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Tour du monde – 6 – Amérique Centrale

Mexico-Panama (5eme partie)

13 Avril 2011
Mexico-Panama : 26eme jour

Oui, 26 jours. Il aura fallut ce 26eme pour venir a bout du Mexique dans cette expedition. La frontiere se trouve a  2 min de l’hotel. Puisque je n’ai pas eu de coup de tampon a mon arrivée au Mexique, ce matin, a 6h20, ca pose probleme.
Le douanier me dit qu’il fallait remplir un papier sur le sol mexicain juste en arrivant, et que je devais donner ce meme papier en quittant le pays, autrement dit maintenant.
Il me dit ensuite qu’il faut aller a l’office pour remplir les papiers et payer 162 pesos, mais ca n’ouvre qu’a 9h.
5 secondes apres m’avoir expliqué tout ca, il ajoute :
– « Tu veux attendre jusqu’a 9h ? »
– « Non »
– « Bon, pour 200 pesos, je te mets le coup de tampon et tu peux entrer au Guatemala »

C’est ce qu’on peut appeler un gentil-petit-pot-de-vin…
Franchement, j’ai pas envie d’attendre jusqu’a 9h pour un papier. Et d’abord pourquoi ne m’a-t-on rien tamponné lorsque je suis entré au Mexique il y a 1 mois ?!
Bon, je vais mettre mes principes de coté rien qu’une toute petite fois, pour accélerer les choses et parce que ce n’est pas entierement de ma faute. Coupable avec circonstances attenuantes dirons-nous…
Allez, on a rien vu. Vous avez vu quelquechose ? Non, moi non plus… Bref, comme par magie, il y a 200 pesos de moins dans mon portefeuille et le coup de tampon qu’il me manquait sur mon passeport.

Je traverse un pont jusqu’a la douane guatemalteque.
Verification du coup de tampon mexicain, autre coup de tampon d’entrée, pas de questions tordues, pas de fouilles, aucun soucis pour entrer.
Il est 6h40, je suis officiellement au Guatemala et c’est bien la 1ere fois que je franchis une frontiere a velo.

Le probleme, c’est que je ne me suis pas occupé du changement de monnaie. Je suis obligé de traiter avec l’ennemi financier, celui qui traine a la frontiere avec sa liasse de billet. Je ne connais pas le taux de change. Mais apres verification, il n’a pris une enorme commission.

Le jour se leve et je suis sur la route qui me menera a Retalulheu. Prononcé a la francaise, la ville se retient bien. C’est un peu plus long en espagnol.

1ere photo du Guatemala

Un camion s’arrete. Un jeune sort pour m’offrir de l’eau. Il travaille pour Bonapura, l’eau d’Amerique centrale.
En pleine chaleur et en pleine cote, c’est pas sympas ca ?
Puis, je m’arrete dans un comedor, comme d’habitude. Je sens un accent different lorsqu’ils parlent, mais ils articulent plutot bien.

Pas de sieste aujourd’hui : le ciel se couvre en fin de matinée, je peux donc progresser sans trop souffrir du soleil. Mais cette matinée a été difficile a cause des nombreuses cotes.
L’apres-midi, c’est la liberation ; une longue descente me fait passer en 15 min du kilometre 40 au kilometre 60. Le seuil psychologique est depassé, je peux envisager de pousser un peu plus loin mon trajet d’aujourd’hui.

J’arrive a Retalulheu. Et je suis en forme pour faire un peu plus aujourd’hui.
Meme si le soleil est absent, la moiteur est toujours la. Il commence a pleuvoir en fin d’apres-midi sur les derniers kilometres qu’il me reste a parcourir.
Je place le pancho sur les affaires, a l’arriere. Pour moi, rien. Le K-Way tient trop chaud et de toute facon, avec ce climat, je suis trempé du matin au soir quoiqu’il en soit.

Je rajoute donc 25kms dans mon parcours d’aujourd’hui et j’arrive vers 18h a Mazatenango. Je viens de parcourir 95 kms.
L’hotel que j’ai choisi a tout ce qu’il faut : douche, ventilateur au plafond, télé, un annuaire (mais sans telephone) et posé sur la table… le Nouveau Testament.

14 Avril 2011
Mexico-Panama : 27eme jour

Je quitte Mazatenango. La route n’est pas trop difficile ce matin.
Je passe a coté d’une chaine de volcans formée notamment par le Volcan Acatitlan et le Volcan Acatenango.

Chaine de volcans

Sur le bord de la route, je vois une eglise. Le meme genre que les mexicaines. Ici, comme au Mexique, la religion est le catholicisme, mais je vois beaucoup d’eglises evangeliques. Un faible pourcentage de la population se dit protestante.

Eglise romane catholique

Au bout de 20kms, le mecanisme de passage des vitesses ne fonctionne plus. Je m’arrete pour demander ou se trouve le prochain stand de reparation. La personne me repond qu’a 2kms, il y en a un. Je fais 4kms… j’ai du le louper.
Je m’arrete dans une petite bourgade pour demander. Il ne sait pas. Une voiture s’arrete. C’est un couple qui me dit de les suivre a velo.

J’entre de plus en plus dans les champs et je passe entre des vieilles maisons de bois. Arrivés sur place, ils sont confuent car la personne est absente. Je les suis une seconde fois vers un autre endroit quelques centaines de metres plus loin. Encore personne… Ils se demenent pour demander autour d’eux et finissent par me dire de mettre le velo a l’arriere de leur 4X4, parce qu’on leur a indiqué un autre stand a 2kms… certainement celui que j’ai loupé.
Je leur reponds que je les suis a velo. Ce n’est pas un cas d’urgence, je continue sans aide motorisée. Je sais, un peu tetu sur les bords…

Finalement, ce 3eme stand sera le bon : pour 30 quetzals (2euros70), j’ai un nouveau mecanisme et une nouvelle pedale de gauche qui, elle aussi, s’etait cassée. Le reparateur a l’air aussi de bien connaitre les distances. J’ai parcouru un peu plus de 20kms et il me dit qu’il y a encore 60kms avant d’atteindre Santa Lucia Cotzumalguapa et 85kms jusqu’a Escuintla.
On verra jusqu’ou j’irais aujourd’hui.

Tout est reparé, je reprends la route.

Je m’arrete jusqu’a une petite cabane, juste avant d’entrer dans Santa Lucia Cotzumalguapa. La dame est assise a coté de son stand et m’apporte une chaise, qu’elle place juste a coté d’elle. A chaque fois, elles font ca pour pouvoir discuter avec moi. Elles entendent mes histoires dans un espagnol tres approximatif. La seule chose qui est dommage, c’est que personne ne me reprends alors que je fais 10 fautes par mots… Ils m’ecoutent. En France, on reprend souvent un etranger lorsqu’il fait des fautes. Pretentieux de notre part ? Absolument pas, c’est la meilleure facon pour progresser rapidemment dans une langue. Ici, je suis en train de repeter les memes mots sans vraiment savoir si c’est du parfait espagnol, parce qu’ils sont trop indulgents pour me reprendre… Ils se contentent de sourire et d’acquiescer.
Ca n’a pas loupé, elle me demande si je suis marié.
En lui repondant que je suis francais, elle me dit que la France est un pays lointain. Je lui dis qu’il n’y a que l’Atlantique a traverser.
Personnellement, je ne me sens pas loin de la France. Ca doit etre la langue espagnole qui me semble familiere et largement mieux comprehensible que toute autre langue asiatique.

77 kms se sont ecoulés depuis mon depart ce matin. J’arrive a Santa Lucia Cotzumalguapa et il est 15h. Je prolonge jusqu’a Escuintla. Oui, un autre Escuintla, la version guatemalteque.

Le Nouveau Testament est sur la table de la chambre d’hotel, l’annuaire AVEC le telephone, le ventilateur et la piscine interieure. Pas le temps de la tester, je sombre dans un profond sommeil.

15 Avril 2011
Mexico-Panama : 28eme jour

Je quitte Escuintla tot le matin. Les conditions sont ideales pour rouler. Il fait 25 degres, il y a quelques nuages et un vent bizarrement plus frais que d’habitude.
A force de rester dehors 10 a 12h par jour, je me suis peut-etre acclimaté. Un peu…
Au Guatemala, comme au Mexique, il est ecrit sur les panneaux : NO TIRE BASURA (ne pas jeter les ordures). Ca n’empeche pas de voir certains balancer impunément leur dechet par-dessus bord tout en conduisant. Au Mexique, c’est un peu mieux respecté. Mais ici, lorsqu’on fait bruler les bas-cotés, c’est aussi et surtout pour se debarasser des detritus qui bordent la route. Resultat : pollution enorme, les contenants metalliques ne disparaissent pas et restent calcinés ; et lorsque tu passes devant un feu a velo, c’est pas franchement agreable.

Il est midi et je suis a l’entree de la ville de Chiquimulilla. J’ai parcouru presque 70kms et je m’arrete au 1er restaurant de la ville.
Coup de barre, surtout apres le repas. Mais le temps est parfait pour rouler, il faut en profiter. Pas question de dormir aujourd’hui.

Au moment de repartir, mon pneu arriere est a plat. Un garage se trouve juste en face. Je tente ma chance. En voyant l’etat de ma roue arriere, le type me propose de la changer aussi. Il a raison, elle a bien vecue depuis mon depart de Mexico. Il la prend avec lui puis part en camionette pour se rendre dans un magasin en contrebas, en centre-ville, et acheter la meme roue. J’attends, entouré de ses collegues. Je parle de mon periple… encore…
A son retour, il me montre ce qu’il vient d’acheter. Ce ne sont pas exactement les memes dimensions : 2cm de difference dans sa circonference. En regonflant le pneu, ca tient parfaitement, rien a dire.
Je repars.
Ca tiens, ca tiens dans la descente, ca tient dans la montée, je sors de la ville, ca tient toujours, ca tient plus… Tout est a refaire, la roue flotte litteralement et le pneu s’est coincé dans les freins. Je le saurais pour les prochaines fois : pneu de meme dimension ou rien.
J’arrive a peine a faire rouler mon velo a pied et je suis a la sortie de la ville. Il n’y a plus qu’a y rentrer de nouveau…

Je trouve un stand de reparation a 1km. Je lui explique mon probleme, mais il n’a pas de roue correspond a mes dimensions. Je lui dis que mon ancienne roue se trouve a l’entrée de la ville. Il me dit qu’il peut aussi aller m’en acheter une neuve. La, je reflechis parce que j’ai peur qu’il aille acheter cette roue chez le meme commercant que le type du garage auto de l’entree de la ville. Mais ca, c’est impossible pour moi de le dire en espagnol.
Je lui dit alors avec insistance qu’il me faut EXACTEMENT la meme roue.
Il note alors les dimensions sur un papier et depeche son collegue qui s’y rend, en scooter.
Moi, j’attends avec un pepsi dans la main, assis sur un bout de trottoir, juste a coté du stand, en regardant les voitures passer et surtout… en esperant qu’il existe au moins une roue de 26X10,125 dans cette ville.
Sinon, tant pis, on ira chercher l’ancienne a l’entree de la ville.
15 minutes plus tard, il revient et miracle, se sont les memes dimensions, et la roue est de tres bonne qualité en plus.
Le travail de reparation achevé, il me demande ce qu’il fait de l’autre nouvelle roue. CADEAU ! C’est rien du tout a coté du fait d’avoir reparé mon vélo et de m’avoir permis de poursuivre mon voyage. Je les aime tous ces reparateurs, vous pouvez pas savoir.
Je peux désormais repartir, et je force moins : une nouvelle roue arriere, ca change tout.

Je traverse des ponts metalliques. Les gens se baignent dans la riviere en contrebas. Au moment d’une intersection, je poursuis tout droit. Les gens me sifflent. Mais comme souvent, je n’ai pas le temps de les apercevoir que je les ai deja depassé…
30 secondes plus tard, quelqu’un crie. Je m’arrete cette fois. Tous sifflaient plus fort que d’habitude.
Que se passe-t-il ?
L’habitant me dit que le pont s’est ecroulé, qu’il faut faire un détour en prenant la 2nde route de l’intersection. C’est un chemin de campagne non bitumé, sur plusieurs kilometres. Du coup, je vais plus vite que les vehicules tellement la route est defoncée. C’est la ou je ne regrette pas d’avoir acheté un VTT plutot qu’un velo de route.

J’ai fait plus de 100kms depuis ce matin, et avec les bonnes conditions meteos et une route relativement plate, je n’ai pas l’impression d’avoir vraiment forcé.
Il est 18h, j’arrive a Ciudad Pedro de Alvarado. Me voici deja a la frontiere !
Plutot que de garder le passage a la frontiere pour demain, autant la franchir maintenant. Je serais soulagé des paperasses et du changement de monnaie… si je parviens a trouver une banque.
Je passe a travers les rangées de camions jusqu’au poste frontiere.
C’est bon, j’ai mon coup de tampon de sortie du Guatemala. Je reprends le velo et je traverse un pont au-dessus du fleuve Rio Paz.
Au bout de ce pont : « Bienvenido a El Salvador ».

Un policier me fait signe de passer au poste-frontiere. Ils sont toujours sympas. Arrivé au poste du Salvador, le douanier me pose 1 ou 2 questions :
« Ou vas-tu a vélo ? » et « dans quelle partie du Salvador as-tu l’intention de voyager? ». Ce a quoi je reponds : « Sur, playa » (Le Sud, la plage).
J’en profite pour lui demander ou est-ce que je peux changer ma monnaie. Il me dit qu’il y a une banque un peu plus loin.
Comme d’habitude, je la depasse sans la voir. Je depasse meme entierement la ville de La Hachadura pensant que ce n’etait pas elle.

3kms plus tard, je passe un check-point et je demande au policier ou se trouve la prochaine ville. Il me reponds : « A 6kms ». C’est precis. J’ai aussi la confirmation d’avoir bien depassé La Hachadura.
J’arrive finalement dans la ville de Cara Sucia, a l’hotel Alfaro. Les banques sont fermées. Trop tard pour changer ma monnaie.
J’entre a l’interieur de l’hotel en disant au proprietaire que je dispose uniquement de Quetzals.

Il me repond :
– « Ca tombe bien, je dois me rendre demain au Guatemala »

Nous cherchons ensemble le moyen de savoir combien vaut 1 Quetzal en… dollar americain ! Et oui, c’est la monnaie officielle du Salvador et ce n’est pas pour me deplaire, car je connaitrais desormais mieux la valeur des choses.
Je lui paye donc une nuit d’hotel en Quetzal. Il me rend la monnaie en dollar. 3 dollars. Je vais pas aller loin avec ca.

Je pose toutes mes affaires dans ma chambre avant de me dire : « Autant changer toute ma monnaie avec lui, j’ai confiance ». En tout, 10 dollars pour aller manger ce soir au comedor du coin. Je dois aussi acheter de l’eau. J’espere que c’est suffisant.
Cout total : 1dollar80… Certes, ce sont des dollars americains, mais le niveau de vie est loin d’etre celui des Etats-Unis. Avec 10 dollars, je peux partir assez loin finalement ; et sans avoir a attendre demain l’ouverture de la banque de Cara Sucia.

Record battu aujourd’hui : 126kms. Quand je repense a ce matin, j’ai l’impression que c’etait hier tellement la journée a été riche en rebondissement.
Et quelle journée !

16 Avril 2011
Mexico-Panama : 29eme jour

Je prends 1h de sommeil en plus pour partir a 7h30.
Aujourd’hui, on ne force pas trop. J’ai parcouru beaucoup plus que prévu la veille. Je decide de rouler jusqu’a la 1ere plage, et c’est tout.
Un arret dans une gargote a 10h, un autre arret dans une station essence ; il est 12h30, j’ai parcouru 65kms avant de voir un panneau ecrit : Playa Dorada.
On s’arrete la. A peine 500m de chemin caillouteux, j’arrive dans un hotel familial. Et au bout de cet hotel, la voila : ce 29eme jour, je m’accorde enfin une apres-midi pour voir a nouveau l’Océan Pacifique que je n’avais pas vu depuis San Francisco.

J’ai bien avancé dans mon voyage a vélo et je suis fier de pouvoir feter ici l’évenement du mois :

8 mois !

Apres une douche, je sors de ma chambre. Une vieille dame m’agrippe pour me demander de prendre une photo avec toute sa famille, assise sur le banc.
Pas de probleme. Elle se colle a moi… Pourquoi se colle-t-elle a moi ?
J’ai du mal comprendre. En fait, elle ne veut pas une photo de famille, elle veut une photo d’elle avec moi.
Je lui demande pourquoi. J’ai pas vraiment saisi la reponse mais une chose est sure, je vois que ca lui ferait plaisir.
J’accepte. Elle me remercie.

Je pars au resto de l’hotel. En attendant ma commande, elle vient s’asseoir en face de moi, et me dit :
– « Merci de venir dans notre pays malgré tous les problemes que nous avons ici… »

 

lavidaloca

La Vida Loca
Effectivement, le Salvador est un de ces pays ayant tres mauvaise reputation. Il detient le triste record du taux de criminalité le plus élevé au monde. La majorité des meurtres est commis a l’aide d’arme a feu et on estime a 400000 le nombre d’armes circulant illegalement dans le pays, ainsi que 200000 armes enregistrées legalement. Le Salvador compte aussi quelques centaines de gangs de rue regroupant plus de 30000 membres. Ces gangs, qu’on appelle les maras, sont la cause principale du nombre elevé de meurtres dans le pays. Ils operent principalement en Amerique Centrale, au Mexique et aux Etats-Unis.
D’abord fondé aux USA dans les annees 80 par des immigrés clandestins d’Amerique Centrale fuyant des conditions de vie difficile (exclusion, guerre civile ou dictature), les maras se sont implantés dans leur pays d’origine a la suite d’expulsions massives des Etats-Unis. La plus connue est la Mara Salvatrucha (MS ou MS-13) créée par des salvadoriens refugiés a Los Angeles.
Ils sont desormais plusieurs dizaines de milliers de membres au Salvador. Au depart, ils etaient la pour proteger leur voisinnage, mais ils ont commencé a attaquer, extorquer et tuer afin de soutenir financierement leurs associés emprisonnés ainsi que leur famille.
La regle est simple : pour faire partie du gang, il faut avoir tué. La plupart des meurtres se font entre gangs rivaux.
La Vida Loca réalisé par le francais Christian Poveda est un documentaire sur la Mara-18, un gang rival de la Mara Salvatrucha, qui raconte le quotidien de ce gang rythmé par les violences, les controles de police, les fusillades, les enterrements, les represailles a San Salvador, la capitale. Je vous invite a regarder ce film. Ce documentaire jugée trop encombrant par certains membres de la Mara Salvatrucha, Christian Poveda fut abattu par 4 de ces derniers, non loin de San Salvador en septembre 2009, le mois de la sortie officielle du film La Vida Loca.
Tout francais voyageant au Salvador ne peut mettre de coté ce qui lui est arrivé. Je pense aux risques qu’il a pris pour capturer ses images, et je tiens a dire 2 vérités sur le Salvador :
1 – Filmer les maras comportait des risques, et notamment des risques de représailles
2 – Voyager au Salvador n’est pas dangereux

Je me devais de parler de Christian Poveda, pour le cinéaste qu’il etait et les risques qu’il a pris pour réaliser ce superbe documentaire. Mais la population du Salvador ne se limite pas aux maras et meme au sein de ce gang, vous serez par ailleurs étonné de voir dans le film comment les membres de la M-18 prennent plaisir a se faire interviewer. J’ai rencontré des gens adorables a chaque endroit. Et ce n’est pas cette vieille dame se tenant assise devant moi, ni la famille Alfaro (de l’hotel Alfaro) ou les gerants des comedors ou je m’arrete qui font du Salvador un pays dangereux. Alors retenez bien cette 2eme vérité !

J’ai discuté 30min avec la vieille dame. Et en 30min, elle ne m’a meme pas demandé si j’etais marié. Avant de partir, elle prend ma main pour me dire encore merci d’etre ici. Lorsque je vois la gentillesse de ces personnes, tout le plaisir est pour moi. Je mets ma main sur la sienne en lui repondant avec le sourire un mélange entre « merci » et « de rien ».

Il est 15h, je pars faire une sieste. Pas de soucis non plus pour m’endormir le soir. Environ 400kms en 4 jours : ceci explique cela !

17 Avril 2011
Mexico-Panama : 30eme jour

Je prends une photo au petit matin pour vous donner une idée de l’endroit ou j’etais :

De l’autre coté du mur, l’océan
L’hotel Playa Dorada
 Aujourd’hui, je longe la cote :
Les long des cotes
Le Salvador a un niveau de vie un peu plus élevé que celui du Guatemala. Les routes sont en meilleures état et pour la 1ere fois, plutot que de gravir la colline entiere, ils ont construits plusieurs tunnels. C’est assez bizarre de les traverser a velo. A l’interieur du tunnel, il n’y a pas un bruit. Je vois juste une lumiere blanche a l’autre bout. Je n’ai pas de lampe donc je ne vois pas sur quoi je roule. Ai-je fais le tiers, la moitié ou bien les 3/4 du trajet ? La lumiere blanche grossit tres lentement, et je perds la notion des distances.
En arpentant une cote, j’apercois de loin des tetes blondes : 3 filles traversent la route. Elles sont australiennes. Je leur dit que c’est la 1ere fois en 30 jours que je parle a des etrangers. Elles sont en vacances et habitent non loin de la mer. Les plages du Salvador sont tres réputées. On m’en a meme parlé au Mexique.
Dans le restaurant ou je m’arrete, le menu est traduit en anglais : on arrive dans le coin touristique du pays. Je circule le long de ces plages et je sens l’air marin pendant tout le trajet.
Je passe rapidemment la ville de La Libertad. C’est dimanche, tout le monde est a la plage.
J’arrive a Comalapa, c’est fini pour aujourd’hui.
L’hotel est tres basique mais c’est toujours le gerant qui ajoute du caractere a la batisse. Et ce gérant est super sympas. On discute un petit moment. Il m’a dit qu’il a vu passer beaucoup d’etranger a vélo, mais jamais de gens voyageant seul comme moi. Je lui reponds que c’est mieux d’etre seul si je veux apprendre l’espagnol. On arrive facilement a se comprendre parce que les intonations et la gestuelle sont parfois les memes en francais qu’en espagnol.
Les sanitaires et la douche sont a l’exterieur. Dans la chambre, un lit, un ventilateur, un miroir et une chaise. C’est tout. Pour cette nuit, un sweat servira d’oreiller et ma serviette de bain, de couverture.
18 Avril 2011
Mexico-Panama : 31eme jour
La veille, le gérant m’avait proposé d’étendre dehors mes vetements lavés a la main dans l’evier (comme d’habitude). Malheureusement, il a plu cette nuit. On va mettre tout ca dans un sac plastique. Pour le pantalon de velo, il sechera sur moi.
Ce matin, je pars dans les montagnes en direction de l’Est. Je n’ai pas vraiment regardé la carte des reliefs. Ca doit etre une haute colline, sans plus.
Pourtant, ca continue. 18kms de cote. J’ai demandé 2 fois si j’etais sur le bon chemin. On m’a répondu que oui. Au 3eme coup, je demande ou se situe la prochaine ville a l’Est. Le doigt de la dame pointe derriere moi, la d’ou je viens… Je ne comprends pas ou je suis. Elle me dit que l’autoroute est en contrebas. Mais je ne dois pas prendre l’autoroute pourtant…
Je decide quand meme d’y descendre pour esperer voir des panneaux.
Dans un sens, c’est indiqué San Salvador. Dans l’autre, Olocuilta. Ces 2 villes sont au Nord. Au Nord, voila ou je suis parti. C’est pour ca qu’il y avait autant de relief. Comment j’ai fait pour me tromper, il n’y avait qu’une seule route.
Puis, en y repensant, hier j’avais vu le panneau Comalapa indiqué par une fleche, et je me suis arreté dans cet hotel en pensant que c’etait le debut de Comalapa. Et on a pas fait allusion a cette ville en discutant hier avec le gerant.
Conclusion : Hier soir, je n’ai pas dormi a Comalapa, mais dans un village a coté. Et ce matin, j’ai pris une intersetion pour une autre.
Je prends l’autoroute pour descendre jusqu’a Comalapa. Ce n’est que de la descente mais je viens de faire 20kms de cote ce matin pour rien. J’aurais vu les montagnes du Salvador. J’arrive a Comalapa, la vraie, et je mets mon compteur (qui affichait 43kms) a 0…
Alors la, ce n’est pas du tout le moment de me parler ! C’etait la boulette de la semaine. En meme temps, on est lundi ; question boulette, je suis tranquille jusqu’a dimanche maintenant !
J’ai dis aujourd’hui que je me rendrais a Usulutan, et je ne m’arreterais pas avant, ce sera ma punition. La route est plate, je pedale sans me faire distraire par quoique ce soit. Je roule et c’est tout.  Apres avoir atteint « le kilometre psychologique de la journée », je finis par retrouver le sourire.
J’arrive a Usulutan, et je choisis un motel en sortie de ville, pour etre sur de partir demain dans le bon sens.
19 Avril 2011
Mexico-Panama : 32eme jour
Le voila, le jour de mes 26 ans. Au départ, j’avais pensé faire quelquechose de particulier mais je pense qu’etre a vélo au Salvador en tentant le defi « Mexico-Panama », lui-meme ancré dans un tour du globe, c’est suffisamment particulier. Comme cadeau, j’aimerais éviter un énieme probleme de vélo.
Je commence par 22kms de montée. J’ai décidé de rejoindre San Miguel sans passer par la route principale, mais dans une route qui passe entre 2 volcans. Le 1er se situe au niveau du village de Santa Elena :
A gauche, le Volcan de Usulutan
Au bout de ces 22 kms :
Mon panneau préféré
Et c’est seulement 2 minutes apres avoir pris la photo de ce panneau que je creve mon pneu avant. Mon vélo ne m’aura pas fait de cadeau aujourd’hui.
Le village le plus proche est un peu en contrebas. La roue avant datait de Mexico et, comme la roue arriere, celle-ci a egalement bien vécue. Je la fais changer pour avoir desormais une roue arriere du Guatemala et une roue avant du Salvador.
Je peux desormais profiter pleinement de cette longue descente jusqu’a rejoindre l’Interamericana, la route qui me conduit jusqu’a San Miguel.
Le Volcan de San Miguel. Je l’ai déja bien dépassé
A San Miguel, je m’arrete dans un resto pour manger et racheter de l’eau.
Je demande le prix pour l’eau. Elle me repond : « Tou coteur ». Je lui demande de repeter. Elle me repete : « Tou coteur ». Tou coteur, tou coteur, d’habitude je comprends les chiffres. Elle doit etre en train de me parler en anglais mais meme dans cette langue, je ne comprend pas ce qu’elle me dit. Je demande a une autre serveuse qui me repond encore la meme chose. Je lui dit que je ne comprend pas. Et finalement, elle me dit : « cincuenta cents »
 (50 centimes). C’est bon, la j’ai compris.
Je reprends mon velo tout en reflechissant a ce « Tou coteur ». Et il m’a fallut un bon moment pour comprendre :  » Two quarters !!! « . Et  un quarter de dollar, c’est 25 centimes. C’est bon, je le tiens !
Sur les panneaux,  a l’arriere des bus ou des voitures, il est souvent ecrit des psaumes ou des phrases en rapport avec la religion : « Jesus est la », « Dieu t’aime », « Matteo 3:22 ». Les églises évangeliques portent le nom de « Iglesia de los dios » ou « luz del mundo » et sont en meilleurs etat que les habitations ou vivent les populations. Il y en a vraiment beaucoup.
Ca cogne aujourd’hui, je suis loin de la mer et le paysage est aride. Au bout d’un moment, bien apres avoir depassé San Miguel, un bus s’arrete. La pente est trop raide, je suis a pied. Un type sort et me dit :
– « Ou tu vas ? »
– « Vers la frontiere »
– « Monte, mets le velo dans la soute »
– « Non, merci »
–  » Tu n’auras pas besoin de payer »
– « Non, tout en bicyclette »
Je viens de resister a la tentation d’un super car climatisé le jour de mon anniversaire. Et il repars. La poussiere et la pollution me tombant dessus, il me laisse a nouveau au milieu du silence de ce paysage aride.
J’arrive a Santa Rosa de Lima, a plusieurs kilometres de la frontiere. Je ne veut pas trop forcer aujourd’hui. Je trouve un hotel pas trop mal.
Je pars en direction d’un cyber et je lis tous vos messages. Je vous remercie d’avoir pensé a mon anniversaire, on se sent moins seul. Merci de tout coeur.
Je passe ensuite dans le fast-food Pollo Campestre (assez connu en Amerique Centrale) ou le « vigile » de l’entrée, armé, m’ouvre la porte en ajoutant : « Welcome my friend ». Il se met a rire de son anglais. Je me mets aussi a rire d’un « welcome my friend » venant d’une personne qui tient un fusil a pompe dans les mains.
20 Avril 2011
Mexico-Panama : 33eme jour
Je pars ce matin en direction de El Amatillo, la frontiere, 20 kms plus a l’Est. Longue file d’attente au poste-frontiere.
Pas de probleme au niveau de l’absence de coup de tampon d’entrée du Salvador. Il me demande ou je compte sejourner au Honduras. Je confonds San Lorenzo avec San Pedro ; il le note mais ne me pose aucune question puisque San Pedro existe aussi au Honduras. Personne ne viendra verifier ou je vais sejourner de toute facon.
Je traverse la frontiere par un pont enjambant le Rio Goascoran.
J’accede au poste frontiere du Honduras. 3 dollars d’entrée et coup de tampon. Ca y est, me voila officiellement au Honduras. Les dollars auront été de courte durée. Je dois d’ailleurs trouver un endroit pour les changer contre des Lempiras. C’est vraiment la chose la plus contraignante dans ce voyage : je ne tombe jamais dans une ville suffisamment grande pour avoir une banque, aux heures d’ouverture.
Je m’arrete a Nacaome, 35kms apres avoir passé la frontiere. Le restaurant ou je m’arrete accepte les dollars. Je leur propose un echange de tous mes dollars. Mais ils n’ont pas suffisamment pour changer l’integralité. Il y a des banques a Nacaome mais elles sont toutes fermées parce que c’est la Semana Santa (la semaine sainte). Elles seront fermées jusqu’a dimanche me dit-on !
Je pars pour San Lorenzo. J’ai fais 77kms aujourd’hui et c’etait mon dernier jour avant de prendre 24h de repos. Je trouve un distributeur automatique et je choisis un hotel en bord de route. Ils acceptent mes dollars restants.
21 Avril 2011
Mexico-Panama : 34eme jour
C’est le sacro-saint jour a ne rien faire, a part vous ecrire ces quelques lignes ce matin dans un cyber de San Lorenzo.
Je viens juste de remarquer que je suis en avance d’une heure sur ma montre depuis mon entrée au Guatemala. Je ne savais pas qu’il y avait une heure de difference entre le Mexique et le Guatemala. C’est surement a cause du passage a l’heure d’été au Mexique…
En parlant de ca : frontiere mexicaine, Guatemala, El Salvador, mon arrivée au Honduras ; dites donc je vous parle de 4 pays dans cette 5eme partie… Je n’avais pas franchit des pays aussi rapidemment depuis l’Europe. Et tout ca a vélo. Ca prouve au moins une chose : Panama, je veux l’atteindre ! Je vais bientot franchir le Nicaragua et je peux desormais penser a Panama comme destination dans un futur proche.
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Mexico-Panama (6eme partie)

22 Avril 2011
Mexico-Panama : 34eme jour

Je pars de San Lorenzo en direction de la frontiere.

Je quitte l’ocean

J’arrive a un check-point au bout d’une dizaine de kilometres. Touojurs les memes questions, mais toujours sympas. Il me demande si le drapeau a l’arriere est celui de la France. Comme je ne sais pas dire « region » en espagnol, j’ai dit « estado ».
L’Auvergne, aux yeux des autorités du Honduras, est desormais un Etat de la France.

C’est le grand retour de la chaleur aujourd’hui, sous les cris des enfants (et des adultes aussi) qui hurlent « Gringo ! » lorsqu’ils me voient passer.

 

Traduction de « Gringo »
Le sens change d’un pays a l’autre, et la connotation aussi. Gringo designe tous les etrangers non-natifs d’Amerique Centrale ou Latine, mais au depart, c’etait les Etats-uniens et canadiens de peau blanche.
Au Mexique et au Salvador, cela designe plutot les etrangers de peau blanche, arrogants et mal-eduques. (C’est effectivement dans ces 2 pays qu’on ne m’a presque jamais appelé comme ca).
Pour le reste de l’Amerique Centrale, ce n’est pas vu comme quelque chose de pejoratif.
Ca le serait enormement en France si on avait un mot pour designer tous ceux qui ne sont pas blancs.
Eux, ils le disent avec le sourire.

Pour le peu de temps que je reste dans ces pays, j’ai deja du mal a l’entendre 30 fois par jour ; alors imaginez un blanc installé au Honduras par exemple, depuis plusieurs dizaines d’annees, et qui continue de se faire appele Gringo des qu’il sort un peu trop loin de son quartier…

Mon pneu arriere est un peu degonflé, je pars le faire changer chez quelqu’un qui s’improvise reparateur. C’est surtout son jeune fils qui s’y connait mieux. Apres avoir changé la chambre a air, je lui demande la note. Le jeune, un peu timide me repond :
–  » Je ne sais pas »
Je leur repond a tous les deux :
– « 30 ? »
Le pere me repond :
– « Non 20, ca suffit »

Ils sont vraiment honnetes.

Je depasse la ville de Choluteca puis, 50kms plus tard, j’arrive a El Triunto, la frontiere. J’ai beaucoup roulé.
Le poste-frontiere n’est pas indiqué, c’est un complexe de bureaux desaffectés, cachés par des arbres.
Seulement 2 guichets sont dans un état suffisamment correct pour que 2 employes puissent tamponner les passeports.

Je traverse un pont au-dessus d’un fleuve formant la frontiere naturelle entre les 2 etats, puis je vois le panneau : « Bienvenido a Nicaragua ». J’entre au poste-frontiere qui s’est installé dans les memes locaux qu’une banque. Vais-je pouvoir enfin changer ma monnaie dans une vraie structure financiere ? Et bien non…
Je demande au flic present dans le poste pourquoi la banque derriere lui est fermee. Il me repond : « Feria »
Apres le coup de tampon, je ressors.

L’ennemi financier accourt avec sa liasse de billet. Bon, d’un autre coté, a chaque changement de pays, je n’ai pas enormement d’argent a echanger, mais je suis touojurs un peu mefiant d’effectuer la transaction et de sortir mes billets a l’exterieur et non dans une banque securisée. C’est ce qui me dérange le plus lorsqu’on a affaire a ces gens.
Je regarde a gauche, a droite et derriere moi. On est juste en face du poste-frontiere, il n’y a que lui et moi. Ca ira.
J’echange mes lempiras contre des cordobas.

C’est bon, je peux partir rejoindre la prochaine ville.
Considerez le Mexique, le Guatemala et le Salvador comme la 1ere partie ; et le Honduras comme une sorte d’interlude.
Le Nicaragua, pour moi, c’est le debut de la seconde partie de ce voyage a velo.

Je parcours donc 5kms de plus jusqu’a la ville de Somotillo, a l’hotel Frontiera. La chambre a beaucoup de charme mais le seul probleme, c’est qu’il n’y a pas d’eau. Il faut tout faire avec le tonneau d’eau installé dans la douche, et le bol.
Ca me rappellera l’Indonesie… Pas de probleme pour le nettoyage des vetements et la douche. Par contre, je n’ai pas confiance en l’eau stagnante pour le brossage des dents : on fera ca a l’eau minerale.

23 Avril 2011
Mexico-Panama : 35eme jour

Je quitte Somotillo en longeant le volcan actif San Cristobal, le plus elevé du pays.

Le volcan San Cristobal

Tout roule parfaitement  pour ce 1er jour complet au Nicaragua. On est principalement sur de la plaine, et je contourne le volcan pour atteindre la ville de Chinandega. Les check-points s’additionnent mais il est rare que les flics m’arretent en pleine course. Parfois, ils me crient quelquechose. C’est souvent un « bonjour » ou une phrase d’encouragement que je ne comprends pas. C’est possible qu’ils me disent : « arrete-toi » mais je ne les regarde pas toujours quand je passe devant eux a tout allure. Dans tous les cas, ils ne sont pas du genre a prendre leur vehicule pour aller me rattraper.

Un check-point ou l’on m’arrete cette fois, je n’ai pas vraiment compris. Le flic devait etre de meche avec une ecclesiastique puisqu’il arretait tout le monde pour que la dame en question puisse distribuer un papier a chacun.
Elle me tend la feuille ecrit en gros : « Cristo te amo ». Elle commence a me parler. C’est le moment de sortir la phrase de secours : « No hablo español ». La fille le dit au flic, qui me laisse passer. Lorsqu’on m’aggrippe un peu trop, « no hablo español », c’est l’arme ultime.

Il est 15h17 exactement, mon compteur affiche 100kms. Au Mexique, apres 100kms, il aurait commencé a faire nuit. La, on est en pleine apres-midi. Les jambes se durcissent. Ca ne veut pas dire que je ferais 150 ou 160kms, il me reste 6kms avant de rejoindre Leon. Et ce sera tout pour aujourd’hui.

Je m’arrete sur un champ parce qu’il y a des mini-tornades inoffensives qui se créent assez souvent. Le tourbillon monte a 2m a peine pour la plupart, mais j’en ai vu monter a plus de 20m.

Ne cherchez pas, il n’y en a pas sur la photo. Au loin, ce sont les vaches qui remuent la poussiere

Tout se serait bien passé aujourd’hui si je n’avais pas crevé mon pneu quelques minutes plus tard.
On est a 4 ou 5 kms de Leon.

Un vieux marchand de glace passe devant moi et me dit quelque chose d’incomprehensible. Il stoppe son chariot pour me sortir une pompe a velo. Je lui repond qu’il faut changer la chambre a air.
Il me sort aussi une clé anglaise. Je commence les reparations en changeant la chambre a air. C’est ma derniere. Lui, bien gentillement, repare l’autre, pour que j’en ai une de secours. On passe plus d’une heure parce que l’embout de sa pompe a velo ne correspond pas a l’embout de ma chambre a air datant du Salvador.

Un jeune arrive et s’active pour faire entrer le maximum d’air. Ma roue n’ai pas parfaitement gonflée mais ca fera l’affaire.
Arrivé en ville, il fait presque nuit et je demande ou est-ce que je peux faire gonfler mon velo. On me recommande la station Texaco. Mais dans la station, meme probleme : l’embout ne correspond pas.

Je croise 2 jeunes qui m’invitent chez eux pour gonfler ma roue. Mais on s’apercoit qu’elle est a nouveau crevée. Je sors alors celle que le vieux marchand de glace m’avait reparé. Mais il l’avait tres mal raccomodé. Les rustines tiennent a peine. Il fait maintenant nuit noire et je suis toujours chez les 2 jeunes. Ils me disent que demain tout est fermé car c’est dimanche. Je dois reussir a reparer mon velo ce soir. Le pere de famille arrive pour rafistoller le pneu. Tout est a present bien gonflé,  je les remercie.
Ils m’indiquent un hotel. J’ai eu a peine 1km a parcourir que mon velo est de nouveau a plat. Ca n’a pas tenu.

J’ai l’impression d’avoir fait beaucoup de choses pour rien ce soir.
J’arrive dans le centre-ville, c’est la fete meme si je n’entends pas de musique. Beaucoup de stand de pizza et de boissons d’ouverts.
L’hotel est situé dans la rue principale. Je n’ai pas le coeur a sortir ce soir. Mon velo est a plat, et demain c’est dimanche. Que faire…

24 Avril 2011
Mexico-Panama : 36eme jour

Le gerant de l’hotel m’indique un stand de reparation finalement ouvert. Il me répare ma roue.
Finalement hier, j’aurais du trouver tout de suite un hotel et attendre le lendemain. Mais les jeunes m’avaient dit que la plupart des négoces etaient fermés le dimanche. Pourtant, en me rendant ce matin au centre-ville ce matin, pas moins de 2 marchands et reparateurs de bicyclettes etaient ouverts. Je fais l’achat de 2 nouvelles chambres a air.

C’est reparti, je quitte Leon, mais en chemin je casse le selecteur de vitesse des pignons (au Guatemala, j’avais cassé celui du passage des plateaux), mais je peux encore rouler sans forcer. J’irais le faire reparer demain, quand je pourrais. De toute facon, il n’y a rien sur la route.

Aujourd’hui c’est grand ciel bleu et un soleil qui cogne dur. La route que j’emprunte est tantot lisse, tantot chaotique ! Dans une descente, je perds mon drapeau de l’Auvergne. Il n’a pas bougé en 36 jours, comment a-t-il pu disparaitre… Je fais un demi-tour pour tenter de le trouver, en vain.

Sous cette chaleur, mieux vaut progresser parce que je n’ai pas l’impression qu’il y ait beaucoup de vie sur des kilometres. Si je passe trop de temps a le chercher, je consomme de l’eau ; et la ou je me trouve, j’ai peur de manquer.
C’est au moment ou j’abandonne mes recherches que mon pneu avant éclate. Je suis au milieu de nulle part.

Je repasse devant une ferme que je n’avais pas vu la 1ere fois. Je tente le coup. Un homme s’approche. Je lui demande une pompe a velo et une cle anglaise. Heureusement que j’ai acheté des chambres a air ce matin.

Je commence les reparations mais chaque fois que tu veux faire quelquechose, les gens veulent tout faire a ta place, par gentillesse. Toi, tu n’as plus qu’a regarder. Ils n’esperent meme pas un billet, c’est un reel esprit d’entraide.
Je lui donne finalement un petit billet, et si on considere que « les lois de l’offre et de la demande sont notamment basés sur la rareté d’un produit » (pas de pompe a velo et de cle anglaise a des kilometres a la ronde), j’aurais pu lui donner 10 fois cette somme.

Je peux repartir. Par contre, je ne vais pas tarder a manquer d’eau. Il est 12h30 environ. Le soleil s’abat sur mes epaules. Reflechissons…
Mieux vaut passer les heures chaudes a l’ombre pour pouvoir avancer plus facilement par la suite, en consommant moins d’eau.
Je decide de faire une sieste a l’ombre d’un arbre. Il est 14h et lorsque je me reveille, quelques nuages apparaissent et cachent le soleil de temps a autre. Merci…

Je roule plus facilement maintenant, jusqu’a voir…

…cette longue route

Je trouvais deja que ce paysage ressemblait au bush ; cette longue ligne droite me rappelle d’autant plus l’Australie.
Y’a-t-il de l’eau par ici ?
Je fais quelques kilometres avant de trouver un carrefour et une petite gargote vendant des boissons. Je fais le plein et je repars.

Cette ligne droite, caillouteuse, est interminable. Elle s’acheve finalement par une longue montee… Le matin, je ne dis pas, mais le soir, apres avoir parcouru 70 kms, cette cote d’une quinzaine de bornes n’est pas la bienvenue.

Apres 85kms parcourus depuis ce matin, c’est enfin l’heure de la descente. Le soleil se couche tres vite. Je pensais avoir le temps de rejoindre Masaya mais je dois m’arreter a Managua, la capitale. Et de toute facon, je sens encore des signes de faiblesse de la part de mon vélo. J’ai l’impression que les pneus se degonflent lentement.

L’hotel que je trouve est un tres bon hotel, plutot cher pour le Guatemala. Tres bon standing. J’ai la flemme d’aller comparer les prix dans toute la ville, surtout que le receptionniste m’annonce le prix en ajoutant que le petit dejeuner est gratuit et qu’internet est a disposition.
Un hotel aussi bon, je n’en ai pas fait depuis que je roule a velo. Par contre, je fais « tache » lorsque le receptionniste, vetu d’un 2 pieces, m’accueille lorsque moi, je viens de parcourir 100 bornes dans la poussiere d’une route defoncée, a dormir sur la terre, le T-shirt delavé et les cheveux en bataille.

25 Avril 2011
Mexico-Panama : 37eme jour

J’ai mal dormi et je n’ai pas vraiment la peche. Pourtant, j’ai dormi dans une chambre impeccable, climatisée, et j’ai pris le meilleur petit dej’ de ces 37 derniers jours. Mais j’ai mal dormi parce que mon velo a des problemes ; on ne passe pas une bonne nuit lorsqu’on sait que le lendemain, on doit chercher une solution pour reparer son moyen de transport.

Il est 7h30, je suis devant un vulcanizadora. Ils s’occupent des motos, scooters, taxi et velo. Mais leur materiel reste tres sommaire et il faut le dire, ils sont plus ou moins competents. Le mieux c’est de trouver un « reparaccion de bicicletta » ou « taller de bicicletta ». La, tu es sur qu’ils sont specialisés.
Mais je n’ai pas le choix, mes 2 roues sont presque a plat, je n’avance plus (en plus, la ville est batie sur plusieurs collines) et je ne suis pas vraiment en forme.
Le jeune répare une chambre a air. Pour l’autre, je lui donne une nouvelle. Le travail est terminé, je fais 10m a velo pour acheter un jus de fruit a coté, et j’entends PCHIIIIIII!!! Le pneu arriere se degonfle et je n’etais meme pas sur le velo. En plus de ca, c’etait la nouvelle chambre a air… Je retourne au vulcanizadora.
Le jeune tente de le reparer mais finit de l’achever. Je prends alors celle qu’il m’a reparé et que j’avais decidé de conserver en cas d’urgence. Desormais, je n’en ai plus une seule de secours.
Entre les autres clients et la lenteur du jeune, je reste plus de 2h30 au stand. Il est plus de 10h, le travail est finit mais vu ses faibles competences, je suis certain que le velo va me lacher d’ici peu.

Je parcours 30kms jusqu’a Masaya que je decide de depasser la ville parce que je suis lancé. Tant que je peux rouler, je roule.

Il est 13h30, je dois vraiment faire une sieste.

Il est maintenant un peu plus de 14h, je me remets sur le velo, debout, en pleine cote… ET-C’EST-RE-PAR-CRAAAAAAAC !!!
Le mecanisme de passage des vitesses a l’arriere se casse, et entre nous, j’en suis presque ravi parce que ca annonce une chose : la fin de la journee de velo. J’attendais d’avoir vraiment une bonne excuse pour arreter. En voila une bonne, je ne peux plus du tout avancer.
On est a 3kms de Masaya, je rentre a nouveau dans la ville. Un peu de descente et beaucoup de marche a pied.

Pour résumer : les freins sont morts (et depuis un moment), le passage des pignons tourne dans le vide, le mecanisme pendouille a l’arriere, ne tenant plus que par la chaine, le pneu s’est deboité et frotte contre la jante, et je dois faire reparer mes 2 pneus, tous les 2 en mauvais etat.

De retour a Masaya, je prends la peine de trouve un vrai marchand/reparateur specialisé dans le velo. J’ai du boulot pour lui.
15h30 debut des reparations. Je reste assis sur une table prévue pour les clients. L’un des 2 reparateurs me dit que mon velo n’est pas d’une excellente marque. En 37 jours, j’ai eu le temps de la constater…
Pourtant, sur la route, beaucoup de gens m’ont dit qu’il etait bien. C’est a cause de l’esthetique. Uniquement l’esthetique…

En fait, un probleme de velo, c’est comme un début de mal de dent : il faut s’y prendre tot, sinon ca empire.

17h30, fin des reparations. J’ai meme eu le temps de manger dans le comedor d’a coté.
Les chambres air, les roues, tout est neuf. Dans mon sac, j’ai desormais 3 nouvelles chambres a air de secours.
Tout marche a merveille.
Je parcours 2 kms a velo pour aller faire des courses : mon velo glisse sur le bitume, les nouveaux pneus sont plus fins, je ne force plus : un vrai bonheur.

Je prends un hotel bien placé, pret pour repartir demain.

26 Avril 2011
Mexico-Panama : 38eme jour

Voici mon plan d’attaque pour aujourd’hui. Partir tot. C’est ce que je fais en me levant a 4h30 ce matin. J’ai remarqué que le soleil se levait plutot vers 5h30. Autant rouler avec la fraicheur le plus longtemps possible.
Je quitte Masaya pour reprendre cette montee que j’avais abordé la veille. 8kms de cote. Le matin, je ne suis pas contre.

Ensuite, c’est une bonne descente dans la fraicheur de 6h30, au milieu de la foret. Oui, depuis le Mexique et le Guatemala, ca s’est plutot radoucit le matin.

Pour la suite, ce n’est que du plat. Et avec mes nouveaux pneus et un ciel un peu couvert, qui me protege du soleil, on va battre des records.

J’arrive a Rivas avant 11h et apres 75kms. C’etait ma destination de la journee, pensant que Rivas se situait bien plus loin…
Pause au Tip-Top, une chaine de fast-food local. Mangeons leger.

Je repars. Depuis un bon moment, je vois le volcan Concepcion.

Le volcan Concepcion

A present, je longe le lac sur lequel le volcan est posé. Je prends un sentier sur une cinquantaine de metre pour voir tout ca de plus pres. Je suis au bord du lac de Nicaragua :

Le lac de Nicaragua

En fait, le volcan Concepcion est sur l’ile d’Ometepe, elle-meme posée sur le lac de Nicaragua.
C’est l’un des plus grand lac d’eau douce du monde et le plus grand d’Amerique Centrale.

Et on y peche

Je longe le lac durant plusieurs heures. La presence du lac adoucit considerablement l’air ambiant. Les conditions sont ideales pour rouler.

Il est 14h25, je viens de franchir la barre des 100kms, et 10kms plus tard, je quitte le lac pour m’approcher de la frontiere, en pleine foret.

Miracle, juste a cote du poste-frontiere, je tombe enfin, un jour non-ferié, a l’heure d’ouverture des banques ; du moins, celle qui est en face de moi.
J’echange mes cordobas contre des colones.
1er coup de tampon de sortie du Nicaragua. Je passe une petite foret (pas de pont enjambant un fleuve en guise de frontiere cette fois-ci), puis j’arrive au 2nd poste.

Il est 16h30, j’entre au Costa Rica.
Pas de grand changement de paysage, vous vous en doutez. De la foret, que de la foret pour le moment.
Il y a aussi beaucoup de relief dans ce pays, c’est a prendre en compte. Et les collines commencent des la sortie du poste-frontiere.
Apres 110kms dans les pattes, ca fait mal. Je pose le pied a terre.
La descente n’arrivera qu’a l’entrée de La Cruz, la ou je m’arrete pour la nuit, dans un hotel tres basique.

128kms, record battu.

Je pars au comedor tenu par une mama souriante.
J’adore finir la journée par cette ambiance familiale, la mama qui me propose un seul menu, la tele branchée sur le « Plus Belle La Vie » espagnol et souvent, le chien, le chat ou les poules et les poussins circulant librement dans la piece.

27 Avril 2011
Mexico-Panama : 39eme jour

Levé encore a 4h30, je recupere mes affaires seches, comme tous les matins, la ou j’ai pu les etendre dans la chambre.
Quand un hotel propose l’air conditionné ou le ventilateur, je choisis presque toujours le ventilateur : c’est moins cher et surtout, les vetements sechent mieux durant la nuit.

Quand il n’y a absolument rien pour etendre ses vetements dans la chambre, le systeme, c’est la table retournée

Les sandoves tendues entre les pieds, je place les vetements dessus. Si le ventilateur au sol est rotatif ou s’il est au plafond, je place la table a coté du lit. Si il n’y a qu’un ventilateur fixe au sol, la table passe la nuit sur le lit avec moi (quelle douce présence…).
Quand tu n’as qu’une seule nuit pour laver et tout faire sécher, c’est le seul moyen que j’ai trouvé.

On décolle de La Cruz.
Il est 8h, je prends une petite photo du paysage, a l’intérieur des terres :

Le Costa-Rica, ce n’est pas que des plages

Il est maintenant 9h30, je fais une pause sur le bas-coté. Une pause… appelons ca plutot une petite sieste. J’ai bien roulé.

Au 57eme kms, j’arrive dans la ville de Liberia. Les rues sont larges et propres. Les batiments, dans un état correct, affichent les enseignes de marques connues. Des vigiles oui, mais pas armes. Le Costa-Rica a la taux de criminalité le plus bas d’Amerique Centrale. C’est aussi le pays ayant le plus haut niveau de vie. Le tourisme fait marcher les affaires. J’apercois d’ailleurs quelques tetes blanches en traversant la ville.

Ce pays me fait aussi un tres beau cadeau : les kilometres sont inscrits sur chaque panneaux.

Le ciel se couvre et le vent se leve. J’entends le tonnerre, pour la 1ere fois dans ce voyage a vélo, a l’Ouest et au Nord. Moi, je me dirige au Sud-Est, mais ca finira par me tomber dessus c’est sur.
Quelques gouttes au départ, je m’arrete pour mettre le K-Way car je sens que cette fois, ce sera de la grosse pluie. Je place le pancho sur les affaires, a l’arriere.
Et effectivement, c’est cette averse qui annonce véritablement le début de la saison des pluies. Il pleut fort, tres fort, jusqu’a ce que je ne puisse plus rien voir a plus de 15m. C’est la douche !
Je dois m’arreter. Je trouve une vieille gargote abandonnée pour m’y refugier. Il faut vraiment que ca se calme.
J’attends 20min avant de pouvoir repartir. Il pleut encore mais moins fort.

D’un coup, ca s’intensifie de nouveau, avec autant de puissance que la 1ere averse. Je parviens a rejoindre, trempé, une station essence, a l’entrée de Bagaces. La, j’y reste 45min avant que ca se calme vraiment.

Je repars. Et a nouveau, c’est l’averse. Je trouve une autre gargote abandonnée. Je n’avance pas. Il me reste 22kms a parcourir. Finalement, cette averse aura été la derniere. Plus une goutte.

Apres 22kms, j’arrive dans le 1er hotel de la ville de Cañas. Trop propre, donc trop cher. J’en trouve un autre qui ira tres bien. Ce soir, j’ai beaucoup plus d’affaire secher que d’habitude.
Beaucoup de choses ont quand meme pris l’eau. Mon sac a d’eau n’etait pas vraiment étanche…

28 Avril 2011
Mexico-Panama : 40eme jour

Pas de dégat en ce qui concerne tout mon matériel de voyage. Tout a séché correctement durant la nuit aux 4 coins de la chambre.

Je quitte Cañas pour parcourir quelques kilometres.

Le matin, c’est le brouillard léger. Quelques heures plus tard, c’est un grand soleil sans nuage.
Arrivé a 13h, un gros nuage envahi tout le ciel a grande vitesse. Puis, une grosse averse éclate, je dois me refugier sous un abri-bus.
Ca se calme, je reprends la route. Je dois maintenant prendre en compte – en plus du relief – le fait qu’il peut pleuvoir a tout moment.
La journée a été particulierement difficile justement a cause du relief : une suite de collines. Montée, descente, montée, descente… J’avance moins vite et je dois revoir mon itineraire a la baisse. J’arrive a 14h a Esparza, ce qui me laisse le temps de trouver Internet pour vous ecrire.

On avance… Des collines a perte de vue, de la pluie… mais on avance !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Mexico-Panama (7eme partie)

29 Avril 2011
Mexico-Panama : 41eme jour

Je pars d’Esparza. Un petit arret dans la ville pour faire regonfler mes pneus et c’est reparti.
J’entre dans les montagnes. Impossible d’etre sur le vélo, je dois poser le pied.
J’arrive dans un bar pour faire une pause lorsque je demande combien de kilometres il me reste avant de rejoindre San Mateo. Il me dit que ce n’est pas la bonne direction. Je le sentais venir…
A Esparza, je n’ai vu aucun panneau. Je lui montre mon plan. Il me dit que je suis sur la route de San Ramon. Je suis parti a l’Est au lieu du Sud-Est. Ce n’est pas catastrophique mais j’aurais bien voulu longer la mer aujourd’hui. Il faudra remettre ca a plus tard. Au lieu de ca, je pars en direction de la capitale San José. en plein coeur du Costa Rica. C’est un détour mais ca reste sur la route de Panama.
Allons-y ; hors de question de faire demi-tour. De toute facon, ou que j’aille, c’est de la montagne.
Les prochains jours seront difficiles.

Un terrain de football perché en montagne

J’arrive dans un restaurant. On me dit que le mieux, c’est de passer par San José car c’est relativement plat. Tres relativement. Ca reste effectivement plus abordable que la Cordillere de Tilaran que je viens de franchir.
Je parle quelques instants avec ce monsieur, mais vite parce que la route m’attend. Avant de partir il me dit :
– « Tu es italien ? »
– « Non »
-« T’es pas italien ? »

En parlant trop vite, j’ai du faire encore du bel Itagnol.
Mon objectif de la journée aurait été de rejoindre Cartago, mais j’arrive en fin d’apres-midi a San José, et le soleil se couche. Je traverse la ville et me place dans la direction de Cartago, en prevision pour demain. Le seul probleme, c’est qu’en sortant trop de la ville, je ne trouve plus d’hotel.
On m’indique le seul hotel dans le coin et c’est un hotel 4 étoiles…
C’est bien moins cher qu’en France mais c’est cher quand meme. A Managua, au Nicaragua, c’etait la meme chose : j’ai du prendre un tres bon hotel.
Allez, je le fais une seule fois pour dire que j’ai vraiment dormi dans tous les niveaux d’hebergement dans ce tour du monde. Mais c’est beaucoup trop pour moi. C’est du « sur-confort ».

30 Avril 2011
Mexico-Panama : 42eme jour

Je quitte tres vite cet hotel, ca ne me va pas du tout…

Aujourd’hui, ce sera difficile. A vrai dire, je sais des le depart que j’ai prévu trop de kilometres. Je dois aller a Cartago, mais entre Cartago et San Isidro (a environ 100kms de Cartago), il n’y a pas de village inscrit sur ma carte. Il va falloir compter sur la chance pour trouver ou dormir ce soir.
San Isidro, c’est tres loin et je n’ai pas d’autres choix que d’emprunter cette route.
Je quitte donc San José pour me rendre a Cartago, 22 kms a l’Est.
En chemin, je vois ecris : San Isidro a 121 kms… C’est sur et certain, je n’atteindrais pas cet objectif aujourdh’ui. Il va falloir trouver une habitation dans les montagnes.

J’arrive a Cartago et c’est le début de la Grande Ascension de la Cordillere de Talamanca.
Il est midi, j’ai fais 30kms depuis ce matiin, dont 16kms de cote.
Des montagnes a perte de vue, et pas de tunnel comme au Salvador.
Il est 13h, je passe la barre des 20kms de montée. Il fait frais mais je n’avance pas. En fait, c’est 1 ou 2h de pente, 15 secondes de petite descente et ainsi de suite…
Ca m’épuise rapidemment. Ca monte tellement que par endroit, je vais plus vite a pied.
Je suis au 27eme kms de cote et je m’arrete parce qu’il y a un restaurant, et surtout parce que mes jambes ne suivent plus.
Je demande au gérant du restaurant ou se trouve le prochain hotel. Il n’en sait rien mais il me dit qu’il dispose de cabañas (petit bungalow ou chambre d’hotel economique).
Il est 15h30, je ne reflechis pas longtemps avant de me dire : « STOP ! ». J’en ai marre, j’ai trop forcé aujourd’hui.

La chambre se situe a 20m en contrebas, dans la foret.
J’arrive a peine a descendre les quelques marches pour les rejoindre. Il me montre la chambre et me fais un bon prix. C’est vraiment la cabane de montagne, et tout le charme qui va avec :

Les cabañas
Mon toit pour ce soir

Je discute un peu avec Gerardo, le gérant. Il me dit que la grande descente tant attendue se situe au km 95. Ici, me dit-il, on est au km 56…
Je n’aurais jamais pu faire encore 39kms. Et meme demain, il faudra se lever tot.

Pour le moment je profite de la vue :

Du vert

Gerardo m’offre un café et me dit que mon espagnol est bon. Il ajoute que d’habitude, les touristes qui viennent dans son restaurant n’en parlent pas un mot. Je lui repond que les americains (qui sont nombreux a venir au Costa Rica) parlent peu l’espagnol.
Il confirme :
– « Oui, pas les gringos »
– « Vous appelez « gringo » les americains ? »
– « Oui »

Ce n’est pas péjoratif de le dire entre eux, mais ca devient une insulte lorsqu’il le dit a un americain qui se comporte mal. Ici, « Gringo » a la meme connotation qu’au Mexique.

Je profite aussi de la fraicheur de la montagne, ou devrait-on dire, de la froideur. Oui, J’AI FROID ! Il est 17h30, le soleil se couche et je suis dans le petit restaurant juste a coté d’une boutique d’artisanat.
Le brouillard s’installe.
Le restaurant est un « musée des antiquites ». Le proprietaire écume toutes les brocantes du Costa Rica pour collectionner ou bien revendre au plus offrants de vieilles machines a écrire, des appareils photos, cartes postales, radio, mallettes, sacoches, machetes.
Tout est accroché au mur.

Il fait nuit, je retourne dans ma cabane.

On est mieux ici que dans les grands hotels. C'est incomparable

La douche est froide et tout se refroidit a l’intérieur. On laisse tomber la lessive pour ce soir, rien ne sechera a cette altitude.
Je monte a l’étage du dessus ou il y a plusieurs petits lits, et sur l’un d’eux, une pile de couverture. Ce soir, ca ne sera pas la chaleur tropicale comme chaque nuit.

1er Mai 2011
Mexico-Panama : 43eme jour

Il est 4h30 du matin et il fait bien frisquet.
Je me réchauffe au cafe. Je souris en imaginant une brochure touristique avec la photo de ce que j’ai en face de moi :

Costa Rica : Ses cabanes, ses poeles a bois...

Le soleil se leve doucement et je me demande si je ne devrais pas faire les 1ers kilometres en pantalon et en veste.
Et puis non, les 39kms de montée que je dois parcourir ce matin me rechaufferont.
J’ouvre la porte de la cabane ; le chien, un berger allemand appartenent au proprietaire, est au pied de la porte.
Il entre dans la cabane et s’asseoit sur un tapis en attendant que je range toutes mes affaires.

Il est 5h30, c’est parti pour la suite de l’ascension. Je me réchauffe assez rapidemment et j’avance a un bon rythme.

Costa Rica : Ses montagnes, son brouillard...

15 minutes a peine apres avoir pris cette photo, le ciel se couvre et le brouillard s’epaissit.
Il est 10h, je viens de faire 30kms. Vivement la fin ; je suis quand meme sur la meme cote depuis hier matin !

J’atteinds enfin le sommet de la montagne Cerro de la Muerte qui culmine a 3491m.
Un peu plus loin, ca commence a descendre au 87eme kilometre. Le gerant se serait-il trompé ? Non, pour l’instant il a raison, puisque ca remonte au 93eme kilometre, jusqu’a ce que, quelques minutes apres, je vois enfin le panonceau « km 95 » ; un peu de plat sur quelques dizaines de metres et c’est la LIBERATION ! Je lache les pedales, c’est une immense descente.

Ce serait agréable si je n’avais pas autant froid, mais pas de quoi se plaindre, c’est que du bonheur.
Durant l’ascension, je me l’étais dit : « Si tu passes Cerro de la Muerte, tu gagnes Panama ». C’etait l’une des épreuves les plus difficiles de ce Mexico-Panama et je viens d’en arriver a bout.

Il faudra attendre bien plus d’une heure pour que l’air se réchauffe… et moi aussi par la meme occasion.
Un arret en pleine descente, pour me souvenir :

Ce que je quitte

Je passe a travers la foret tropicale. Ca me rappelle tantot le Mexique et la descente entre Huautla et Jalapa ; tantot, mon excursion a velo dans le Sulawesi, au milieu de la jungle.

Je n’ai aucun regret d’etre passé par la montagne. Bon c’est vrai, on se le dit surtout durant la descente…

77kms apres etre parti ce matin, j’arrive a San Isidro. Il est midi.
Je trouve une pizzeria. Allez, platrée de lasagne pour feter ca.
Je viens de passer le plus difficile du Costa Rica et peut-etre de tout ce voyage a vélo.

Il est 13h, on va voir la mer ?
Si je passe uniquement par les terres, j’aurais le regret de ne pas avoir vu les plages.
Je quitte San Isidro pour une dizaine de kilometres de hautes collines.
Ca pese un peu ces lasagnes…
C’est a ce moment que je me dis une chose : ca sent la fin de ce voyage car la suite, ce sera relativement plat, ou du moins, bien moins difficile que tout ce que j’ai pu endurer durant ce voyage.

Aprés l’ascension de ces hautes collines, ce n’est que de la descente jusqu’a rejoindre la ville de Dominical.

Je continue de rouler jusqu’a un bar. La gerante costa-ricaine me répond que la ville est a 4kms en direction de son doigt. Et son doigt indique la d’ou je viens… Comme d’habitude, j’ai encore depassé la ville. 2 touristes assis au comptoir me demande, en anglais, si je voyage a velo. Je leur demande a mon tour d’ou ils viennent. La dame, du Canada ; le monsieur, du Quebec. Voila comment parler 3 langues différentes en moins d’une minute…

Ils me disent qu’a Uvita, il y a plus de choix au niveau des hebergements. Ici, c’est plutot des 3 ou 4 étoiles. Ca, je n’en veux plus.
Je pars pour Uvita. Mais que vois-je…

Si on allait voir de plus pres...

A présent, on peut créer une belle brochure touristique :

Costa Rica : Son soleil, ses plages...

Je suis la, a marcher sur les galets de cette superbe plage et je me rend compte qu’en une journée, je suis passé de 3491m…

A 0 metre...

Il y a pleins de coins sympas au bord de la plage, et bien isolés. Qu’est-ce que je donnerais pour avoir ma tente…

Je poursuis ma route sur 15kms encore jusqu’a entrer dans Uvita, ou je trouve un hotel pas trop mal.

125kms au compteur aujourd’hui, dont la moitié de descente.
C’etait une superbe journée. De la montagne, de la plage, pas une goutte de pluie et des paysages magnifiques sur tout le chemin.

2 Mai 2011
Mexico-Panama : 44eme jour

Je pars d’Uvita en direction de l’Est. Je continue de longer l’océan durant quelques kilometres. J’entre au Parc National Marino Ballena, une longue plage protegée.

Une petite photo parce que c'est vraiment trop beau
Il est a peine 6h30 du matin; il fait frais et tout est calme

Au revoir l’océan, on se retrouve a Panama.
Je rentre a nouveau dans les terres.
Beaucoup de chaleur maintenant, mais les paysages valent vraiment le detour (sans faire de detour, ca suffira).
De la foret sur des kilometres. Quelques collines a passer de temps en temps mais la route reste relativement plate si on compare a celle de la veille !

J’en aurais vu des animaux durant ce voyage a vélo. Entre les chevaux, les cochons et les poules que je vois au bord de la route, je trouve aussi des serpents vivants ou ecrasés, de petits crabes lorsqu’on longe la mer, des grosses chenilles, des crapeaux, des grenouilles, des corbeaux qui mangent ce que les automobilistes ont renversés sur la route (chiens, chats et meme chevaux et anes). Je trouve aussi des agoutis (rongeurs d’Amérique centrale) et putois ecrasés (qui sentent encore lorsque tu passes a coté d’eux), de nombreux papillons qui ne parviennent pas a t’eviter lorsque tu es en pleine descente, des oiseaux multicolores, des colibris, des pic-vert.
Je n’en ai jamais vu, mais il y aurait aussi des tatous, des tamanoirs et meme des jaguars.

Un check-point ou 2 sur la route, mais personne ne m’a arreté.
J’ai beaucoup roule – 116kms – et j’arrive dans la ville de Neily ou je trouve un hotel convivial et tres simple.

C’est mon dernier soir au Costa Rica et je finis ma journée par un comedor. Je suis a 18kms de la frontiere.

3 Mai 2011
Mexico-Panama : 45eme jour

Je quitte Neily a 5h30 et 18kms plus tard, c’est le Costa Rica que je laisse derriere moi. C’etait un pays magnifique. Venez au Costa Rica autant pour les plages que pour les montagnes. Les 2 en valent la peine.

J’arrive au poste-frontiere. Pas de probleme pour le coup de tampon de sortie du Costa Rica.
Puis, je me rend au 2nd poste pour enfin entrer :

A Panama !

Il est 7h40 et je roule dans le 7eme et dernier pays de ce voyage a vélo (et le 20eme de ce tour du monde).

J’empreinte l’Interamericana qui m’amenera jusqu’a la ville de Panama, dans une poignée de jours. Pour le moment, je roule. Je sue a pleines gouttes. Il fait tres lourd aujourd’hui.

J’arrive dans la ville de La Concepcion en milieu de matinée. Je me rend dans une 1ere banque qui refuse d’echanger mes colones. Le banquier me dit : « c’est seulement a la frontiere qu’on peut les echanger ».

Devant un distributeur, je ne peux retirer que des dollars. En fait, tout fonctionne en dollar a Panama meme si la monnaie officielle est le balboa (aucune piece ou billet n’est a l’effigie de Rocky, si c’est pas malheureux…). Le balboa se calque sur le cours du dollar. Du coup, lorsque tu payes, tu peux avoir un mélange de 2 monnaies en retour.

L’Interamericana a de larges bas-cotés. Pas besoin de s’écarter lorsqu’une voiture passe. A l’intérieur des villes c’est plus dur. C’est d’ailleurs a la sortie d’une ville qu’un mini-bus me fait une queue-de-poisson pour se ranger a un arret. Je pile pour ne pas me prendre l’arriere du vehicule. Je repasse devant lui en cognant sa portiere gauche d’un bon coup de poing. Pas un coup de klaxon, rien… Les mini-bus sont déja tellement cabossés…
Avec le recul, je regrette. Oui, je regrette de ne pas lui avoir pété son rétro d’un coup de coude ! J’ai vraiment frolé l’accident.
Tout ca pour dire que je ne rencontre pas que des gens sympas, surtout sur la chaussée.

J’ai perdu du temps a la frontiere et en retirant de la monnaie. Mais je rattrape tout ca sur une route faite de plat et de légeres montées.
En revanche, il fait vraiment tres chaud. De la vraie chaleur tropicale.

Il est 15h30, j’arrive dans un comedor et j’en profite pour demander a combien de kilometres se situe Las Lajas, ma destination d’aujourd’hui. Moi j’ai calcule 120 bornes sur mon plan. Eux, me disent encore 20kms, ce qui nous ramene au km117 sur mon compteur… On tombe a peu pres d’accord, je ne suis plus tres loin.
Et pourtant, il est 17h30, j’arrive dans un village et ce n’est pas Las Lajas ; j’arrive dans un autre village, et ce n’est toujours pas Las Lajas.

A la station-service, j’interroge un groupe. L’un me dit : « encore 8kms ». C’est precis, je lui fais confiance.

Le soleil se couche, j’arriverais au tout début de la nuit. Et bien non ! Encore une fois, on m’a donné un chiffre incorrect. Les kilometres defilent et je n’apercois toujours pas la ville. Il fait nuit et je vois un peu de lumiere en haut de la colline… raté… ce sont les phares d’une voiture.

1h que je roule dans l’obscurité en suivant la ligne blanche du bas-coté. Ciel étoilé, le tonnerre gronde au loin. Je dois atteindre qu’une voiture passe pour voir les kilometrages sur mon compteur.
Je vois enfin de la lumiere, c’est une station-service, l’entree de Las Lajas.
Je leur dis que je cherche un endroit pour dormir. Il me repond : « Playa ! ». Non, certainement pas, la plage de Las Lajas est a 15kms au sud, et ca ferait 15kms a refaire le lendemain pour retrouver l’Interamericana.
Il me dit finalement qu’il y a un petit hotel dans le « Las Lajas-du-bord-de-route ».

Je m’y rend. Je sonne. La dame accourt pour me dire : « Désolé, c’est complet »
Alors ca, je ne m’y attendais pas du tout… Ca ne m’étais encore jamais arrivé. Je lui demande ou est-ce que je peux trouver un endroit pour la nuit.
Elle me repond : « Au restaurant Hermanos Fernandez ». Ce n’est pas trop loin. Je suis deja passé par ce restaurant mais il n’apparait nulle part qu’on puisse y dormir.
Et pourtant, le gérant m’amene dans l’arriere-cours, vers l’un des 2 dortoirs dont il dispose, laissé a l’abandon (ou alors entretenu qu’une fois par an). Mais il me change les draps d’un lit, branche le ventilateur et me donne 2 serviettes propres et du savon. Je suis le seul a dormir ce soir :

Un peu glauque mais au moins, j'ai un toit

Je mange dans son restaurant avant de retourner au dortoir faire ma lessive et… écraser un cafard.

Aujourd’hui, j’ai explosé mon record sans le vouloir : 142kms. Celui qui m’avait dit : « 8kms », c’etait en fait « 17kms ». Quant a moi, j’ai fait une erreur de pres de 25 bornes.
Sur mon plan, ce pays apparait de la meme taille que les pays précédents. Or, Panama est presque 2 fois plus long que le Guatemala ou le Salvador. Ca a du m’induire en erreur.

4 Mai 2011
Mexico-Panama : 46eme jour

Petit café que je fais chauffer a meme le sol, comme d’habitude, a la gaziniere. J’écrase un autre petit cafard avant de quitter le dortoir.
Direction Santiago.

Le trajet est assez difficile. Je profite des quelques descentes, mais les cotes sont longues : une suite de collines sur des dizaines de kilometres et une chaleur etouffante des 6h30 ! C’est d’ailleurs beaucoup plus une question de chaleur que de montée. Pas un nuage, le soleil cogne.

De temps, je trouve une pulperia (une mini-superette) et heureusement, parce que je fais une bonne consommation d’eau.
Il est 10h30, je suis deja épuisé. Je fais une sieste derriere une de ses pulperia, a l’ombre d’un arbre.

Les pulperias ne proposent aucun menu et j’aimerais bien trouver un comedor . Il aura fallu attendre 14h pour en voir un ; car avant ca, les pulperia ne te donnent pas un grand choix : chips ou biscuits.

Apres un bon riz/poulet, et la digestion passée, ca va beaucoup mieux. Les nuages sont desormais de la partie et la route tend a s’aplanir au bout de 8 kms de trajet.

J’ai entendu plusieurs « Gringo » durant ma route. Au Costa Rica, pas une seule fois.
Parfois, les gens essayent de te parler anglais, lorsqu’ils voient que tu as des difficultés a comprendre ou parler espagnol. Je leur dis que je ne suis pas americain et j’ajoute :  » Vous pouvez parler en espagnol, je comprends un peu ». Je ne veux pas passer pour un touriste durant ce voyage a vélo. En ce moment, je suis un voyageur, pas un touriste.

Au bout de 113kms, j’arrive a Santiago, que je dépasse de 4 ou 5 bornes, persuadé qu’il y a un hotel en sortie de ville. Raté…

J’interroge 2 jeunes au bord de la route. Ils me disent que tout est en centre-ville. Je voyais Santiago beaucoup plus grand et donc pourvu de plus d’hotel.
On ne va pas tenter le diable, je retourne a Santiago.

Hotel de classe moyenne…

...avec une vieille télé en prime

Tiens, le Nouveau Testament est de retour sur la table de nuit.

5 Mai 2011
Mexico-Panama : 47eme jour

Je décide de me lever 30 minutes plus tot pour décoller a 5h. La journée sera longue.
Route assez plate, nuages, j’ai bouffé du lion aujourd’hui : je passe la barre des 50kms juste avant 8h.

Je m’arrete dans une station-service. Je viens de passer une bonne montée, et une fillette arrive pour me vendre un sachet de cacahuetes. Je lui dis non et entre dans la station pour acheter quelques provisions. En ressortant, je regrette un peu de lui avoir dit « non » un peu sechement. J’etais essoufflé, elle ne m’a pas laissé le temps de respirer.
Assis sur une table exterieur, je la vois avec un garcon de son age vendre tous les 2 ces sachets de cacahuetes.
Au moment ou elle passe devant moi, je lui achete finalement 1 sachet.
Elle repars en direction des clients qui viennent de se garer sous le préau de la station. Elle et le garcon reviennent me voir quelques secondes plus tard pour me demander d’ou je viens.
C’est surtout moi qui leur pose des questions. Ils ne sont pas frere et soeur mais viennent du meme village d’a coté. La maman de la fillette travaille et tous les 2 vendent des cacahuetes chaque jour. Aucun d’entre eux ne va a l’ecole.
C’est dur d’entendre ca, ils ont l’age de mes neveux et niece et leur ressemble un peu. Ils ont le sourire et son poli. Je leur donne a chacun un petit paquet de chips que j’avais acheté il y a 5 minutes. Je n’aurais jamais fait ca dans un lieu touristique, car, comme je l’avais dit en Inde, le touriste ne dois pas passer pour la vache a lait. Ici, en l’occurence, je suis de passage dans un endroit absolument pas touristique. En plus, ils ne reclamaient rien.
A peine j’empoigne mon velo pour repartir, je les vois proposer des cacahuetes aux clients, la bouche pleine de chips.
Ces enfants sont loin d’etre un cas isolé. En Inde, j’etais parvenu a voir tout ca comme une fatalite, un « This is India » tellement ils marchent sur la tete.
Ici, c’est plus dur.

J’avale les kilometres. Au bout de 79 bornes, crevaison… ca faisait longtemps. Un habitant d’une maisonnette isolée ne dit qu’il n’a pas de quoi réparer et m’indique du doigt l’entrée du prochain village.
Et c’est parti pour 1 petit kilometre a pied.

J’arrive dans un vulcanizadora, et lui donne une chambre a air neuve. J’ai toujours les 3 que j’avais acheté au Nicaragua. D’ailleurs, c’est officiel, le Costa Rica aura été le seul des 7 pays ou je n’ai effectué aucune reparation sur mon vélo.

Je mange a midi dans le comedor a 10m du vulcanizadora. Pret a repartir, les pneus bien gonflés.
Le seul probleme, c’est qu’il ne peut pas changer les quelques rayons cassés de ma roue arriere. J’espere simplement que ca tiendra jusqu’a la fin.

Je repars. Je passe la ville de Penonomé, d’Anton, puis je longe l’océan sans le voir ; trop loin…

Il est 1h30, je passe la barre des 100kms.
En fait, je n’ai pas vraiment prévu de destination, j’avais simplement l’idee de rejoindre la mer. J’arrive aux 143kms. Record battu. Je m’arrete dans une superette pour demander l’hotel le plus proche. Il me reponds a San Carlos, a 20kms. Je me mefie un peu maintenant.
S’il a raison, ca va faire juste pour moi : je roulerais un peu dans la pénombre.
Mais en regardant un panneau, je vois ecrit « San Carlos 9.2kms ». Ca c’est une bonne surprise.
Conclusion : les habitants te disent soit la moitié, soit le double de la vraie distance…

152kms au compteur, record pulvérisé. Ce sera également le record pour ce voyage a vélo.
Vous savez pourquoi ? Parce qu’on est a 90kms de la ville de Panama.
C’est pour demain !

6 Mai 2011
Mexico-Panama : 48eme (et dernier) jour

C’est la raison pour laquelle j’ai fait beaucouop de kilometres la veille : en avoir le moins possible pour mon dernier jour.

Je pars a 5h30 et je vais a un bon rythme, sans negliger les pauses.
Les 30 premiers kilometres se font sans probleme. Quelques collines a franchir sur une dizaine de kilometres seulement.

Je supplie mon velo pour qu’il tienne le coup jusqu’a Panama. Je supplie aussi mon compteur a velo qui affiche le symbole « clé anglaise » sur le cadran depuis une semaine.

J’en suis a 50kms. Pause repas a 10h (je suis decalé).
On me propose des spaghettis. Parfait pour attaquer la suite.
Je repars sur l’Interamericana, mais je dois faire un détour dans un village en bord de route pour faire le plein d’eau.
Je suis a moins de 20kms de Panama.

Le ciel se couvre, les nuages sont noirs. J’aurais esperé ne pas avoir de pluie pour mon dernier jour ; mais entre un probleme de vélo et la pluie, je choisis la pluie.

Je me mets a penser a tout ce trajet parcouru, a toutes ces epreuves endurées. Je me souviens lorsque j’étais a Mexico et que j’effectuais des tests sur mon vélo devant l’hostel, le jour ou je croyais que j’allais partir ; un couple d’americains m’avaient demandé d’ou je venais et ou est-ce que je me rendais a vélo.
J’ai dis :
– « Panama »
A cela, l’américaine m’avait répondu :
– « Waaahooo… et vous etes parti d’ou ? »
– « De la… j’ai fais 5 metres… »

Il commence a tomber quelques gouttes. Je peux encore rouler sans probleme. J’en suis a plus de 70kms.
J’attaque une bonne descente. Panama étant au niveau de la mer, c’est bon signe.

Il est 13h, c’est la derniere montée, j’apercois le debut du pont au-dessus du Canal.

Check-point en pleine cote. Il font signe de m’arreter. On est a 50m de l’entrée du pont. Ils me posent tout un tas de question. Mais toujours sympas comme d’habitude. Ils me posent aussi et surtout des questions parce qu’ils sont interessés de savoir d’ou je viens et tout ce que j’ai fait a vélo durant ces 48 jours.
La pluie s’intensifie pendant que je leur parle. Au bout de 10min, ils me laissent partir.
Je fais une trentaine de metres jusqu’a un monument qui commémore les 150 ans de la présence chinoise a Panama.
C’est un tres bon endroit pour prendre 2 photos, durant une courte accalmie.

Le pont (on apercoit au loin le sommet des plus hauts gratte-ciels de Panama)
Le Canal de Panama

La pluie regagne d’intensité. Je me réfugie sous le préau de ce monument, dans une sorte de kiosque. Je partage ce petit espace avec 2 motards (et leur moto) venus aussi se réfugier. J’attends que ca se calme. Il est 14h, le tonnerre gronde encore.
J’ai le sourire parce que je suis arrivé au bout de ce voyage a vélo en 1 seul morceau. Je n’explose pas de joie pour autant. Je me dis simplement : « C’est fini », et c’est une étrange sensation…

La pluie continue, les motards, eux, sont repartis.
La fatigue et la tension retombe pendant que je patiente a l’intérieur de ce kiosque. Je tombe de sommeil.
Au réveil, je suis allongé sur l’un des petits bancs, mon sac a dos en guise d’oreiller. Il est 15h30, et il ne pleut plus.

Je quitte enfin le kiosque pour traverser le pont. La banlieue de Panama n’a rien d’intéressant. Je la traverse.

Ca y est, j’y suis. Je suis a Panama !

Je n’ai pas de « ligne d’arrivée » précise. Je me suis dis que l’arrivée sera la photo finale.
Je prends une rue au hasard, un viaduc au hasard pour arriver pile-poil ou je voulais, le long de la cote avec les gratte-ciels comme toile de fond.

Chaque soir, j’ai reporté sur une feuille les kilometres parcourus durant la journée.
Je les ecris ici pour calculer et aussi pour me rappeler :

Mexico – quelque part : 49,9kms
Quelque part – Oxtepec : 62,1kms
Oaxtepec-Tetela del Volcan : 39,5kms
Tetela del Volcan – Atlixco : 41kms
Atlixco – Amozoc : 52,3kms
Amozoc – Tehuacan : 123kms
Tehuacan – Coaxcatlan : 40kms
Coaxcatlan – Teotitlan : 25,3kms
Teotitlan – Huautla : 64,5kms
Huautla – Jalapa : 62,5kms
Jalapa – Tuxtepec : 63,4kms
Tuxtepec – Maria Lombardo de Caso : 119kms
Maria Lombardo de Caso – Palomares : 63kms
Palomares – Matias Romero : 36kms
Matias Romero – Niltepec : 77kms
Niltepec – Arriaga : 102kms
Arriaga – Tonala : 24kms
Tonala – quelque part : 51kms
Quelque part – Escuintla : 102kms
Escuintla – Huixtla : 33kms
Huixtla – Ciudad Hidalgo : 81kms
Ciudad Hidalgo – Mazatenango : 100kms
Mazatenango – Escuintla : 99kms
Escuintla – Cara Sucia : 126kms
Cara Sucia – Playa Dorada : 65kms
Playa Dorada – Comalapa : 93kms
Comalapan – Usulutan : 93kms
Usulutan – Santa Rosa de Lima : 99kms
Santa Rosa de Lima – San Lorenzo : 77kms
San Lorenzo – Somotillo : 94kms
Somotillo – Leon : 101kms
Leon – Managua : 100kms
Managua – Masaya : 30kms
Masaya – La Cruz : 128kms
La Cruz – Cañas : 103kms
Cañas – Esparza : 73kms
Esparza – San Jose : 90kms
San Jose – km56 : 50kms
Km56 – Uvita : 125kms
Uvita – Neily : 116kms
Neily – Las Lajas : 142kms
Las Lajas – Santiago : 113kms
Santiago – San Carlos : 152kms
San Carlos – Panama : 90kms

C’est bon, le calcul est fait.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, je vous annonce la fin de ce voyage a vélo :

Mexico- Panama "Expedition Auvergne 2011" 3570,5kms en 48 jours

Mon vélo ne m’aura pas fait de sale coup pour la derniere journée, et mon compteur aussi aura tenu jusqu’au bout.

Je rejoins le backpacker que j’ai booké. C’est dans le Casco Viejo, le vieux quartier qui surplombe la ville nouvelle.
J’etais au Mexique lorsque j’ai fais la reservation. J’avais pris pour 3 nuits a partir du 5 mai…Je ne suis pas tombé bien loin.
Je n’ai pas pu leur dire que j’aurais du retard puisque je n’ai pas eu accés a Internet pendant des jours.
J’arrive a l’hostel. C’est la, en arrivant au pied de cette auberge de jeunesse que je me suis vraiment dit : « C’est terminé, il n’y a plus aucune distance a parcourir ».

Dans le backpacker, de la jeunesse, partout. Ca fait un peu beaucoup lorsque tu viens de passer plus d’un mois et demi dans des hotels calmes (en général…). Des backpackers, je n’en ai vu aucun durant ce voyage. Je n’aurais jamais pu fonctionner de cette maniere, ne serais-ce que pour des questions d’horaires. Je me levais a 4h30 les matins, et… dans une auberge de jeunesse, c’est souvent l’heure a laquelle la plupart se couche.

Me voici donc de nouveau dans un backpacker, le dernier étant celui de Mexico. Le coin est sympas, et Panama a l’air d’etre une bonne ville avec des quartiers agréables a visiter.
Mais accordez moi un peu de temps avant de reprendre la casquette du touriste. J’ai beaucoup de choses a faire.

J’attache mon vélo au rez-de-chaussée, puis je me rends a la réception a l’étage. Pas de probleme pour décaler les dates, et sans payer de supplément. Je pars au comedor, a quelques rues de l’auberge, puis je fais un détour par la superette pour acheter un deodorant, histoire que les jeunes survivent lorsque je passe trop pres d’eux.
Apres une douche, me voici devant Internet pour vous ecrire la 7eme et derniere partie de ce Mexico-Panama. C’etait une formidable aventure.

Je n’ai pas fait de pause de 24h depuis le Honduras ; demain matin, c’est grace matinée… si j’y arrive.
En regardant l’horloge du backpacker, je constate 1h de plus par rapport a ma montre. J’ai encore traversé tout Panama avec la mauvaise heure. A vrai dire, je fonctionnais plus avec le soleil qu’avec ma montre.

Je reste quelques jours a Panama, le temps de souffler, et de tout régler.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Miracle à Panama

7 Mai 2011

Je prends le taxi ce matin avec 2 américains de Los Angeles. Eux vont a la plage ; pour moi ce sera le quartier El Dorado, au Centre des Courriers.

C’est bien ce que je craignais, mon sac a dos est retourné a l’adresse d’expédition, c’est-a-dire la d’ou je l’ai envoyé : Oxtepec au Mexique…
Ils l’ont gardé 15 jours réglementaires ; moi, j’en ai mis plus de 40 pour venir jusqu’ici depuis Oaxtepec. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi l’hotel n’a jamais vu l’ombre d’un colis portant mon nom…

On me donne un numéro au cas ou le colis serait arrivé dans la seconde poste de Panama. La fille ajoute qu’il ne faut pas trop y croire. C’est quasiment sur qu’il soit retourné a l’expéditeur. C’est fermé aujourd’hui, il faudra que j’appelle seulement lundi. J’écarte completement l’idée de le retrouver ici, a Panama.

J’ai gardé l’adresse de cet hotel, a Oaxtepac. Je ne sais pas vraiment quoi faire. Je dois deja les contacter pour savoir si ils l’ont. Ca attendra demain, de toute facon, je dois désormais faire sans et organiser mon sac a dos pour que tout puisse rentrer : j’ai des choses a acheter comme des vetements supplémentaires neufs. A part ca, j’ai presque tout ce qu’il me faut d’essentiel.

Je suis au centre commercial d’El Dorado et je passe la journée dans les boutiques. En fin d’apres-midi, j’ai quasiment tout.

Il fallait que je m’en occupe aujourd’hui. Demain, c’est dimanche.
Retour en taxi au backpacker

8 Mai 2011

Tout est fermé aujourd’hui. Le chauffeur de taxi de la veille m’avait dit qu’il connaissait peut-etre quelqu’un d’interessé par mon vélo. Il m’a laissé son numéro.
Je l’appelle ce matin. Nous convenons d’un rendez-vous devant l’hotel a 9h. J’attends depuis deja 1h. Il ne vient pas.

J’ai le temps de discuter avec les membres du backpacker : anglais, canadiens, israelien et un seul autre francais, qui me fait savoir que 2 autres francais voyagent a vélo, et resident dans cet hostel. Chaque membres a sa petite histoire, et lorsqu’ils me voient en train d’attendre avec mon vélo posé contre le mur, moi aussi, j’ai ma petite histoire a raconter…

Je remonte a la réception pour téléphoner a nouveau au chauffeur. Il me dit qu’il arrive dans 30min. J’attends encore plus d’1h30…
Tant pis, je pars faire quelques courses pour cuisiner au backpacker. En tentant de le joindre une 3eme fois, il a coupé son portable… Pas sérieux l’animal.

Je décide de partir a vélo en interrogeant les gens pour savoir ou je pourrais le vendre. Je pars d’abord dans le quartier des affaires. Non, ce n’est pas vraiment le bon endroit. Le mieux, c’est d’aller errer dans les quartiers, les ruelles, la ou se passe le petit commerce quotidien, meme un dimanche.

Un commercant me dit d’aller au mercado. En m’y rendant, un type me fait une remarque sur ma roue avant. Je n’ai pas compris ce qu’il vient de me dire, mais je lui fais savoir que mon vélo est a vendre pour 50 dollars.
Il appelle un autre type. Je lui dit que tous les accessoires sont compris dans le prix. Ce second type amene le velo en retrait de la rue pour le place a l’entrée d’un vieil hangar.
Ils ne sont pas vraiment du genre commode, mais je ne montre aucun signe de vulnérabilité sur le visage et mes négociations.

Au final, il me donne 45 dollars a prendre ou a laisser. J’en reclame 5 de plus, puis j’insiste une nouvelle fois. Le 1er type me conseille de ne pas en demander plus. L’endroit est un peu « coupe-gorge » a vrai dire. Un 3eme type est d’ailleurs apparu entre temps. Ca sent l’accrochage si j’insiste une fois de plus.
A 3 contre 1 a l’entrée d’un hangar, j’y laisserais surement quelques plumes… Je les fixe quelques secondes, puis je regarde les 45 dollars dans ma main.
Bon… on va éviter la confrontation pour 5 dollars.

Je repars avec un léger sourire : autant que ce soit eux qui héritent de ce vélo dont les vitesses ne passent pas toujours, et les quelques rayons cassés de la roue arriere.
Mais c’étaient les imperfections de ce vélo qui en a fait son petit charme… snif…
Voila, la derniere fois que j’ai vu ce vélo aura été dans un vieil hangar de Panama, vendu au marché noir, dans des conditions…mémorables.

Je suis desormais libre de quitter Panama et j’ai l’apres-midi pour visiter Casco Viejo.

De ce coté, vous connaissez deja
Iglesia San Francisco, dans le Casco Viejo
Une ruelle de Casco Viejo

 

Ce quartier est construit sur une peninsule rocheuse, plus facile a defendre a l’époque
Le quartier n´est pas immense, et pourtant il y a l´Ambassade de France (la seule ambassade de Casco Viejo) ; car il faut savoir que les francais ont joué un role important a Panama.

 

 

Le Canal
A la fin du XIXeme siecle, apres l´achevement du Canal de Suez, le glorieux francais Ferdinand de Lesseps fut contacté. Mais Lesseps sous-estima fortement l´ampleur du chantier et, durant les travaux, plus de 22000 travailleurs de France, Guadeloupe et Martinique moururent de la malaria et de la fievre jaune. Tout fut interrompu durant un temps jusqu’ a ce qu’ un des ingénieurs de Lesseps accepta finalement de vendre la concession aux américains, ayant flairés l’opportunité financiére de cet échec francais.
La Plaza de Francia rend hommage aux role de la France dans la terrible construction du Canal.
L´Ambassade de France sur la Plaza de Francia
Je serais bien entré a l’intérieur mais c’est dimanche…
Je rentre au backpacker.
9 Mai 2011
Je me réveille vers 5h30 parce que mon taxi pour l’aéroport est en fin de matinée et j’ai encore une ou 2 choses a faire. Pendant le petit déjeuner, je rencontre les 2 francais qui voyagent a vélo. En fait, ce sont un francais et une suisse. Vélos neufs qui viennent de France avec porte-bagages sur les cotés… bref, tout ce qu’il faut. Je leur fais savoir – non sans fierté – que je n’ai trouvé qu’un vélo bas-de-gamme avec un porte-bébé comme porte-bagage…
Ils sont partis du Costa-Rica, descendent au Chili pour remonter jusqu’a Buenos Aires. Ils se sont donnés 1 an. Il faut bien ca, je pense. Ils me disent aussi qu’ils m’ont vu a vélo sur la route, aprés Santiago, quelques jours auparavant. Ils ajoutent qu’a ce moment, ils etaient escortés par un camping-car de touristes lorsqu’ils m’ont doublé… LES TRICHEURS !!!
Je quitte le backpacker et passe plus d´une heure a trouver une poste qui n’existe que sur le plan. Tant pis, je peux remettre ca a plus tard.
Je passe ensuite a l´Ambassade de France pour m’entretenir avec quelqu’un au sujet de mon sac a dos. Je voudrais quelqu’un de bilingue pour téléphoner a l’hotel de Oaxtepec au Mexique, et savoir si ils ont mon colis en leur possession. La personne a l’accueil de l’Ambassade me donne un nom a contacter, accompagné d’une adresse mail. Je retourne au backpacker (c’est a a peine 10min a pied) pour ecrire mon mail expliquant mon probleme.
Ca va etre long comme processus avant que mon sac n’arrive en France. Il faut que l’accueil de l’hotel de Oaxtepec se renseigne sur le coup d’envoi ; que je leur envois ensuite l’argent ; qu’ils le recoivent et enfin, qu’ils l’expedient. Et tout ca en espagnol, par l’intermediaire de l’Ambassade d’un pays que je quitte dans a peine 2h..
Je pars ensuite dans le dortoir pour ranger mes affaires. Je retourne sur Internet car je n’ai pas noté le nom de mon futur backpacker, ni l’adresse. L’Ambassade m’a répondu. La dame me dit de passer pour qu’ensemble nous téléphonions a l’hotel. Je n’ose pas lui répondre que mon taxi est dans 2h a peine, ce serait mettre de la mauvaise volonté. Je dois me dépecher en esperant qu’elle me recoive vite.
10 min plus tard, je suis a nouveau a l’Ambassade. La dame me recoit 25 min plus tard. Autant qu’elle me voit physiquement pour qu’on puisse continuer a communiquer sur l’avancé de cette histoire de colis…
Elle a imprimé mon mail et a tout compris, pas besoin de lui répéter.
Elle appelle l’hotel dans un espagnol impeccable. Ils ne l’ont pas recu. Peut-etre que c’est a la Poste de Oaxtepec, pour je ne sais quelle raison.
Je me souviens alors soudainement qu’avant-hier, le Centre des Courriers d´El Dorado m’avait donné le numéro de l’autre poste, pour me consoler dirons-nous. Je parviens a le retrouver dans mes papiers et lui donne pour qu’elle le compose.
Elle s’explique plusieurs minutes, et au bout d’un moment, tout en parlant au téléphone, elle tend son pousse en l’air en me regardant. C’est pas vrai, ils l´ont… Mon sac a dos est a Panama !
En raccrochant, la dame me dit qu’il se trouve au service courrier du centro commercial de Los Americas. Je me leve d’un coup en lui remerciant chaleureusement. Puis je sors de l’Ambassade a toute allure.
J’ai 1h pour retrouver mon sac, retourner au backpacker et préparer mes affaires avant que le taxi n’arrive…
Je sors de l’Ambassade et me met a courir dans les ruelles en criant ¨TAXI !!!¨. J’en attrape un en plein vol :
– ¨Centro commercial de Los Americas por favor¨
Il va a toute vitesse dans les ruelles de Casco Viejo, puis ressors du vieux quartier. Ce n’est pas aujourd’hui que je lui dirais de ralentir…
J’arrive au centre commercial et je cours a l’interieur.
Je trouve finalement le service des courriers, et a travers les multiples vitres du centre, j’apercois mon sac !!! Toujours sous plastique depuis 1 mois et demi.
Apres quelques formulaires a remplir, l’employé libere le colis de son plastique, puis me le donne enfin.
DANS MES BRAS !!! J’AI FAILLI NE PLUS JAMAIS TE REVOIR DE CE TOUR DU MONDE !!!
Je pars vite pour reprendre un taxi, direction le backpacker. J’essaye de caser mes affaires supplémentaires, mais du coup, j’ai beaucoup de choses en double, pensant ne plus jamais revoir mon sac. Il va falloir charger au maximum.
Il est 11h, mon taxi arrive. Direction l’aeroport international.
 Je quitte Panama alors qu’il vient de se mettre a pleuvoir des cordes. Heureux et triste a la fois de quitter cette ville que j’avais tant espéré voir un jour, durant ces semaines de vélo. J’ai vendu ce vélo, mais j’ai retrouvé par miracle mon sac a dos.
Pendant que je quitte ce quartier puis cette ville, je me dis : « tout s’est finalement arrangé » ; et je retrouve rapidemment la motivation pour continuer ce tour du monde comme avant : a pied, en bus, en taxi, en bateau, en avion…
J’espere ne pas avoir trop perdu la main !
Mais j’ai la peche. Enfin… pour le moment, alors que je suis en train de manger dans l’aéroport, toute la tension retombe. Je suis fatigué par cette matinée pleine de rebondissement, mais tres éreintante. Je pars dormir sur un siége en attendant l’heure d’embarquement.
Hier, alors que je parlais devant l’hostel avec le francais. J’en ai profité pour lui demander si il était vraiment dangereux d’accéder en Colombie par la route. Dans les livres, j’ai vu ecris « dangereux » et « potentiellement suicidaire ». Il a vécu 5 ans en Colombie et me disait que la frontiere entre Panama et la Colombie était officiellement fermée, qu’il fallait payer les paramilitaires a coup de backshich, sans parler de la présence des FARC. Cette frontiere est l’une des plus dangereuse au monde. Et c’est la raison pour laquelle l’hostel proposait uniquement l’accés par voie maritime.
Le seul probleme, c’est que ce ne sont pas des liaisons par ferry mais par bateau de plaisance, donc plus cher. En plus, ca dure 5 a 6 jours puisque les compagnies de plaisance te font passer par des plages paradisiaques. C’est sympas mais c’est 400 dollars…
Je n’avais plus qu’une seule solution : l’avion, que j’ai booké hier qui m’a coute la moitié du prix par rapport au bateau. J’avais surtout vraiment envie de tenter l’aventure par voie terrestre, mais le francais a bien insisté : la frontiere est fermée. Pour passer, c’est tres risqué. On ne tentera pas…
Il est 15h15, je prends le vol Panama-Cartagena.
1h05 de vol seulement. Et pas de soucis pour dormir pendant ce laps de temps.
Il est 16h20, je suis en Colombie.
J’échange dans l’aéroport mes dollars contre des pesos colombiens.
Cartagena, c’est au Nord de la Colombie. On est de retour coté Atlantique (que j’avais laissé a la Nouvelle-Orleans), en mer des Caraibes.
Je longe d’ailleurs la mer dans un taxi pour rejoindre le Chill House Backpacker, en plein coeur de la vieille-ville.
L’endroit est vraiment sympas.
Mais la nuit va bientot tomber et je dois partir au supermarché du coin pour quelques courses.
Apres cela, je prends enfin le temps de vous décrire ces 3 jours de folie a Panama : entre revente de velo dans un quartier mal famé, visite du Casco Viejo, et ces quelques heures décisives qui ont précédé mon départ d’Amérique Centrale.
Panama, aura été l’Arrivée et le Nouveau Départ. Maintenant, c’est derriere moi.
Place a l’Amérique du Sud !
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !