Ce sont les toutes 1eres manifestations sociales de ce genre en Israel
Le mouvement s’étend sur toute l’Avenue et dans plusieurs villes du pays

Installations vidéo, sculptures, dessins, projections de films, ateliers pour les enfants, lecture de textes, concerts improvisés, c’est un mouvement dynamique que la jeunesse israelienne entretient avec beaucoup de créativité. J’ai vu plusieurs caricatures des dirigeants politiques. Ca me permet de constater que les habitants d’Israel ne suivent pas forcément toujours la politique du gouvernement, loin de la.

Tous habillés comme dans n’importe quelle autre ville européenne, on ne se sent absolument pas au Moyen-Orient lorsqu’on est a Tel-Aviv. Elle n’a rien a voir avec Jérusalem. L’ambiance est plus décontractée.
Si Jérusalem a plusieurs milliers d’années d’existence, Tel-Aviv vient juste de feter cette année ses 102 ans. Elle est la place intellectuelle, le coeur culturel du pays.

La soirée, je la passe au meme endroit avec une italienne que j’ai rencontré a l’hostel.
Nous continuons d’arpenter les rues de l’Avenue Rothschild, rebaptisée par les manifestants « Avenue si j’etais Rothshild ».

La tension monte d’un cran dans la nuit, car ces manifestations permettent a tous de s’exprimer librement : les raisons des réclamations, qui au départ étaient axées sur la notion de justice sociale se sont deplacées, pour un petit groupe toutefois seulement, vers un radicalisme religieux.
Nous demandons a une israelienne pourquoi quelques frictions commencent. Elle nous répond que certains veulent un Tel-Aviv juif sans Palestine et banni des musulmans et des homosexuels (Tel-Aviv étant la ville gay d’Israel). Ils restent tres minoritaires et se font incendiés par le reste des manifestants, en surnombre par rapport a ce groupuscule.

Virginia l’italienne, m’amene ensuite dans un bar ambiance boheme, loin du tumulte de l’Avenue. On y trouve des gens, aussi decontracté qu’en Europe. Sans la chaleur étouffante, Tel-Aviv est une ville agréable.

8 Aout 2011

Pour ma derniere journée a Tel-Aviv, et en Israel, j’ai prévu de me rendre a Jaffa, histoire de se balader un peu a l’écart de la ville.

Principalement arabe, Jaffa a plus de 3500 ans. Son port est l’un des plus vieux au monde
Elle se situe a moins d’1 km de Tel-Aviv, qu’on apercoit au loin

La chaleur est accablante. Meme si nous somnmes au bord de la Méditerrannée, il fait plus chaud qu’a Jérusalem. En fin d’apres-midi, je retrouve Virginia dans un musée d’art. Tel-Aviv en regorge.

Il fait nuit. C’est bientot la fin de mon parcours en Israel.

Pour des raisons financieres, j’ai préferé ne pas booker pour un dernier soir a l’hostel, et surtout parce que mon avion est a 7h demain matin. Comme d’habitude, je prefere dormir a l’aéroport.

 

Tel-Aviv m’a donné une belle impression ; l’impression que, dans le futur, les choses vont évoluer la ou les dirigeants politiques se montrent intransigeants ; aussi bien envers le peuple palestinien qu’en matiere de justice sociale. Je reste tres optimiste pour l’avenir de ce pays car la plupart de ses habitants ne refletent absolument pas les memes idées que celles des hommes qui la gouvernent.
D’une maniere plus générale, je suis content d’avoir ajouté dans mon voyage la visite de Jérusalem et de Tel-Aviv. Je vois désormais les choses avec plus de clarté.

Je pars en direction de l’aéroport, situé a 15kms de Tel-Aviv et m’apprete a quitter Israel et le Moyen-Orient.
Retour en Europe !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet.