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Tour du monde – 3 – Asie

Au reveil

20 Septembre 2010

Je quitte la Lire turque, la part d’Europe qu’i restait ; je quitte le muezzin de 5h30 du matin (et ses rappels durant la journee), je quitte le dolmus, les PTT, l’oeil bleu et le « Sorry, I don’t speak turkish » et la main sur ton epaule qui s’en suit, comme pour te dire : »c’est pas grave, je t’en veux pas »…
Et comme il est mauvais, dans les voyages comme dans la vie de tous les jours, de trop regarder derriere soi, je me focalise sur ce qui m’attend : l’Inde.

Je prends l’avion de Kayseri pour New Delhi. Escale de quelques heures a Istanbul, je survole la ville que j’ai quittee une dizaine de jours plus tot. Grand aeroport et hasard des compagnies aeriennes, la salle ou j’embarque se divise en 2 destinations : New Delhi et Roissy Charles-de-Gaulle.
Le sourire en coin, j’entends les francais se rememorer quelques souvenirs de leur voyage organise a Istanbul. Quelques coups de soleil pour certains et les bras charges de bibelots. Si je devais emporter un souvenir de chaque pays que je traverse…

21 Septembre 2010

J’arrive a 3h30 du matin (heure locale) a New Delhi. Je prends le premier taxi pour l’hotel que j’ai selectionne.
Je monte dans un rickshaw (vehicule a 3 roues motorise tres repandu en Inde). Le chauffeur m’assaille de questions et fait mine de ne pas comprendre ma destination dans le but de me diriger vers un hotel ou il toucher sa commission. Dans ces cas-la, fermete absolue : tu dis le nom de l’hotel, le nom de la rue et pour le reste, tu le laisses parler tout seul.

Il fait encore nuit, je vois un peu flou. J’ai pas beaucoup dormi. Le trafic routier pour le centre-ville est incessant. Il pleut et ca klaxonne tout le temps. Je ne suis pas sur qu’il m’emmene dans la bonne direction.
Le chauffeur me pose la question qui determinera si je me laisserait arnaquer facilement, ou conduire vers une adresse bidon : « It’s your first time in India ? ». Je lui reponds que c’est la 4eme fois que je viens ; que j’ai deja visite le Rajasthan, le Bengale, et que j’ai des amis qui vivent a New Delhi et a Madras. J’ai bien appris a mentir au fil de ce voyage…
J’ai de la chance, il me depose pile-poil devant l’hotel. Il ne font pas cet effort d’habitude, parait-il.

J’arrive a l’hotel. La chambre n’a pas de fenetres et on ferme la porte avec un cadenas. En fait, quand on voit l’etat des sanitaires, ca ressemble plus a une cellule de degrisement qu’a une chambre d’hotel. Ca fera l’affaire, je suis creve. Je reserve meme pour 2 nuits de plus. L’hotel est vraiment bien place dans New Delhi, par rapport a la gare ; et de plus, le receptionniste est vraiment sympa.

En Inde les trains sont tellement prises qu’il vaut mieux reserver a l’avance ses destinations. Une chose que je n’ai encore jamais faite jusque la. Le receptionniste se charge des reservations depuis l’hotel sans que je passe par une combine vereuse a l’exterieur.

Il me montre son livre d’or. Nombreux commentaires sur le serieux de cet homme. D’ailleurs, un suisse a ecrit (dans un francais impeccable – c’est pour ca que je n’ai plus de doute) que le receptionniste etait digne de confiance et qu’il ne touchait aucune commission sur les reservations. Dans une ville ou l’on se mefie de tout le monde, c’est agreable d’avoir quelqu’un de vraiment fiable. D’autant que je n’ai pas un seul contact en Inde.

Au petit matin, je n’avais rien vu. Au reveil, j’ai vu.

J’ai vu le New Delhi pauvre. La misere a chaque coin de rue. La police omnipresente (les attentats de Bombay sont encore recents) qui cotoie les milliers de gens qui dorment dans la rue, sur les bancs ou a meme le sol et a moitie dans la boue. Il pleut un peu en ce moment, mais qu’est-ce que ca doit etre durant la mousson…
Face a cette pauvrete emerge pourtant une classe moyenne, pour bon nombre equipes de petites voitures citadines. Ils sont propres sur eux, respirent la sante et la joie de vivre. Ils ne se preoccupent pas de ceux qui sont a terre. L’habitude… comme si ils faisaient partie du decor. On marche, c’est tout… Le contraste entre ces deux mondes est vraiment saisissant.

Je passe encore la journee de demain a New Delhi, le temps de « comprendre » cette ville.

Les visages de Delhi

21 Septembre 2010 (suite et fin)

Difficile de surmonter le nombre de pauvres assis sur les trottoirs ou contre un mur ; et difficile de penser que l’Inde est en phase de devenir une grande puissance mondiale.
Je n’avais jamais vu autant de vieillards et d’estropies au bord de la route. Parfois, tu marches dans leur sens, tu les depasses ou tu les croises. Je les vois rarement te reclamer de l’argent. Mais ils sont bien la.

J’ai affaire a mon 1er cas de conscience depuis le depart. Quoi penser ? Quelle attitude adopter ?
Je pense que je vais faire ce que j’ai toujours fait depuis mon depart, je vais allier voyage et tourisme : rencontrer, avec curiosite et empathie ; comprendre le pays, voir sa beaute la ou elle se trouve et ne pas chercher a occulter ses laideurs, ses injustices, ses aberrations…
Pas de bonne ou de mauvaise attitude a avoir donc. Simplement etre en accord avec soi-meme.

Vous m’excuserez de ne mettre aucune photo pour tout ce qui concerne Delhi. Ce sera uniquement du texte brut ; a l’image de ce que j’ai vu : une ville brute, qui ne dissimule rien.

Apres une longue hesitation dans ma minuscule chambre d’hotel, et sans faire abstraction de ce que j’ai vu, je decide de reserver pour un tour en bus dans le Delhi historique et culturel.
Passer de voyageur a touriste est assez difficile pour le coup ; mais Delhi a plusieurs visages et je tiens a les voir tous.

22 Septembre 2010

Les distances sont enormes a Delhi. Le taxi ou le rikshaw est trop cher pour une personne voyageant seule. Impossible de tout faire a pied.
A 9h du matin, le guide vient me chercher a pied jusqu’au point de rendez-vous pour le tour en bus.

J’apprehendais d’etre le touriste dans un spacieux bus climatise flambant neuf, confortablement installe, a prendre des cliches de la misere que je vois desormais d’en haut…
ET BIEN PAS DU TOUT !
Je n’ai pas pris mon appareil photo, le bus etait des plus vetustes, les commentaires etait entierement en hindie car la totalite des touristes etaient indiens sauf moi et une autre francaise que je rencontre dans le bus. Si tu leur demande quelque chose, il te repondent gentillement, sinon ils ne prennent meme pas la peine de traduire. Leur anglais est tres difficile a capter. J’ai du mal a suivre quand on me parle et je demande souvent de repeter.

Journee tres folklorique. Et comme la veille, ca grouille de monde. Difficile de se garer devant les monuments. Tes oreilles ne sont epargnees a aucun moment par les klaxons. L’absence de passage cloute t’oblige a eviter les taxis, les rickshaws, les scooters, les velos tout en evitant la foule de gens bien entendu. Et tout ca sous une pluie battante tout en transpirant a pleines gouttes. Il fait lourd.
Moite, bruyante et ettouffante Delhi…

On a le temps de faire a peine la moitie des sites prevus. Mais j’ai quand meme eu le temps de voir des belles choses : des batiments administratifs, militaires autant que des temples. Tout prend un temps incroyable pour te deplacer dans Delhi. Personne n’est presse. Tu voudrais voir le maximum de choses, mais c’est impossible.
La nuit tombe a une vitesse…

J’ai pu constater les differents cotes de Delhi. La pauvrete comme cette volonte de tirer la ville vers le haut : elle accueille cette annee les jeux multi-sports des pays du Commonwealth. Toute la ville est en travaux et rien n’est pret. La mousson a dure particulierement longtemps cette annee. On patauge dans la boue.

Apres une journee epuisante a sillonner Delhi, je rentre a pied depuis le point de rendez-vous de ce matin jusqu’a mon hotel, dans le quartier du Pahar Ganj, le quartier des routards parait-il. Je n’en vois pas plus que ca. Mais j’ai trouve mes reperes plutot rapidemment dans ce quartier ; et bien qu’en marchant la nuit sous cette pluie qui n’en finit plus de tomber, je vois cette « ville dans la ville » deja autrement. Je commence a l’apprecier. Je ne trouve plus ce quartier bruyant mais vivant. Ca ne m’effraie plus autant qu’a l’arivee. Les lumieres des enseignes auxquelles il manque toujours une lettre ou un des neons qui ne s’allume plus, des senteurs d’epices et d’encens, des klaxons (toujours), les fils electriques qui pendent quasiment jusqu’au sol, le bruit de la pluie contre les toits de tole.
Ce soir, le temps qu’il fallait pour s’adapter a l’Inde vient de s’ecouler.

Je viens de « comprendre » cette ville.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Nouvelles brulantes

23 Septembre 2010

Je prends le train de 6h15 pour Agra, plus au sud. Je suis a la gare depuis 5h30 du matin et deja en sueur.
J’ai apprecie le quartier de Pahar Ganj, que je quitte comme je suis arrive : au petit matin.

Menaces et retard dans le Delhi
Dans le train, le journal et offert. L’un est en hindie, l’autre en anglais. La francaise que j’avais rencontre la veille m’en avait parle : je lis que les moudjahidines indiens ont ouvert le feu sur un bus de taiwanais, proche d’une grande mosquee de Delhi, samedi dernier.
Les autorites pensent qu’il s’agit d’une action contre les Jeux du Commonwealth, prevu dans quelques jours.
Du coup, la police a double ses effectifs dans toute la ville, a chaque coin de rue ; et impossible desormais d’entrer dans un musee sans se faire fouiller ni passer au detecteur.

Et parlons-en de ces Jeux. Rien n’est pret, toute la ville est en travaux.
Le gouvernement avait promis une organisation digne des JO de Pekin.
Resultat, on travaille de jour comme de nuit, accroupis a poser des paves, dans la boue, et la plupart du temps, sous la pluie.
Un pont, construit pour l’occasion, vient meme de s’ecrouler sur plusieurs dizaines d’ouvriers, et le « village » destine a l’accueil des sportifs est devenu insalubre a cause de la pluie qui s’est invite dans les locaux inacheves.
La police se dit incapable d’escorter avec securite tous les sportifs depuis leur « hotel de remplacement » jusqu’au site des Jeux.
Et tour a tour, les sportifs des etats du Commonwealth (australiens, neo-zelandais, ecossais..) decommandent, soit pour des raisons sanitaires, soit pour des raisons de Securite Interieure.

L’Inde n’etait pas prete pour accueillir des Jeux d’une si grande ampleur.

Consequences a court terme, bouchons interminables a cause des travaux et indignation du pays tout entier sur le cout exorbitant de cette organisation, alors que l’argent aurait pu servir a tellement d’autres choses (cf : 21 Septembre 2010…).
Consequences a long terme, l’image de l’Inde qui est ternie.

Je quitte la « jungle » de Delhi pour Agra. Je prends un hotel relativement correct pour deposer mon pactage.

Si le nom d’Agra ne vous dit strictement rien, les photos ci-dessous peuvent vous aider…

Taj Mahal
Loin des klaxons et des rabatteurs en tout genre

Combat quotidien
Avant d’entrer dans le site, plusieurs personnes te demandent si tu as bien achete ton ticket… Ouai, ouai, ouai…je les sens venir les cocos. J’aimerais bien voir a quoi ressemble leurs tickets.

Autant en Turquie, je me plaignais des rabatteurs qui t’interpellaient depuis leur boutique, autant la, ils viennent directement jusqu’a toi.
Et ca commence des que tu sors de ton hotel. Avis aux agoraphobes, evitez de partir en Inde : en moyenne, on t’accoste une vingtaine de fois tous les 500m.
Quand tu vas retirer de l’argent, quelqu’un te suit, juste pour te dire :  » tu vas retirer de l’argent ? c’est ici ». Je sais bien que c’est la, c’est juste devant mes yeux.
Le probleme, c’est qu’il reste devant la porte. Il t’attend.
Il y a presque toujours un flic dans chaque cabine de retrait. C’est dissuasif, on ne sait jamais.

Perdre des batailles
Je pars d’Agra seulement quelques heures pour Fatehpur Sikri, voir un monument, dit-on, incontournable.
Arrive sur place, j’ai eu le malheur d’hesiter a trouver mon chemin jusqu’au site de Fatehpur depuis la station de bus.
Ca n’a pas echappe au regard d’un type qui m’a colle du debut a la fin de ma visite, m’affirmant qu’il n’etait pas guide et qu’il ne reclamerait pas d’argent. Sur le site, il me propose de visiter la boutique de sa famille. Je refuse.
Il continue a m’incendier de questions, ce que je compte faire apres, ou je vais… Il restait a cote de moi constamment
Comme si ca ne suffisait pas, un autre s’amene. Je leur dis de me foutre la paix, je suis ici pour ne pas etre derange.
Le type fait mine d’etre comprehensif et me serre la main. Quelques secondes plus tard, il me propose tout de meme de visiter sa boutique.
Des idees morbides me traversent l’esprit… Je sers les dents, je prends une bonne inspiration et je quitte les lieux pour eviter de les mettre en pratique.

Les gens que tu accostes par toi-meme sont adorables. Ils ont le sourire lorsqu’ils te repondent. Les autres deviennent insupportables. Dans la rue, je ne leur prete plus aucune attention.
Je ne suis pas certain de vouloir trainer dans les hauts lieux touristiques. Mes prochaines destinations sont moins connues. Tant mieux.

Le prix de la victoire
Je peux comprendre les voyageurs qui deviennent vite parano en Inde.

Mais relativisons.

Lorsque tu sors du distributeur de billets ils ne te sautent pas au cou, simplement ils continuent a te parler parce qu’ils savent a present que tu peux payer, et des fortes sommes.
Tu as du mal a faire confiance aux gens et aux chauffeurs de taxi quant a ta destination : ils peuvent t’amener n’importe ou, tu ne le remarquera a peine, tellement la ville s’apparente a un dedale.

Mais la encore, relativisons.

Il faut etre ferme, et cette fermete passe par la negociation des prix avant meme d’embarquer. La destination doit etre clairement enoncee une bonne fois pour toute. C’est eprouvant, mais quasiment tout est negociable en Inde. La course en rickshaw, la nuit d’hotel jusqu’au moindre petit bibelot (meme si j’en achete jamais).
Une bonne technique est d’annoncer clairement ta destination et ton prix (et pas d’hesitation, sinon c’est fichu) ; s’il refuse, tu lui dis « Bye, bye ». Il revient toujours a la charge a peine 10 secondes apres, et accepte ton prix.
A la fin de la course, ils sont alors toujours honnetes. Ils te rendent ta monnaie sans chipoter. A ce niveau, rien a dire, si le prix est ennonce (voire rabbache), ils n’ont qu’une parole, autant pour le prix que pour ta destination.
Pas la peine de te dissimuler derriere des longs cheveux et une barbe fournie, c’est ecrit sur ton visage : tu es occidental.
Les touristes sont et restent une aubaine pour le pays. Pas encore autant respecte qu’une vache sacree, mais au final, quasiment.
Et ton insecurite n’arrange pas leur commerce. Donc ne songeons pas au risque d’etre malchanceux (qui peut autant survenir en France que la ou je suis en ce moment), ceci n’est pas une raison suffisante pour ne pas partir a la decouverte de l’Inde et des ses tresors.

En parlant de vaches sacrees…

24 Septembre 2010

J’ai un peu de temps libre avant de prendre mon train pour Jaipur.
Ca me laisse un moment pour regler 2 ou 3 trucs et faire quelques petits calculs interessants et representatifs :

Ordre de prix
A mon arrivee en Inde, j’ai passe 3 nuits au Major’s Den a New Delhi. Le cout de ces 3 nuits en plein coeur de la capitale equivaut a 1 nuit dans un camping suisse…

Le cout total de mes trajets en train pour 12 jours en Inde du Nord s’eleve a… 41 euros…

Un menu indien, une creme glacee, une bouteille d’eau minerale et un the indien m’a vallu 185 roupies. Soit 2 euros et 85 centimes…

Hier, un conducteur de rickshaw a traverse la ville de Fatehpur Sikri pour me deposer a l’arret de bus pour rentrer a Agra. Prix de la course : 20 roupies. Il s’en ai vente aupres des autres chauffeurs. Je me suis dit que peut-etre, je lui avait donne trop. Il est possible que 10 roupies suffisaient…
Le calcul fait, je venais de lui donner l’equivalent de 31 centimes d’euros. 15 centimes suffisaient…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Conscience et tiraillement

24 Septembre 2010 (suite et fin)

Je pars de mon hotel pour la gare d’Agra. J’ai 2 bonnes heures devant moi.
Un velo-rickshaw (meme chose que le rickshaw mais le chauffeur doit pedaler) me propose la gare pour 40 roupies. J’accepte.
C’est plus long mais j’ai tout mon temps et je veux tester un peu tout.
Mais en voulant tout tester, forcement, dans un sens, on cautionne certaines choses : c’est seulement sur le chemin de la gare que je me rend compte de l’age du conducteur. Il est assez vieux pour faire ce metier.
Le pauvre, avec mon sac a dos, je fais plus de 100kg ! La moindre montee le fait se mettre debout.

40 roupies… 80 centimes d’euros pour traverser la moitie de la ville.

Si je lui demande de s’arreter, il ne gagnera pas sa course. Si je lui donne plus, je cautionne encore davantage, surtout en tant que touriste occidental… Que faire ?

Arrive a la gare, je lui donne ses 40 roupies.

Heureusement, j’avais pas negocie le prix avant de partir. Je m’en serais voulu.
En sueur mais avec un grand sourire, il me remercie.
Je lui laisse 10 roupies de plus. Tant mieux et tant pis.

Au bout de quelques jours en Inde, on perd le sens du discernement ; ce qui est bien, ce qui est mal ; et surtout trouver la limite entre les deux. Les cas de conscience s’accumulent.
Ton corps en Inde et ton esprit occidental : un cerveau pour deux cultures….

Les indiens, eux, ne se posent pas autant de questions. Lui, tant qu’il a ses  jambes, ses bras et la force pour pousser son vehicule, il continuera.

La religion comme explication
L’hindouisme est fonde sur le fait que le corps est perissable, que la vie n’est que souffrance et que l’ame se reincarne d’un corps a un autre, eternellement.
Quand il faut gagner sa vie tant qu’on a la sante, et que la religion tend a pousser dans le meme sens, on travaille.

Trouver l’equilibre
Desormais, toute la monnaie qu’on me rend en piece, je la mets dans ma poche.
Il serait lache de ne donner a personne, mais je pense qu’il n’est pas bon non plus que les touristes occidentaux soient les « poules aux oeufs d’or ». Alors, je donne autant que les indiens : 1, 2 ou 5 roupies.
J’avais besoin de trouver un equilibre a ma conscience. C’est fait.

J’arrive a Jaipur, capitale du Rajasthan. Je passe la nuit dans un bon hotel, a l’ecart du bruit. J’en avais besoin.

25 Septembre 2010

Je rencontre un couple d’anglais. Eux aussi, on vu New Delhi de pres ; et comme moi, ils ont pris cet hotel loin du centre « to be relax ».

Question d’education
Partout, les rues sont sales, pas entretenues.
Les gens jettent leur emballage par terre juste apres avoir consomme. Les poubelles, il y en a quelques unes, mais c’est pour faire beau. C’est comme les feux tricolores, la ceinture de securite, le clignotant…c’est pour faire joli.
J’ai vu un type en scooter sans casque, qui tenait son enfant dans une main et de l’autre le guidon, tout en esquivant les autres scooters, les velos, les rickshaws, les chiens errants…

Je vois les gens racler leur gorge et cracher tout le temps. Rien n’est parfaitement propre.
Les bouteilles d’eau vendues sont fraiches, epurees, mais boueuses sur l’exterieur. Les tables des restaurants ne sont pas systematiquement nettoyees. Coupures d’electricite a repetition dans les grandes villes (donc le refrigerateur aussi…).
Le gerant d’un « self a ciel ouvert » a meme gratte avec son pouce une cuillere avant de me la donner. Je ne fais pas le difficile, je constate simplement ; mais parfois, c’est vraiment aberrant.

Mais ce qui m’a le plus choque, et pour avoir ete sensibilise au patrimoine durant mes etudes de Tourisme, c’etait le nombre impressionnant  de detritus presents sur le site de Fatehpur Sikri classe au patrimoine mondial de l’UNESCO…

Je me rappelle subitement ce que la francaise, rencontree 3 jours plus tot, m’a raconte : en passant par la Turquie (elle aussi), un turc lui disait que compare a l’Inde, elle aura l’impression par la suite que la Turquie, c’etait la Suisse.
Je pourrais presque comprendre…

Question d’education, question de sensibilisation a l’hygiene, a la securite.
1 milliard d’indiens ; et moi, et moi et moi… je constate (parfois avec indignation) le chemin qui leur reste a parcourir…

Je passe l’apres-midi a visiter Jaipur.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

La quête du « pur »

25 Septembre 2010 (suite et fin)

Je continue ma visite de Jaipur.

Les rois de la recup’
Ici comme en Turquie, on trouve de nombreux « Bazar ». La moindre piece trouvee dans la nature ou issue d’un appareil obsolete est reutilisee. On repare les velos, les scooters, on rafistole les chaussures, on cree de nouveaux vetements a partir d’anciens. Dans la rue, on les voit frapper au marteau la ferraille, clouer une semelle, coudre, faire de la soudure.

Je dine le soir a Jaipur dans un restaurant assez repute. Quand on y met le prix (6 euros au lieu de 2 euros 80… quand je vous dis que l’ordre des prix est chamboule ici…), on a affaire a un autre style de restaurant.
Je retrouve la classe moyenne que je croise parfois dans les rues, dans les musees  et dans les premiers wagons des trains.
Les ventilateurs bruyants du plafond ont fait place a l’air climatise ; pas une bestiole, pas une mouche, pas une ligne de fourmis qui fait la jonction entre leur taniere et le pot de sucre ouvert sur la table.

Pour les femmes, jupon et corsage laissant apparaitre le bas du ventre nu ; et dessus, une sari, cette longue etoffe brodee qui mesure entre 5 et 10m de long, aux superbes couleurs. Voila pour les plus traditionnelles d’entres elles.
Mais pour la majorite, c’est pantalons en toile, polo, chemises aux manches soigneusement retroussees et stylo sur la petite poche de devant ; lunettes de soleil, montres, bracelets et portables.
La fourchette refait desormais son apparition (avant, c’etait la cuillere, et encore, il fallait souvent la demander).
En Orient, au gout et a l’odorat, le toucher est le 3eme sens utilise traditionnellement lors du repas.
La classe moyenne s’occidentalise.

26 Septembre 2010

Je prends le train de Jaipur a Jodhpur.

Groupir
Je l’ai constate en montant dans les bus, les trains, et en faisant la queue pour le metro a New Delhi (si, si, il y a un metro flambant neuf dans la capitale). Si tu ne te colles pas a ton voisin de devant, quelqu’un s’inserera dans les 50cm qui le separe de toi. C’est monnaie courante. A la longue, on s’y fait. Je me sens pas etouffe, je fais 3 tetes de plus que tout le monde. L’indien est petit.

Je ne parviens pas vraiment a m’extraire de ces klaxons et de la frenesie des grandes villes. Jaipur etait vraiment bruyante, elle aussi.
J’ai pris la decision de retourner dans ces grandes villes uniquement pour prendre le train. Quitte a prendre un hotel en peripherie, a l’ecart du bruit, autant le reserver vraiment en retrait.

Je m’enfonce un peu plus dans le Rajasthan.

Les heures defilent dans le train. Je m’endors et me reveille a repetition.
Le soleil assomme tout le monde. Finalement, je m’endors plusieurs heures d’affiles.
Au reveil, un homme me tape doucement sur l’epaule. Je suis en sueur.
Il a un parler different de celui de Delhi. Ca s’entend. Habille uniformement, coiffe d’un turban, il a une voix qui respire la superiorite ; comme un « garde du sultan » jadis ; et pourtant, il a un sourire rassurant derriere sa longue moustache enroulee et sa barbe bien entretenue.

 

sikh inde

Les Sikhs
Voila comment on les appelle. Ils ne sont pas uniquement presents au Rajasthan (j’en ai croise beaucoup depuis mon arrivee), et ce n’est pas non plus une nouvelle mode vestimentaire indienne. C’est une religion a part entiere. Peu de pratiquants, seulement 20 millions… (2% de la population indienne).
Cette religion a pour doctrine l’honnetete et le service envers la societe. Ils ont la reputation d’etre une valeur sure, particulierement recherches dans le secteur de l’economie et dans les transactions financieres.
Ils arborent fierement leurs signes distinctifs : moustache, barbe et turban en-dessous duquel se cache une longue chevelure roulee en chignon.
Ils sont parfaitement integres dans la societe hindouiste : militaires, policiers, chauffeur de taxi, et pour celui qui est en face de moi, controleur de train.

Sleeper Class – On voyage assis ou couche. C’est comme on veut

Le train poursuit sa route. Il fait desormais moins chaud et le soleil se couche sur un magnifique paysage : des arbres et des plantations a perte de vue. Relief plat. Des troupeaux de vaches, de chevres, conduits par des bergers, chemises et pantalons de couleurs unies, tantot blanches, tantot beiges. Voici l’Inde rurale, l’Inde qui ne klaxonne pas et c’est ce que je recherchais.

J’arrive a Jaipur dans la nuit. J’ai passe la journee dans le train
On vient me chercher en voiture jusqu’a une petite ville en retrait, Mandore.
Je viens de faire 313kms…en 9h30.

27 Septembre 2010

Je savais qu’en insistant un peu, je trouverais les bons cotes de ce pays.
L’Inde ne m’a pas cache sa misere, elle ne dissimule pas non plus sa beaute.
Je suis dans une superbe « guesthouse », a l’ecart de Johdpur.

Mandore Guesthouse
On repeint le sol tous les ans
Fait main

Je visite les jardins de Mandore. Temples, vaches, chiens errants et singes. Le cocktail du Rajasthan.
J’ai croise quelques chameaux elephants dans les rues de Jaipur, j’espere bien les voir d’encore plus pres…

Les jardins de Mandore

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

This is India

28 Septembre 2010

Jaipur, Jodhpur et maintenant Udaipur (la quete du « pur », vous saisissez ?). Contrairement au reste, le sud du Rajasthan est tres valonne. Le bus peine a monter. A certains endroits, on pourrait aller plus vite a pied.

Traduction de gestuelle (edition indienne)
Lorsqu’un indien tourne la tete de droite a gauche comme pour dire « non », et bien , ca veut dire « oui ». Mais l’inverse ne marche pas…
C’est bon a savoir.

J’ai pris une « guesthouse » a 8km au sud d’Udaipur. Le gerant vient me chercher a la station de bus… en moto. Comme « a l’indienne », on evite les rickshaws, les voitures, les chiens errants, les vaches…

C’est une bande de jeunes qui tiennent les renes de cet « hotel de campagne ». Je dis « renes » pour les 19 chevaux qui leur appartiennent ; mais aussi chiens, autruches, perroquets, poules, coq et quelques grenouilles qui s’invitent dans les chambres.

Pratap Country Inn
Hotel de campagne peinard

Il me propose un « night camp » au bord d’un lac pour rencontrer les autres residents, apprecier le coucher de soleil et manger de la bonne cuisine indienne. Arrive au Lac du Lotus, je rencontre une anglaise et un couple de francais. Celine, la francaise tient une boutique d’importation sur le theme de l’Inde. Je trouve son concept sympa : elle se rend assez souvent dans ce pays pour ramener des vetements, des objets en tout genre, des idees pour cuisiner et servir a l’interieur meme de sa boutique, situee dans un petit village en Gironde.

Lotus Lake

On passe la soiree au bord du lac. Les indiens boivent quelques verres d’alcool. Parmi eux, un musulman, qui essaye vainement de se justifier sur sa consommation quotidienne. On mange tres bien et a la belle etoile. Soudain, on entend une enorme explosion. C’est la carriere de marbre situee a quelques kilometres. On l’extrait a la dynamite. Il faut le savoir…

Les indiens ne tiennent pas du tout a l’alcool, et commencent a nous donner 2 ou 3 lecons de vie qu’ils sont loin de respecter eux-memes. Ca en devient lourd. Ils parlent de leur dieu. Il en existe environ 300000 dans la religion hindouiste et chacun en a un qu’il venere particulierement. Mais ils en parlent longtemps, tres longtemps… Heureusement que les francais etaient la, on a pu poser une barriere linguistique.

Avant de partir, ils laissent beaucoup de detritus sur place. C’est vraiment choquant pour un aussi bel endroit. Encore une fois, c’est un probleme d’education (dans les gares ou dans la rue, quand tu prends la peine de te deplacer quelques metres pour mettre un papier dans une poubelle, ils te regardent bizarrement).

Pour legitimer ce comportement, leur maniere de vivre et, d’une maniere generale, la situation de leur pays, ils sortent souvent cette phrase : « This is India ».

Le gerant nous ramene la nuit en Jeep. Il n’est pas tres frais et ses phares ne fonctionnent plus. On donne une lampe a l’un de ses collegues qui se met assis sur le nez de la voiture pour eclairer le chemin ; tandis que les 2 autres associes tiennent les chaises et les tables vite repliees a l’arriere du vehicule. Tout est bancal, on passe par des sentiers escarpes, ronges par les mois de mousson ; et nous, touristes, on est au milieu a en rire tout en se posant quelques questions sur l’issue du trajet.

L’un d’eux se retourne, nous sourit (avec toute la fraicheur qu’on peut avoir apres avoir vide une bouteille de whiskey), et nous repete ces quelques mots simplistes et teintes de fatalisme : « This is India ».

29 Septembre 2010

Balade a cheval de quelques heures. Rien de mieux pour apprecier tranquillement le paysage.

Vous les femmes
Si les signes tactiles d’amitie entre hommes sont frequents (comme en Turquie), les couples indiens ne s’autorisent aucune marque d’affection en public. On le voit dans l’extreme pudeur du cinema bollywoodien. Ici, entre hommes et femmes, s’embrasser ou se tenir par la main en pleine rue ne se fait pas, c’est comme ca.
En resume, dans la rue, les couples ne se touchent pas (quelle frustration !) et les hommes se tiennent la main entre eux.

C’est definitif, je ne vivrais jamais en Inde.

Ceci n’est que la partie emergee des profondes traditions encore bien ancrees aujourd’hui en Inde.
La partie immergee se situe dans la religion et inevitablement, dans les moeurs indiennes : une femme n’a reellement d’existence qu’au travers du pere et du mari.
Il y a de grandes differences entre la ville et la campagne, mais quelque soit l’endroit, l’epouse n’a generalement pas le droit a la parole (il est d’ailleurs conseille pour les occidentaux de ne pas trop leur parler). Lorsque l’epouse devient veuve, c’est comme si elle n’existait plus : elle est censee porter malheur a l’eventuel pretendant.
De ce fait, elle est souvent rejetee par la famille et la societe ; on la retrouve souvent dehors placee au meme rang que les vieillards et les infirmes qui bordent les trottoirs.
Humiliation, mauvais traitements, avortements (il manquerait 60 millions de femmes en Inde), elle ne sont qu’un tiers a frequenter l’ecole (la moitie par rapport aux hommes).

Comme il ne faut jamais mettre tous les oeufs dans le meme panier, les mauvais chiffres varient selon les regions (agricoles ou plus developpees). Pour le coup, c’est le Rajasthan qui figure en tete sur la liste noire. Dans le Kerala, tout au sud de l’Inde, tres peu de discrimination entre hommes et femmes.
Mais partout en Inde, la classe moyenne echappe peu a peu a ces sombres coutumes. De plus en plus autonomes et entreprenantes, on les retrouve dans les associations militantes, les ONG autant que dans le monde des affaires.

Ca avance, ca prend son temps, mais ca avance…

Je quitte le Rajasthan en fin d’apres-midi pour me diriger vers l’Est.

30 Septembre 2010

Longue route de nuit (et de jour) qui me conduit « presque » jusqu’a Kajuraho, dans la vallee du Gange.
C’est l’histoire de 2 mexicains, un tcheque, un australien et un francais (moi) qui tombent en plein conflit religieux suite a de recentes tensions entre hindous et musulmans. Tous se retrouvent a la ramasse parce que le transfert entre 2 bus est impossible : la police a interdit le passage des cars jusqu’a notre destination. Le groupe « esperanto » prennent la decision de monter a 6 dans un taxi pour rejoindre Kajuraho.

Nous arrivons tres tard dans la nuit. Je viens de passer plus de 24h dans les transports !
Les conflits attendront, je m’en preoccuperais apres avoir dormi…

1er Octobre 2010

J’apprends a l’instant que la situation s’est calmee. Ca arrive souvent. This is India !
Je passe la matinee a visiter quelques temples en rickshaw, le matin, a l ‘est et au sud de la ville.

 

caste inde

Les castes
Contrairement a notre systeme social basee sur l’egalite, l’hindouisme est fondee sur une societe inegalitaire.
Il existe principalement 4 castes, qui representent un peu plus de 60 pour cent de la population. Ces castes se livrent a des activites dites « purs » qui les feront acceder plus facilement vers la « moksha » (la fin du cycle de reincarnation).
Ceux qu’on appelle les intouchables ou « parias » , qui representent 20 pour cent de la population, se livrent genenalement a des taches (nettoyage des ordures, vidangeur, mendiant, chasseurs, pecheurs, etc.) qui les rendent encore plus impurs et sont donc, voues eternellement a changer de corps. Il n’appartiennent a aucune caste, et on ne sait pas franchement d’ou ils viennent et pourquoi ils le sont devenus. Le reste de la population, exclus de ces castes, sont les non-hindous.
Ce systeme, malgre son abolition il y’a pres de 60 ans, reste toujours ancre chez les hindous, et souvent tres respectes dans beaucoup de villages. Il a pour avantage d’encourager l’entraide et la solidarite entre les castes. Pourtant, meme si une personne appartient a une tres haute caste, elle peut rester pauvre toute sa vie ; de meme qu’un intouchable peut s’enrichir a la tete d’une manufacture.
Malgre tout, les prejuges persistent et on continue a attribuer des quotas d’intouchables dans les postes administratifs ou les usines.
On ne se separe pas en 50 ans d’un systeme vieux de plusieurs millenaires…

 

autre religion inde

Les autres religions
L’hindouisme est la religion de la majorite des indiens (environ 900 millions). Vient ensuite l’islam, avec 100 millions de pratiquants, les chretiens (25 millions), les sikhs (20 millions, on en a parle) et le reste etant partages entre bouddhistes, juifs, parsis (adorateurs du soleil) et jainistes.
Les jainistes sont non-violents et adherent a 5 regles majeures notamment ne pas tuer, ne pas voler et se detacher des biens materiels.
Souvent, on le voit dans la rue, les jains portent un foulard devant la bouche pour eviter d’avaler une bestiole (respect scrupuleux de la 1ere regle). Ils n’utilisent d’ailleurs jamais les moyens de transports ; et oui, les vehicules roulent sur les bebetes…

Les temples jains et hindous que j’ai visite ce matin ont l’avantage d’etre situe en pleine nature. Kajuraho est une ville tranquille et on a perdu l’habitude d’etre en centre-ville tout en restant a 2 pas de la campagne.
Je profite de l’apres-midi pour regler certains details concernant la suite de mon voyage, manger quelques plats epices, comme d’habitude (ils lancent les epices par poignees – quand je veux un plat sans epice, j’ai l’impression de leur demander de se couper une jambe – dans tous les cas, meme sans epice, il y’en aura toujours un peu – ils peuvent pas s’empecher) et pour vous ecrire ces quelques lignes.

Ce soir, spectacle de sons et lumieres sur les temples situes a l’ouest de la ville (les plus interessants parait-il, et cela sont payants). Je m’octroie ce petit plaisir parce que la reserve naturelle, a 30kms de Kajuraho, est fermee. J’ai meme pas droit a un petit tour a dos d’elephant…
Peut-etre enThailande.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Gange

1er Octobre 2010 (suite et fin)

Je suis reste un peu trop longtemps sur Internet et j’ai comme qui dirait… completement loupe le spectacle de son et lumiere. J’apprends qu’il y a un second « show », malheureusement il n’y a pas suffisamment de gens pour y assister, donc pas rentable, donc annule. Pas assez de gens… en Inde… le comble !
Je me satisfait des temples que j’ai vu ce matin. Tant pis. En pleine nature, loin du bruit, ca m’allait parfaitement.

Temple jain de Parshvanath
Temple Jain d’Adinath
Temple hindou de Javari
Paysage de la plaine du Gange

Je prends le train de 23h pour Varanasi.

2 Octobre 2010

J’arrive a Varanasi en fin de matinee avec 3h de retard (ne jamais faire confiance aux horaires d’arrivee en Inde !) ; ce qui a tout decale dans ma journee. J’avais prevu de visiter les bords du Gange (et pourtant, j’avais prevu large) pour admirer les ablutions hindous (immersion purificatrice du corps et de l’ame) qui ont lieu uniquement le matin.

 

gange inde

Mourir ici
Impossible toutefois de voyager en Inde sans faire un detour (meme bref) par l’un de ses symboles les plus forts : le Gange.
Varanasi est le lieu saint de l’hindouisme. Tout hindou qui meurt dans cette ville peut etre sur de voir son ame monter au ciel pour l’eternite.
Les vieillards arrivent en grand nombre de toute l’Inde et attendent la mort, au bord du Gange.
La cremation fait partie integrante de ce rituel vers l’au-dela. On charge les barques de rondins, on y place le corps, et apres une ceremonie respectant scrupuleusement un rituel tres precis, le corps est confie a l’eau sacree du Gange, ou il brule durant plusieurs heures. Le spectacle est, parait-il, tres impressionnant.

Je decide de prendre de la hauteur pour admirer (malheureusement que de loin) les eaux du Gange. J’apercois quelques barques de rondins encore fumantes.

Le Gange

Je dois repartir pour Gorakhpur. Ces 2 derniers jours ont ete un peu « express » mais je dois respecter un certain timing quand je serais au Nepal.
Et oui, deja le Nepal !
Gorakhpur n’a, en soi, rien d’interressant ; seulement qu’elle est la ville de transition pour rejoindre la frontiere indo-nepalaise en bus, plus au nord.

Pour tout ceux qui se soucie de mon allure un peu rapide, promis, j’ai prevu au Nepal de prendre un peu de temps pour moi (l’acclimatation est d’ailleurs vivement conseille lorsqu’on marche en altitude).
Ces 12 derniers jours ont ete les plus eprouvants depuis mon depart.

Entre nous, j’avais prevu 20 jours en Inde, et je suis reste seulement 12 jours. J’avais prevu 9 jours au Nepal, je vais rester finalement 3 semaines.

La raison ? Au Nepal, Y’A PAS DE KLAXONS !!!

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Kathmandu

2 Octobre 2010 (suite et fin)

Le chauffeur d’un rickshaw passe me chercher a pied dans les ruelles du Chowk, la ou je me suis engouffre et d’ou il est impossible de s’en extraire sans quelqu’un qui connait reellement le quartier. Le Chowk, c’est la vieille ville de Varanasi. Il y regne une atmosphere particuliere, surtout lorsque les membres de la famille du defunt, venus se recueillir une derniere fois dans un des nombreux temples du quartier, ressortent dans l’etroite ruelle avant de conduire le corps au bord du Gange.
Au sol, les detritus et les bouses de vaches se melent aux fleurs tombees des corteges funebres.
Une fois sorti de la vieille ville, le chauffeur m’emmene vers la gare, accompagne de 2 policiers, fusil a l’epaule et long baton a la main.
Varanasi etant consideree comme la capitale de l’hindouisme, le risque de conflit religieux y est plus important que dans certaines autres villes du pays. Et l’attaque d’un touriste etranger, ca fait mauvais genre.
J’en demandais pas tant, mais c’etait sympa de leur part de m’escorter.
Ca ne les empeche pas de deconner ensemble ; le conducteur entammant meme une petite chanson sous une pluie de klaxons a eviter les autres vehicules, les vaches et les cochons « domestiques ».

Je quite Varanasi pour Gorakhpur. J’ai eu le temps de changer de monnaie : des roupies nepalaises et quelques dollars pour le visa.
Mais par peur d’etre a court de monnaie indienne avant de passer la frontiere, je choisis un hotel pas cher.
J’ai commence a Delhi par une « quasi-cellule de degrisement », je finis part la meme chose a Gorakhpur, avec en prime quelques nouveautes : mille pattes, cafards, chiotte a la turque, et si je mets ne serait-ce qu’une main sur le lavabo, il s’effondre.
C’est pour dormir 3 ou 4 heures, ca fera l’affaire.

3 Octobre 2010

Je n’ai jamais autant transpire que dans cette chambre d’hotel. Une chaleur suffocante dans certainement l’une des pires chambres d’hotel d’Inde.
Je prends le bus a 4h du matin. Je suis en sueur. Mes vetements collent sur la peau en plus d’etre dans un bus noir de monde. J’essaye de dormir un peu. Apres plusieurs « micro-siestes », j’arrive au lever du soleil a Sunauli, la frontiere indo-nepalaise.
Brume au petit matin, on respire legerement mieux. Je remplis quelques formalites avant que le douanier me rende mon passport et me dise avec un grand sourire : « Welcome to Nepal ».
Je suis creve, et ce n’est que le debut.

Contrairement  a ce qu’on peut penser, a la frontiere, le relief est plat. On apercoit quelques petites montagnes au loin, mais sans plus. C’est la plaine du Terai. Elle s’etend d’Est en Ouest sur toute la longueur du Nepal et sur seulement 40 kms de largeur avant de butter sur les massifs pre-himalayiens. Une sorte de prolongement de l’Inde. Climat subtropicale… il fait encore tres chaud.
J’ai le temps de dejeuner avant que le mini-bus m’amene a Kathmandu. 9h de route et de zig-zag plus tard, j’arrive a Katmandu, moins bruyante que n’importe quelle autre ville de l’Inde. On respire !

Je parviens non sans difficulte a rejoindre le quartier du Thamel, le coeur economique de Kathmandu. Je telephone a mon tout premier Couchsurfeur depuis le debut de ce voyage : Vish, nepalais d’origine, et sa compagne, Sophie, recemment expatriee au Nepal pour une duree indeterminee (disons qu’elle n’a aucune intention de rentrer un jour en France).

Mais au fait, le Couchsurfing, c’est quoi ?
Le Couchsurfing, c’est une grande communaute de routards ou d’autochtones desireux de rencontrer des routards, qui te prete l’espace d’une nuit (ou plus) leur canape ou un simple matelas. L’avantage ? c’est gratuit, on rencontre reellement les habitants et ils te filent des bons tuyaux sur quoi voir, quoi manger, quoi faire et comment survivre dans un pays dont tu viens a peine de fouler le sol…
C’est un tres bon « premier contact ».

Vish est un Couchsurfeur, il adore rencontrer les gens des 4 coins du monde et les aider a organiser leur sejour au Nepal dans les meilleures conditions. Et sincerement, je sais pas comment j’aurais fait sans lui. Je debarque a Katmandu en short, en Tee-shirt, avec une vague idee du coin que je veux arpenter mais, avouons-le, sans rien connaitre du trekking en haute montagne.
Ils passent me chercher a moto au point de rendez-vous en fin de soiree.
Vish est guide et organise de nombreux trek plusieurs fois dans l’annee.
Il m’a dit que mon itineraire etait un tres bon choix, qu’il adorait ce coin-la. Il m’a repete plusieurs fois : « This is heaven » (C’est le paradis). Apres avoir bu un alcool de riz dans leur resto favori, a quelques pas de chez eux (mon 1er verre d’alcool depuis un mois et demi – je ne pouvais pas refuser quand meme !), je dors chez eux, content d’avoir termine cette longue, tres longue journee, depuis Gorakhpur ce matin.

4 Octobre 2010

Journee tres chargee. Beaucoup de choses a regler. Heureusement que Vish est la pour parfaire les details…que dis-je… pour organiser mes 3 semaines de trek.
Il me conseille dans les achats de vetements chauds, dans les choses essentielles a emporter, reserve mon billet aller-retour pour le vol interne Kathmandu-Lukla, me fait rencontrer le guide qui va m’accompagner pendant 15 jours en montagne, et il me reserve meme un billet pas cher pour mon prochain pays. J’ai la conscience tranquille pour les 3 prochaines semaines et sincerement, ca fait du bien, surtout apres ces 12 jours de folie passees en Inde.

Et aujourd’hui, avec un peu de hasard dans le calendrier, je retrouve a Kathmandu mon pote Matthieu, parti lui aussi faire un trekking dans l’Annapurna, a l’Ouest. Pour moi, ce sera l’Est, aux abords de l’Everest. C’est lui qui m’a fait connaitre Vish par le biais du Couchsurfing. Pour ca Matthieu, je te remercie. On passe l’apres-midi ensemble a courir a droite, a gauche.

My friend Matthieu

Et en ce debut de soiree, nous sommes fin pret pour attaquer les montagnes de l’Himalaya.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Le silence

5 Octobre 2010
1er jour dans le Solu Khumbu

Je depose toutes les affaires qui ne sont pas necessaires pour le trek chez Vish. Au petit matin, je souhaite bon courage a Matthieu pour l’Annapurna ; et je fais la connaissance de Janga, mon guide pour les 14 jours a venir.
Il est ne dans un petit village nepalais non loin de Lukla (la ou debutera mon trek). Et pour le coup, le mot « guide » prend ici tout son sens.
Il est celui que je vais ecouter attentivement tout au long de ce trek dans le Solu Khumbu, le secteur de l’Everest, l’un des endroits les plus isoles au monde.
L’Everest fascine tellement de gens. Et j’en fais partie. C’est un lieu d’accomplissement, de fascination, de drame aussi, pour les alpinistes les plus temeraires et les trekkeurs les moins chanceux. Neanmoins, octobre et novembre, c’est la meilleure saison pour arpenter les sentiers, traverser les cols et les quelques glaciers presents seulement en tres haute altitude.

Un petit avion pouvant seulement accueillir 15 personnes decolle de Kathmandu pour Lukla (2840m), plus a l’Est. C’est la ou debute generalement les treks dans le Solu Khumbu.
L’avion a 2h de retard. Trop de vent pour partir. Nous decollons finalement et pendant une trentaine de minute, nous survolons un superbe paysage de « basses montagnes ». Un petit avant-gout. Mais je serais beaucoup plus haut dans quelques jours.
L’avion atterit a flanc de montagne ; la piste est courte, 800m de plat ont ete creuse avant de buter sur le mur qui retient la montagne.
Apres l’extinction de l’appareil, j’entends quelquechose qui m’avait manque, j’entends le silence…
Kathmandu etant la capitale, elle n’echappe pas au bruit, pas meme dans l’un des pays les plus recules au monde.

Pour les nostalgiques ou ceux qui regrettent de ne pas etre alle a Kathmandu
Pour les quelques baba-cools qui sont revenus de Kathmandu a la « grande epoque », autant que pour ceux qui souhaitaient s’y rendre a cette meme epoque, et bien c’est trop tard ! Ce que vous recherchiez n’existe plus. Kathmandu est une ville bruyante ou circulent les taxi et les mobylettes qui petaradent dans des rues assez etroites, bordees de magasins « attrape-touristes ». Pour les nostalgiques, gardez l’image du Kathmandu des annees 60-70, ca vaut mieux.

Avec le retard de l’avion, nous avons le temps de marcher seulement 1h30 a 2h jusqu’a Phakding. Mais deja, un certain temps d’acclimatation s’impose : a peine sorti de l’avion, je parle a Janga quelques secondes a peine tout en marchant. Je m’essouffle tres rapidemment et pourtant, nous marchons lentement et sur du plat. Il faut s’adapter et trouver son rythme de respiration.
Nous arrivons dans un « lodge » en pleine nuit (on a fini le trajet en s’eclairant a la lampe frontale). Les temperatures tombent tres vite.
Objectif : ne pas tomber malade des la 1ere nuit.

Lodge

6 Octobre 2010
Phakding (2610m)
2eme jour dans le Solu Khumbu

Phakding
Phakding – Sur la route de Namche Bazar

Nous partons de Phakding en debut de matinee. On apercoit le Mont Himchauly sur la droite.
On croise des porteurs, des yacks. Il y a encore enormement de verdure et de forets a cette altitude.

Mont Himchauly

Nombreux temples et sanctuaires sur le chemin.

Janga, mon guide

Janga est un type sympa. Il a 27 ans, 5 freres, 4 soeurs repartis dans tout le Nepal. Il parle un anglais tres approximatif (ca en fait 2) avec un tres fort accent. Il prononce 3 ou 4 phrases quand une seule suffirait mais il n’est pas bavard pour autant, et ca ne l’empeche pas non plus de me parler de la vie au Nepal et de sa famille. Je le suis toujours quelques metres derriere et souvent, je l’entends souvent chanter en nepalais pendant qu’on marche.

 

Sherpa nepal

Les Sherpas
Le Solu Khumbu est la region des Sherpas.
Mais les sherpas, c’est bien des porteurs ? Mettons les pendules a l’heure. Sherpas signifie « ceux qui viennent de l’Est ». Ce sont des refugies qui ont quitte le Tibet il a 400-500 ans. Ils etaient autrefois connus pour le metier de porteur mais un Sherpa n’est pas forcement un porteur et un porteur n’est pas obligatoirement Sherpa.
Si Junga est ne dans le Solu Khumbu, alors il est Sherpa ? Non plus. Sa famille est originaire du Terai (prononce « Teraille »). Son nom est Junga Magar. Magar etant le nom de sa caste (il me la dit).
Sa caste ? Le Terai s’est fortement impregne du systeme hindouiste de caste. En revanche, plus on monte dans le Nord, plus le systeme de caste disparait.
En fin de matinee, nous entrons dans le Parc National de Sagarmatha (le Parc National le plus haut du monde) et mangeons dans un petit restaurant a Jarsalle. Janga me conseille d’acheter de l’eau car on en trouvera pas pendant 3 ou 4h durant notre ascension (600m de denivele) jusqu’a Namche Bazar.

Il fait un peu frais mais grand soleil et suffisamment bon pour marcher en tee-shirt. Nous passons pres du Mont Thamsherku.

Arrivee a Namche Bazar

J’ecoute toujours les conseils de Janga, comme celui de rester un jour complet a Namche le temps de s’adapter. Et franchement, j’en avais besoin. Pas de blessure, pas d’entorse et pourtant, ici, le danger est plutot invisible. Difficile de comprendre quand on ne vit pas en haute montagne mais le manque d’oxygene se fait vraiment sentir. Tous les mouvements ou les pas que j’effectue trop vite m’essoufflent. J’ai l’impression d’etre un gros fumeur. Ma tete est lourde.

7 Octobre 2010
Namche Bazar (3440m)
3eme jour dans le Solu Khumbu

Journee d’acclimatation. Je me reveille vers 8h. J’ai la tete qui tourne. Je prends quelques cachets et je me rendors jusqu’a 11h30. C’est bien la premiere fois depuis le debut de ce voyage que je me reveille aussi tard, mais impossible de me lever. Apres le repas, ca commence a aller legerement mieux. Les cachets font leurs effets. Je retourne a nouveau dans ma chambre. Janga frappe a ma porte et me demande si ca va. Je lui dit que j’ai encore la tete qui tourne et que cette journee a rester a Namche n’etait pas de trop : j’aurais ete incapable de partir ce matin.
Il me conseille de ne pas me rendormir pendant la journee (j’en avais bien envie, mais il a raison), et de marcher lentement dans les rues de Namche.
Je prends quand meme le temps d’aller dans un petit cyber-cafe pour vous ecrire ces quelques lignes.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Pourtant, que la montagne est belle

8 Octobre 2010

Namche Bazar (3440m)
4eme jour dans le Solu Khumbu

Nous partons de Namche Bazar. Apres 3h d’ascension tres difficile (plus de 500m de denivele), nous mangeons a Mong-La (3975m).
J’ai quand meme reussi a choper un rhume et une toux persistante.
Les medicaments ont l’inconvenient de me fatiguer. Il faut lutter pour ne pas s’endormir apres le repas.
Nous repartons pour 3h de plus en direction de Dhole.
J’ai encore la tete qui tourne (ce qui n’est pas forcement recommande lorsqu’on marche chaque jour a moins d’un metre du ravin).

En haut a gauche, l’Everest

 

Nous arrivons a Dhole (4110m). Je suis vraiment fatigue. Ma tete tourne encore.
J’en parle a Janga. Il me dit que peut-etre on ira pas aussi haut que prevu si je suis toujours autant malade.Je lui dis quon verra demain. Pour l’instant, je veux dormir et je ne mange rien le soir (c’est pas bon signe).

9 Octobre 2010

Dhole (4110m)
5eme jour dans le Solu Khumbu

Je suis cloue au lit.
Impossible d’ouvrir les yeux. Les medicaments ne font pas du tout leurs effets. Janga frappe a ma porte a 7h. Je lui dis que j’ai tres mal au crane et encore la tete qui tourne. Je n’ai toujours pas faim.
Il m’apporte un cachet contre le mal de tete.
Je me rendors.
30 min plus tard, il m’apporte un medicament contre le mal d’altitude.
Je me rendors a nouveau.
Il me dit que l’hopital le plus proche est a 3h de marche. Le mal des montagnes peut prendre un certain temps avant de disparaitre.
Janga me conseille de boire beaucoup d’eau chaude, de la soupe lorsqu’on s’arretera, et aussi de manger… de l’ail ! (ca tombe bien, je comptais embrasser personne aujourd’hui). C’est un remede asez efficace contre le mal des montagnes. Vish m’en avait donne avant de partir.

Nous marchons en direction de Machherma (300m de denivele). J’ai moins mal au crane, mais ma tete tourne encore.
L’eau chaude, la soupe, le the, les medicaments de Janga, l’ail commencent a faire leurs effets.
Janga me dit que je ne suis pas le seul a avoir le mal des montagnes et que plusieurs personnes ont abandonne a Dhole.
Sincerement, je ne sais pas jusqu’ou je suis capable d’aller. Le manque d’oxygene fatigue tres vite… Je respire fort, je perds mes reflexes, mes gestes sont maladroits et j’ai l’impression de reflechir « au ralenti ».
Mais rien a declarer au niveau musculaire (encore heureux).

Apres 3h de marche, nous apercevons en contrebas le village de Machherma perche a 4410m.
C’est ici qu’en 1974, le Yeti aurait tue 3 yaks et attaque une femme sherpa (les sherpas croient encore dur comme fer en l’existence du Yeti).

Village de Machherma

Je vois les enfants nepalais s’amuser et courir sur le peu de surface qu’il y a avant le ravin. Mais comment font-ils pour courir autant ? Heritage genetique.
Nous, occidentaux, n’avons plus qu’a nous incliner face a ce peuple des montagnes : mon sac de 24kgs est ridicule compare a ce que transportent chaque jours les porteurs (parfois jusqu’a 60kgs !) ; nous, on arrive au Nepal durant la « bonne saison ». Eux, affrontent toute l’annee cet endroit hostile.
Et quelle solidarite entre les nepalais !
Un peu comme on peut en trouver personnes de meme caste en Inde, ici, on voit de l’entraide partout.
C’est comme si tout le monde se connassait, comme si les enfants etaient les tiens, comme si on se sentait responsable de ne pas laisser passer les porteurs lorsqu’on les croise ou les yaks transportant du materiel precieux pour les villags les plus recules.
De les voir, ou plutot, de les admirer, me donne de la force pour continuer.
J’arrive dans le restaurant de Machherma. Je commande un menu et recommande a nouveau (ca, c’est bon signe).
On file tout de meme a l’hopital, mais ca va deja mieux.
Un des guides me montre un tableau des symptomes qu’on peut avoir en altitude : perte d’appetit, grosse fatigue durant la journee, mal de crane, difficulte respiratoire, augmentation du rythme cardiaque, sommeil agite la nuit.
C’est bon, je les ai tous eu ! (ca aurait ete dommage de se louper…).
Diagnostic : Taux d’oxygenation normal, rythme cardiaque un peu eleve. Mais le medecin me dit que ca devrait se calmer des demain.
Verdict : Pas de contre-indication pour la suite.

J’ai mon ticket pour le Mont Gokyo.

Le soir, on dine avec quelques touristes dans la piece commune : allemands, americains, italiens (j’aurais jamais pense parler italien au Nepal a plus de 4000m d’altitude).
Tous ont pour destination le Mont Gokyo. Un objectif pour tout ceux qui n’ont pas abandonne la partie.
Ca tousse, ca renifle, ca se mouche. Personne n’est franchement en tres grande forme.

10 Octobre 2010

Machherma (4410m)
6eme jour dans le Solu Khumbu

On apercoit le Mont Chuly

Le Mont Chuly

Sur la route, on depasse certains touristes qui font une pause, puis ils nous depassent quand on en fait une a notre tour ; et enfin, on les retrouve dans les lodges. On mange ensemble, on dine ensemble, on commence a se connaitre.

Apres 3h de marche, nous atteignons le village de Gokyo (4790m) au bord d’un superbe lac d’un bleu turquoise.
Nous sommes au pied du Mont Gokyo.

11 Octobre 2010

Gokyo (4790m)
7eme jour dans le Solu Khumbu

Reveil a 5h30 et depart a 6h pour le Mont Gokyo.
3h de marche tres lente et douloureuse. L’air est de plus en plus rare. Le soleil commence a peine a se lever. Il fait froid. Avec la brume, on ne distingue ni le pied du Mont ni son sommet.
Plus de 600m de denivele.

Mont Everest, Mont Lhotse : la vue est deja saisissante

30min avant d’arriver, le ciel se degage enfin pour laisser place a une vue splendide sur les glaciers, les lacs en contrebas et quelques uns des plus hauts sommets du monde.

Vue sur les lacs de Gokyo

Et enfin, j’arrive au sommet !

En face, le Mont Cho Oyu
Le Mont Gaurishankar

Pour tout ceux qui ont vu le film « 7 ans au Tibet », imaginez admirer ce paysage avec dans la tete la musique « Clair de Lune » de De Bussy. Magique !

Mais ca se merite. Le Mont Gokyo etait mon objectif pour le Nepal. Ma tete est a nouveau lourde, il est temps de redescendre.
Je passe a nouveau la nuit dans le village de Gokyo.
12 Octobre 2010

Gokyo (4790m)
8eme jour dans le Solu Khumbu

Nous traversons le glacier Ngozumpa et amorcons notre lente redescente par des sentiers differents de ceux de l’aller.
Le soleil est la, mais un vent glacial penetre au creux des deux massifs montagneux dans lequel nous nous sommes engouffres.
Nous arrivons a Thare (4300m).

La plupart des lodges et des maisons ont un petit emplacement dans leur piece commune dedie au culte bouddhiste :

Une pensee pour le Tibet

Nous passons la nuit a Thare.

13 Octobre 2010

Thare (4300m)
9eme jour dans le Solu Khumbu

Thare

Nous continuons notre descente (et c’est pas pour autant qu’il y a uniquement de la descente… – ca descend, ca monte, c’est le principe de la montagne !).
Le paysage lunaire des hautes montagnes laisse place a l’herbe rase.

Yak

 

Une affaire de famille
Les lodges dans lesquels nous nous arretons pour manger et dormir sont souvent tenus par toute la famille. La mere et la fille (ou le fils) font la cuisine et le service ; tandis que le pere s’occupe d’aller chercher du bois (on le verra, c’est pas systematique…).
Excellent combustible et quasi-inodore, ils recoltent les bouses de yaks, les applatissent, les font secher durant plusieurs heures au soleil avant de les mettre au feu.
A l’interieur du lodge, souvent tres peu de chambres mais la piece commune est toujours conviviale.
Les banquettes sont alignees le lond des fenetres, le poele a bois toujours au centre de la salle. Sur les murs, quelques tapisseries, mais surtout des photos de la famille, de divinites protectrices des sherpas, des photos de la construction du lodge…

Nous arrivons a Phortse (3810m).

Ici, sur les murs, les diplomes du proprietaire, son certificat d’etude scolaire et medical ainsi que la photo et l’attestation de son ascension de l’Everest il y a 2 ans, masque a oxygene au visage.
Je suis le seul touriste.
Janga essaie desesperement de faire marcher son portable a cette altitude (moi j’ai abandonne depuis longtemps) ; je suis assis a cote du poele tandis qu’a quelques metres, le jeune fils fait ses devoirs d’ecole sur l’une des tables vides destinees a l’accueil des touristes.
Il n’y a pas un bruit, le village est relativement peu frequente puisqu’on est plus sur la route principale qui mene a Gokyo ni sur le chemin qui mene a l’Everest.
C’est comme ca depuis mon retour de Gokyo et c’est vraiment agreable.
Le garcon vient de terminer ses exercices de mathematiques. Il me dit qu’il prefere ca aux autres matieres. L’ecole n’a pas lieu tous les jours et les cours sont dispenses soit dans un hotel proche, soit a l’ecole Hillary a Khumjung (il faut marcher longtemps) ; inauguree par Sir Edmund Hillary en personne, le premier homme a avoir gravi l’Everest.
Le garcon parle un anglais plutot correct pour son jeune age. Il me dit qu’il souhaite apprendre le francais parce que beaucoup de francais viennent dans leur lodge et ne parlent pas anglais (ca nous suit partout !!! j’ai honte…).
Je lui dis que c’est une langue difficile mais pas insurmontable ; et qu’une fois rentre en France, je dirais aux francais de faire un effort en anglais lorsqu’il viendront au Nepal.
14 Octobre 2010

Phortse (3810m)
10eme jour dans le Solu Khumbu

Nous poursuivons notre redescente. Ma tete ne me fait presque plus mal.
Le voyage est rythme par des « Janga, one minute, please » (ce qu’on peut traduire par : « j’arrive plus a te suivre, on fait une pause ? ») ; et des « Janga, toilet » (ce qu’on peut traduire par : « j’ai la vessie qui se comprime a cause du froid, j’vais pisser au bord du ravin »).
Lorsqu’on fait une pause, j’ai a peine le temps de reprendre mon souffle que Janga commence deja a siffler ou a chantonner. Et quand il ne chantonne pas, il se regarde dans le miroir (un retroviseur de mobylette).
C’est calme, on entend pas un bruit. Et petit a petit, l’herbe rase laisse place a l’herbe haute, puis a la foret de sapin.
Plus de douleur a la tete. On respire bien a present.

C’est dans un lodge de la foret de Deboche que nous passons la nuit.

 

15 Octobre 2010

Debuche (3820m)
11eme jour dans le Solu Khumbu

Nous remontons legerement pour nous rendre dans le village de Tengboche (3860m).

 

Religion sherpas

La religion des sherpas
Les sherpas sont un peuple tres religieux, adepte du bouddhisme lamaiste (alors que la religion dominante au Nepal est l’hindouisme).
Les stupas, les monasteres, les drapeaux et moulins a prieres (cylindriques) sont presents partout. On trouve egalement des murettes ou les textes sont graves a-memes la pierre.

Belle recompense apres 11 jours dans le Solu Khumbu : j’ai la chance d’assister a une ceremonie de prieres bouddhiste dans le monastere de Tengboche, construit dans les annees 20, a l’initiative d’un celebre lama (qui, dit-on, utilisait la levitation pour se deplacer et transformait les chiens en tigres. A sa mort, il se serait change en arc-en-ciel…)

 

Monastere de Tengboche
Dans la cour du monastere
Moine bouddhiste se rendant a la priere

Je pensais que c’etait interdit pour les touristes et uniquement reserves aux lamas (moines bouddhistes). Par contre, interdiction formelle de prendre des photos a l’interieur, je n’ai que du texte a vous offrir :

Je me place dans un coin. 2 rangees de 5 ou 6 moines se font face, assis, clochette a la main, recitant des textes bouddhiques en prenant chacun une voix tres grave, dont on a l’impression qu’elle ne vient pas de leur emetteur.
Le rimpoche (« grand precieux ») est assis au milieu de la salle, entre les 2 rangees. Il est sureleve par rapport aux autres et recite lui aussi les dogmes bouddhiques, tout comme celui qui est debout, le seul : il porte une coiffe de plume en forme de crete et tient lui aussi une clochette a la main.
Ambiance sereine, les voix qui resonnent sont rythmee par le bruit de ses clochettes a chaque fin de verset.
Toutefois, un ou deux moines semblent distraient et me regardent tout en priant. C’est peut-etre mes cheveux en bataille qui les intrigue (eux qui ont tous le crane rase), a moins que ce ne soit ma barbe de 12 jours…
Ici, les lamas ne vivent pas reclus dans ce monastere (abritant une cinquantaine de moines). Certains suivent des etudes de lamas avant de retourner dans la vie laique.
C’est la grande difference qui existe entre ces « lamas de village » (la plupart maries et exercant des taches laiques) et les lamas de monastere recules, ayant prononce le voeu de chastete et consacrant leur temps a la priere.

Apres ce moment vraiment particulier au milieu des lamas, 1h ou 2h suffisent a rejoindre Khumjung ou nous passons la nuit.
16 Octobre 2010

Khumjung (3780m)
12eme jour dans le Solu Khumbu

Je pars de Khumjung. En chemin, nous nous arretons a l’Hotel Everest (l’un des seuls veritables hotels du Solu Khumbu).
Normalement, il y a ici une tres bonne vue sur l’Everest. Malheureusement, trop de brouillard ce matin.
Avant de partir de Khumjung, j’ai quand meme le temps de prendre une photo. J’ai bien mis Janga a contribution, mais impossible d’allumer les bougies a 3780m d’altitude. Vous m’excuserez…

2 mois !

 

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !