Les nuits colombiennes

10 Mai 2011

Je ne parviens plus a faire la grasse mat’.
Je passe la matinée a réorganiser mon sac a dos.
La fatigue revient. Avec tout ce qui s’est passé a Panama, je n’ai pas encore vraiment récupéré de ce voyage a vélo.

Je pars a la Poste avant de retourner au backpacker pour une sieste nécessaire.
Il est 17h et l’ air se rafraichit enfin.
C’est une bonne heure pour visiter la Vieille Ville de Cartagena.

Une des ruelles de la Vieille Ville

La Vieille Ville me fait d’ailleurs penser au Casco Viejo de Panama :

Retranché et en surplomb par rapport au quartier récent…
…le Centre des Finances, lui non plus, jamais tres loin

Ce quartier est autant photogénique que videogénique.

La nuit, c’est encore plus beau, plus animé. De retour au backpacker, l’allemand de mon dortoir me propose de sortir boire un verre en compagnie d’un troisieme invité, a qui je demande :
– « Tu viens d’ou ? »
– « De Slovaquie. Dis-moi que je suis le premier que tu rencontres… »
– « C’est exactement ce que j’allais te dire »

On passe la soirée sur la belle Plaza de la Aduana, a parler essentiellement d’Amérique Latine : quelques noms de villes que je retiens pour mes destinations futures.

11 Mai 2011

Ce matin, j’ai eu encore le temps de me balader avant de retourner a l’hostel :

Calle de la Tablada prise depuis l’hostel

Je prépare mes affaires, je passe 3 pathés de maison a pied jusqu’au bus qui m’aménera a la station de car.
Il est 13h, je pars pour Bogota. Car climatisé, beaucoup trop meme. Je le savais, j’ai prévu la veste.

A 17h, je vois que je longe la mer !!!
Je comprends pourquoi le trajet va durer 24h. On fait d’énormes détours. Ca me permet au moins de récupérer, de n’avoir rien a penser et d’apprécier le paysage. D’ailleurs, n’imaginez pas la foret tropicale, j’en ai pas vu la couleur. C’est plutot dégagé. Des prairies, quelques palmiers, de petits cactus : un peu comme dans le sud du Mexique.

12 Mai 2011

Il est un peu plus de 7h, le car s’est arreté dans un self. On repart et je ne fais que dormir.
C’est toujours le meme car depuis le début. Pas de changement dit au haut-parleur, je me laisse conduire.

Il est 16h30, j’arrive enfin a Bogota. Avec les bouchons dus a de récentes inondations, il aura finalement fallut 27h pour arriver a destination.
Je prends un taxi qui m’amene jusqu’au quartier historique de la Candelaria.

Bogota D.C (comme Distrito Capital) est perchée a 2600m. Température moyenne : 14 degrés et il pleut la majeure partie de l’année. Je croyais avoir le temps de faire une ou 2 choses cet apres-midi, mais le temps pour le taxi de se rendre au coeur de la cité, la nuit tombe déja.

J’arrive sous la pluie devant la porte du Alegria’s Hostel. Les rues pavées et pentues, surplombent la nouvelle ville. L´hostel est vraiment sympas et j’en profite déja pour booker une nuit de plus que prévu.
Un couple d’américains arrivent a la réception 2min apres moi. Ils ne parlent pas un mot d’espagnol. Le réceptionniste ne parle pas un mot d’anglais. Heureux et fier d’assurer la traduction…

Je pose toutes mes affaires au dortoir avant de ressortir dans le resto rapide du coin, ca sent l’odeur de la pluie fraiche.

Il faut que je parvienne a me remettre physiquement de ce voyage a vélo. J’ai l’impression d’etre tout le temps fatigué. Les siestes dans le car n’ont pas suffit. Je n’ai qu’une envie ce soir : aller me coucher.

C’est ce que je fais aprés avoir discuté longuement dans le dortoir avec un confrere européen, qui avait l’intention de franchir la frontiere par la route pour rejoindre Panama. Une mise en garde de ma part s’imposait. Sinon, c’est non-assistance a hollandais en danger !

13 Mai 2011

J’ai essayé, je vous jure que j’ai essayé de faire une grasse matinée, mais je n’y arrive plus. J’ai trop de choses a faire, a penser, a prévoir. Levé d’habitude entre 4h30et 5h30 durant mon voyage a vélo ; 7h ce matin, c’est un peu une grasse matinée, non ?

Je pars a la Poste pour envoyer en France mon sac a dos remplis de vetements et autres babioles que j’ai trainé durant mon voyage en Amérique Centrale.
Je dois retrouver la « légéreté » d’avant Mexico.
Par contre, les pesos colombiens, ce sont des chiffres avec beaucoup de zéro. Un café me coute 2000pesos, un repas 12000 pesos, le taxi 15000 pesos…
Comme en Indonésie, tu as l’impression d’avoir beaucoup dans le portefeuille, mais non.

A peine je ressors de la Poste en cette fin de matinée, c’est l’orage .
Pas de quoi se plaindre, je ne suis plus a vélo. Il faudra s’y faire : j’ai l’intention de rester plutot en altitude.
D’ailleurs, Bogota, c’est le début (ou la fin) de la Cordillere des Andes qui se sépare en 3, en Colombie : la Cordillere Occidentale a l’Ouest, la Cordillere Centrale, et la Cordillere Orientale a l’Est, la ou je me trouve.

Cet apres-midi, rien d’autre a faire que d’attendre la fin des intempéries. Il n’y a plus qu’a rentrer a l’hostel et… ah oui tiens, faire de la couture aussi…

Audrey, une francaise arrive a l’hostel. Elle a un projet : fraichement débarqué de l’aéroport de Bogota depuis la Nouvelle-Zélande, elle souhaite construire, avec l’aide de plusieurs collegues rencontrés aux USA, une rampe de skate-board dans un village colombien ; un chantier qui lui prendra un mois, dit-elle. Elle espere plus tard que cela lui servira de tremplin pour trouver des fonds afin de batir une « green school », une école construite avec des matériaux locaux et ou l’on dispense une éducation particulierement axée sur l’environnement et l’écologie. Il en existe pour le moment qu’une seule, a Bali. Et en Indonésie, au niveau de l’écologie, croyez-moi il y a du boulot !

L’hostel est le point de rendez-vous pour les participants au projet.
Je rencontre Alex, un québecois qui est a Bogota depuis 1 semaine. Il a eu le temps de sympathiser avec une colombienne, Mabel, née a Bogota. Tous les 2 arrivent a l’hostel au début de la nuit. Et c’est de cette maniere que je me fais inviter par cette colombienne a une soirée dans un resto étudiant, reconverti en galerie d’art a l’occasion d’une exposition.

Alex me dit :
– « Alors, pret pour la fiesta ? »
– « Dans une galerie d’art ? »
– « Oui mais c’est un éleve de l’Ecole des Beaux-Arts qui expose ses oeuvres… »
– « C’est un vernissage… »
– « C’est ca, un vernissage… »
– « … »

Bon, si il y a fiesta, je ne sais pas ou elle se cache.
Avant de partir, Alex me propose des feuilles de coca a mastiquer.

Les feuilles de coca, ca ressemble a ca

 

Coca au quotidien
On les utilise au quotidien en infusion ; le thé coca étant la boisson officielle en Colombie. Les feuilles se vendent partout légalement. Elle est cultivée dans toute l’Amérique Centrale et la population – des montagnes principalement – la mastique pour lutter contre le froid, les maladies et pour prolonger l’effort physique. On place la pincée de feuilles mastiquées (durant moins d’une minute) dans un coin de la bouche. Les effets sont extrémement léger. Bien entendu, en France, la feuille de coca est classée parmi les produits stupéfiants.
Pas d’affolement pour les plus sceptiques : il faut 41 produits chimiques pour séparer la cocaine de cette feuille.

Il ne pleut plus et nous partons tous les 4 a pied, en direction du restaurant étudiant. C’est une sorte de foyer des étudiants habituellement.
Et au bout d’une heure, effectivement, l’ambiance est déja a la fete.

Comment va-t-elle la jeunesse de Bogota ? Elle va plutot bien.
J’apprends le cumbia, un mélange de musique traditionnelle colombienne et d’électro. Ca m’a permis de prendre la « température de Bogota », et ce n’est pas aussi froid que le climat actuel…

14 Mai 2011

Je passe l’apres-midi en compagnie d’Audrey.
Nous partons pour le téléphérique qui nous aménera a Cerro de Monserrate.

Une ruelle de la Candelaria
Une autre ruelle colorée
L’église de Nuestra Señora de Las Aguas ; derriere, Cerro de Monserrate (et son église au sommet qu’on apercoit a peine)

Et nous voici perché a 3200m.

Bogota dans le brouillard…

Pour ce qui est du reste de la ville de Bogota, effectivement, c’est un peu grisatre. Ce n’est pas la plus belle ville que j’ai vu. C’est la pluie quasi-permanente qui gache un peu tout. Oui, il pleut encore aujourd’hui.
Mais on commence a s’y faire.
Nous partons en direction de l’église jusqu’aux quelques boutiques qui se sont créees. C’est ici que je goute mon 1er thé coca. Ca n’a pas un gout vraiment extraordinaire et ne fait aucun effet. Une petite tisane…

Au sommet du Cerro de Monserrate, aprés avoir passé les commerces

Nous redescendons puis nous parcourons a nouveau les rues de la Candelaria.
Le style de vie a Bogota est similaire a n’importe quel autre ville occidentale. Encore plus qu’a Mexico. Costume-cravate, mini-jupe et cheveux colorés…

Hier, en passant devant la place principale de Bogota (la Plaza de Bolivar), je ne la trouvais pas franchement intéressante.
Mais en s’y attardant un peu plus, je lui trouve maintenant quelques atouts :

D’abord, 2 édifices religieux : la néo-classique Catedral Primada, a gauche ; et la Capilla del Sagrario, a droite, d’architecture coloniale
Puis, de l’autre coté : a gauche, le Capitolio National, le siege du Congrés, dans un style grec ; et a gauche, l’Alcadia (la mairie), de style francais

Ces divers styles de différentes époques en fait une place finalement tres intéressante. Ce serait quand mieux avec un peu de soleil…

De retour au backpacker, mes chaussures ont bien pris l’eau. Quatrieme changement de chaussette depuis hier : rien ne seche ici.

Alex et Mabel (la colombienne rencontrée hier) arrivent un peu plus tard. Ce matin, Alex m’a dit qu’un groupe de rock jouait dans une salle de concert ce soir. C’est encore l’occasion de « prendre la température » de Bogota.
Audrey et Alex partent au début de la nuit. Leur projet les attend dans le sud du pays.

Je propose a Mabel de venir avec moi au concert. Elle parle espagnol et anglais : une aubaine !
Je ne retiens ni le nom de la salle, ni le nom du groupe, je ne sais pas ou c’est et je ne suis surtout pas contre y aller avec elle. Elle connait tres bien le groupe 1280 Almas, et la direction de la Fundacion Gilberto Alzate Avendano, impossible a retenir.
La salle est grande comme celle de la Coopé (pour les Clermontois) et l’ambiance est exactement la meme qu’on peut retrouver dans n’importe quelle salle de concert « de quartier » (on est toujours dans la Candelaria). D’ailleurs, je n’imaginais pas autant de similitudes avec l’ambiance d’un concert en France.

Apres le show, je pars avec Mabel dans un petit restaurant. Je l’incendie de questions : tous les mots, tout ce que j’entends depuis Mexico de la part des restaurateurs au moment ou ils te servent, ou ils te proposent le menu ; toutes ces phrases de courtoisie parfois auxquelles je ne peux répondre parce qu’ils les prononcent trop vite, elle me les donne en anglais.
Je lui demande aussi de me traduire le menu en entier, ce qu’elle fait avec plaisir, touojurs avec le sourire et lentement, en bon professeur.

Et souvent, comme ce soir, j’ai droit a ce genre de questions :
– « Tu reviens quand a Bogota ? »
Ce que je réponds par un sourire accompagné d’un long soupir.

Ses parents et son frere la récupere presque devant le restaurant : ils me proposent de monter avec eux pour me déposer devant l’hostel. Avec plaisir, les rues sont mal éclairées, c’est trempé partout et j’aurais mis du temps la nuit pour retrouver mon chemin.

Retour au backpacker. La fatigue me tombe dessus.

15 Mai 2011

J’ai un peu de temps devant moi avant de quitter Bogota.
Souvent dans les hostels, on peut échanger son livre contre un autre dans leur petite bibliotheque.
Il y a un bouquin qui m’intéresse mais je n’ai rien a échanger.
Je file a la grande librairie de la Candelaria ce matin pour acheter un petit livre a échanger.
Au moment de le feuilleter, je comprends plusieurs mots puis je repense a ce que je veux faire : acheter un livre en espagnol que je ne lirais pas pour l’échanger contre en livre…en francais…
C’est anti-éducatif ! Mabel m’en voudrait pour ca…
Bon, j’en achete 1 pour l’échanger parce que le livre en francais m’intéresse vraiment ; et 1 autre pour moi. Il faudra le dico en permanence a coté de moi, mais a présent, j’ai bonne conscience.

Je pars au supermarché pour quelques courses avant de partir. En ressortant, je vois beaucoup de vélo sillonner les rues, et autour de la Plaza de Bolivar : chaque dimanche a Bogota, de 7h a 14h, 120 kms des rues principales de Bogota sont fermées au trafic pour faire place aux vélos. D’ailleurs, le cyclisme avec le football sont les 2 sports les plus populaires en Colombie.

Je file dans un comedor vers midi. En ressortant, j’apercois les premiers rayons de soleil depuis mon arrivée a Bogota. Un peu d’espoir ? Non, ca se recouvre a nouveau…

Je rentre au backpacker pour vous écrire ces quelques lignes.

Exposition d’art, concert de rock, grande librairie, dimanche cycliste : j’espere surtout avoir permis de faire changer un peu l’image que la plupart des gens ont de Bogota.
La ville, hors Candelaria, n’est pas la plus jolie que j’ai vu, mais parmi les gens qui s’y trouvent, on tombe tres souvent sur des perles !
La preuve, je quitte Bogota dans quelques heures, et ce n’est pas avec une grande joie.

J’ai surtout le sentiment d’avoir retrouvé les bonnes habitudes d’avant ce voyage a vélo : pouvoir visiter plus, pouvoir rencontrer et discuter plus longuement avec les gens, pouvoir sortir le soir : avant j’avais pas le droit, mes jambes ne voulaient pas…

Bogota pour l’aspect moderne, Cartagena pour l’héritage colonial ; ce soir, je pars dans le sud du pays pour remonter encore un peu plus dans le temps.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

3 réflexions au sujet de « Les nuits colombiennes »

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