Ode à la joie

18 Aout 2011 (suite et fin)

Je retourne a l’hostel récuperer mon sac et reprends le tramway jusqu’a la gare de Sarajevo.
C’est ici que je rencontre 2 francaises qui partent comme moi a Zagreb, la capitale croate.

A vrai dire, je ne sais pas a quoi m’attendre, personne ne m’a jamais vraiment parlé de Zagreb. J’ai plutot la vision des belles plages de l’ouest du pays. Qu’en est-il de la capitale ?…

Le train part avec 2h30 de retard et je suis dans le meme compartiments que les francaises. Pas de wagons-couchettes pour le coup.

19 Aout 2011

Il est plus de 2h du matin, apres de long bavardage sur nos parcours respectifs, c’est l’heure de dormir : la solution sera de s’organiser avec les 2 banquettes du compartiment et le parterre. La nuit sera dans tous les cas bien meilleure qu’en dormant assis.

La sommeil sera interrompu par le passage du controleur bosnien, puis celui du douanier bosnien, avant que ce ne soit le tour du douanier croate et pour finir enfin par lecontroleur croate.
Plusieurs fois durant le trajet, le train s’est aussi arreté de longs moments au milieu de nulle part. Va savoir pourquoi…

Au lieu des 6h40 prévus, le convoi arrive en gare de Zagreb vers 10h du matin.
Des mon arrivée, je retire des kuna, avant de nous diriger vers la sortie. Anne m’a proposé l’auberge de jeunesse qu’elle a reservée. De mon coté, ca m’arrange d’avoir une adresse précise car je n’ai rien réservé. Il y a bien un camping, mais il est tres excentré du centre-ville ; et pour seulement une apres-midi que j’ai a consacrer a la ville de Zagreb, ca n’en vaut pas tellement la peine.

Ma 1ere impression de Zagreb ? Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai vu des alentours de gare bien plus laids que ca : des la sortie de la station, c’est un grand espace ouvert, une grande place verdoyante parsemée d’arbre ou une belle cathédrale se dresse en arriere-plan. Les batiments sont colorés, et si l’on ajoute le grand ciel bleu – et sans la chaleur suffocante – c’est un tres joli coin.
Zagreb n’est pas une capitale surpeuplée : moins de 800000 habitants. Les rues apparaissent alors calmes dans l’ensemble, et ce ne sont pas des fous-furieux au volant : bonne conduite et respect du code de la route.

Nous arrivons a l’auberge de jeunesse et, c’est plutot rare, meme les dortoirs sont complets… Je dois trouver un autre endroit.
Le réceptionniste me propose alors sympathiquement l’ordinateur pour une réservation dans un autre hostel. C’est pas la panacée au niveau des backpackers. Le seul que je trouve (et a peu pres bon marché) se situe a l’autre bout de la ville. Il faut prendre le tramway.

C’est la que je découvre Zagreb et son centre-ville. De tres beaux batiments et des tramways flambants neufs. Je dépose mes affaires avant de retourner a la gare, lieu de rendez-vous pour dire au revoir a Lisa, qui rentre en France. Je passe l’apres-midi avec Anne dans les rues de Zagreb , et ca commence par la visite des ruelles du centre-ville.

L'entrée d'un parc

 

Un peu de hauteur. Au loin, la Cathédrale de Zagreb

 

Et de l'autre coté, la nouvelle-ville. Bon, c'est jamais vraiment tip-top...

 

L'église Saint-Marc avec ses tuiles polychromes vernissées ou apparaissent, entre autres, les armoiries de la ville

 

Et partout, les drapeaux européens sont déja installés sur les facades des batiments administratifs. La procédure d’adhésion a l’Union Européenne vient de se cloturer fin juin 2011 :

L'entrée dans l'UE est prévue pour le 1er Janvier 2013

D’autres beaux batiments auront rythmés notre parcours, meme en s’écartant un peu de la vieille-ville. Ma bonne impression sur Zagreb se sera confirmée en rencontrant les commercants, agréables et souriants.

Et une derniere petite rue avant de cloturer la visite

Je dois dire au revoir a Anne car je ne suis pas en grande forme en cette fin d‘apres-midi.
Bah oui… je bouge beaucoup et la fatigue s’accumule. Plus d’un an de voyage, on commence a en avoir dans les pattes.
Comme je vous l’ai dit précédemment, je suis attendu en Slovenie. Et meme si c’est pour un travail, ce sera l’occasion pour moi de me stabiliser un petit moment avant mon retour en France.

Hum… mais qu’est-ce que ca peut bien etre…

Je rentre a l’hostel pour vous écrire, avant d’aller rattraper quelques heures de sommeil.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

 

WWOOF (1ere partie)

20 Aout 2011

Je reprends le tramway jusqu’a la gare. Seulement 2h de train depuis Zagreb, et me voici a Ljubljana, la capitale slovene.

Les paysages, ce sont surtout des forets : 60 pour cent du territoire en est recouvert.
J’echange mes quelques kuna restants. Retour définitif a l’euro !

J’entre dans l’auberge de jeunesse dont j’ai pris la peine de réserver la veille a Zagreb. On est en plein centre-ville, et au pied des Alpes.

La rue de mon auberge
Et la colline qui surplombe la ville
Le quartier qu'on appelle "la petite Ljubljana"
Sarajevo, Zagreb et maintenant Ljubljana : au risque de me répéter, la capitale de ce petit pays slovene est aussi belle que les 2 précédentes.
21 Aout 2011
Ljubljana est petite, a peine 300000 habitants.
J’ai encore toute la matinée pour la visiter avant de partir pour l’Ouest du pays.
Je grimpe justement la colline qui surplombe Ljubljana.
En son sommet, elle a vraiment des allures de petit village : les toits sont de la meme couleur, avec une église en son milieu. Celle du sommet, la ou je suis, lui donne encore plus de caractere, et les 2 fleuves qui la traverse, plus d’éclat.
Je retourne dans l’auberge et récupere mon sac a dos.
Les distances sont courtes a Ljubljana : 500m de marche et j’arrive a la station de bus.
Je m’étais renseigné auparavant sur ma destination car elle n’est pas connue du grand public ; seuls les randonneurs s’y rendent en général.
Le but de ce tour du monde, c’était entre autres, de tester le plus de formes possible de déplacement, d’hébergement et aussi de travail. Il est 15h, je pars en mini-bus en direction du dernier objectif de ce voyage.
Les passagers sont slovenes pour les 3/4, et se rendent a Bovec, une toute petite ville proche de la frontiere italienne.
Pour le paysage, ca ne change pas : de la foret… Par contre, le type d’habitation a beaucoup évolué. Ce sont principalement des maisons a colombages ou entierement construites en bois. Leur style se rapproche tres souvent des demeures autrichiennes de montagnes. C’est plutot normal puisque le trajet en mini-bus nous rapproche pour un temps de la frontiere autrichienne. Et peu a peu, le paysage s’accentue par des collines, puis tres vite, par les montagnes alpines ou coulent en contrebas de superbes rivieres aux eaux turquoises.
Le bus s’arrete 30min a Kranjska Gora :
Nous sommes a 7kms de la frontiere autrichienne et a 15 kms de l’Italie
Le bus repart. Nous nous éloignons de la frontiere autrichienne pour longer l’Italie du Nord au Sud, quelques 20kms a l’intérieur des terres.
Nous sommes a moins de 5kms de Bovec, le terminus et j’apercois un panneau marqué « Kluze ». C’est le nom d’un village et c’est la bas que je dois me rendre, plus précisement a la forteresse de Kluze, point de départ pour la vallée de Bavsica, ma véritable destination.
Le bus n’y passe pas. Je le savais et j’informe le chauffeur pour qu’il me dépose a l’embranchement. La forteresse se trouve a 3kms…
Je dois refaire de l’auto-stop, ce qui me rappelle de bons et aussi de lointains souvenirs…
J’essuie le refus d’une bonne dizaine de véhicules avant qu’une jeune slovene s’arrete et me dépose a la forteresse de Kluze, juste devant le panneau « Bavsica ».
Pour atteindre la vallée de Bavsica, il faut grimper. Quelques voitures passaient encore sur la route précédente ; a présent, c’est vraiment tranquille. Les rares véhicules que je vois redescendent, si bien qu’au bout de 30min de marche, toujours aucune voiture ne vient de mon coté. J’ai rendez-vous au numero 15 de la vallée. Pas de nom de rue, l’adresse est juste : 15, Vallée de Bavsica…
Mon contact a seulement mentionné « une maison aux fenetres vertes ». Mais le soleil se couche ; encerclé par les montagnes, j’ai meme l’impression que la nuit s’installe encore plus rapidemment…
Une voiture finit par monter. Elle s’arrete tout de suite a peine mon pouce levé. C’est encore une slovene. Elle est habillée en baba-cool et conduit un break avec 2 gros chiens blancs a l’arriere. Son coffre est remplie de babioles en tout genre, d’une pagaie et surtout d’un canoe bien encombrant.
Elle fait alors sortir l’un des chiens pour que mon sac puisse entrer dans le coffre. Je lui dis simplement que je dois me rendre au numéro 15. Elle me répond qu’elle habite au numéro 22. Nous avancons lentement, a la lumiere des feux de croisement, le chien courant a coté du véhicule.
Quelques propriétés pointent parfois le bout de leur nez, cachées par les sapins. Soudain, elle me dit :
– « Ca doit etre celle-ci »
Je crois effectivement distinguer la couleur verte aux fenetres, mais il n’y a aucun numéro indiqués a l’entrée… Elle me dépose, puis s’en va. Si ce n’est pas cette maison, tant pis, je lance ma tente ici pour la nuit…
Je traverse le grand jardin et frappe au carreau de la porte.
C’était bien la. Alison me souhaite la bienvenue. Elle prépare le diner en compagnie de Joan, un espagnol, et d’Alison (une autre), anglaise aussi. Tout deux sont un couple venus, comme moi, tenter l’expérience wwoofing chez Alison…
Et c’est quoi au juste le Wwoofing ?
Plus précisement, on parle de « ferme Wwoof ». Non, ca rien a voir avec une ferme gardée par un chien ! Ca peut… mais c’est pas vraiment le but…
World-Wide Opportunities on Organic Farms, voila ce que signifie « Wwoof » ; c’est un réseau international de fermes organiques – ou de nouveaux propriétaires souhaitant ralentir leur mode de vie – , qui proposent d’accueillir toute personne (wwoofers) souhaitant partager leur travaux et leur quotidien en échange du gite et du couvert. Cette année, le concept fete ses 40 ans. Mais ce sont seulement ces 5 ou 10 dernieres années que le concept de wwoofing est véritablement connu.
Alison et son mari sont tous les 2 anglais et ont racheté cette ferme il y a 3 ans. Son mari est en Angleterre pour un temps.
Sur un mail, elle m’a écrit qu’ils souhaitaient downshift leur vie. On pourrait traduire cela en francais par « décroitre », mais dans le bon sens du terme.
Le mot est tout nouveau en France : on appelle « décroissants » les personnes qui souhaitent abandonner un style de vie trop porté sur la consommation. Sans pour autant retourner a l’age de pierre, ce peut etre autant des écologistes, que des alter-mondialistes, des décus de l’action politique ou bien d’autres, nombreux, qui n’ont aucun bord particulier, et qui souhaitent retourner a des valeurs plus écologiques, arreter la course a la réussite sociale, acheter des produits équitables, réparer ce qui peut l’etre, devenir travailleurs indépendants. C’est un concept tres large, mais ca signifie généralement aux yeux de chacun « vouloir vivre mieux, avec moins ».
Alison me fait visiter la maison.
Elle me donne une chambre. Il fait encore chaud dehors mais a l’intérieur, c’est tempéré : les murs sont tres épais. Et au milieu de la campagne, pas un bruit durant la nuit…
22 Aout 2011
1er jour de travail. Levé a 7h45.
Alison m’avait expliqué qu’elle souhaitait aller vers la décroissance par paliers. Elle n’en est qu’au début. Tout n’est pas biologique ou écologique chez elle, loin de la, mais je ne pense pas non plus qu’elle veuille revenir a un écologisme pur et dur, avec une consommation zéro en energie. Ce n’est pas franchement son but, ni meme l’objectif (radical)  pour une personne décroissante.
Pour autant, dans la cuisine, pas de frigo, seulement un petit congélateur électrique. Pour l’eau chaude, elle active un bouton, et le désactive des qu’on ne s’en sert plus, pour la douche ou pour la vaisselle par exemple.
Alison souhaite avoir un élevage d’ovins et de poules. Pour ca, notre travail de la journée sera de la peinture-consolidation : mélange d’eau, de ciment et de carbonate de calcium (blancs) , pour renforcer les murs tout en les peignant de couleur claire afin d’isoler le futur poulailler de la chaleur.
Pour les horaires : entre 4h et 4h30 de travail par jour… C’est loin d’etre l’usine ! Et vers 11h : « Tea time », c’est l’avantage de vivre avec des anglais !
Du coup, chaque jour a 13h, c’est la fin du boulot. Le reste de la journée, c’est quartier libre. Pour ma part, aujourd’hui, ce sera la sieste avant d’aller laver mes vetements sous la douche (pas de machine a laver non plus dans la maison) et de les étendre au soleil.
23 Aout 2011
Pour aujourd’hui, l’activité sera un peu plus physique que la veille : du bucheronnage dans le champ lui appartenant, mais laissé a l’abandon par les anciens propriétaires. Alison voudraient que son futur troupeau de moutons et de chevres puisse un jour évoluer dans cette clairiere, envahie pour le moment par les arbres et les orties.
Tout se fait a la hache, a la scie, puis a la serpe, afin de couper les branches feuillues de chaque tronc, pour les stocker ensuite dans la grange, en attendant l’hiver.
Les 2 dernieres heures de travail sont les plus difficiles car meme en montagne, il fait étonnament chaud. On laisse quelques gros arbres debout, ils nous protege du soleil durant l’effort.
Alison est adorable, elle nous laisse toujours travailler a notre rythme, le but n’étant pas la vitesse. Lorsqu’elle arrive, c’est pour nous apporter de l’eau et des cookies…
Il est 13h, apres le repas et la sieste, je me motive pour prendre quelques photos. Quand meme…
On arrive dans la vallée par cette petite route
A gauche, un grand espace degage donnant sur les montagnes
A droite, dans le tournant, la maison d'Alison
Je devais me rendre a Bovec hier, la « ville » a 5kms d’ici, mais je repousse ma visite a demain. J’ai encore la flemme d’y aller aujourd’hui.
Dans le salon, Alison a quelques DVD, un pc portable, et meme un projecteur. Elle m’avait parlé la veille d’un film slovene : « Kekec ». Rien que le nom m’a fait rire, pourtant, tout bon slovénien le connait, puisque c’est le seul long-métrage slovénien ayant recu une récompense a l’étranger. Dans la catégorie « enfant », il date de 1951… Je n’ai jamais vu un film aussi naif avec une vision aussi manichéenne. Le genre de film d’époque avec des gestes amples, de longs plans et des rires forcés. Mais pour les décors – meme si c’est en noir et blanc -, ca vaut le visionnage puisque ca se passe a quelques kilometres de la vallée de Bavsica. Donc ce soir, c’était la séance de cinéma « locale »…
24 Aout 2011
Pour ce matin, ce sera la mise en fagot d’une partie de ce qu’on a coupé la veille.
Il faudra  encore plusieurs jours pour arriver a bout de ce champ. Il doit finir par devenir un champ praticable pour le bétail…
... et c'est pas encore gagné...
Allez, cette apres-midi, je me motive pour me rendre a la ville.
Alison n’a pas de voitures. Elle me dit que je peux y aller en faisant de l’auto-stop ; sinon, elle a des vélos.
Et bien il fait beau, on va y aller en vélo.
Me voici a Bovec au bout d’une vingtaine de minutes de descente dans la foret et je parviens a trouver un café-internet pour vous conter le début de cette nouvelle expérience wwoofing.
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

WWOOF (2eme partie)

25 Aout 2011

Matinée a fagoter les branches de la clairiere. Des allers-retours jusqu’a 13h.

En milieu d’apres-midi, nous tentons avec Alison et Joan de faire de l’auto-stop jusqu’a Bovec, histoire de faire quelques courses au supermarché. Un local nous récupere sur la route apres 1/2h de marche sans apercevoir le moindre véhicule.

Nous sommes en fait attendus a Zaga, le village d’a-coté, pour un barbecue au bord de la riviere.
Nous tentons alors a nouveau l’auto-stop a la sortie de Bovec. Beaucoup de voitures passent ici, et pourtant, aucune ne s’arrete. Slovenes, italiens, autrichiens, allemands, espagnols… personne !

Nous partons a la petite station-essence, a quelques metres de la sortie de la ville, afin de faire le « forcing » et d’interroger directement les automobilistes sur leur destination pendant qu’ils font le plein. Toujours rien…
Il est 18h et nous décidons d’abandonner.
C’est au meme moment qu’Alison nous appelle pour nous dire qu’elle nous envoie une voiture, un de ses amis anglais, venus de Zaga.

Finalement, le barbecue aura bien lieu :

Nous sommes au bord de la riviere Soca

 

Et ca valait la peine de venir jusqu'ici

 

Ca ne se voit pas sur la photo, mais l’eau est vraiment turquoise. Et c’est la meme purete qui sort des robinets, dans toute la vallée.

Les amis d’Alison sont pratiquement tous anglais. Certains possedent aussi une maison dans les environs. Il y a néanmoins une slovene avec qui je peux entretenir mon italien. Elle l’a apprit sur le tas, apres 35 années passées a servir les touristes a La Poste de Bovec.
Elle est née ici, et me dit que la riviere Soca est une des plus pure de Slovénie car aucune usine ne s’est implantée a son bord. Je la vois d’ailleurs rincer les verres a l’eau de la riviere. J’en fait autant de mon coté ; ne mélangeons surtout pas le fond de vin slovene avec la biere slovene que Joan s’apprete a me servir…

Il fait maintenant nuit, apres un bon repas au bord de l’eau, nous partons. Difficile de se tenir éveillé plus longtemps, les matinées de travail sont assez physiques. Nous avions anticipé le retour en réservant un taxi.
A 3, ca réduit les frais. Dans tous les cas, il aurait été impossible pour nous de faire de l’auto-stop : personne n’oserait prendre 3 auto-stoppeurs en pleine nuit…

26 Aout 2011

Fagotage, fagotage et encore fagotage.

J’avais demandé a Alison si elle a déja vu un ours dans les environs. Elle m’a répondu : « pas encore ». Ils vivent plutot dans le sud du pays. On en compte encore 500 en Slovénie. Alison pratique le compostage : épluchures de fruits et légumes, coquille d’oeufs, pain, papier, carton… tout est versé dans une benne, a quelques metres de la maison, pour un long processus de biodégradation (et contrairement a ce qu’on peut penser, ca ne sent presque rien meme a 1m50 du compost).
Elle m’a cependant dit de ne pas jeter d’os, justement a cause des ours : ca les attire !
Nous sommes ici au milieu des montagnes et en pleine foret. Il est fort possible qu’un jour, nous recevions une visite de ce genre…

On est dans un coin superbe ; impeccable pour y passer l’été. Mais Alison nous dit que l’hiver est totalement différent, tres rigoureux. On atteind facilement les -15 degrés.

Nous déplacons petit a petit la foret de la clairiere pour venir l’accumuler en face de la grange. La meilleure solution pour passer le temps, c’est de discuter durant les allers-retours. Et ca marche plutot bien. On se concentre plus sur la discussion, et moins sur les épaules qui faiblissent sous le poids des troncs d’arbres fagotés.

Fin de la journée de travail puis sieste réparatrice.

La derniere fois que je suis resté vraiment plusieurs jours consécutifs au meme endroits, c’était sur le cargo, au Pérou, il y a 3 mois ; avant ca, c’était a Alice Springs en Australie. Et c’est tout pour ce tour du monde !
Meme si le travail est assez physique le matin, j’apprécie cette « pause » dans ce voyage.

En toute fin d’apres-midi, alors que le soleil a déja disparu derriere les montagnes, nous partons avec Alison et Joan pour une expédition dans la foret.
Il y a un poste d’observation a quelques centaines de metres de la maison. Nous y voila :

C'est un bon endroit pour tenter d'apercevoir des cerfs

 

Mais il y a trop de bruits, le voisinnage est tout proche. C’est raté pour ce soir…

27 Aout 2011

Clarifions la clairiere encore ce matin. Le ciel se couvre peu a peu couvert et quelques gouttes tombent dans la matinée.

13h sonne la fin du travail pour aujourd’hui, pour la semaine, et c’est aussi la fin de l’expérience wwoofing pour Alison et Joan, apres 2 semaines passés ici. Ils ne partiront que demain.

Sieste et farniente avant qu’un violent orage n’éclate ! Tout ce qui n’a pas plu durant cette chaude semaine s’abat sur Bavsica, un vent puissant balayant la vallée a coup de rafales.
J’etais en train de me demander depuis quand que je n’avais pas vu la pluie. Pas depuis mon retour en Europe, pas depuis le Moyen-Orient, pas de pluie non plus durant toute la partie « Afrique »… Il faut remonter au Brésil, a Rio de Janeiro ! J’ai eu plutot de la chance avec la pluie dans ce voyage.

En fin d’apres-midi, le ciel bleu réapparait progressivement sur toute la vallée.

28 Aout 2011

Hier était donc le dernier jour de travail pour Alison et Joan. Tout deux iront visiter Ljubljana avant de rentrer en Espagne. Ils doivent partir tot ce matin meme si leur bus est en fin de matinée. C’est en prévison.. au cas ou personne ne les prend en auto-stop. Et c’est ce qui m’attendra lorsque moi aussi, je quitterais la vallée…

Je reste seul avec Alison pour une poignée de jours, avant l’arrivée de nouveaux wwoofers en toute fin de mois.

La vallée de Bavsica se trouve en fait dans le Parc National du Triglav, le seul parc national de Slovénie.
C’est dimanche, j’en profite pour faire une petite balade dans les environs :

Parc National du Triglav

 

Les heures passent. Un peu fatigué de la semaine, je redescend par le chemin et rentre a la maison pour écrire, assis sur la table extérieur du jardin.
Quelques minutes plus tard, je recois la visite d’un couple de retraités slovenes. Le pere me demande :
-« C’est toi qui parle italien ? » (Alison a du leur en parler)
– « Oui, un peu »

Ce sont des voisins, je leur dis qu’Alison est partie en ville. Ils me répondent alors en italien : « c’est pas grave, on ne faisait que passer »

Ils s’asseoient tous les 2 en face de moi et commencent a me poser des questions en italiens.
Je ferme alors mes cahiers pour vraiment m’entretenir avec eux. Ils m’expliquent que durant la 2nde guerre mondiale, les troupes de Mussolini ont envahi une bonne partie de la Slovénie ; tout le monde devait alors parler italien ; interdiction formelle d’utiliser le slovene sur les panneaux, dans les commerces… Ils avaient tout deux une dizaine d’années, mais se souviennent tres bien de cette periode ou les troupes fascistes menaient la vie dure aux populations locales.
Il est vrai qu’en Slovenie, beaucoup parlent italiens. Durant longtemps, (et encore maintenant pour certains), on n’appréciait pas l’utiliser parce que c’est la « langue de l’envahisseur » ; mais le tourisme a prit le pas progressivement.

C’est un couple adorable. Il prennent plaisir a discuter avec moi dans cette langue. Ils me disent que je peux venir les voir chez eux quand je veux. Ils m’amenent d’ailleurs a 300m de la maison, pour que je sache précisément ou ils habitent. C’est vraiment a 2 pas.
J’y retournerais, je dois maintenir mon niveau en italien.

29 Aout 2011

Comme tous les matins, Alison prépare du porridge, une bouillie d’avoine traditionnellement servie lors du 1er repas de la journée dans les cultures anglo-saxone et slave. J’habite chez une anglo-saxone en pays slave, donc impossible d’y échapper ! C’est un plat qui réchauffe, car depuis les pluies survenues avant-hier, les matins sont beaucoup plus frais dans la vallée .

C’est lundi. Reprise des travaux. Je suis désormais le seul wwoofer a travailler dans la propriété. Alison me propose de couper le bois accumulé devant la grange ; il doit avoir une taille suffisamment petite pour qu’il puisse passer dans la cheminée et le poele du salon. Ramassage des pommes tombées dans le jardin a cause des intempéries, puis coup de tondeuse.

J’ai déja effectué plus de la moitié de mon séjour dans la vallée de Bavsica.
Il est temps de partir a vélo pour me rendre en ville et vous écrire ces quelques lignes.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

 

WWOOF (3eme partie)

30 Aout 2011

Alison avait quelques courses a faire ce matin avec André le voisin, et m’a proposé de travailler seulement cet apres-midi. J’ai donc ma matinée toute entiere pour partie a la découverte de la forteresse de Kluze.

Je quitte la vallée de Bavsica

 

Et nous y voila, a l’entrée de cette meme vallée :

La forteresse de Kluze

 

C’est une petite attraction. Elle a été fondée au XVeme siecle afin de repousser les turcs. Au XVIeme siecle, l’Empire austro-hongrois construisit de nouvelles murailles ; et a la fin du XVIII siecle, l’armée francaise l’incendia puis la démolie…
Les sous-sols sont restés intacts, et on s’en servi durant la 1ere guerre mondiale comme outil de défense en y creusant des crénaux, faisant face a l’ennemi.
Apres la 2nde Guerre Mondiale, elle perdit son importance stratégique et se dégrada (encore plus). C’est l’Union Européenne qui permit sa reconstruction ; régulierement, elle met en scene des reconstitutions de scenes de batailles, avec l’équipement datant de la 1ere Guerre Mondiale.

Ce soir, nous sommes invités avec Alison chez le couple de retraités slovenes, André et Camela.
André parle tres peu anglais, et Camela, absolument pas…
Alison vient toujours chez eux avec un dictionnaire anglo-slovene, qu’elle ouvre constamment. Pour éviter de chercher le mot, j’arrive parfois a leur dire en italien (lorsque j’ai le mot en anglais bien sur…). Quelquefois, Alison a le mot en slovene, mais le prononce mal ; elle pointe alors directement du doigt le mot, en leur montrant le dico. Alison sort meme parfois un mot en francais en esperant qu’il se rapproche de l’italien ; mais avec son accent anglais… bref, un vrai repas a l’européenne avec la barriere des langues de tous les cotés. Ce qui a déclenché pas mal de rires !

Tres bon repas dans la maison qu’André a entiérement construit de ses mains. C’est avec fierté qu’il nous montre toutes les chambres, sur 3 niveaux. Superbes finitions, il a mis des années avant de l’achever.
André est aussi artiste dans l’ame. Il a peint un tableau de la vallée de Bavsica qu’il a entouré d’un tres large cadre en vieux bois sur lequel il a cloué et vissé des instruments d’autrefois : jardinage, cuisine, mais aussi des grenades datant de la 1ere Guerre Mondiale.

Camela me dit que c’est avec des obus bien plus gros que les américains ont bombardés les positions allemandes durant la 2nde Guerre Mondiale. C’était dans le village d’a coté, non loin de Bovec, un jour de 1944. Ce jour-la, 44 civils ont été tué, dont son petit frere agé de 9 ans. Elle m’en parle calmement, comme un lointain mais douloureux souvenir. Elle avait 13 ans, ca laisse encore des traces aujourd’hui. C’est étrange d’entendre cette histoire en 2011, d’une dame qui a vécue a cette époque, presque 70 ans apres la fin de la guerre.

Quasiment chaque jour, en déblayant ou en plantant la pioche dans la terre, je découvre de vieilles pieces de ferailles. Certains coins de l’immense jardin d’Alison n’ont pas été foulé depuis plusieurs dizaines d’années. J’espere simplement ne jamais tomber sur un vieil obus…

31 Aout 2011

Ce matin, activité ne nécessitant aucun risque particulier : cueillette des noisettes dans le jardin et aux environs de la propriété.

En début d’apres-midi, c’est l’arrivée de 2 nouveaux wwoofers : Matt et Tim, 2 texans de Houston. C’est la 1ere fois qu’ils mettent les pieds en Europe, et meme la 1ere fois qu’ils sortent des Etats-Unis. Seuls 10 pour cent des américains possedent un passeport. Ils sont la pour 2 semaines, et ont prévu 3 mois pour visiter une partie du continent.

Le temps de discuter un peu avec eux, je prends ensuite 2 photos pour expliquer le dilemme d’Alison :

Au 1er plan, la 1ere baraque ou l'on entrepose le bois et ou sera situé le futur poulailler

 

Derriere, l'ancienne baraque ou l'on faisait le fromage...

 

Dans le courant du mois de mars, le toit de cette derniere s’est effondrée sous le poids de la neige. Alison voudrait la réhabiliter et bien sur, refaire le toit, a l’identique. Le probleme, c’est que tout élargissement, rénovation, construction ou reconstruction dans un espace ayant le statut de Parc Naturel prend du temps. Répondre aux criteres esthétiques, architecturaux, bureaucratie lente, etc… Meme si elle souhaite refaire le meme toit qu’auparavant, André lui a dit que l’office gérant le Parc serait capable de le faire détruire, parce qu’elle n’aurait pas suivi la procédure réglementaire. That’s the problem…
Estimation, devis, accord, signature et tout le b… avant de vraiment pouvoir attaquer les travaux de reconstruction. Elle me dit etre fachée avec la bureaucratie et la paperasse, mais pour le coup, elle n’a pas tellement le choix.

Je pars ensuite a Bovec. Au retour, nous prenons le repas ensemble, avec Matt et Tim.
Pour leur plus grand bonheur, ce soir, c’est visionnage de Bonne chance Kekec, de 1963, la suite officielle de Kekec, de 1951… Un poil plus d’action et en couleur cette fois. Pour cet épisode, Kekec va devoir aller chercher une potion chez une méchante sorciere pour qu’une petite fille aveugle retrouve la vue. Quel courageux ce Kekec…

1er Septembre 2011

1er jour de travail pour les 2 américains. Coupage de bois et déblayage d’un espace prévu pour accueilir de futurs arbustes. Je trouve encore de vieux métaux, des boites de conserves, des tuiles et des fils barbelés.

Le temps est a la grisaille. A peine les outils rangés vers 13h, une pluie abondante tombe sur la vallée. Je laisse les 2 véĺos aux américains pour qu’ils puissent aller visiter les alentours durant l’accalmie. Pas de balade prévue pour moi aujourd’hui. Je regarde mes vetements étenduent dehors, qui ne sechent pas… 1er septembre 2011… septembre… septembre… le mois de mon retour…

2 Septembre 2011

Retour du beau temps. Mes vetements auront mis presque 3 jours pour sécher.

Apres la matinée de travail, je prends le vélo pour me rendre au café-internet. Je dois planifier mon départ qui aura lieu en fin de semaine.

Je reprends ensuite le vélo en direction des hauteurs. Apres quelques dizaines de minutes de marche, me voici au dessus de Kluze. La vue est un peu plus dégagée ici qu’au niveau de la forteresse :

La vallée de Trenta. Bovec se situe derriere la montagne, a droite. En contrebas, la riviere Koritnica, qui rejoint la Soca un peu plus loin

 

Le soleil se couche bientot. Il faut anticiper et compter presque 1h30 de vélo pour retourner dans la vallée de Bavsica lorsqu’on vient de Bovec. Le temps de rentrer a pied jusqu’a la forteresse et de grimper Bavsica, il me faudra bien 1h.
Travail le matin, marche et vélo l’apres-midi, les journées sont assez éprouvantes, mais je pense en avoir bien profité avant de quitter pour de bon ces superbes vallées.

3 Septembre 2011

Derniere matinée de travail jusqu’a ce qu’Alison nous fasse stopper toute activité vers 11h. C’est fini ! Et ca fait déja 2 semaines que je suis ici, dans cette belle vallée de Bavsica.

Je prends une derniere fois le vélo pour me rendre au café-internet et vous écrire ces dernieres lignes sur mon expérience wwoofing dans ce charmant petit coin de Slovénie. C’est passé franchement vite. Le projet de ferme n’en est encore qu’au stade quasi-initial, mais j’ai vraiment l’impression, en voyant les photos des anciens wwoofers et de nous-memes en plein travail, qu’on a chacun bien contribué a son développement.
Pour l’instant, Alison fait encore des allers-retours – depuis 3 ans – entre ici et l’Angleterre. La propriété ne ressemblait pas a ca avant mon arrivée.  Elle continuera d’évoluer jusqu’a fin septembre et dans les années suivantes, chaque fois qu’Alison aura la possibilité de revenir ; jusqu’a pouvoir l’habiter vraiment a l’année, et vivre un jour pleinement de sa ferme.

Il est bientot l’heure pour moi de faire « les valises ».
Demain, départ pour l’Italie !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

 

 

La Dolce Vita

4 Septembre 2011

Alison me prépare le porridge de départ. Je fais mes bagages et la remercie pour ces 2 semaines en sa compagnie.

Je dois partir a pied comme prévu, suffisamment en avance, au cas ou je dois faire la route sans rencontrer de voiture.
Mais au bout de 20min de marche dans la vallée de Bavsica, un couple me récupere en voiture pour m’amener jusqu’a Bovec.
Je suis tres en avance. Mais en regardant les horaires de bus, je constate qu’ils ne corespondent pas avec ce qu’on m’avait indiqué il y a quelques jours a l’office de tourisme.
J’y retourne justement pour plus d’infos.
Mon bus est a 13h15, mais il va a Tolmin, a peine a mi-chemin de Nova Gorica, ma vraie destination.

De Tolmin, le responsable me dit qu’il faudra attendre jusqu’a 17h45 avant de partir a Nova Gorica…
On est dimanche, voila le probleme… J’aime pas les dimanches en voyage…

Je retourne a l’arret de bus, qui est proche du parking du supermarché. Le temps est mitigé. La meilleure solution pour aujourd’hui, c’est l’autostop.

Je cherche sur le parking les quelques voitures auyant une plaque d’immatriculation italienne. Elles sont trop peu nombreuses, sans parler de la faible possibilité qu’ils rentrent en Italie apres avoir fait leur course…

Je reprends mon sac, j’ai une autre idée : trouver un carton, marquer ma destination et me pointer a la sortie de la ville. Durant mes recherches, je tombe sur Matt et Tim. Ils étaient parti la veille de Bavsica pour une marche de 2 jours.
Je les trouve devant la boulangerie. Matt me conseille d’aller au supermarché pour récuperer un carton. Bonne idée.
Je pars ensuite a la sortie de la ville et je sors un gros feutre qui… ne marche plus depuis le temps… d’ou est-ce qu’il vient… d’Indonésie je crois… bon je prends un stylo et j’écris en gros caractere : NOVA GORICA.

Je suis a la sortie de Bovec. 1/4 d’heure d’attente avant que quelqu’un s’arrete.
Un slovene sportif (le kayak est sur le toit) m’arrete a un 1er patelin. De la, un autre slovene me dépose a Tolmin. Et de Tolmin, une caravane allemande me dépose a l’entrée de Nova Gorica.

Cette ville est contigue a Gorica, coté italien. 1 km de marche, 1 simple panneau aux 12 etoiles sur fond bleu, il est presque 14h, j’entre en Italie, ma petite préférée ! Pour avoir eu l’occasion de le pratiquer en Slovénie, l’italien revient finalement assez vite.

Les panneaux d’indications sont a nouveau compréhensible pour le commun des latins.
Je cherche la gare. J’interroge un riverain. Il me dit qu’elle est a 3 ou 4kms d’ici. Il me conseille de prendre le bus, a l’arret d’a coté. Il arrive 20min plus tard, pour me déposer devant la gare.

Je n’aurais pas pu faire mieux depuis Bovec. Et pas un euro de dépensé. Meme le chauffeur du bus m’a fait cadeau du ticket que je devais normalement acheter au préalable dans un bureau de tabac.

J’ai presque 1h pour casser la croute. Ce sera dans le snack de la gare, tout en lisant Il sole 24 ore, le journal.

Il est maintenant 15h40, j’embarque dans le train Trenitalia. Le ciel est gris. Une courte pluie passagere.

Que dire du paysage et des habitations, sinon qu’elles ressemblent fortement a la France. On s’en rapproche lentement…
On a quitté les Alpes pour une terre plus plate et un tout autre genre de population. En revanche, ce qui ne ressemble a aucun coin en France, c’est la ville ou je m’apprete a débarquer.

J’ai gardé contact avec Virginia que j’avais rencontré a Tel-Aviv. Elle m’a dit de ne pas hésiter a l’appeler si j’avais l’intention de passer par Venise. Il ne fallait pas me le dire 2 fois. Venise est au Nord de l’Italie, c’est une superbe destination avant de rentrer en France pour de bon.

J’arrive en gare de Venezia Mestre. Ce n’est pas la que je m’arrete : on est encore sur la terre ferme. Le vrai terminus, c’est Venezia Santa Lucia.. Et pour cela, il faut traverser un pont ferroviaire et routier avant d’atteindre l’ile.

Il est maintenant 17h40, et Venezia se présente a nos yeux des la sortie de la gare : les maisons, les gondoliers, un pont de pierre surplombant le Canale Principale a peine 50m en sortant de la station.

J’appelle Virginia d’une cabine. Elle passe me chercher avec un de ses potes de classe. Etudiante le design artistique a Londres, vivant a Milan, originaire des Puglia (le talon de la botte), elle est en vacance a Venezia, dans l’apaprtement familiale, en plein coeur de la ville. Elle m’emmene dans les dédales de ruelles et de canaux qui fait de Venise ses principales caractéristiques. Je dépose toutes mes affaires dans le spacieux appartement. Elle insiste pour me dire de faire comme chez moi.

Je pars a la douche avant qu’elle vienne me dire : « On a 10 minutes pour rejoindre le bateau pour Lido, pour la Mostra ».
Lido, c’est une ile, au sud de Venise, toute proche. Les parents de Virginia y sont déja et se sont débrouillés pour avoir des places pour nous : 2 films en avant-premiere au festival de cinéma de Venise.
C’est parti pour la course dans les rues du quartier San Polo. Les lignes de bateau a Venezia, c’est comme le métro pour Paris : il y a des lignes aux arrivées ponctuelles numerotées, des stations (quai) et des billets a composter. Elles sont devenues indispensables aux riverains. Avec les arrets, il faudra compter 35min avant d’arriver a Lido.
Toujours au pas de course, il faut prendre un taxi, puis courir encore jusqu’a atteindre le grand chapiteau de la Mostra.
Silence, on est dans le noir, on aura juste loupé 5min du 1er film. Je trouve une place, me voila enfin installé.
C’est maintenant que je peux enfin réaliser : ce matin je me levais au milieu des montagnes slovenes. Ce soir, je suis au festival de cinéma de Venise a regarder une projection, assis entre 2 italiens.

C’est l’entracte, je rencontre les parents de Virginia. On parle un peu, mais pas longtemps : la 2eme séance arrive.

Un film ennuyant, inintéressant, sans histoire. Je suis a 2 doigts de m’endormir. Vu la journée que j’ai passé, ca peut se comprendre…

5 Septembre 2011

La séance se termine a minuit.

Retour sur la meme ligne de bateau. Nous empruntons a nouveau le Canale Principale, celui qui longe la Piazza San Marco, et d’autres monuments de la Renaissance. Eclairés aux lumieres des réverberes qui viennent la nuit se réfleter sur l’eau du canal, la ville est tout simplement magique !
Dans les rues, c’est calme. On peut trouver encore un peu d’animation vers les points stratégiques et touristiques, comme la Piazza San Marco ou le Ponte di Rialto. A part ca, pour trouver quelquechose d’ouvert dans le quartier San Polo, c’est presque impossible. Juste un petit snack est ouvert. Nous prenons la pizza de 3h du matin avant de s’installer sur un canot amarré.

Il est 4h, j’aimerais bien etre en forme pour visiter Venise cet apres-midi…

Quelques heures de sommeil, il est 10h, c’est pas la grande forme mais tant pis.

Virginia n’est toujours pas levée. Je reste dans la cuisine a lire le journal national Corriere della sera. La mere de Virginia arrive. Nous commencons a discuter. Elle me parle tantot en francais (et tres bien), tantot en italien.
Elle me dit alors qu’elle doit faire un tour ; elle peut faire un crochet par la Piazza San Marco et me montrer le Palazzo Duccale. J’accepte, je n’ai pas beaucoup de temps devant moi. En fait, ca fait longtemps qu’il est plutot derriere moi, le temps…

Venise peut se parcourir a pied sans forcement passer par des gondoles ou des vaporetto (service de transport fluvial, qui, pour 55 centimes d’euros, te font traverser le Canale Principale). La balade est rythmée par de petits ponts que les gondoliers doivent faire face en se penchant constamment a cause de la marée haute.
Venise, c’est d’abord une ile, ou plutot, une multitude d’ilots reliées par des ponts, souvent de petite taille. Les larges ponts, eux, sont peu nombreux et traversent uniquement le Canale Principale. Le Ponte di Rialto est le plus connu.
Le quartier San Polo regroupe 7 iles, le quartier San Marco, plus d’une douzaine, le Dorsoduro, plus d’une quinzaine…
Ah oui, pour info, les gondoliers ne chantent pas ! En revanche, ils parlent souvent entre eux lorsqu’ils se croisent lentement dans ce labyrinthe de canaux. C’est tout un art de maitriser une gondole. Ils prennent souvent appui sur les murs avec le pied pour pousser a nouveau l’engin dans la bonne direction, et éviter de faire trop souvent forcer les bras.

Légere pluie en fin de matinée. Ca passe dans les minutes qui suivent.
On est en plein milieu de la période de la Mostra et de celle de la Biennale d’art contemporain. J’entre d’ailleurs dans une église ou l’on projette des videos, dans le cadre de cette biennale.
J’arrive a la Plaza San Marco, envahie par les touristes, et j’entre dans l’imposant Palazzo Duccale, siege du Doge (autrefois le gouverneur, chef de la République et de la magistrature de Venise). Le Palazzo abritait le commandement militaire, le tribunal et la salle du Conseil. Je visite a peu pres tout, et bien entendu, je traverse le fameux Ponte dei Sospiri (Pont des soupirs), que les futurs prisonniers empruntaient en sortant du tribunal pour etre emmené dans les cachots. Les condamnés, dans un dernier soupir, nostalgiques de leur liberté perdue, jettaient alors un dernier coup d’oeil par les fenetres de ce pont donnant sur la lagune de Venise.

Je me balade ensuite tranquillement dans les rues. Sur chaque ilot, il y a quelquechose d’authentique qu’on ne peut trouver ailleurs qu’ici. Chaque pont, chaque ruelle, chaque canal est un tableau. Pas d’itinéraire précis, je me balade simplement, si possible hors des coins ultra-touristiques.

Non loin du Giardino

Par contre la fatigue commence a s’installer en milieu d’apres-midi. Je m’installe sur un banc, a l’entrée du Giardino, dans le quartier du Castello, pour y finir ma nuit. Une petite heure…

Le Canale Principale en fin d'apres-midi

Il fait un temps dégagé. La nuit tombe.
Je n’ai toujours pas de téléphone pour appeler Virginia. Je la rapelle d’une cabine que je trouve par hasard. Elle est de nouveau a la Mostra, prete a enchainer 2 films consécutifs comme hier, sur Lido. C’est trop loin d’ici pour moi. J’arriverais la-bas beaucoup trop tard…

Je dois occuper la soirée.
J’avais vu un cinéma a ciel ouvert dans le quartier de San Polo. Ce coup-ci, c’est pour l’occasion de la Mostra, on en a installé quelques-uns dans la ville.
Alors ce soir, pour la 1ere fois, je regarde un film en plein-air, et c’est super agréable. Légere brise (on est en pleine mer, ne l’oublions pas !), il fait doux. Les étoiles sont la, a peine on leve les yeux au-dessus de l’écran géant.

6 Septembre 2011

Avec Virginia, on s’est fixé un rendez-vous vers 1h du matin, au Ponte di Rialto. Seul un bar est ouvert a cette heure.

J’en profite pour prendre quelques photos :

Le Ponte di Rialto...
 
...et la vue depuis le pont...
 
De l'autre coté du pont. On est toujours au-dessus du Canale Principale

Je la retrouve enfin. Nous rentrons.

Quelques heures de sommeil a peine, il est 9h, je pars a la Piazza San Marco. Le billet d’entrée pour le Palazzo Duccale était aussi valable pour le Museo Correr, le Museo Archeologico et la Biblioteca Marciana. Avant de m’y rendre, je fais quelques détours.
Lorsque quelquechose m’attire l’oeil, j’y vais, comme le marché aux fruits et légumes, proches de la hall en pierre ou se déroule encore et toujours aujourd’hui le marché aux poissons. Tout est tellement authentique, autant que le linge, suspendu au-dessus des ruelles, entre 2 batiments.

Dans les musées, des sculptures, de grandes peintures du vieux Venise, des outils et engins de guerre ; les vénitiens n’ont jamais eu de remparts autour de leur ville, et pour cause, ce sont leur redoutable galere qui assurait leur protection. Ils sont passes maitres dans l’art de la guerre maritime. Si bien que l’empire vénitien a finit par occuper, pour un temps, l’essentiel des terres de la cote Adriatique.

Je ressors des musées en début d’apres-midi. La Piazza San Marco est noire de monde, je la quitte vite, tres vite.

Je retourne chez les parents de Virginia avec un gateau pour le dessert. Sa mere nous a préparé la pasta.
Virginia souhaite partir a la Biennale d’art. De mon coté, je voulais plutot visiter le Nord de la ville. C’est mon dernier jour… On se verra ce soir.

Avant de me rendre au Nord, je dois passer a la gare – tour du monde oblige – pour préparer mon retour imminent sur le sol francais.
C’est bon, j’ai mon billet en main. Le quartier que j’ai decidé de visiter aujourd’hui n’est pas bien loin de la gare, c’est le Ghetto juif de Venise, dans le quartier Cannaregio.
A l’origine, le mot « gheto » signifie « fonderie », l’utilité premiere de ce quartier vénitien (c’est seulement par la suite que le mot « ghetto » a ete repris comme terme générique dont l’acceptation est aujourd’hui bien plus large). C’est ici que le gouvernement imposa et réserva ce quartier aux Juifs sous la République de Venise.
Dans l’impossibilité de construire de nouvelles habitations, elles se sont développées en vertical. C’est d’ailleurs ici qu’on trouve les immeubles les plus élevés de la ville. Un musée d’art hébraique, quelques synagogues, le ghetto de Venise reste conservé dans un pur style vénitien. Bien que ce quartier fut l’un des plus pauvres de la ville, il fait depuis une dizaine d’années, l’objet d’une réhabilitation.

Une ruelle, dans le Cannaregio. Au fond, l'église de la Madonna dell'Orto
 
A chaque coin de rue, des glaces, des boulangeries, des boutiques d’artisanat. Le tourisme a l’européenne : pas de rabatteurs, d’alpagueurs, de gens insistants, juste quelques vendeurs a la sauvette qui se font tres discrets.
 
Ce soir, j’arrive avec une bouteille de vin blanc a la maison, histoire de ne pas arriver les mains vides pour le repas du soir. C’est ma derniere nuit a Venise. Je dis au revoir ce soir a Virginia, qui a tendance a ne pas se lever le matin…
 
7 Septembre 2011
 
Je pars donc a la gare, en tentant de me retrouver le chemin. Les détours sont nombreux a cause des ilots. Il faut demander assistance aux habitants.
 
Direction Milan. Apres quelques heures de train, j’arrive en fin de matinée.
Je dois prendre un autre billet pour la France, en prévision. Longue file, 1h d’attente… Puis je me rends a la consigne, pour me débarasser de mon sac. La encore, longue file d’attente. On est dans une des plus grandes villes d’Italie, a l’heure de pointe…
Je pars enfin a la recherche d’un hotel. Je n’ai rien réservé, j’ai simplement décidé de lever les yeux, et de trouver un hotel bon marché pour tout simplement dormir : tres peu de sommeil ces 3 dernieres nuits… Trop fatigué pour faire quoique ce soit, je ne mets pas de réveil ce coup-la !
 
8 Septembre 2011
 
J’ai encore quelques heures avant de prendre le train qui me ramenera sur le sol francais. Je me rends dans un café-internet pour vous compter ces derniers jours a l’étranger…
 
Ne me demandez pas dans quel état d’esprit je me trouve, ca change toutes les 5 minutes.
Les yeux souvent dans le vide, perdu dans des pensées et des réflexions qui n’aboutissent pas ; tout ca parce que je ne connais pas la fin de l’histoire, ni la portée et encore moins l’impact qu’aura ce voyage…
Je suis encore « dedans » sans vraiment l’etre.
La 1ere vitesse a été enclenché en arrivant a Tel-Aviv, une ville plus européenne qu’orientale. La 2nde vitesse a été mon retour en Grece, sur le vrai continent européen, ou j’ai commencé a réaliser pour la 1ere fois.
La 3eme vitesse a été passée hier, lorsque j’ai quitté Venise. A partir de la, je n’ai plus de destination précise.
 
La toute derniere vitesse sera passée lorsque je rentrerais en France. Et c’est dans quelques heures…

Cocorico !

8 Septembre 2011 (suite et fin)

Je sors du café-internet pour me rendre juste en face, à la gare.
Il est 16h40, j’embarque.
Quelques heures s’écoulent. Plusieurs arrêts, dont Turin, jusqu’à ce que le train s’arrête à l’entrée d’un tunnel.

La police italienne entre dans le compartiment. Contrôle rapide des papiers une première fois. Sur le même arrêt, un autre policier entre dans le wagon et prononce :
– « Bonjour messieurs-dames, police française, contrôle des passeports et des papiers d’identité s’il-vous-plait »

Le train repart et franchit le tunnel.
J’en ressors, il est plus de 19h, après plus d’1 an de voyage à travers le monde, en ce 8 Septembre 2011, je reviens sur le territoire français.

Ce train doit monter jusqu’à Paris. J’aurais pu changer à Lyon, mais j’ai préfèré prendre un ticket seulement jusqu’à Chambéry. La raison, c’est que je ne voulais pas arriver de nuit et payer un hôtel hors de prix à Lyon. Je prends le pari de trouver un coin sympas autour de la gare pour lancer ma tente, ou bien trouver un hotel à prix abordable. Autour de la gare de Lyon, c’est même pas la peine d’y penser !

Il est 20h40, j’arrive en gare de Chambéry. J’en profite pour demander le prochain train demain, à destination de… Clermont-Ferrand.
J’entre dans un resto rapide pas loin. Les passants, les clients, tout le monde parle français. J’ai perdu l’habitude d’entendre autant de gens parler cette langue, je vous assure que ça me fait vraiment bizarre.

A l’intérieur de ce resto, j’interroge les gérants. Je demande d’abord un hôtel pas cher.
Ils me répondent : « Juste à côté, pour 39€. Ca va ? »

Non, ça va pas… Je n’ai plus l’habitude de payer autant pour une nuit.
Un vieux et une fille sont assis derrière moi. Ils entendent la conversation lorsque je demande la solution alternative : le camping.
Ils me disent qu’il y en a un dans la commune d’à côté, à 3kms. Sinon, il y a un bar-hôtel qui loue des chambres pour 20€. C’est pas trop mal, car j’aurais été trop court pour prendre mon train si j’avais opté pour un camping aussi loin de la gare.
Bref, la fille a du mal à me croire lorsque je lui dis que je reviens d’un tour du monde.
Elle me demande :
– « Mais comment t’as fais pour changer de pays ? »
–  « Train, bus, coups de tampons… »

Pour la chambre, le vieux me prévient :
– « C’est c’que c’est, hein… c’est une chambre, les douches et les chiottes sont à l’extérieur »
– « J’ai connu pire »
– « Bah ça on imagine… » ajoute la fille

Le vieux m’indique ensuite la direction de « Chez Lulu – Hôtel des Voyageurs ». Il me dit qu’il connait bien le bistro. Effectivement, il sent le Ricard… Une odeur que j’avais complétement oublié (on en vend quasiment qu’en France).

Je marche un peu puis je trouve le bar. 3 ou 4 piliers de comptoir discutent entre eux : c’est bon, je suis bel et bien de retour en France…

La propriétaire m’apporte le clés :
– « Votre nom ? »
– « Alex »
– « C’est juste pour avoir un nom sur le registre »
– « Vous voulez mon pass… mon euh… »
– « Non c’est pas la peine. Je vous donne les clés »

J’ai failli lui dire « passeport »…

Je reprends mon sac et le dépose dans la chambre. Assis sur le lit, je repense à cette fille qui m’a demandé comment je faisais pour passer entre chaque pays. Est-ce que je me posais ce genre de questions avant de partir ? Oui, c’est certain.
Même en voyage, j’ai entendu beaucoup de français me posant des questions qui, pour moi, coulaient de source. Avant le départ, je m’interrogeais aussi sur des détails pratiques et à vrai dire, il aura souvent fallut attendre d’être sur place avant d’obtenir des réponses.

Il y a une question encore plus large qui me trotte maintenant dans la tête : comment j’imaginais le monde avant de quitter la France, il y 1 an ? Pas comme maintenant.

A peine je rentre en France, je me pose des questions… Mais j’ai le sourire. Aucune mélancolie, aucune nostalgie. Ca se passe plutôt bien de ce côté.
Par contre, mon comportement… Je me sens vraiment bizarre. J’ai pas l’impression d’être le même. Comme si je me sentais encore étranger. Quelquechose à changé. Est-ce que je me comporte de la même manière devant un compatriote qu’avant mon départ ?
De l’assurance… J’ai beaucoup plus d’assurance dans ce que je raconte. Je suis moins stressé, moins anxieux qu’avant. Tout est surmontable.
Plus d’humilité aussi. Je cherche d’où cela peut venir… C’est pas trop dur : 1 an à me montrer humble devant la population, sa culture et son mode de vie.

Mais il y a autre chose… Phénomène assez étrange en vérité : je fais preuve d’humilité parce que je retrouve la France que j’ai délaissé 1 an pour le reste du monde. C’est alors comme si je me sentais redevable ; comme si je devais aller frapper aux portes de chaque chaumière et annoncer : « je suis rentré, pardon de vous avoir quitté aussi longtemps ».
Je sais, c’est vraiment bizarre comme impression…

Une chose est sûre, je suis content d’être rentré.

9 Septembre 2011

Je me réveille et j’entends quelqu’un dans la rue, au téléphone. Je suis encore à me réhabituer au français.

Je passe proche d’un monsieur dans la rue, et je préparais dans ma tête un « sorry » plutôt qu’un « pardon » au cas où je l’aurais percuté.
Et même lorsque je me rends à la boulangerie, je ne me rappelle plus dans quel sens je prononçais les mots de courtoisie. Meme en anglais ou en espagnol, je tournais la phrase différemment.

Je pars en direction de la gare. En fin de matinée, changement de train. A peine 1/4 d’heure d’attente à Lyon, puis je reprends une dernière fois le train pour Clermont-Ferrand.
Les paysages défilent et me sont de plus en plus familier ; jusqu’au moment où, au niveau de la gare de Riom-Châtel-Guyon, je l’aperçois, ce gros volcan, que je dois arpenter avant de clôturer définitiviment ce tour du monde…

C’est vrai, je suis un peu fatigué et depuis quelques temps, j’ai mal au dos les matins ; mais je ne suis pas le seul à me plaindre…

J'avoue qu'on se sent tous un peu "cassé" par ce long voyage...

Il fait un temps superbe, espérons que ce soit la même chose demain…

J’arrive en gare de Clermont-Ferrand et trouve un café-internet chez l’indien, Avenue Charras.
Vous avez peut-être constaté le retour des accents circonflexes, des accents graves, de la cédille et du « a accent » dans cet article : c’est la 1ère fois que j’écris sur un clavier AZERTY depuis plus d’un an, et c’est t-r-è-s l-e-n-t car le QWERTY – et autres variantes – monopolisaient le reste du monde.

Je n’ai plus qu’a vous dire à demain, 15h au sommet du Puy-de-Dôme.

Une dernière ascension et la boucle sera bouclée !

 

Epanadiplose

9 Septembre 2011 (suite et fin)

Je pars faire quelques courses dans une épicerie de l’avenue Charras, puis je retourne à la gare pour obtenir l’information précieuse, à savoir : comment rejoindre le Puy-de-Dôme…
L’hôtesse de l’accueil SNCF me répond : « les navettes Puy-de-Dôme et Vulcania, c’était jusqu’au 4 septembre monsieur »

Je demande alors quel bus m’amènerait au plus près du volcan. Elle me conseille de prendre le « B » jusqu’à son terminus, au centre-ville de Royat. De là, je verrais bien… Ca me fait au moins sortir de Clermont, c’est déjà ça.

Je prends le ticket directement dans le bus. Je traverse la ville, mon ancien lycée, la Place de Jaude, la rue Blatin…

Arrivé au terminus, je demande au chauffeur s’il y a encore des navettes partant de Royat. Sait-on jamais :
– « Y doit y en avoir, mais aujourd’hui, j’en ai pas vu… »
– « Parce qu’à la gare, on m’a dit que c’était jusqu’au 4 septembre »
– « C’est vrai qu’on est déjà en septembre… si ça passe pas à la gare, ça passe pas ici. Tentez l’autostop sinon. Pour y être, il faut bien 10 kilomètres. Ca y monte bien un peu, surtout avec un gros sac comme le votre… »

Bon… et bien on va y monter un peu à pied, s’y pointer à la sortie de la ville et y commencer l’autostop…

A peine je marche sur 50m qu’un homme dans une camionnette à l’arrêt me propose de monter. Je lui demande s’il se rend vers le Puy-de-Dôme. C’est sur sa route.
Je suis un peu étonné et je lui fais savoir :
-« C’est bizarre, le 1er autostop que j’ai fait, c’était il y a 1 an, et dans ce même genre de camionnette »

C’est un véhicule utilitaire, et pendant un instant, j’ai presque cru que c’était justement la 1ere personne qui m’avait pris en autostop, le matin d’un certain 16 Août 2010…

Il se dirige vers l’Ouest, et me dit qu’il peut me déposer à Manson. C’est exactement là où je voulais aller !
Je lui raconte mon parcours. On discute de l’Inde où il est allé il y a une dizaine d’années.Quand routards rencontrent anciens routards…
Il a fait un bon détour sur sa route pour me déposer à l’entrée de Manson. Et je le remercie :
– « Votre prénom, c’est quoi ? »
– « Olivier »
En souriant, je lui réponds :
– « C’est bon, vous serez sur mon blog, je marque tout ! »
Surtout que c’est la toute dernière personne de ce tour du monde a m’avoir pris en stop… Le reste se fera à pied.

Je parcours 2kms à pied avant d’arriver sur un lieu connu : un champ valonné ; c’est ici que j’ai pris la photo de la page d’accueil de ce blog. Un ballon – bien gonflé à l’époque – et au fond, la chaîne des Puys.

Il est 15h, et nos retrouvailles sont prévues pour demain. J’ai tout le temps de filmer les alentours, me préparer quelques tasses de thé au camping-gaz, et aussi… méditer sur tout ce qui m’attend… J’essaye de garder l’esprit clair ; pour le moment, pas d’affolement, je suis juste en face du volcan, je n’ai plus à m’inquiéter pour demain. Je serais là-haut, c’est certain.

Aujourd’hui, j’arrive dans ce champ avec un sac rempli de souvenirs. L’idée, c’est de déballer ce que j’ai pu amasser durant mon voyage ; et même si je n’ai pas acheté de « souvenirs » à proprement parlé, j’ai beaucoup de pièces rapportées d’un peu partout dans le monde comme un sac en plastique de Slovénie, une carte des Balkans achetée en Albanie, un chargeur et un portable australien, des bas de laine de Bolivie, des bandes-genoux du Népal, un déodorant et une crème à raser de Milan, un manteau de San Francisco, une sacoche pour appareil photo d’Istanbul et une crème contre les allergies cutanées elle aussi de Turquie, un pass bus/métro de Saõ Paulo, un sac en tissu et un carnet de note de Panama, une crème anti-douleur de Ljubljana, un livre qu’on m’a offert à Jérusalem, un camescope et son mode d’emploi du Brésil auquel j’ai ajouté un microphone (de France), une crème et un spray anti-moustique d’Indonésie, la carte d’un kebab d’Amman en Jordanie, la carte d’un taxi à Sainte-Catherine dans le Sinaï, une crème solaire d’Athènes, un bracelet qu’une jeune colombienne m’avait offert à Bogota, du baume du tigre de Delhi, un cadenas du Cap, un trépied et un faux-portefeuille de Mexico, une carte de visite que m’a offert une brésileinne à Harlem, une carte téléphonique namibienne, un guide de poche de la banque australienne ANZ, une carte de membre du casino Emperor’s Palace de Johannesbourg, la carte de visite du Alice’s Secret d’Alice Springs, un chargeur de camescope du Caire, un bout de tissu de Tel-Aviv, un collier de Washington D.C, un shampoing de Katmandou, un labello de La Paz, des mouchoirs de Kalabaka en Grèce, un maillot de bain de Bali, un tee-shirt d’Adventure Tours Australia et enfin un embout de camping-gaz de Perth. Et encore, je n’ai pas tout sorti du sac…

Allez, on se ressert un peu pour la photo. Souriez !

Je mange une partie de ce que j’ai acheté à l’épicerie. Le reste sera pour demain matin et midi, histoire d’avoir quelquechose dans le ventre pour « l’assaut final ».

Le soleil se couche doucement. Je me déplace de quelques dizaines de mètres en contrebas pour lancer ma tente. Ici, j’aurais été trop exposé au vent.
La chaîne des Puys et ses alentours… ça n’a pas changé, c’est toujours aussi beau. Le ciel est clair, les étoiles scintillent ; ce soir, c’est ma toute dernière nuit…

10 Septembre 2011

Bonne nuit de sommeil, moins agitée que j’aurais pu le croire. Je me rappelle ma 1ère nuit ; c’était en Suisse et je me posais tellement de questions dont « pourquoi avoir pris la décision de partir aussi longtemps ? ». Et maintenant, d’autres questions apparaissent : comment les gens qui m’ont connus avant vont me voir à présent ? Et comment je vais me comporter face à eux ?

Je prends le petit déjeuner tranquille, j’attends jusqu’à midi puis j’empoigne enfin mon sac. C’est parti !
Je passe les prairies…

...puis j'attaque la forêt...

… avant d’en ressortir, de traverser la route, et d’arriver au pied du Puy-de-Dôme.

Il est déjà 15h, je n’ai plus d’eau, je dois entrer dans l’auberge des muletiers :
– « Bonjour, il m’aurait fallu une bouteille d’eau »
– « Petite ou grande ? »
– « Petite, ça devrait suffire pour monter le Puy-de-Dôme »
– « Mais vous venez d’où ? »
– « Euh…de là-b…d’ici… en fait je fais un tour du monde et j… »
– « Vous êtes Alex ? »
– « Oui »

C’est dans ce restaurant que nous sommes censé faire « l’après-sommet ».
Elle me demande si j’ai vu les petits ballons et la pancarte à l’entrée. Pour l’instant, je n’ai rien vu. J’ajoute :
– « Je suis en retard, on doit m’attendre là-haut »

Elle confirme en souriant.

Je ressors du restaurant, je vois la pancarte que vous m’avez écrit. Merci.

J’attaque le volcan…

Tout se mélange dans la tête. J’ai fais attention de revenir en douceur sur le continent européen, puis en France, mais rien ne me prépare vraiment au retour final… Ca fait tellement longtemps que je ne vous ai pas vu… Comment sera ma réaction… la votre…
Pendant ce tour du monde, j’ai refusé que ma famille m’envoie des photos d’eux, l’anniversaire des enfants, etc… c’était trop difficile pour le moral… Durant tout mon voyage – et particulièrement lorsqu’on voyage seul – on a l’esprit divisé en permanence : on a hâte de rentrer, revoir la famille, heureux d’imaginer les blagues qu’on se ferait entre amis. Et 5min plus tard, on voudrait que ce voyage ne se termine plus. De l’amour des siens, on bascule vers l’égoïsme, et inversement…Le voyage commence par de la crainte, de la réticence, pour finir dans la pleine acceptation de la culture dans laquelle on s’immerge. Le voyage, c’est avoir l’impression, avec le recul, qu’un autre soi avait pris le dessus. Ne plus se reconnaitre durant un temps. Beaucoup de choses de la France s’effacent temporairement. On culpabilise de cela après coup, mais c’est normal, car durant plus d’1 an, j’étais entièrement tourné vers l’Autre, son pays et son quotidien à lui. Il est alors facile d’être déconnecté de la vie française, de la voir comme un lointain souvenir. De mon côté, j’avais ce blog et tous les autres médias que l’on connait. Un cordon ombilical qui m’a permis de ne pas perdre pied, et c’est ce qui m’a fait conserver l’objectif du sommet, jusqu’au bout.

Epanadiplose, vous vous souvenez ? Cette histoire a commencé au sommet du Puy-de-Dôme, elle s’achève au même endroit.

Je vous vois.
On réalise alors toutes les personnes qui tiennent à vous, à peine la ligne d’arrivée franchie. En un instant, j’occulte complétement tout ce qui s’est passé durant plus d’un an pour enfin savourer l’instant. Rien n’est désormais plus important que maintenant… Je suis encore dans un état second, à vouloir profiter au maximum de ce moment de bonheur ; un moment comme ça qui n’arrive qu’une seule fois dans une vie…

J’ai traversé 42 pays en 390 jours et je remercie tout ceux qui m’ont suivi sur ce blog, qui m’ont soutenu moralement et ceux qui se dressent devant moi en ce moment, par cette belle journée d’été. A tout ceux-là, je leur fais des bises, des bises à tous…
On s’est retrouvé au sommet !

FIN

La société cairote

23 Juillet 2011

Mon avion atterit sur le tarmac de l’aéroport du Caire. Retour au Moyen-Orient et retour définitif dans l’hémisphere Nord.
Il est 6h du matin, ce fut encore une courte nuit.

Je change mes dollars américains contre des livres égyptiennes puis j’achete un visa au guichet d’a coté.
Une fois la douane franchit, je me rends au niveau de la restitution des bagages.
Mon sac est bien la. En l’empoignant, je constate qu’il a été fouillé soit par le personnel de l’aéroport de Johannesbourg, soit par celui du Caire.
Ils ont bien pris le soin de refermer chaque poche, mais il reste toujours 1cm de fermeture éclair non-ferméees. Ca se voit tout de suite, je ferme toujours les poches entierement.

On m’a volé un sac qui contenait mes chargeurs et adaptateurs électriques ! Pour le chargeur de piles, ca peut se racheter ; pour les adaptateurs, je n’en ai plus besoin, les prises sont désormais les memes ici qu’en France.
Par contre, ce qui me pose le plus de probleme, c’est mon chargeur de camescope. Il me semble que l’embout est assez répandu, mais je vais encore bien m’amuser pour dénicher le meme dans l’immense ville du Caire.
Les voleurs ont aussi ouvert ma boite de cassettes contenant les films DV : tout ce que j’ai filmé depuis Panama… et bien ils n’ont rien pris… ouf… tout y est…
Je ne sais pas quoi en faire de ces cassettes ; soit je les garde dans mon sac, soit je les envois par la Poste. Mais plus je les accumule, plus je crains de les envoyer pour qu’elles risquent de se perdre… Allez, on les garde jusqu’au bout. Elles sont uniques, elles n’ont pas de prix !
Du coup, pour ce vol, je m’estime plutot chanceux dans mon malheur.

Je suis dans le hall de l’aéroport et c’est parti : les chauffeurs de taxi m’alpaguent, me propose des prix. 80 a 100 livres égyptiennes en moyenne. C’est un peu trop cher. Je refuse plusieurs fois avant qu’un type me demande combien je veux mettre dans la course jusqu’au Downtown.
Je lui réponds :
– « Tout le monde me propose 100 ou 80 mais c’est trop cher »
– « Combien alors »
– « 50 »
– « Ok 50, c’est bon suivez-moi »

Il m’amene vers son collegue dans une voiture qui n’a pas vraiment l’air d’etre un taxi. Mais je suis trop fatigué pour réfléchir ; et 50, c’est plutot un bon prix.
Ils sont tous les 2 a l’avant. J’ai maintenant la certitude que ce n’est pas un taxi.

Je traverse une partie de la ville. 12 kms sépare l’aéroport de l’hostel que je n’ai pas booké. Mais vu la situation politique du pays, je ne devrais pas avoir de probleme pour obtenir un lit.

Ils ont du mal a trouver l’endroit précis. Je leur dit que c’est juste a coté de la station de métro Mubarak… oups… j’ai dit le mot qui fache ? Pas de réaction.
Ils m’arretent finalement en face de l’hostel apres avoir interrogé les passants. Je suis rue Emad Al-Din et je leur tend un billet de 100 en attendant mes 50 en retour.
Il me dit :
–  » Non, c’est 50 euros »
– « !!! »

Alors celle-la, on me l’avait encore jamais faite !
Parce que je n’ai jamais mentionné le mot « pound », ils me répondent « euro ».
12 kms pour 50 euros, ils se croient ou, en Australie ? Ca ferait plus de 350 livres…
Je commence a les engueuler. Si j’en prends un pour en frapper l’autre, 15 autres vont rappliquer ; il y a quelques personnes dans la rue. Mais je vous assure, c’est tentant !

Les esprits s’échauffent. Je leur dis de garder le billet de 100 et basta. Je pars vers l’hostel avec mon sac. Bande de c******* !!!
Alors que le tourisme est en chute libre dans la région, certains continuent d’arnaquer les nouveaux visiteurs. A partir de maintenant c’est la guerre !
Meme en Inde ou dans le reste du continent asiatique, on ne m’avait jamais fait ce coup-la.
En conséquence, vous pensez bien que j’arrive avec une tres mauvaise impression de l’Egypte ! Je suis dégouté des le départ.

J’entre au guichet de l’hostel. Le réceptionniste me donne une grande chambre avec 4 lits.
Je lui dis :
– « Je suis tout seul dedans ? »
– « Oui, c’est tout pour vous »
Effectivement, il n’y a pas grand monde. J’ai croisé 2 étrangers dans l’hostel.
Néanmoins, tout seul, j’ai la chance d’etre au calme apres ces dernieres courtes nuits passées dans les aéroports et les avions.

Il est 8h, je m’endors jusqu’en fin de matinée. Au réveil, j’interroge le réceptionniste pour savoir s’il connait une boutique de connectique.
Il me dit de me rendre rue Shierrif, a 2 pas de l’hostel, qui pululle de magasins d’appareils électriques et d’électroniques.
Sans grande difficulté, je retrouve un chargeur de pile et un autre chargeur correspondant précisément a mon camescope. Le tout, avec des prises électriques identiques a celles de l’Europe.
Dans la meme rue, je trouve meme le livre de voyage en anglais qui me manquait pour la suite de mon parcours.
Que j’aime lorsque les situations s’arrangent aussi facilement et aussi rapidemment…

Tout cela me fait regagner confiance. J’ai eu affaire a des vendeurs aimables. Et les prix des articles étaient fixes. Je décide donc de faire la part des choses entre les bons et les mauvais égyptiens. Faisons preuve d’un peu de discernement.

La ville du Caire est immense, pourtant, on se repere plutot aisément.
Les rues des villes sont pour la plupart bruyantes, mais pas si détestable a sillonner. Je les croyais plus agressif au niveau des ventes mais il est peu fréquent qu’ils forcent la main pour entrer dans leur magasin ou pour jeter un coup d’oeil sur leur étalages (en ce qui concerne les nombreux vendeurs ambulants des trottoirs).

Comme en Turquie et en Indonésie, j’entends a nouveau le muezzin et on prend le thé a n’importe quelle heure de la journée.
En revanche, pour la 1ere fois dans ce tour du monde, je suis dans un pays arabe. D’ailleurs au passage, ne dites jamais aux turcs qu’ils sont un peuple arabe, ils détestent l’amalgame. Les turcs sont des turcs, c’est tout !

Lorsque les égyptiens parlent, on a un peu l’impression qu’ils s’engueulent. Mais pas du tout ! Ils discutent et avec le sourire.
Impossible pour moi de déchiffrer quoique ce soit sur les enseignes et les panneaux.
Les chiffres arabes ? A part le « 1 » et le « 9 », il n’y a pas d’autres ressemblances avec « nos » chiffres arabes. Leur « 4 » est un « 3 retourné », le « 5 » est un « 0 », le « 7 » est un « V » et le « 8 » un « V retourné ». Plus de faux-amis que de correspondances…

Mon retour dans l’hémisphere Nord marque également le retour de la chaleur. Il fait 32 degres. Mais ca n’a rien a voir avec la chaleur tropicale du Nord de l’Amérique latine. C’est supportable mais mieux vaut ne pas trop courir…

Ma rue
 
Le Caire est surnomée "la ville aux 1000 minarets". Pour le profane, un minaret, c'est ce qu'on voit au loin
 
Je voudrais passer l’apres-midi tranquille et pour ca, j’ai prévu de me rendre au Musée Egyptien, qu’on appelle simplement en Europe « Musée du Caire ».
Un petit kilometre a parcourir a pied jusqu’a un rond-point ou j’interroge un couple de touristes (des touristes, j’en ai vraiment pas vu des masses).
 
Ils me disent d’empreinter cette rue pour éviter la Place Tahrir. Je leur réponds :
– « Parce que c’est par la-bas la Place Tahrir ?
– « Oui, ils demandent les passeports aux étrangers. Tu peux y aller si tu veux, c’est pas interdit ; mais tu n’es pas non plus forcément le bienvenu »
 
Je les remercie et pars dans l’autre rue pour éviter la Place que j’apercois de loin : elle est a 300m du Musée du Caire.
Entre l’Histoire et l’Actualité, j’ai fait mon choix.
 
Le Musée du Caire
 
Les photos sont interdites a l’intérieur.
 
Quelques pieces du musée dans le jardin extérieur...
 
 
... pour consoler
 
Ce musée est incontournable, et contient plus de 100000 pieces, bijoux, sarcophages… Si on passait une minute sur chacune, il faudrait 9 mois pour tout voir !
Le musée n’est pas immense mais il a un charme fou. Seulement 1 piece sur 5 est protégée, sous vitrine. Pour le reste, on passe entre les statues, on frole les tombeaux gravés de hiéroglyphes datant de l’antiquité égyptienne. Akhenaton, Nefertiti, Ramses, Toutankamon… L’ere des pharaons a duré des millénaires.
Tout ce qui a été retrouvé s’est accumulé dans ce musée, lorsqu’il n’a pas été volé par les vagues successives des conquérants ou les pilleurs égyptiens.
 
On ressort du musée et c’est a nouveau le Caire en ébullition, autant par la chaleur que dans les manifestations. J’apprends ce soir que le mouvement s’est déplacé devant le Ministere de la Défense. L’Armée, ayant bénéficié d’un large soutien populaire, est désormais critiquée pour sa lenteur dans la mise en oeuvre des réformes annoncée, et pour maintenir encore des pratiques répressives datant de l’ere Moubarak.
Le Maréchal des forces armées égyptiennes, qui tient a lui seul le pays, a rassuré les contestataires, renouvellant son engagement en faveur de la Démocratie.
 
Aujourd’hui correspond également pour les égyptiens a la fête de la révolution qui conduisit, dans la nuit du 22 au 23 juillet 1952, à la chute du roi Farouk 1er.
Tout cela n’a pas empeché un tres mauvais bilan pour aujourd’hui : 230 blessés devant le ministere de la Défense…
En fin d’apres-midi, les manifestants ont regagnés la Place Tahrir qu’ils occupent depuis maitenant 15 jours.
De mon coté, je n’ai rien vu de tout ca.
La nuit tombe, je rentre a l’hostel.
 
24 Juillet 2011
 
Creme solaire, lunette et couvre-chef. Aujourd’hui, on part en direction de la station des bus. Elle est située sous une bretelle mais c’est tres mal indiqué. J’interroge plusieurs personnes. Le bus que je prends est tout neuf, mais la grande majorité ne sont pas en tres bon état… et pas tres propre non plus, a l’image du Caire.
Pour une livre égyptienne, le bus m’amene dans la ville de Gizeh, a quelques kilometres du Caire. On a pas vraiment l’impression d’avoir quitté le Caire, et on appréhende Gizeh comme étant plutot la banlieue de la capitale.
Un des passagers me demande si je vais aux pyramides, et me dit de descendre alors a cet arret. Effectivement, c’est bien la ; un bout de la pyramide de Khufu (Cheops) dépasse des immeubles…
 
On m’avait déja dit que les pyramides se trouvaient en plein milieu de Gizeh, qui s’est construite tout autour du site a vitesse grand « V ».
A l’entrée, je donne mon ticket pour le faire valider. On doit passer par les détecteurs ; comme pour le Musée du Caire, c’est systématique. Le vigile donne alors mon ticket composté a un autre type qui me demande de le suivre.
Je lui dis alors :
– « Rends-moi ce ticket »
– « Mais c’est pour vous aider »
– « Donne-moi ce ticket »
Il allait m’emmener vers un chameau et me proposer un tour. Or, j’ai décidé de tout faire a pied. Je vous connais par coeur les cocos…
 
Ce que je trouve abérrant, c’est le nombre pas croyables de vendeurs ambulants a l’entrée. Contrairement a ceux des rues du Caire, ils font preuve de beaucoup d’insistance dans leur tentative de vente, vivant intégralement du tourisme.
Et des touristes, en ce moment, il y en a tres peu. La preuve, je n’ai pas fait la queue a la billeterie, alors qu’en temps normal, mieux vaut s’y rendre le plus tot possible.
On croit pour autant etre tranquille a l’intérieur du site, mais au final, on ne l’est pas puisque les vendeurs ambulants fourmillent aussi dans tout le site. Sans parler de tout ceux qui cherchent a te vendre un tour en chameau. En veux-tu, en voila !
 
Progressons…
 
Le Sphinx, qu'on ne présente plus ! Derriere, la Pyramide de Khafre (Chephren), la 2nde plus vaste des 3 principales
 
Pour s’extraire de cette jungle oppressante que forment les vendeurs, il faut donc sortir des routes bitumées pour s’enfoncer dans la partie désertique, la ou personne ne met les pieds en temps normal. Autant prendre beaucoup d’eau, il fait chaud aujourd’hui.
 
Toujours la Pyramide de Khafre (Chephren) a gauche et celle de Menkaure (Mycerinus) a droite. De ce coté, rien a dire quant a la vue...
 
Mais de l’autre coté, lorsqu’on tourne son regard sur la plus vaste des 3, la Pyramide de Khufu (Cheops)…
 
... on a droit au chaos urbain de Gizeh en arriere-plan !
 
Je retrouve la route bitumée pour rentrer. Sur les bas-cotés, c’est sale. Pas autant que le site de Fatepur Sikri en Inde, mais c’est plein de déchets en tout genre. Le plateau de Gizeh est mal entretenu, ca se voit…
 
A nouveau, on me demande : « Camel ride ? Camel ride ? ». Et meme si tu dis « non » une premiere fois, ils argumentent. Tu répetes « non » 2, 3 ou 4 fois avant qu’ils te lachent ; et ca, une vingtaine de fois durant la balade. Ca devient vite insupportable. A la fin, tu ne dis plus rien. Meme pas un signe de tete, tu les ignores complétement.
Un vendeur me crie : « water ! »
Je lui demande combien il vend sa bouteille d’eau :
– « C’est comme tu veux »
Ca, c’est leur phrase sympas avant qu’ils augmentent systematiquement ton tarif  par rapport a ta 1ere offre. Je lui dis alors :
– « Je veux un prix fixe »
– « Dis-le moi »
– « 3 pounds »
– « Non, 5 »
– « Au revoir »
– « Attends, ok, 4 »
– « Bye bye »
– « C’est bon, 3… »
Un homme en chameau passe a coté au meme instant et me dit :
– « Ce n’est qu’un pauvre homme qui travaille dans le désert »
Je lui réponds :
– « C’est pas le désert, c’est Gizeh ! »
On est encerclé par la ville et meme a l’endroit le plus reculé que je sois allé dans le site, on entend toujours les klaxons. Je vais certainement pas m’attendrir pour un arnaqueur dans un lieu touristique.
Je lui donne un billet de 5 et me tend une seule piece de 1 pound, en me répondant :
– « No money » en fouillant tres succinctement ses poches
-« Alors tu reprends ta piece, je reprends mon billet et… »
– « Attends… »
Ca y est, une piece est apparue dans sa poche comme par magie !!!
Non, je n’ai définitivement aucun remord a avoir payé une bouteille d’eau au prix de la rue. Culturel ou pas, c’est insupportable ce genre de gens qui tentent de t’avoit jusqu’au bout de la transaction. Des pratiques pareilles, ca ne devrait pas exister, et surtout pas dans des lieux touristiques ou l’ont est censé profiter de la magie du lieu.
Et ne me reprochez pas de ne pas etre comprehensif sur les gens qui vivent du tourisme : il y avait autant de vendeurs ambulants sur le site de Teotihuacan au Mexique, mais contrairement a Gizeh, un simple « non » de la part du touriste, et ils n’insistaient pas. Idem pour toute la Thailande.
J’ai vu les autres touristes present sur Gizeh tout aussi a bout de nerf que moi a cause de ca.
Quand je parle de harcelement, c’est qu’il n’y a pas d’autres mots pour caracteriser ce genre de pratiques !
D’ailleurs, les pyramides dans tout ca ? Occultées… occultées a cause de tout ces éléments perturbateurs…
 
Je suis resté 3h sous 36 degres… Je ressors en longeant le site par une rue et je prends la photo qu’aucun éditeur de livre de voyage n’oserait insérer dans un de leur article :
 
C'est une belle vue pour les citadins, mais coté pyramide, le paysage est bel et bien gaché
 
Je retourne a l’hostel par un autre bus pour moins d’un pound.
Je n’ai pas vraiment apprecié cette excursion, meme si les pyramides en elle-memes sont superbes.
Trop de choses m’ont déplus. Et meme si on enleve les vendeurs, il reste Gizeh, tout autour, qui nous empeche de replonger dans le passé (et la sereinité) comme on le peut sur les sites du Machu Picchu, d’Ayers Rock, dans le désert namibien, la Cappadoce, au sommet du Pain de Sucre a Rio et meme au Taj Mahal (du monde, mais pas de vendeurs a la sauvette a l’interieur et c’est tres propre) !
Pour les Pyramides de Gizeh, on n’est « pas dedans » voila tout.
 
Faites-moi penser a mon retour de dresser une liste des sites agréables a visiter et de ceux a visiter… tres vite !
Je classe les Pyramides de Gizeh comme étant le 2nd site le plus honteux classé par l’Unesco (la médaille d’or revient toujours a Fatepur Sikri) que j’ai pu voir.
 
Ma politique pour un retour a de vraies valeurs touristiques sur le site de Gizeh :
– Les vendeurs ambulants tous a l’entrée, et on pratique les prix fixes.
– Les vendeurs d’eau, a des endroits précis dans le site. On limite le nombre a 1 par pyramide. Et prix fixe aussi, bien entendu !
– Les vendeurs de tour en chameau ou en caleche, tous en file indienne, comme les taxis dans les villes ; et tous regroupés a l’entrée du site, sans exception. Si on a besoin d’eux, on viendra les sonner.
– Balayage et ramassage des déchets. On se croirait dans les rues du Caire !
– Pour le bruit de la ville de Gizeh tout autour, le casque audio-guidé peut etre une bonne solution. Pour la vue de la ville… la, je n’ai pas d’idée, mais le casque audio peut vraiment faire oublier sa présence, le temps de la visite.
 
Le prix du billet est de 8 euros environ, je serais pret a payer 13 ou 14 euros pour admirer un site de bien meilleure qualité par rapport a ce que j’ai pu voir. Voila pour le coup de gueule… et les propositions d’aménagement de l’espace touristique !
Je me porte candidat pour les prochaines élections au titre de Conservateur du site de Gizeh. Qui vote pour moi ?…
 
25 Juillet 2011
 
Je ne suis pas sur de vouloir poursuivre ma route dans les sites touristiques du sud du pays, qui fourmillent de vendeurs d’autant plus « insistants » que la fréquentation touristique est en forte baisse.
On est finalement plus tranquille dans les rues du Caire, loin des lieux connus.
 
Il fait chaud, ca me rend fainéant pour sortir ce matin. Pour le moment, a vrai dire, je suis en train de regarder tourner le ventilateur du plafond. Et puis hier, les Pyramides de Gizeh m’ont un peu « refroidis »…
 
Je dois prendre une décision sur la suite de mon voyage. Et je le fais vers midi, au coin de la rue, a l’intérieur d’un café-resto tres agréable, avec des serveurs sympathiques. On y passe de la musique locale : Une flute qui siffle comme de rapides battements d’aile, un violon trainant sur chaque note, un carillon et un tambour en fond, discret ; et un interprete chantant sur un air reveur mais décidé. On est en immersion jusqu’au dernier accord.
J’apprécie ce quartier. Ca klaxonne, c’est pas tres propre mais c’est vivant sans etre oppressant. Les gens sont calmes d’apparence, ce qui contraste avec la circulation frénétique. Un vrai challenge a chaque fois qu’on doit traverser la route !
Au meme titre que le Pahar Ganj de Delhi, c’est le genre de quartier dont on apprécie les défauts.
 
J’avais l’intention de quitter le Caire aujourd’hui, mais j’ai eu la flemme de partir a cause de la chaleur.
Je réfléchis tranquillement dans le café-resto climatisé pendant que les heures défilent. On ne tient pas longtemps dehors : 32 avant-hier, 36 hier, on en est a 37 degres aujourd’hui. ! C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas envie de descendre plus dans le sud de l’Egypte.
 
Je rentre a l’hostel, abattu par la chaleur, avant de me décider a vous écrire ces quelques lignes, dans le salon, en transpirant sous la faible puissance du ventilateur du plafond.
C’est décidé, demain, on part a l’Est.
 
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !