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Tour du monde – 3 – Asie

« Vaincre le dragon »

16 Novembre 2010 (suite et mauvaise fin)

Fallait que ca arrive (encore…), je suis de nouveau malade. Ca doit etre les fruits de mer de midi. On veut absolument manger local et voila ce que ca donne. J’ai passe la nuit a faire des allers-retours entre mon lit et les chiottes, la tete dans la cuvette.

17 Novembre 2010

La plage de Sengiggi et le jus de coco, j’en aurais pas vu la couleur. Par contre, je sais combien de plaque de polystyrene il faut pour habiller le plafond de la chambre de la guethouse ; et combien de temps le ventilateur met pour faire un demi-tour complet.
Je prends mon courage a 2 mains pour acheter de l’eau vers 12h. Mais j’ai comme des vertiges. Et je n’ai toujours pas faim. Je me rendords jusqu’a 14h.
Est-ce que c’est de la fievre ou simplement la chaleur ? Avec la tete qui tourne, je commence a me poser des questions. Il est 18h. Le soleil se couche. Je pars manger un morceau dans le resto juste en face.
J’espere vraiment que c’est les fruits de mer qui m’ont rendu malade et pas un de ces moustiques…

18 Novembre 2010

Ca va un peu mieux mais il est rare qu’un aliment me fasse un effet aussi nefaste et surtout, aussi longtemps (d’un autre cote, j’ai dis la meme chose pour la charcuterie turque…). Mais j’ai toujours la tete qui tourne, et la encore, je me pose des questions. Est-ce que c’est parce que j’ai trop dormi ces dernieres 24h (ca le fait parfois) ?
En attendant le car qui m’amene pour 3 jours de voyage dans l’Est du Nusa Tengarra, un des co-gerants me demande si ca va. Je lui dis que j’aimerais simplement savoir si j’ai de la fievre.
Il me dit qu’il peut m’amener voir un medecin. Je lui reponds que j’ai 25min avant que le car n’arrive.
En echange d’un billet, il me repond : « OK » ! et me fait signe de monter sur sa moto.
J’arrive dans la clinique de Sengiggi. Etablissement tres propre et accueil anglophone. Le medecin me recoit pendant que son assistante controle ma tension.
Je passe l’epreuve fatidique du test-fievre.
Verdict : « No fever »!
Halleluyah !!! Il me confirme que c’etait tres certainement les fruits de mer.
J’avais vraiment besoin d’etre sur avant de partir pour 3 jours.
C’est toujours impressionant d’avoir des problemes de sante que tu n’as jamais rencontre auparavant, surtout dans un pays etranger et qui plus est, cette fois-ci, en pays tropical.
C’est quand meme ma 3eme clinique en 3 mois et pour 3 nouveaux cas differents. Encore une petite dizaine et je suis rentre…
Le medecin me prescrit quelques medicaments pour l’estomac ; il est 9h moins 2 minutes, j’attrape de justesse le car.
C’est bon, je suis pare pour 3 jours d’excursion.

En passant par une compagnie locale, on a l’assurance de connaitre un certain folklore pendant la duree de l’excursion. A commencer par le bateau que nous prenons apres avoir traverse Lombok d’Ouest en Est. Il ressemble a un vieux chalutier auquel on aurait ajoute un pont superieur couvert en guise de dortoir pour tout ceux qui, comme moi, n’ont pas pris de cabine. Matelas fourni. Meme en camping, j’en avais pas un si bon.
Nous nous rendons vers notre 1ere ile : Perama Resort. Plage de sables blancs et eaux turquoises d’ou nous debarquons par un petit bateau a moteur.

Perama Resort et notre bateau au loin

Nous passons une bonne partie de la soiree sur la plage. L’ambiance est bonne. Beaucoup de gens de mon age qui ont prefere faire ce trajet ,comme moi,  par economie.
Nous rentrons au bateau qui nous amene durant la nuit vers notre nouvelle destination.
19 Novembre 2010

Nous debarquons sur l’ile de Satonda, au Nord-Ouest de Sumbawa (qui est la plus grande ile du Nusa Tengarra) et arpentons les 1815m de la plus haute colline de l’ilot, pour avoir un tres bon panorama sur son lac interieur en contrebas.

L'ile de Satonda

Nous reprenons le bateau pour debarquer sur une plage de Sumbawa. Au programme, baignade et snorkelling (visite des fonds marins seulement en masque et tuba).
A peine nous quittons l’ile que les cochons sauvages envahissent la plage. Spectacle de raies manta tout autour du bateau. Elles font en moyenne 4 ou 5 metres de long. Impressionant, d’autant qu’il est assez rare d’en voir autant.

Nous partons en pleine nuit pour le clou de cette excursion… :

20 Novembre 2010

…l’ile de Komodo ! Depuis mon arrivee en Indonesie, je n’ai pas vu une ile plus belle et plus mysthique que celle-ci.

L'ile de Komodo

Les dragons regnent en maitre dans un decor reste totalement sauvage. A cela s’ajoute l’obligation de ne pas parler trop fort pour ne pas les exciter. Du coup, on entend simplement le bruit de nos pas sur l’herbe, le gemissement de quelques animaux, et le bruit constant des insectes ; ce qui rend l’atmosphere plus authentique meme pour un groupe de 20 personnes.
Au bout de seulement quelques minutes, nous croisons les premiers specimens.

Les dragons de Komodo

Fascinant. Ils se deplacent tres lentement mais restent extremement dangereux.
Pendant ces 2h ou nous marchons dans la foret, on en croise d’autres ainsi que des cochons sauvages et des cerfs.
On ne peut qu’apprecier le panorama – deja tres beau depuis le bateau – une fois au sommet de la plus haute colline de l’ile.
Komodo est preservee et le sera, je pense durant tres longtemps tellement il est difficile et couteux de s’y rendre par ses propres moyens.

Nous repartons en bateau pour debarquer quelques heures sur une plage de Komodo. Je dois etre le seul a me soucier que les dragons peuvent venir de derriere…Anti-conformisme : je fais face a la foret et pas a la plage !

En repartant, sauts de dauphins dans la mer de Flores, sur la route qui nous mene a Labuanbajo, justement sur l’ile de Flores.
En 3 jours, nous avons vu une grande richesse faunique et c’est, avec l’ile de Komodo et la bonne ambiance au sein du bateau, ce que je retiendrais de cette belle excursion.

Arrive a Labuanbajo, je trouve ce que je croyais etre un bon losmen (la version modeste de la guesthouse). En tout cas la vue etait quant a elle, magnifique :

Labuanbajo
Port de peche de Labuanbajo

Je depose mon sac au losmen pour revenir au bateau prendre un dernier repas entre ceux qui font le trajet retour, ceux qui restent ici comme moi, et les nouveaux, qui font l’aller Labuanbajo-Sengiggi.
En retournant au losmen, je croise un tres joli cafard dans ma chambre. Je l’ecrase apres quelques minutes d’une lutte acharnee. Mais c’est en eteignant la lumiere que plusieurs insectes commencent a se faire entendre. Je rallume la lumiere et constate seulement a ce moment que le plastique qui recouvre le sol est moisi le long des plinthes, elles-memes pourvues de nombreux trous creuses par je ne sais quelles autres bestioles. Ca grouille d’insectes entre les plinthes et la cloison qui separe les chiottes.
Impossible de dormir dans ces conditions, je pars chercher un autre hotel, plus cher mais plus propre.
A 23h30, ca n’a pas ete simple d’en trouver un mais j’y suis parvenu.
21 Novembre 2010

Apres une bonne nuit dans cet hotel aux chambres carrelees avec air-conditionne, je pars au petit matin a la recherche d’un hotel a prix moyen, moins onereux, pour y rester 2 nuits.
Et c’est apres m’etre bien installe que je vous ecris ces quelques lignes : un melange de turista, de dragons de Komodo et de cafards. D’un cote, les belles choses que j’ai vu ; et de l’autre, ces mesaventures que je dois toujours surmonter seul…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

A l’arrêt

22 Novembre 2010

Je passe la journee a prevoir le reste de mon parcours en Indonesie. Il ne me reste plus beaucoup de temps par rapport a tout ce que j’avais decide d’entreprendre avant mon arrivee.
Mais les distances sont longues et je dois prendre en compte les facteurs « infrastrutures insuffisantes » et « routes defoncees ».

Fierté
Quand tu expliques quelque chose a un indonesien, ou lorsque tu lui demandes un renseignement, il ne te diras jamais qu’il n’en sait rien et preferera sourire ou te sortir un « yes » completement inutile. Ca peut etre agacant parce que tu ne sais pas si il n’a pas compris la question ou s’il ne connait pas la reponse. Alors tu repetes, tu fais des gestes, tu insistes. Ca peut durer longtemps. Ton sang-froid est mis a rude epreuve.

La colonisation neerlandaise n’a pas forcement laisse un nombre important de vestiges dans le Nusa Tengarra. On peut meme dire qu’il n’y a rien. On vient ici esentiellement pour la faune, la flore et les plages paradisiaques. Ce que j’ai fait. Et c’etait pas mal du tout.
J’attends desormais autre chose de la part de Sulawesi…
23 Novembre 2010

J’embarque a 14h a Labuanbajo (Flores) sur un enorme ferry en direction de Bira, la pointe sud de l’ile de Sulawesi (en francais, les Celebes). Celle-ci, vous ne pouvez pas la louper sur une carte du monde.
J’ai attendu ce bateau seulement 3 jours. Je dis « seulement » car il fait le trajet de Flores a Sulawesi une seule fois toutes les 2 semaines. J’ai plutot de la chance pour ce coup.
Je pars donc pour le Sulawesi du Sud, au Nord, toujours dans l’hemisphere Sud. Vous me suivez ?

Chaque passager a son lot de valises et de cartons.
En prenant la classe « ekonomi », tu as forcement moins de confort que les cabines avec air conditionne, mai c’est ici que tu trouveras le plus de vie.
Chacun prend 3 places pour s’allonger (4 pour moi – ils sont touts petits ces asiatiques – ) ou dorment directement par terre ; ce que je m’apprete a faire car les rebords de chaque sieges te rentre dans la chair.
J’etends mon « sac a viande rembouré » (la seule chose que j’ai garde du Nepal) pour l’etendre au sol. Ca fera l’affaire pour… 18h de trajet.
Il y a un comptoir ou on peut acheter des boissons et des pates bouillies ; et ou ils passent les musiques les plus niaises a un niveau sonore trop elevé.

Je rencontre un francais. Il est producteur executif de films animaliers ; a moitie en vacance, l’autre moitie en reperage pour un eventuel tournage en Indonesie. Forcement, nos discussions tournent autour de dragons, de cochons sauvages et de raies manta.
Les indonesiens fument beaucoup mais le bateau est largement ouvert sur la mer des 2 cotés. Si tu te places sur les cotés tout va bien. Quand tu restes au milieu du bateau, tu creves de chaud.
Megots et detritus jonchent le sol. Je les pousse d’un coup de pied pour installer mon campement.
Un match de foot passe sur une petite tele. On entend a peine les commentaires tellement la musique est surpuissante… On deambule, on passe le temps. Bref, ici, ca vit.
Il est 22h, la musique s’arrete enfin.
24 Novembre 2010

Il est 3h du matin. Je me reveille a 20cm d’une paire de pieds sales.
Escale sur une ile proche de Sulawesi. On embarque, on debarque, et la musique reprend de plus belle… Ca n’a l’air de deranger personne. Les gens sont quotidiennement habitues au bruit. Pour moi, c’est la fin de ma nuit, meme avec des boules Quies ! De toute facon, je ne trouvais plus une position comfortable sur ce parquet. Je place mon sac a viande dans un sachet. Il est bonpour la laverie.
Quelques heures apres, j’apprends finalement que le bateau fait plusieurs detours avant de se rendre a Bira. On arrivera qu’a 16h.
Je me rendords sur les chaises tant bien que mal.
Apres 26h de bateau, je prends une voiture amenagee en compagnie du producteur, pendant 4h en direction de Makassar, a l’Ouest.
Je rejoins enfin l’hostel, epuise par ses 30 dernieres heures de trajet.
25 Novembre 2010

Que dire d’autres sur Makassar sinon qu’elle est la 5eme ville d’Indonesie et qu’elle ne presente aucun interet, a part celle d’etre le point de depart pour le Nord de l’ile.
Petit dejeuner dans la piece commune. L’hostel est correct. La tele est allumee et diffuse les infos. Le gerant nous sert un the et une omelette. Je rencontre un breton (ils sont partout!). Il est un peu blasé par la durete  de son voyage. Il est reste trop longtemps sur l’ile et les difficultes liees aux manques d’infrastrucutres et la chaleur n’a pas arrange son moral.
Je le rejoins un peu dans le sens ou moi, je viens d’atterir comme lui dans une ville (Makassar) qui n’a aucun interet majeur et qu’il me faudrait encore une journee complete pour rejoindre le site naturel que j’ai selectionne, plus au Nord.
Une seule chose m’en empeche aujourd’hui : la flemme !
Il fait effectivement particulierement chaud a Makassar et j’ai passe ces 2 derniers jours dans les transports. Je n’ai pas le courage de repartir.

Du coup, on reste dans la piece, on parle de ce qu’on a parcouru dans le passe, tous les pays qu’on a traverse, comment on est arrive ici, dans la piece commune du New Legend Hostel de Makassar. Il fait vraiment chaud, on discute au ralenti avec le bruit de fond d’une tele aux images gresillantes, le battement sourd du ventilateur au plafond et le leger ronflement du gerant qui vient de s’endormir par terre.

A ce moment, je pense a une nouvelle strategie pour Sulawesi : faire une longue distance une bonne fois pour toute et rester plusieurs jours au meme endroit, de preference un endroit interressant. C’est le seul moyen d’avancer sans etre degouté par la route ; quitte a finir de temps en temps a l’etat de zombie apres une vingtaine ou une trentaine d’heures de trajet.

Mon programme pour aujourd’hui ? Attendre la fin de cette « flemingite aigue » en esperant trouver la motivation pour partir des demain.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Jours du Seigneur

26 Novembre 2010

Ca y est, j’ai bien dormi dans ma chambre climatisee et mes vetements sont propres de la laverie d’hier. Je retrouve donc la motivation pour partir ce matin.
Je quitte Makassar.
Je prends un bemo qui m’amene dans une mauvaise direction et qui me depose en face de cars qui n’ont absolument rien a voir avec ma prochaine destination.
Le bemo s’en va et je ne sais pas ou je suis dans la ville. Je connais le nom de ma compagnie de car et la ville que je veux rejoindre, c’est tout.
J’entre dans une sorte d’agence ; et apres quelques gestuelles et 2 ou 3 mots d’indonesien que j’ai eu le temps d’apprendre, on me met dans un taxi en direction de la station.

Apres 11h de car, j’arrive en pleine nuit dans la region du Tana Toraja.
On voit des illuminations de Noel un peu partout.

Quoi ? Des illuminations de Noel ?
Isolés dans leurs montagnes, les Toraja sont longtemps restés à l’écart de la religion musulmane dans l’archipel indonésien. Mais la progression des echanges maritimes a fini par permettre la diffusion de l’islam, notamment au Sud de Sulawesi. Pour contrer cette influence, dans les annees 1920, des missionnaires neerlandais entreprirent de convertir les Toraja des hautes terres au christanisme.

Meme si le mode vie des grandes villes du Toraja ne differe que tres peu du reste de l’Indonesie musulmane, on trouve pour autant des croix, des eglises (catholiques et protestantes) et quelques chapelles dans divers endroits de la ville de Rantepao ; la ou je decide de m’installer pendant quelques temps.

A peine descendu du bus, un indonesien me demande d’ou je viens et commence par la suite a me parler dans un francais plutot correct. Je suis tres etonne. C’est vrai ! Vous avez deja rencontre beaucoup de francais parler indonesien ? Je n’ai pas pris la peine de lui demander ou il l’avait appris, mais je compte bien le decouvrir.
Mon hotel s’appelle « Wisma Maria I » (meme le nom des hotels rappellent la chretiennete), et a part des biscuits degueulasses, je n’ai rien avale durant 11h. J’ai le temps d’aller manger dans le restaurant d’en face.
Apres m’etre installe, une personne s’approche de moi pour discuter. Il parle un bon anglais et ce n’est pas le seul ; une assez bonne proportion le parle plutot bien ici.
Ma premiere question est : « Je viens de rencontrer quelqu’un qui m’a parle francais, vous savez ou est-ce qu’il aurait pu l’apprendre ? »
Il me repond qu’il y a plusieurs ecoles a Rantepao ou on apprend l’anglais, le francais, l’italien et l’espagnol. Il me dit que c’est pour le tourisme ; mais je pense aussi que c’est a cause de leur religion qu’on pourrait qualifier « d’occidentale ». Et il me le confirme car meme dans les hauts lieux touristiques (bien plus qu’ici), je n’avais pas rencontre une aussi grande proportion de gens sachant parler anglais.

Je me rends compte que mon hotel est juste en face d’une eglise protestante.
Par contre, n’imaginez pas l’eglise traditionnelle avec ses absides, son chevet, ses contreforts, etc… Ici, pas de basilique ou de cathedrale. Ca ressemble plutot aux eglises evangeliques qu’on peut trouver en France, avec une architecture d’aspect « cubique ». Pour les eglises catholiques, certaines possedent la structure typique en forme de croix, avec sa nef centrale et son clocher. En revanche, elles sont tres recentes, au crepis blancs, comme celles qu’on trouve aux Etats-Unis.

Il est surprenant d’arriver a Rantepao, une des principales villes du Tana Toraja, en plein coeur de Sulawesi, et de voir toutes ses illuminations avec ce petit air frais (on est a 700m d’altitude) qui vous rappelle d’un coup l’imminence des fetes de fin d’annee.

27 Novembre 2010

Beau temps sur Rantepao.

Vue depuis l'hotel. L'eglise protestante est juste en face

Je loue un VTT a quelques pas de l’hotel.

Le passé trouble du Sulawesi Central
Les conflits ont eclate en 1998 et c’est parti d’une simple bagarre entre un musulman et un chretien dans une grande ville. 2 groupes paramilitaires de chaque religion virent le jour en 2000, et s’engagerent dans une lutte acharnee. Armes de machettes, d’arcs, de fleches, autant que de bombes artisanales et d’artillerie lourde, chacun tinrent sa position, Tentena pour les chretiens, et Poso et Palu pour les musulmans.
Meme si un traite de paix fut signe en 2002,  au total, 1000 personnes furent tuees jusqu’a la fin de l’annee 2006. Le conflit s’est relativement calme depuis 2007.
Aucun touriste ne fut pris pour cible, mais la meme chose s’est produite entre chretiens et musulmans dans les Moluques, l’archipel indonesien a l’Est de Sulawesi. Comme quoi, la paix ne tient qu’a un fil. Mais ils ont l’avantage de parler tous la meme langue. L’Indonesie, malgre ces centaines de dialectes differents possede une certaine unite linguistique. Le Bahasa Indonesia se parle dans toutes les iles, meme si pour la majorite, ce n’est pas leur langue maternelle. Une des cles de la reussite est la facilite deconcertante de cette langue : pas de grammaire ou de conjugaison et tres peu d’exception. C’est l’avantage majeur pour une unite dans l’ile de Sulawesi et dans toute l’Indonesie.

En parcourant les rues de Rantepao, je vois 2 eglises catholiques, l’eglise  protestante juste a cote et un seule mosquee. Du coup, on entend un peu moins fort le muezzin ; et moins souvent j’ai l’impression. Peut-etre une des conditions pour que puisse cohabiter durablement ces 2 fortes identites religieuses.

Je me rends a Bolu, au marche traditionnel. En gros, le marche « traditionnel », c’est la meme chose qu’une suite d’etalage comme on peut en trouver dans n’importe quelle rue d’Indonesie ; a part qu’on y ajoute la vente de cochons, de buffles, et qu’on se permet d’etaler le poisson en plein soleil. L’Inspection des Fraudes aurait du boulot ici.
C’est bruyant et les gens negocient fermemement. Je pense qu’il faudrait me payer pour que j’achete quelque chose ici.

L’apres-midi, je parcours, toujours a VTT, les environs de Rantepao ou je vois de nombreuses tongkonan (habitations traditionnelles des Toraja).

Le Tongkonan est le lieu de rassemblement familial

 

Il n'est pas rare de voir plusieurs Tongkonan alignes. Un pour chaque famille

On pense que l’incurvation du toit – aspect incontournable du Tongkonan – represente les cornes d’un buffle, l’animal-fetiche des Toraja, symbole de richesse et de pouvoir. Il occupe une place tres importante dans les ceremonies religieuses, quelle que soit la religion. On peut voir egalement sa tete sculptee a l’entree de certains Tongkonan, et partout, on retrouve statues et silhouette de l’animal.

 

Un village du Toraja

 

 

Un petit bout du Tana Toraja

Je pars ensuite en direction de Ke’te Kesu (non, je n’ai pas fait une faute de frappe), connu pour son ensemble d’habitats traditionnels.

Tongkonan de Ke'te Kesu

La particularite des Tongkonan est qu’ils ne peuvent etre ni achetes ni vendus. Un Tongkonan reste aux mains de la meme famille pour toujours. Mais le manque de confort de ces habitations a conduit peu a peu les familles a vivre dans des maisons toutes neuves construites juste a cote de leur Tongkonan.
Par le passé, Ke’te Kesu abritait une tradition funeraire assez particuliere : celle des tombeaux suspendus. En s’enfoncant un peu plus dans la foret, on trouve des caves a l’interieur desquelles le defunt reposait dans un tombeau.
J’entre d’ailleurs dans une de ces caves en compagnie d’une allemande et d’un groupe de jeunes filles accompagnant la dame. L’interieur de la grotte fait 80m de long et on trouve ca et la, de nombreux ossements.
En ressortant, je vois finalement ces tombeaux suspendus a la falaise :

Tombeaux suspendus de Ke'te Kesu

J’ai le temps de voir uniquement le Sud de Rantepao aujourd’hui.
La nuit tombe. Je rentre.

28 Novembre 2010

C’est dimanche, on entend les cloches sonner de l’eglise catholique. Dans beaucoup d’endroits (cafes, restaurants…), j’entends a la radio ou (de la bouche des gens d’ailleurs), des celebres chansons de Noel traduites en Indonesien tels que « Merry Christmas » ou « Jingle Bells ». Hier soir, un concert de rock, rythme par de nombreux « Halleluyah » se tenait dans l’eglise protestante.
L’air est frais le matin, rien a voir avec Makassar. Si la temperature grimpe un peu en journee, ce n’est pas une chaleur humide. On respire.
En prenant le petit dejeuner, j’entends « Douce Nuit » en indonesien, chanté en coeur.
Je baigne dans une atmosphere vraiment particuliere ; melange entre islam national, maisons traditionnelles, chretiennete, illuminations (dans tous les sens du terme) et chants de Noel.
La messe de l’eglise protestante m’intrigue : je les entends vraiment chanter avec ferveur.
J’enfile un pantalon et un tee-shirt a manche longue, histoire d’etre un peu presentable, et je traverse la rue.
Je reste devant la porte ouverte jusqu’a ce que l’assistant du fond m’invite a m’assoeir. L’interieur carrelé ressemble a n’importe quelle salle polyvalente de France, et le pasteur tient un discours vetu d’un costume-cravate, tantot calme, tantot elevant la voix. Les gens sont bien habilles. Robes a fleurs pour les femmes, chemise sous un pull sans manche pour les hommes. Tout est en indonesien (forcement) et la messe a debute depuis longtemps.
Chacun tient une bible entre les mains. Je me leve lorsque les gens se levent, mais je reste discret au fond de la salle, assis juste a cote de l’assistant. J’en profite quand meme pour lui poser quelques questions. Il s’appelle Jerry. Au passage, j’ai rencontre deja 2 John depuis mon arrivee, et ce ne sont pas franchement des noms couramment utilises dans le reste de l’Indonesie. Meme pour les prenoms, les missionnaires ont l’air d’avoir bien fait leur travail. Il est « apprenti pasteur » et me traduit quelques mots des psaumes retranscris en direct sur 2 ecrans geants. Le pasteur reste debout sur l’estrade, une main sur son pupitre, l’autre main tenant le micro.
La messe est rythmee par un orchestre de « rock classique » : batterie, guitare, clavier et de 5 chanteuses formant le choeur gospel.
La encore, n’imaginez pas une scene de « Sister Act » ou les gens se mettent a pivoter sur eux-memes tout en tapant des mains ou bien James Brown entammant une danse Soul comme dans les « Blues Brothers ». Les gens chantent debout, certes avec entrain, mais sans bouger.

Je m’eclipse avant la fin de la messe pour louer le meme velo que la veille.
Direction le nord de Rantepao.
Sincerement, je ne regrette pas d’avoir fait autant de kilometres. Cette richesse culturelle et religieuse vaut vraiment le detour.

 

Cette eglise est une illustration parfaite du Tana Toraja. Melange entre religion et tradition, avec son toit avancé en forme de corne. Elles ne sont pas toutes comme ca.
Vue de face. Le travail de gravure sur bois est propre a tous les Tongkonan

Les paysages sont vraiment superbes. On cultive le riz et le ble notamment. La plupart des cultivateurs sont coiffes d’un chapeau que nous appelons grossierement « chapeau chinois ».
Le fond de l’air est frais. C’est vraiment agreable de rouler avec un bon VTT dans ces contrees.

Un autre petit bout du Tana Toraja

Je continue a grimper.

C'est un vrai buffle qui se trempe dans la boue. On attache une boucle en fer dans son museau qu'on relie a une corde plantee au sol

Mon ascension est rythmee par de la foret et quelques rizieres de ce genre :

Rizieres

De 700m, je monte progressivement durant 3h jusqu’a plus de 1300m.

Un dernier petit bout du Tana Toraja a plus de 1300m d'altitude

J’ai passe 2 jours complets vraiment agreables dans le Tana Toraja. Les habitants de cette region sont vraiment aimables. Ils n’insistent pas pour te vendre quoique ce soit. Aucune agressivite commerciale.
Durant mon ascension, j’ai entendu je ne sais combien de « Hello Mister ». Ils ont le sourire aux levres, chantent et plaisantent facilement. Il n’y a pas de moqueries chez ce peuple des montagnes, comme j’ai pu en subir a Sumatra parfois et a Java ; exception faite, encore une fois, lorsque j’etais dans les hautes terres du volcan Bromo. Ca confirme bien la regle comme quoi l’humilite regne lorsqu’on monte en altitude et que travail, effort et esprit d’entraide forment le quotidien. Le Nepal en a ete le premier exemple pour ce voyage.

La route a ete longue, mais j’ai croise tellement de gens aimables, qu’on en oublie la difficulte.
Je redescends la montagne a bon rythme en evitant les quelques ornieres.
En bemo, ca aurait ete l’horreur. A velo, c’est du pur bonheur !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Le Coeur du Sulawesi

29 Novembre 2010

Je quitte Rantepao pour 6h de bus.
Il y a quelques temps, un certain Salman a vu que j’etais en Indonesie par le biais du site Couchsurfing. Il m’a propose de venir a Soroako, a l’Est du Sulawesi et j’ai accepte sans savoir quel jour j’allais exactement arriver.
C’est seulement ce matin que j’ai pu lui confirmer av ec certitude de mon arrivee en fin d’apres-midi.
Rendez-vous a l’hotel de police Wasuponda dans la ville de Soroako.
J’arrive vers 17h et bien sur, mon portable ne parvient pas a emettre. Je demande a l’un des flics d’appeler Salman, et ce dernier m’explique qu’il m’attend au poste de police dans la ville de Wasuponda.
Ah ! en fait, ce que je ne savais pas, c’est que Wasuponda etait une ville… Et elle est a 25kms de la ou je suis.
Sans aucun probleme, le flic me dit que Salman vient me chercher a moto.
J’attends patiemment jusqu’a ce qu’il arrive. Et la premiere chose que je lui dis c’est : « desole, je croyais que tu habitais a Soroako et que Wasuponda etait le nom de l’hotel de police ». Il me dit qu’il n’y a aucun probleme.
Nous faisons le trajet de Soroako pour Wasuponda, a l’Ouest. J’etais passe devant il y a 1h a peine…

Salman a 25 ans, il est programmeur informatique chez INCO, une multinationale miniere specialisee dans l’extraction et la transformation du nickel. Il est musulman chiite (le pays etant majoritairement sunnite), a 3 freres, 4 soeurs et vit a Wasuponda avec une de ses soeurs dans une maison propre et tres spacieuse. L’interieur est entierement carrele et je suis stupefait d’avoir pour moi tout seul, une chambre digne d’un tres bon hotel. Sa famille vit confortablement. En voyant les photos de remise des diplomes sur le mur, j’en conclue que les enfants ont bien reussi et ont un bon metier.

L’avantage du Couchsurfing c’est qu’il permet de laisser le droit a l’ignorance. C’est une communaute ouverte sur le reste du monde. Donc, lorsqu’on se fait heberger, on apprend de l’autre et personne ne va te rouer de coups si on fait une remarque etrange ou lorsqu’on a un avis completement different.

Je me sens tres vite gêné car Salman me fait savoir qu’il est impoli de refuser un verre ou a manger. Il faut gouter de tout, et il est egalement impoli d’aider a mettre la table, a faire la cuisine ou a debarasser la table. En gros, tu manges, te servir a nouveau est presque une obligation et lorsque tu as fini, tu vas t’assoeir sur un canape parce que tu es leur hote et qu’en aucun cas tu ne dois participer aux taches. Mais la gene finit par passer ; ca fait 1 mois que je suis en Indonesie et je sais une chose : on ne deroge pas aux regles et aux traditions. C’est comme ca, un point c’est tout. Tu es leur hote, et eux, de leur cote, doivent percevoir qu’ils sont largement capable de t’accueillir convenablement, et dans les meilleures conditions.

Avec Salman, on plaisante de tout. Il me dit que je devrais me mettre a fumer parce que les clopes ne sont pas cheres en Indonesie ; je lui dis qu’il n’a qu’a commencer a boire de son cote. Pas de tabous de son cote, et certainement pas du mien.
Il me dit qu’au Nord de Sulawesi, on peut trouver tout type d’aliments : du rat, du chat, du chien, du singe…
Je lui demande s’il a deja mange du chien. Il me repond que non, c’est interdit par sa religion.
Je lui dis : « Je croyais que c’etait uniquement le porc »
Il me reponds : « Ah non, tout ce qui a des dents est interdit ainsi que tous les animaux qui vivent a la fois dans et hors de l’eau »
– « Donc tu ne mange jamais de crocodile »
– « Non, ils sont sacres »
– « Du phoque »
– « Non »
– « Du pingouin »
– « Non plus »
Bref, on plaisante, on rigole pour un rien et c’est plaisant de parler anglais vraiment correctement avec un indonesien.

Il fait nuit depuis longtemps deja. J’ai appris seulement aujourd’hui qu’apres le volcan Merapi, c’est desormais le Bromo qui fait des siennes depuis quelques temps. Vous vous souvenez ? C’est la ou j’etais il y a une vingtaine de jours, sur l’ile de Java.
Salman me dit qu’il a redouble d’activite depuis environ 3 semaines. Je suis pas passe bien loin de la fermeture du site. Il grondait deja fortement lorsque je me balladais dans le cratere.
On finit la soiree a regarder la tele et oh ! comble, on regarde le « Pic de Dante » sur le cable…

30 Novembre 2010

Petit dejeuner tres complet et tres epice. J’ai beau essaye de le dissimuler, Salman se marre en me voyant pleurer, tellement c’est relevé.
Mais une chose n’est pas impolie, celle d’enlever la sauce piquante sur les aliments et de trier les piments et le chili de ton plat.
Ca passe beaucoup mieux, mais il faut garder un verre d’eau pres de toi si au cas ou tu rencontres une poche de resistance.

Nous partons en scooter en fin de matinee. Plusieurs arrets rythment le voyage. On me presente a la famille. Et la famille, elle est grande ! Eparpillee aux 4 coins de la ville, dans tout le Sulawesi, et meme si je tiens a rester plus longtemps en Indonesie, Salman me dit qu’il en a egalement a Borneo, Java, Papouasie, et que je peux aller les voir.
Pour le moment, je suis avec une infime partie de sa famille. Ils parlent tous uniquement indonesien, mais Salman s’occupe de la traduction. Il me dit pour plaisanter qu’il est jaloux parce que les femmes me font des compliments. Sa cousine, enceinte, s’approche de moi et souhaite que je touche son ventre pour que, dit-elle, son futur bebe soit aussi beau que moi.
J’obtempere en souriant.
Nous reprenons la route. Il y a toujours un arret a faire : donner des cles a l’un, preter le scooter a l’autre le temps d’une course au marché, prendre de l’essence, s’arreter chez un membre de sa famille, se faire offrir un thé, un dessert, des gateaux ou les trois…
C’est l’avantage si tu n’as pas mange beaucoup au petit dejeuner ; les gens t’offriront toujours quelquechose ; la encore, c’est non seulement par tradition mais aussi pour prouver qu’on a les moyens de t’offrir quelquechose. J’ai retrouve ces memes valeurs en Turquie et au Nepal. Je remercie constamment et je ne me pose meme plus la question si je dois refuser. Tu acceptes c’est tout !
Du coup, et non sans apprehension, je bois des mixtures contenant des glacons qui proviennent de l’eau du robinet et je mange a nouveau des fruits de mer ; ceux qui m’ont rendu tellement malade a Sengiggi il y a plusieurs jours. Tant pis, on croise les doigts.

Je finis par apprendre des phrases entieres en Indonesien, et surtout – indispensable pour moi – des mots de politesse. Il y a 5 facons de dire « bonjour » selon l’heure a laquelle tu l’annonces durant la journee. Et je l’ai ai tous bien appris… Les gens ne rient pas de mon accent car je roule les « r » sinon, personne ne comprend (au passage, je roule les « r » depuis la Turquie) ; ca m’evite de repeter.
Lorsque tu prononces bien – et l’indonesien est plutot simple pour ca – tu n’as pas a repeter malgre ton leger accent d’etranger.

Nous sortons finalement de la ville de Wasuponda. Salman me fait essayer son scooter. C’est un probleme auquel je voulais remedier : je n’ai pas conduit de 2 roues motorises depuis… la mini-moto du Brevet de Securite Routiere en CM2. Et j’ai toujours esquive la moto au profit du velo. Et finalement, c’est pas si complique. Surtout dans les lignes droites en campagne…

Nous arrivons aux chutes d’eau dans la campagne de Wasuponda.

Chutes d’eau de Wasuponda

Ici, pas un seul touriste a des kilometres a la ronde. Ca fait plaisir de temps en temps d’etre considere comme un etranger et non plus comme un touriste. Salman me dit que son oncle habite derriere les chutes d’eau et qu’il y cultive le chocolat.
Nous traversons les cascades (pieds nus) et un bout de jungle. Salman passe devant, il ouvre la voix. Je lui fais savoir qu’il y a 2 jours, j’ai vu un enorme serpent en traversant la foret de Rantepao. Il me dit que c’est possible, qu’il y a des pythons dans cette region et dans tout le Sulawesi. Pieds nus dans la jungle, c’est rassurant…
Son oncle n’est pas la. C’est dommage, j’aurais bien vu ses plantations.
On en profite pour piquer une tete dans les chutes d’eau. L’apres-midi, nous partons en direction de l’ocean, au sud, dans le village de Malili. Salman me dit que son cousin possede un bateau de peche et qu’on pourra y dormir. Je me laisse guider et je dis oui a tout. Je veux tout savoir sur le peuple Bugis.

 

bugis

Les Bugis (prononcé « Bouguiz »)
Comme il y a le peuple Toraja des hautes terrres, les Bugis, eux,  sont a l’origine, un peuple de pecheurs. On les trouve principalement dans la province du Sulawesi Sud, mais ils sont largement répartis dans toute l’Indonesie, principalement au bord des mers et oceans. Convertis a l’Islam depuis des siecles, ils adherent encore a leurs croyances ancestrales, qui font l’identite de ce peuple ; et leurs rites (inauguration d’un bateau, mariage…) sont encore pratiqués aujourd’hui.

Nous arrivons a Malili, qui est aussi le nom d’un fleuve qui se jette dans le Golfe de Bone. Je rencontre les gens de sa famille et recois encore tout type de compliments. Et la question qui revient le plus souvent est : « Es-tu marié ? » Et une autre question revient souvent elle-aussi : « Tu ne veux pas te marier avec une indonesienne ? ».
– « Bah, en fait j’ai un tour du monde a terminer… »
Salman me dit qu’elles aiment mes cheveux, mes yeux et ma peau blanche, et que certaines filles s’enduisent le corps d’une lotion blanche pour paraitre plus occidentale. Je lui dis que chez nous, au contraire, on passe nos journees sous le soleil pour esperer avoir la meme couleur de peau que les indonesiens.

Nous partons en direction de la maison de son oncle. En chemin, je demande a Salman a quel age on se marie ici. Il me repond qu’a 16 ans, c’est le moment. Mais ca depend de la culture de l’une des 2 familles. La preuve, Salman n’est toujours pas marié. Et inversement, il me donne l’exemple de sa cousine qui s’est marié a 12 ans…
J’avoue que sur le coup, ca ne m’a pas choqué. J’ai quitté la « sphere occidentale » depuis assez longtemps pour ne pas avoir sursauté a ce moment.

Apres avoir aide son oncle a porter quelques cartons dans une boutique, nous retournons chez lui pour manger. Et partout ou je vais, j’entends encore la meme question : « Es-tu marié ? »
Pendant le repas, et sans que je demande quoique ce soit, sa tante me fait savoir qu’il me faut 200 millions de roupies pour le mariage, si je veux epouser une indonesienne. Merci pour l’info…
Apres manger, nous partons avec Salman chez ses potes qui tiennent un stand de tuning et de reparation de mobylette. Pas une biere qui traine, ca fait bizarre…
Et comme derniere destination (Salman tient a me presenter a tout le monde), je me retrouve au milieu d’une « wedding party » (une « veille de mariage festive » avant que commence la ceremonie officielle du lendemain). Et naturellement, tous les yeux sont rives sur moi.

C’est seulement le soir-meme, chez son oncle ou nous passons la nuit, que je retrouve un peu de « presence d’esprit occidentale » :
« Sa cousine s’est mariee a 12 ans ???  »

1er Decembre 2010

Petit dejeuner copieux, comme d’habitude.
Je suis invité a un mariage Bugis, toujours a Malili. Les maries sont habilles presque a l’identique : vetements et coiffes dores. Tous les yeux sont sur moi. La ceremonie a lieu dans une petite salle et la famille m’autorise a filmer.
Tout le monde ne rentre pas a l’interieur de cette piece minuscule mais qu’importe, la plupart sont deja devant le buffet exterieur ou juste devant la porte de la salle, a discuter. Un mariage Bugis a toujours lieu dans la maison des parents du marié.
Puis on m’invite a me servir en viande, riz et salade de legume dans le buffet interieur. La nourriture est excellente, mais je suis deja plein de ce matin. On mange par terre.
J’en profite pour poser plusieurs questions a Salman ; notamment la principale :
– « Pourquoi ta cousine s’est-elle mariee a 12 ans ? »
Il me repond :
– « Chez les Bugis, lorsqu’une fille insiste pour se marier avec un garcon Bugis, le garcon ne peut pas refuser, ce serait pour lui un deshonneur ; et inversement, si le garcon insiste pour se marrier avec une Bugis »
-« Quelque soit son age ? »
-« Non, mais a partir de 12 ans pour une fille et (13/14 ans pour un garcon), si elle tient vraiment a se marier, et si le garcon est Bugis, personne ne peut l’en empecher »
-« Et si moi je veux me marier avec une Bugis ? »
-« Tu dois obligatoirement avoir la meme religion qu’elle, ou bien, te marier avec elle a Singapour ou en Australie, la ou le mariage inter-religieux est autorise, pour ensuite revenir. En revanche, les enfants issus de ce mariage devront, a l’age de 17 ans, choisir leur religion ».
Me voila rassasié par les reponses et par le repas. Avant de partir, une de ses cousines me dit que suis invite a Kalimantan (la partie indonesienne de Borneo) dans pour un mariage. Helas, je n’ai plus que quelques jours a passer en Indonesie.
En marchant, Salman me dit : « Tu iras a Kalimantan la prochaine fois quand tu reviendras en Indonesie »
Je lui reponds : « J’aurais peut-etre une femme et un enfant d’ici la »
Et sur le ton de la plaisanterie mais avec une pointe de serieux, il s’etonne :  » 1 enfant ? Parce que tu n’as pas les moyens d’en avoir 7 ou 8 ? »
– « Aaaaah ! d’accord, c’est ca votre esprit ici, j’ai compris. Vous avec 6, 7 voire 8 enfants pour montrer que vous etes capable et suffisamment riche pour en elever autant… ». Il approuve.
A force de discuter, on finit par comprendre la mentalite de l’autre ; et ca correspond souvent, comme ici, a la mentalite de tout un peuple.

Nous repartons pour la tournee de la famille ou chaque fois encore, on t’offre du thé, du sirop, des gateaux et des cocktails de fruits.
Et de temps en temps, Salman me dit : « I have to pray » (« Je dois aller prier »). Dans n’importe quelle maison on trouve ses petits tapis pour prier a n’importe quel moment de la journee. Ca dure environ 3 minutes, pas besoin d’aller a la mosquee, et ce n’est pas une obligation pour moi de m’eclipser : Salman prie juste a cote de moi parfois. J’attends, assis bien tranquillement.
L’interieur des maisons est a chaque fois chargee de decorations. Beaucoup de faience, et souvent, 3, 4 ou 5 objets totalement identiques, ou semblables mais de tailles differentes. Les vases sont entreposes par terre, lorsqu’il n’y a plus de place sur les etageres. On enleve ses chaussures avant d’entrer, quelque soit l’endroit.

Nous repartons. J’essaye desesperement de l’inviter a boire un coup, de lui acheter des clopes, de lui payer l’essence. Il refuse a chaque fois et pas question d’insister, il le prend mal…
Nous sommes au bord du fleuve Malili et attendons tranquillement, avec l’equipage, le depart de l’embarcation prevue a 15h, pour la peche de nuit, le temps que « l’astronome » decide de l’emplacement du bateau ou la peche sera effectuee durant la nuit.

Port de Malili
Depart imminent de l’embarcation

Salman m’explique qu’un crocodile a ete vu dans les parages. Ils rodent le long du fleuve qui mene a l’ocean.
1 fois par an, les Bugis donnent des offrandes aux crocodiles ; ces memes crocodiles qui s’en prennent a leurs enfants. Salman me dit que parfois ils les mangent, parfois ils les tuent, simplement par cruaute.
La tradition Bugis est assez contradictoire (aux yeux d’un occidental) car l’animal est considere comme sacre, il est interdit de le tuer, on lui jette des offrandes, on le surnomme « grand-mere », on le considere comme des etres humains car ils ont 5 doigts et pourtant, chaque annee, il tue…

C’est l’heure, nous partons dans l’embarcation pour 1h de trajet en direction du bagang (bateau de peche Bugis), en pleine mer.
Le temps est epouvantable. On est oblige de s’arreter au bord du fleuve, au milieu des marecages – le territoire des crocodiles – car il y a trop de vague et la pluie est trop abondante.
Le temps se calme un peu mais nous sommes au mois de decembre, et ou que j’aille a present, la saison des pluies est bien amorcee. Il pleut desormais a n’importe quel moment de la journee, et de plus en plus longtemps.

Nous rejoignons finalement le bagang. 10 hommes compose l’equipage. Il pleut a nouveau abondamment. Les filets sont lances vers 18h et ne seront remontes qu’a 22h.

Bagang
Le pont superieur est couvert. C’est la ou l’equipage reste assis a patienter

Pendant tout ce temps, on patiente, on discute, on joue aux echecs, on ecoute de la musique ; certains decident de dormir.
Pas de chaises, toutes les activites se font par terre. Ca parait calme sur les photos, mais le groupe electrogene du bateau emet un bruit fort et continu.
En allant pisser sur un cote du bateau, Salman me fait savoir que ca porte malheur : il faut aller en bouts de bateau mais jamais a babord ni a tribord ; tout comme m’allonger dans le sens du bateau, la peche risque d’etre mauvaise… Il faut s’allonger perpendiculairement au sens de la marche.
-« Mais tu es un etranger, donc c’est bon » me dit Salman.

Effectivement, mes 2 erreurs de debutants ne leur a pas empeche d’avoir une bonne quantite de poissons pour cette 1ere prise.
Il est environ 22h, les marins sont maintenant accroupis sous une pluie torrentielle occupes a trier les poissons remontes du filet. La plupart sont uniquement en calecon pour le tri (il ne fait pas froid du tout) et quelques poissons sont apportes directement sur le poele. Un 1er Decembre, manger accroupis, avec les mains, du poisson directement sorti de l’eau en compagnie d’une dizaine d’Indonesien au large des Celebes, je ne connaitrais pas ca tous les jours…
45 minutes plus tard, tout est trie et place dans la longue embarcation qui a servi pour venir jusqu’au bagang.

Il ne pleut plus. Il est 23h, l’equipage s’endort.

2 Decembre 2010

Il est maintenant 3h du matin, c’est l’heure de la 2nde prise. Meme rituel que pour la 1ere.
A 4h, ils font meme une derniere petite prise avant que nous repartions sur l’embarcation pour rejoindre, au lever du jour, le port de Malili. Comme quoi, j’ai plutot porte chance.
Il fait bon, le temps est degage et je vois un nombre pas croyable d’etoile dans cette nuit noire, au milieu de l’ocean.
Le jour se leve. Nous entrons au port ou les pecheurs deviennent vendeurs. Ce n’est la criee comme on l’entend. Il faut plus d’1h pour que le stock soit vendu. On negocie tranquillement sans vraiment s’exciter.
Chaque marin est depose en bateau devant sa maison, situee generalement au bord ou non loin du fleuve ; en attendant leur prochaine sortie, en milieu d’apres-midi. Pour eux, la peche de nuit, c’est toutes les nuits et tous les jours de la semaine.
Salaire pour un employe : 10000 roupies par nuit soit moins d’un euro…

Nous repartons a Wasuponda pour y dormir quelques heures. Vers midi, nous mangeons, et les femmes sont a table avec nous pour la 1ere fois. Salman m’explique que les femmes se font generalement discretes les 2 premiers jours pour ne pas deranger l’inviteur et l’invité.
A quel autre moment de ma vie j’aurais l’occasion de gouter a des aliments qu’on ne mange pas habituellement en Occident ?… Je goutte a la meduse ! Il faut en gober une partie d’un seul coup et sans la croquer, sinon ca te brule la bouche. C’est aussi flasque que de manger du blanc d’oeuf et pas tres apetissant.

Nous partons pour Soroako a moto, au bord du lac Matano ou nous restons seulement quelques minutes car il pleut de nouveau. Le ciel est couvert et soudain, l’ambiance grisatre me rappelle celle du Lac Leman en Suisse, la toute premiere nuit de ce voyage, il y a un certain temps deja. Petite difference, je ne suis pas tout seul cette fois-ci :

Salman

Apres un bref passage chez sa famille (quand je vous dis qu’il a de la famille partout), dans son entreprise, chez ses amis, dans un bar pour un gros encas, il fait deja nuit et nous rentrons a Wasuponda. On a bien discute de tout. Ma curiosite etant assouvie. Pour le moment… Salman est tres ouvert pour ca. Aucun probleme pour lui demander si il a des amis appartenant a d’autres religions ; ce a quoi il me repond  : « oui, bien sur » ; il m’explique qu’on peut se marier avec plusieurs femmes ; ce a quoi je lui repond : « En France non, mais contrairement a vous, on peut avoir un bon paquet de copines avant de se marier pour de bon ».

Nous passons la soiree autour d’une partie de carte avec ses soeurs et ses cousines qui ont eu vent de ma presence. Apres une seance de photos et une chemise comme cadeau de depart, je rassemble mes affaires.

3 Decembre 2010

Avant de quitter definitivement Wasuponda, Salman souhaite me faire rencontrer son pere, chef de la communaute islamique chiite. La superstition, les signes quotidiens, l’interpretation des reves sont la part de mythicisme qui differencie, entre autres (ce serait trop long a enumerer), les chiites des sunnites. Ce ne sont pas des rituels sataniques et encore moins du fondamentalisme religieux ; en gros, c’est une croyance en la superstition. Je ne suis pas entre dans les details mais son pere impose le respect et possede, dit Salman, l’instinct pour predire l’avenir.
Avant de partir, on embraye sur la burqa. Sujet delicat ? Absolument pas. Il me dit que c’est soit la volonte de la femme, soit l’ordre du mari. Il m’explique que c’est aussi pour se proteger des avances des autres hommes que les maris les oblige a la porter. Certains membres de sa famille le font. Pas tous, loin de la. D’ailleurs, je n’en ai pas vu en 3 jours.
Il me demande : « Et en France, c’est comment ? ».
– « Ca vient d’etre interdit parce que le gouvernement juge qu’on doit voir la personne qu’on a en face de soi dans son ensemble et pas uniquement les yeux »
– « Et toi, tu en penses quoi ? »
– « Bah, on peut pas savoir si la fille est jolie, c’est frustrant pour un francais »
Ca le fait rire. On s’en arrete la.

Nous partons pour Wotu, la ou les cars sont moins rares. Apres 2 crevaisons dues au poids de mon sac, Salman me propose de prendre plutot une voiture publique. Pas de soucis, il a fait deja tellement de choses pour moi.
Une voiture publique s’arrete. Je propose a Salman de lui payer un nouveau pneu. Il refuse comme d’habitude. Tout ce que j’ai pu lui offrir sont des choses materielles : un plan du Sulawesi Central qui ne me servira plus, et mes lunettes de soleil qui lui allaient beaucoup mieux qu’a moi.
Apres une accolade et un grand merci pour ces 3 jours passes en sa compagnie, je monte dans le vehicule. Fin de mon excursion en terre Bugis.

J’arrive a Wotu ou, en attendant mon bus, je parviens avec brio a dejouer 2 tentatives de pieges.
Le 1er c’est un « rabatteur a 2 balles » (c’est long comme surnom mais ca lui va bien) qui veut me diriger vers une voiture publique tres chere, m’affirmant qu’il n’y a pas de bus aujourd’hui. Salman m’avait assure qu’il y en avait. Je persiste donc pour attendre le bus en leur faisant un « non » de la tete. Il baisse le prix de la course, ce qui confirme la presence des bus…
1er piege dejoué !
Quelques minutes apres, le bus arrive. Rabatteur a 2 balles revient a la charge et veut absolument toucher sa commission aupres du chauffeur, bien qu’il ne m’ait aucunement dirigé.
Une fois installe dans le bus, il me dis : « money, money » pour le prix du bus. Je fais comprendre au chauffeur que je paierais le prix reel de la course une fois arrive a destination. Rabatteur a 2 balles repart bredouille et ca fait sourire les passagers.
2eme piege dejoué!
Ca m’aurait fait mal qu’en 5 secondes, il touche l’equivalent d’une nuit de peche sur un bagang…

Nous traversons dans un vieux bus le Sulawesi Central, montagneux et accidente : on passe tout pres des ravins par endroit car les glissements de terrains sont nombreux en cette saison. Il fait nuit et la pluie s’installe durablement. On doit s’arreter pour reparer une piece du bus.

4 Decembre 2010

J’arrive finalement a Tentena vers minuit apres 9h de trajet.
Dans un precedent article, j’avais fait allusion a Tentena ; ville tenue par le groupe paramilitaire chretien lors des emeutes dans le Sulawesi Central. Et effectivement, ca fait plusieurs heures que je suis ici, et je n’ai entendu qu’une seule fois le muezzin de toute la journee. Je passe la journee a ne rien faire, a part regarder la pluie et vous ecrire ces longues lignes ; car comme vous avez pu le lire, il s’en ai passe des choses ces derniers jours, dans ce petit coin meconnu du Sulawesi.

Mon voyage en Asie prend bientot fin…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Au terminal

5 Decembre 2010

Je quitte Tentena dont je n’ai pas vu grand chose ; mais en traversant la ville en voiture, je constate un nombre important d’eglises et de mosquees partiellement detruites, en cours de reconstruction pour certaines.
Le decor est toutefois loin d’etre chaotique ; pourtant, au cours d’un arret, j’apercois des enfants chanter « mon beau sapin » dans la partie restee intacte d’une eglise.
Ce n’est pas qu’une impression : une violente guerre civile et religieuse a reellement eclaté entre chretiens et musulmans ; et elle s’est achevee il y a 3 ou 4 ans a peine. Murs des batiments religieux calcinés, impacts de balles par endroit, le muezzin se fait tres discret ; je ne l’ai entendu qu’une seule fois aujourd’hui contre 5 fois habituellement. Et son « sermon » n’a duré que 2 minutes a peine contre 15 a 20 minutes en temps normal.

Soudain, j’entends plusieurs detonations.
Rien de bien mechant, ce sont les enfants qui allument des petards dans les rues pour feter l’approche de Noel. Dans la voiture, un indonesien m’explique qu’ils en fabriquent a l’aide de poudre compressée a l’interieur d’un bambou. On voit aussi des illuminations « faites maison » un peu partout.

Nous sortons de la ville par une chaussée defoncée (comme tout le temps). Par miracle, la pluie nous a laisse tranquille toute la journee.

J’arrive a l’aeroport de Palu, au Nord-Ouest du Sulawesi apres 8h de trajet. Je ne me sentais pas le courage de trouver un hotel pour y rester seulement quelques heures. J’ai donc demande au chauffeur de me deposer directement a l’aeroport, et non dans la ville elle-meme.
Il est 19h, il fait nuit noire, c’est parti pour une courte nuit… sur le carrelage…

6 Decembre 2010

Il est 5h du matin.
J’ai plutot bien dormi car il n’y a pas ame qui vive la nuit, dans ce petit aeroport de province du Sulawesi. Enfin… du carrelage, ca reste du carrelage…
Je quitte le tarmac, Palu et le Sulawesi a 6h30 ce matin.

Retour a Jakarta, la ou j’ai quitté Yunus il y a presque 1 mois. Ici, c’est encore pire : Jakarta est a plus de 15 km de l’aeroport. Il faudrait un bus a l’aller, une chambre d’hotel et un taxi au retour – a payer seul – pour le lendemain tres tot.
Ma decision ? Rester a l’aeroport. Presque 24h a tuer…
Alors on fait comme d’habitude, on lit, on ecrit, on s’installe dans un cafe du terminal, puis on s’en va pour en trouver un autre, puis encore un autre. Et pendant tout ce temps, on pense a l’Inde, au Nepal, a la Thailande, a la Malaisie, a l’Indonesie ; bref, a l’Asie, dans toute sa globalité. Cette Asie qui prend fin.

Je suis resté en Indonesie durant 35 jours.
J’ai visité 10 iles et ilots…sur 18306 !
Depuis mon 1er jour a Delhi jusqu’a cette derniere nuit dans l’aeroport de Jakarta, j’ai passé 77 jours en Asie.

On passe a la suite ?

Je pense a une ile. Oui, encore une, mais celle-ci est bien differente des 10 precedentes. Une ile immense, gigantesque. A vrai dire, la plus grande ile au monde. Houlala, quel indice !…
Allez, on referme ce chapitre et on en ouvre un nouveau : direction l’Australie !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !