Sinaï

25 Juilet 2011 (suite et fin)

Je demande au réceptionniste comment rejoindre le Monastere de St-Catherine, a l’Est du pays. Il existe un bus direct mais je voudrais etre sur de l’horaire.
Il me dit alors qu’il vaut mieux aller directement a la station prendre le ticket en préision pour demain. Lui et son frere travaillent dans l’hostel.
Il est plus de 23h, ils viennent de finir leur travail et souhaitent rentrer en voiture pour rejoindre leur quartier.
Ils me proposent alors de monter dans leur véhicule pour me déposer juste devant la station.
J’accepte en les remerciant. Il précise que demain, il faudra empreinter une autre route a pied que la leur.
Il fait encore tres chaud. L’un des 2 me réponds : « Cette année, ca va, il fait bon, (37 degres aujourd’hui !!!) normalement, c’est pire ».
Sur le ton de la plaisanterie, il ajoute : « Ca, c’est parce que Moubarak n’est plus la ».

La station est seulement a 10min a pied, mais en voiture, c’est a plus de d’1/2h. Nous sommes coincés dans un carrefour a cause du trafic. Il est 23h30.

L’un des 2 freres parlent tres bien francais. Il a vécu 5 ans en Normandie.
Il me dit alors :
– « En France, c’est pas comme ca a cette heure »
– « Non, meme a Paris, il n’y a pas autant de monde, mais a Paris, c’est la moitié de la population par rapport au Caire »
Il retorque :
– « Ca depend, c’est comme ca l’Egypte : aujourd’hui a 14h, il n’y avait personne ; et hier a 14h, il y avait plein de monde au meme endroit »
– « Mais pourquoi a 23h il y a encore des bouchons »
– « C’est parce que les gens rentrent chez eux, et beaucoup habitent dans le meme quartier »
– « C’est la fin de la journée de travail ? »
– « Pas forcément, y’a pas d’horaire comme en France, on travaille autant qu’on veut, a l’heure qu’on veut »

Ca klaxonne dans tous les sens. La route est tellement bouchée que les motocyclistes empreintent les trottoirs. La plupart possede de superbes (vieilles) Vespa.
On finit par s’en sortir. Ils me déposent devant la station. L’un des 2 me dit :
– « C’est bon, tu sais ou est l’hostel ? »
–  » Oui, c’est dans cette direction »
– « Oui, c’est gauche, droite puis encore gauche »
– « Hum… (il fait nuit, je vais me planter, c’est sur) »
– « Sinon tu connais le nom de la rue pour demander »
– « Oui c’est Al- Di… El-Dir… »
– « Emad El-Din »
– « Ouai »

Rien a voir avec ma prononciation…
Je pars acheter mon billet puis je rentre a l’hostel, en pleine nuit.
Absolument aucun danger dans les rues du Caire. C’est simple, les capitales ou je me suis senti le plus en sécurité sont toutes celles de pays a majorité musulmanes : Istanbul, Kuala Lumpur et Jakarta. Le Caire ne déroge pas a la regle.

Finalement, je retrouve ma route assez facilement, grace a des points de reperes : enseignes en francais (beaucoup), travaux de voieries et minarets.

Aujourd’hui marque le jour des 6 mois depuis le début des revendications, commencées le 25 Janvier dernier.

De ce 25 Janvier au 11 fevrier dernier, on a vu des images saisissantes ; les photographes s’en sont donnés a coeur joie pour capturer les slogans des manifestants lors de ces 18 jours : « Moubarak dégage » a t-on pu lire le plus souvent sur les panneaux car elle était a l’epoque la principale revendication. Plus original :  » Je suis ingénieur agricole et je suis venu pour arracher Moubarak par ses racines ». Plus fort : « J’avais peur, je suis devenu un égyptien » ou encore le poignant « Pars, ma femme me manque », le tout porté par des visages qui en donnent toute leur force. Il aura fallut 18 jours avant que Moubarak se décide a partir. Et maintenant…
Pourquoi sont-ils toujours Place Tahrir ? :
Les principales revendications des révolutionnaires sont :
– Limoger le gouvernement en place qualifié de contre-révolutionnaires qui contient encore des ministres de l’ancien régime
– Redonner le pouvoir aux civils et préparer de nouvelles élections
– Organiser des proces aux hommes responsables de la mort de révolutionnaires avec a leur tete, le président dechu
– Supprimer le jugement de civils devant la cour militaire
– Accélérer l’épuration de la police et la débarasser des éléments corrompus
– Annuler les lois qui criminalisent les manifestations
– Constituer un fond d’assistance a l’économie nationale
Ces informations, je les ai eu grace a un journal local traduit en francais : l’Hebdo Al-Ahram (citons quand meme la source). Pour toutes ces raisons, les sit-in et les manifestations de la Place Tahrir vont encore durer un bon moment…

Dans la foulée, j’apprends dans le journal (rubrique internationale) que Salvador Allende, apres autopsie, n’a pas été assassiné comme certains le prétendait. Il s’est bien donné la mort le 11 septembre 1973 (cf : Dictature et politique a Santiago). Et oui, on reste connecté meme avec les anciens pays traversés !

26 Janvier 2011

Je pars a pied vers la station. C’est encore les bouchons, et déja une chaleur…
Je quitte le Caire a 11h ce matin dans un bus ponctuel en direction de la Péninsule du Sinai. Je suis le seul étranger a bord.
A l’intérieur, du jeune habillé a la mode au vieillard aux vetements traditionnels. Les femmes sont soit a la mode elles-aussi, soit voilées, soit voilées… integralement.
Quelques jeunes recrues de l’armée se rendent aussi dans le Sinai. Les check-points sont partout…

S’extraire du Caire a pris du temps mais nous voici sur la route.
Je m’endors.
Au réveil, me voila a Suez pour un court arret. A ma droite, j’apercois la mer Rouge. Je me rendors a nouveau avant de me réveiller dans le Sinaï, devant un paysage aride : un désert surmonté de collines rocailleuses de la meme couleur que la terre.

J’arrive en pleine nuit a Al-Milga, le village le plus proche du Monastere Sainte-Catherine. L’hostel est a 2,5kms de l’arret de bus. C’est tout droit, allons-y a pied.
Je dépose mes affaires dans la chambre vetuste avant  me rendre a nouveau au centre de la ville, pour entrer dans un petit restaurant. Il fait tres doux a présent. Personne ne se trouve a l’intérieur ; tout le monde a préferé rester dehors.
On joue aux dominos en fumant le narguilet sous cette nuit etoilée, loin de la tumultueuse ville du Caire. Les égyptiens fument beaucoup. Peut-etre pour compenser : pas d’alcool pour les musulmans.
2 personnes s’approchent de moi. Surement un pere et son fils, habillés tous les 2 en tenue traditionnelle. Ils sont souriants.
Le pere ne parle pas anglais. C’est le fils qui fait la traduction :
– « Salam aleikum »
– « 
Maleik… sala…….hello !  »
– « Etes-vous musulman ? »
– « Non »
– « Quelle est votre religion ? »
– « Je n’en ai pas »
– « Vous n’en avez pas ? » sur le ton de l’étonnement
– « En quoi croyez-vous ? »
La, j’ai failli répondre « en moi, et c’est déja pas mal quand on a décidé de faire un tour du monde », mais j’ai préféré dire :
– « Rien »
– « Jamais vous ne vous posez des questions sur qui a crée le monde ? »
Le pere poursuit :
– « Il y a un Dieu dans ce monde. Allah nous a tout donné »

Et c’est tout… Ils m’ont parlé calmement pour ces quelques phrases avant de me serrer la main et de s’en aller lentement. Je pensais qu’ils serais plus insistants, mais ils estiment avoir dit l’essentiel, et en toute sereinité. Peut-etre espérait-il que je sois musulman. Va savoir…

27 Juillet 2011

Je n’arrive pas a dormir. Hier, j’ai demandé au réceptionniste si il etait possible d’obtenir un ventilateur, il m’a répondu :
– « Non, mon ami, il fait froid la nuit »
Certes, on est a 1500m d’altitude, mais ca ne se ressent pas tellement durant la nuit.

Il est 5h du matin et j’étouffe a l’intérieur de cette chambre. Je dois aller faire un tour dans la « fraicheur » matinale : 25 degres…
Je n’avais absolument rien vu hier soir, mais je suis au beau milieu d’une terre entourée de montagne aride. Le décor est superbe.
J’escalde un peu pour prendre en photo l’hostel, qui est plus un campement-ferme avec quelques chambres a disposition :

L'hostel est en contrebas
 
Dans la colline ou je me trouve, je vois pour la 1ere fois un fenec du désert. Il aboit un peu comme un chihuahua, mais c’est juste histoire de dire « je sais aboyer » avant qu’il ne détalle – peureux comme il est – des que je tente la moindre approche.
 
Je retourne a l’hostel et j’ouvre ma porte en grand, pour tenter de dormir a nouveau. Je retrouve le sommeil.
Il est 10h, le réceptionniste me dit de me dépecher si je veux voir l’intérieur du monastere : ca ferme a midi.
25 minutes a pied sous un soleil de plomb et me voici a l’intérieur. Le monastere se visite assez rapidemment d’autant plus que toutes les portes ne sont pas libres d’acces : 20 moines grecs orthodoxes y vivent toute l’année.
C’est l’un des plus anciens monasteres au monde encore en activité (milieu du Ier siecle apres JC). Le Sinaï devenant tres vite une terre arabe et profondément musulmane, ce monastere reste l’exception comme étant encore aujourd’hui le foyer du Christianisme sur toute la Péninsule.
Au passage, on appelle « coptes » les Chrétiens d’Egypte. Dans le vieux Caire, il y a tout un quartier Copte, principalement des églises orthodoxes (datant de l’époque greco-egyptienne), mais on compte aussi quelques églises coptes catholiques et coptes évangéliques.
Pour ma part, c’est la 1ere fois que j’entre dans un monastere orthodoxe. Et ca n’aura pas été en Grece.
 
D’extérieur, c’est un superbe batiment… d’intérieur aussi d’ailleurs :
 
Le Monastere Sainte-Catherine
 
On est entouré de plusieurs montagnes
 
La plus célebre, le Mont Sinaï, ou Moise recut de Dieu les 10 Commandements.
Je suis parti un peu tard de l’hostel donc aujourd’hui, on va pas faire comme Moïse, on va plutot s’attaquer a une montagne plus petite, d’ou l’on aura une belle vue.
 
On s'éloigne de plus en plus du monastere
 
Le ciel s’est couvert. L’air devient plus respirable.
Je retrouve une chose que j’apprécie toujours autant : le silence !

Et a vrai dire, le silence, je l’ai eu depuis que j’ai quitté les quelques touristes du monastere et les 2 ou 3 vendeurs ambulants a la sortie (pas trop insistants ceux-la).
Le sentier est bien fait. Un peu ardu sur la fin mais on parvient vite au sommet :
 
On apercoit encore le monastere au loin
 
Sur ma droite, le meme decor, et toujours pas un bruit !
 
Et sur ma gauche, le Mont Sinai, tout aussi ressemblant que les montagnes voisines. A l'extreme gauche de la photo, une sorte de chapelle chrétienne batie a la hate
 
Absence totale de touriste. Je n’ai croisé personne durant toute l’ascension ! Et seulement un seul touriste avec son guide durant la redescente. Je me suis vraiment senti privilegié de me balader seul dans cette immense contrée.
 
Il se met a pleuvoir un peu au moment ou j’entre dans un café-snack, proche de l’entrée du monastere. Je patiente tranquillement, en attendant l’accalmie.
Le gérant m’interroge :
– « Tu viens du Caire ? »
– « Oui »
– « Comment c’est ? »
– « Chaud »
–  » Tu etais Place Tahrir ? »
– « A 300m de la place »
– « Tu n’es pas allé dedans ? »
– « Non, je ne savais pas trop quoi faire »
– « La révolution ! » me dit-il en souriant
Je lui réponds avec le meme sourire :
– « C’est la votre, pas la mienne »
– « C’est vrai. Moi j’étais Place Tahrir »
– « Un couple m’a dit qu’ils controlent les passeports pour tous les étrangers. On est pas vraiment les bienvenus »
– « Oui mais tu n’aurais pas eu de probleme »
– « Oui je sais »
– « Si tu es israélien, tu aurais eu des problemes »
– « Pourquoi, vous avez des problemes avec les israéliens ? »
– « Oui »
– « Encore maintenant ? »
– Ecoute, ils tuent les palestiniens musulmans tous les jours. Pour moi, c’est comme s’ils tuaient mes freres »
– « Justement le couple que j’ai rencontré dans la rue, c’etait des israéliens »
– Et ils n’ont pas eu de problemes »
– « Non… je suis arrivé au Caire le jour ou il y a eu des violences au Ministere de la Défense… »
–  » Oui avec l’armée, mais ca s’est calmé maintenant »
– « Oui, ils sont tous revenus Place Tahrir. Je n’ai rien vu du tout. C’était aussi le jour de l’anniversaire de la révolution de 1952 »
– « Oui » dit-il en acquiescant avec un grand sourire, comme si on lui rappelait un bon souvenir
 
La pluie s’est arretée. Il me fait un prix pour les 2 ou 3 choses que j’ai commandé.
L’air pensif, il finit par me demander une derniere chose :
– « Et votre révolution a vous, elle était quand ?… »
 
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !
 

Lawrence d’Arabie et le Canyon du Croissant de Lune

27 Juillet 2011 (suite et fin)

Je rentre a l’hostel apres mon apres-midi de marche dans le Sinai.
Je demande alors au gérant a quelle heure part le bus demain pour ma prochaine destination : je pars a Nuweiba, au sud-est du Sinai.
Il me dit qu’il n’y a pas de bus.

Je lui réponds alors :
– « Poutant, c’est écrit sur mon livre »
– « Non, il n’y en a pas depuis longtemps. Tu dois prendre le mini-bus »
– « Mais sur mon livre ils disent que pour aller a Nuweiba, je dois changer a Dahab »
– « Crois-moi, il n’y a pas de bus. Ils ont été annulé. Je ne suis pas un menteur »
– « Je te crois. C’est combien un mini-bus ? »
– « 200 a 250 pounds »
– « C’est cher »
– « Je te le négocie a 200 »
– « Ok. Merci »

Je n’ai pas vraiment d’autres solutions : il n’y a pas de touristes dans l’hostel, donc pas de possibilités de me faire amener autrement qu’en mini-bus.
La situation politique, c’est ca le vrai probleme… Ca a annulé beaucoup de liaisons routieres plus suffisamment rentables. J’étais vraiment tranquille dans le Sinai, mais j’aurais préféré que ce soit dans un contexte différent…

Je m’installe sur la terrasse pour écrire un peu. Le gérant s’assoeit en face de moi. Ils viennent souvent vers toi, meme si ce n’est pas pour parler beaucoup :
– « Aaaaah… life is life ! » me dit-il
– « En francais, on dit : C’est la vie ! Beaucoup d’étrangers le disent dans le monde lorsqu’ils rencontrent un francais parce que c’est facile a retenir »
– « C’est la vie ? »
– « C’est la vie »
– « Alors si je vois des francais, je peux leur dire : c’est la vie »
– « Oui mais tu dois dire quelques phrases avant, sinon ca veut rien dire »
– « D’accord… C’est bon tu prends le mini-bus demain a 8h pour 200 pounds »
– « Ok… Tiens par exemple : Il n’y a pas de bus pour aller a Nuweiba demain. C’est la vie ! »

28 Juillet 2011

Je prends donc le mini-bus de Hamed Abu Mattar Taxi 10254 St-Catherine (il m’a donné sa carte). C’est un ami du gérant.
Il est 8h et il faudra 2h pour rejoindre Nuweiba.
Le paysage change a nouveau. Les chameaux en liberté occupent parfois le bord de la route. Des montagnes rocailleuses du Sinai, on passe lentement a un paysage, encore plus aride : la terre s’affine, change de couleur, les dunes venant percuter les basses montagnes aux tons ocres.

Le chaufeur trace sur une route plutot droite et en bon état. Le véhicule ne sera stoppé que 2 fois par 2 check-points successifs. Le controle de mon passeport est tres sommaire. On regarde souvent seulement la couverture : Union Européenne – République Francaise. Ca suffit…
Le chauffeur salue chaleureusement les militaires, armées d’AK-47 qu’ils tiennent comme on peut tenir un simple baton. Ils sont a chaque fois plutot jeunes et toujours souriants. Pour ce qui est de la jeunesse égyptiennes, il n’y a rien a dire : ce sont les enfants les plus éduqués et les plus polis que j’ai pu rencontré. Les petits mexicains l’étaient aussi.
Les ados ? Ah les ados… c’est autre chose… mais c’est pareil dans tous les pays… alors…

Bref, le chauffeur, sur demande des 2 militaires, les transporte au niveau du dernier check-point, a l’entrée de Nuweiba.
Nous y arrivons finalement en a peine plus d’1h. Je suis tres en avance.

Nous sommes au bord de la mer Rouge et je m’apprete dans quelques heures a traverser le Golfe d’Aqaba pour justement rejoindre la ville d’Aqaba, en Jordanie.

J’attends dans l’immense salle prévue pour les passagers. Je discute avec un jeune saoudien qui enseigne l’anglais dans son pays. Il est en voyage. Il me pose des questions simples, juste pour pouvoir discuter un peu.
Il me demande combien de langues je parle. Je lui demande a mon tour si il comprend toutes les langues arabes. Il me réponds qu’autour de son pays – Yémen, Oman, Qatar, Jordanie, Syrie, Irak… – il n’ya pas de probleme. En Egypte, ils ont un accent différent mais il comprend aussi. En revanche il a du mal a comprendre l’algérien et surtout le marocain puisqu’ils ajoutent des mots francais dans leurs phrases. Il me dit alors :
– « Si les marocains parlent lentement, je peux comprendre »

Ca doit etre l’équivalent de nos québécois…

Je filme un peu cette grande salle d’attente. Les gens circulent ou dorment, les enfants s’amusent. J’en profite aussi pour faire une sieste sur un des bancs en bois.
Il est plus de 16h, nous embarquons enfin sur un gros ferry pour 1h… normalement…

Mais le bateau a pris du retard, et j’arrive en pleine nuit – en plus du changement d’heure – a Aqaba. Je suis avec un groupe d’étrangers que j’ai rencontré sur le bateau. Britanniques, espagnol, portuguais… A la sortie du bateau, nous devons empreinter un chemin différent des égyptiens pour les formalités d’entrée.
Certains poursuivent leur route vers le Nord, a part Barry, un anglais, qui a l’intention de passer la nuit a Aqaba avant de partir demain matin a Rum, comme moi.

Il me propose de partager l’hotel pour ce soir. Pas de problemes.
J’ai pris la peine d’échanger mes livres égyptiennes contre des dinar jordaniens.
Une fois les affaires posées, nous partons en ville. De quoi a l’air Aqaba…

 

Thomas Edward Lawrence
Archéologue, écrivain, espion… T.E Lawrence accéda a la notoriété durant la 1ere Guerre Mondiale en tant qu’officier de liaison britannique durant la Grande Révolte Arabe, afin de libérer la Péninsule arabique de l’Empire Ottoman.
Il cherche principalement a convaincre les mouvements nationalistes arabes de se rassembler pour aider les intérets britanniques, en guerre contre les ottomans. Sa connaissance de la langue arabe et de sa culture seront des atouts décisifs dans ce conflit.
Sans prendre l’avis de l’Etat-major anglais, lui et les troupes arabes organisent une action contre le port stratégique d’Aqaba. Franc succes.

Aujourd’hui, Aqaba reste toujours une position stratégique car c’est le seul port de Jordanie.

Je dis a Barry que j’aimerais visiter le vieil Aqaba demain matin, avant de partir.

Il fait encore tres chaud cette nuit.

29 Juillet 2011

Aqaba, c’est aussi et surtout une station balnéaire ou tous les jordaniens se rendent pour profiter de la Mer Rouge dans leur pays ; car pour le reste, pas grand-chose a se mettre sous la dent : les ruines de la vieille-ville s’étendent sur a peine 500m carré ; le plus haut muret m’arrivant au niveau du genou.
Pas d’inscription, pas d’information sur place, RIEN !

Nous repartons en direction de l’hostel. Il est 8h du matin, les gens sont déja sur les plages :

De l’autre coté, la ville d’Eilat, en Israel. Sur la gauche de la photo, derriere l’arbre, c’est le début du Sinai en Egypte

Les frontieres tiennent dans un mouchoir de poche. 12kms au sud d’Aqaba, et c’est déja l’Arabie Saoudite.

Arrivés a la station de bus, nous apprenons qu’il n’y a pas véritablement de bus se rendant a Rum, pour la simple et bonne raison que le village se situe en plein désert. Par contre, le mini-bus s’arretera sur la voie express, et ce sera a nous de nous débrouiller pour rejoindre Rum en autostop.
Nous craignons de rester longtemps sous le soleil de plomb sans voir passer un véhicule. Finalement, proche de la station, un taxi nous propose un prix 10 fois inférieur a ceux des rabatteurs. Nous embarquons.

Le chauffeur a un ami a Wadi Rum qui pourrait nous assurer une sortie dans les alentours du village.
Rum, c’est en fait quelques maisonnettes perdues au milieu d’une vallée (« Wadi » en arabe) connue pour son caractere pittoresque, son désert de sable, ses tentes bédouins et pour avoir abrité T.E Lawrence durant l’écriture de son fameux récit auto-biographique : « les 7 Pilliers de la Sagesse ». C’est aussi dans ce désert que fut tourné le film « Lawrence d’Arabie », de David Lean.

Nous sommes invité chez Slman a prendre le thé dans sa maison. Originaire d’Arabie Saoudite, sa famille a émigré en Jordanie il y a 200 ans. Il revete d’ailleurs d’une jellaba blanche (robe longue d’une seule piece a manches longues) , d’un keffieh rouge et blanc sur sa tete (piece de tissu a carreau) retenue par une bande qu’on appelle l’akal, servant a le maintenir. A la télé, on en voit beaucoup lors des réunions de l’OPEP ! Slman en fait d’ailleurs plus ou moins allusion lorsqu’il nous dit qu’en Arabie Saoudite, l’eau vaut plus chere que le pétrole : 20litres d’essence leur coute 50 centimes d’euros ! Ca fait rever…

Nous sommes assis dans la piece principale recouverte de matelas le long du mur. Slman nous offre le thé dans de petits verres tout en nous proposant une sortie a Wadi Rum. Nous ne tardons pas avant de nous décider a faire ce qu’il nous propose, en y ajoutant une derniere sortie demain matin.

L’oncle de Slman entre dans la piece. C’est un homme simple, habillé comme Slman, qui se présente a nous avec un anglais des plus basiques… voire quasi-inexistant. C’est lui qui nous servira de chauffeur pour ce tour en 4X4. Et oui, la voiture a remplacé le chameau depuis bien longtemps ; et les bédouins, autrefois nomades, se sont pour beaucoup sédentarisés. Le petit village de Rum en compte quelques-uns. Pour le reste, quelques traditions persistent encore : on éleve toujours les chameaux, caprins et ovins ; et on offre toujours le thé aux étrangers sous les tentes traditionnelles.

Il est presque midi, sans plus tarder, nous partons en 4X4 dans le désert de Wadi Rum, qui n’est autre que l’une des portes d’entrée du grand désert d’Arabie : la plus vaste étendue de sable au monde, recouvrant la quasi-totalité de la surface de la péninsule arabique.
Le 1er arret sera la Source de Lawrence, nommée ainsi parce qu’elle fut l’un des endroits ou Lawrence d’Arabie écrivit son livre. Cette source se trouve prisonniere dans une cuve naturelle au sommet d’une montagne. Un tuyau permet de pomper l’eau jusqu’au pied. D’en haut, c’est surtout la vue qui est intéressante :

La montagne ou se trouve la Source de Lawrence
Le désert de Wadi Rum. En bas a gauche, on peut apercevoir le bassin ou la source finit sa course. L’eau est potable, mais bouillante !

On approche aujourd’hui les 40 degres. La bouteille d’eau que je tiens dans les mains durant l’ascension est désormais tout aussi bouillante.
Nous partons ensuite pour le Canyon de Khazali :

Le Canyon de Khazali. On y trouve aussi un peu de fraicheur !
Le Pont naturel de Burdah

Devant chaque site visités, il y a toujours une tente bédouin ou le tenant t’offre le thé.
Nous partons ensuite dans la Maison de Lawrence. Il est resté dans cette demeure durant la Révolte du Désert. De ca, il ne reste plus qu’un petit mur. Pas de quoi prendre une photo. En revanche, ce que l’on croise au meme moment en vaut une :

Quelques chameaux d’élevage

La derniere attraction de la journée sera un autre pont de pierre.
Pour chaque trajet, pas de route bitumée bien entendu. Ca secoue pas mal dans le véhicule.
C’est aussi ce qui fait le charme de cet authentique désert…

Le Pont naturel de Wadak…
… au milieu de ce type de montagnes

C’est aussi la que nous passerons la nuit.
Notre chauffeur nous prépare le menu du soir : riz-poulet-légume. C’est vraiment bon. 2 convives se joient a nous. Ce sont 2 allemands d’un autre tour, conduits par un chauffeur… de 15 ans ! Il fait partie de la famille de Slman et me dit qu’il conduit les 4X4 depuis qu’il a 12 ans !

La nuit arrive et nous mangeons juste en face de la tente, histoire de sentir sur nous l’air légerement frais. Notre chauffeur s’amuse a crier. Beaucoup d’écho al’intérieur de ces montagnes. Nous sommes a la lumiere d’une lampe a gaz, assis sur de fins matelas, sous le creux d’un rocher.

Nous déplacons les matelas entre 2 montagnes pour avoir une vue meilleure.
Il est 21h, nous sommes pieds nus dans le sable encore un peu chaud a regarder le ciel étoilé. Le silence est total.

30 Juillet 2011

A peine besoin de la couverture cette nuit. Une légere fraicheur entre 3h et 4h du matin, c’est tout.
Nous observons le lever de soleil en haut du Pont de Wadak. Vue splendide sur le désert.

Les 2 allemands nous quittent. Avec Barry, nous partons pour Barrah Siq, toujours dans le désert.
C’est un canyon bien plus important que Kazhali :

Et toujours ces montagnes…
… aux traits si particuliers
Plan général de Barrah Siq

L’écho est encore plus impressionnant qu’hier ; et lorsque notre chauffeur ne crie pas : le silence ! On respire encore un peu avant l’arrivée de la grosse chaleur vers 9h00…

C’était notre derniere sortie dans Wadi Rum. Nous retournons a Rum, chez Slman. Nous le remercions pour cette sortie et lui demandons la meilleure facon de rejoindre notre pochaine destination. Manque de bol, le seul bus de la journée est parti a 8h ce matin.
C’est alors le jeune chauffeur d’hier qui se propose de nous amener jusqu’a l’entrée du désert pour trouver un autre moyen de locomotion. Croyez-moi, ca fait bizarre de se faire conduire par un enfant de 15 ans. Il atteint tout juste les pédales, mais rien a dire quant a sa conduite : il roule doucement et sans a-coups dans les changements de vitesses.

Nous sommes a l’entrée du désert et les quelques personnes que l’on trouve nous disent que le taxi est le seul moyen, a l’heure actuelle, de quitter le désert.
Un chauffeur s’approche de nous. Nous faisons lentement descendre le prix jusqu’a ce qu’il atteigne un niveau raisonnable.
Et c’est parti.

A propos, une question…
Quand on pense a la Jordanie, on pense a quoi a votre avis ?
Oui, c’est la ou nous nous rendons : au Nord, dans la cité antique de Petra. C’est un passage incontournable.

Il est midi. Arrivés a l’hostel, je réfléchis un peu : j’avais pensé rester 2 nuits sur place, mais je préfere finalement n’en passer qu’une car les prix des hotels et du billets d’entrée sur le site ne sont pas donnés. Faisons quelques économies et partons directement a l’intérieur de la cité. On est la pour ca, non ?

Il faut 4 ou 5h pour avoir le temps de bien visiter, mais le site a l’avantage de fermer au public tard le soir. Barry est partant lui aussi, et prend un passe 2 jours, pour en voir un peu plus demain.

La cité est immense. Je pars de mon coté.

Cette ville possede une particularité :

Celle d’avoir été presque intégralement taillée dans la roche

Pour le moment, je me trouve encore dans l’étroit passage montagneux, le Siq : l’un des 2 seuls endroits par lequel on peut entrer a l’intérieur de la cité antique.

Le Siq est un étroit et sinueux couloir d’1,5 km – et jusqu’a 200m de profondeur – , qui ne dépasse pas une dizaine de metres de largeur

Ce décor ne vous rapelle rien ? Amis cinéphiles, nous sommes ici sur l’un des lieux de tournage du film Indiana Jones et la Derniere Croisade. Le Siq constitue d’ailleurs le décor des derniers plans du film. Si vous vous souvenez, le Graal se trouve dans le Canyon du Croissant de Lune ; mais les images du canyon dans le film ne correspondent pas avec la vallée dans laquelle je me trouve. Le Canyon du Croissant de Lune est une pure invention scénaristique. Le titre de mon article, c’est juste un petit clin d’oeil au film ! 😉

Je poursuis ma route dans le Siq.

Jusqu’a ce qu’il soit dévié au XXeme siecle, le cours d’eau Wadi Musa, qui passait a l’intérieur du Siq, assurait l’essentiel des besoins en eau de la ville.

On peut voir d’ailleurs des 2 cotés les aqueducs creusés dans la roche pour acheminer l’eau

Et voici maintenant celui que vous attendez tous :

Le Khazneh, qui apparait doucement sous nos yeux au bout de cet étroit couloir

Pour le coup, je suis vache : je décide de ne pas dévoiler le monument dans son intégralité. Il est aussi joli comme ca, que prit en photo de pleine face. Un peu de mystere… rien qu’un tout petit peu…
La encore, le Khazneh est un des décors du film, et non des moindres : a en croire Spielberg, le Graal est toujours a l’intérieur ; Indiana Jones a du pénétrer dans la caverne pour y trouver la Coupe Sacrée apres avoir passé les 3 épreuves : « le Souffle de Dieu », « le Mot de Dieu » et le « Chemin de Dieu ». Le Graal réside au fond d’une faille créee apres qu’Elsa Shneider ait franchit la Dalle Scellée, la Coupe entre les mains… Ca vous dit rien ? Et bah revoyez-le, c’est un film culte !

Sinon, a part ca, il n’y a pas l’ombre d’un Graal. En meme temps, je n’en suis pas totalement sur car l’intérieur n’est pas visitable. Ahah, mystere !

Retour a la réalité. La ville a été fondée par un peuple nomade arabe : les Nabatéens. A l’origine, leur construction étaient de simples tentes. Par la suite, les habitants se sont mis a tailler de basiques habitations dans la roche :

Au départ, ce sont de simples trous taillés dans les falaises
Sur la droite, on peut voir le théatre romain, lui aussi entierement taillé dans la roche
Grand Temple de l’époque byzantine

En contact constant avec les autres civilisations, les Nabatéens finirent par s’inspirer de l’architecture de plusieurs d’entre elles.
C’est le cas du Khazneh (« Trésor du Pharaon » en arabe) qui serait le tombeau d’un roi ou d’une reine.
Nabatéene, puis romaine, puis byzantine, la ville reste pour un temps entre les mains des Francs qui batirent plusieurs fortifications croisées.

Du théatre romain, du Grand Temple byzantin…

… et des tombeaux royaux nabatéens, il en reste quelques vestiges…

…mais les séismes successifs ont entrainés l’abandon progressif de la ville. Khazneh est le monument le plus connu du site car il est le mieux conservé… et le plus épargné par les catastrophes. Pour le reste, c’est néanmoins de superbes découvertes quelque soit l’endroit ou l’on porte le regard : le site est vaste et l’arpenter en empreintant les sentiers qui rejoignent les collines alentours, c’est une superbe balade a travers les ages.
C’est un endroit que je conseille vivement de visiter.

J’ai croisé Barry a un moment donné, il en a fait une petite partie, mais son passe lui donne le droit de revenir demain.
Pour ma part, je suis resté 4h sur le site. Le soleil a bien cogné, mais ca en valait la peine.

Je rentre a l’hotel. Barry me dit que finalement, il n’a pas envie d’y retourner demain… Je sais exactement a quel endroit il s’est arreté, il en a fait a peine la moitié.
Je lui dit qu’il rate une superbe balade dans les hauteurs, par les sentiers qui accedent aux autres sites en retrait. Il dispose d’un passe de 2 jours et ne l’a utilisé qu’1h a peine. Pour que je décide de faire la moitié d’un site classé, il faut vraiment que j’ai une bonne raison…

Ses commentaires quasi-je-m’en-foutiste sur Petra ne me plaisent pas. C’est un site antique et l’on se sent vraiment dedans lorsqu’on le parcourt. Les marchands ambulants n’étaient pas oppressants et le site est tres bien entretenu : des poubelles partout, c’est propre et les panneaux d’infos sont biens fondus dans le décor. Il n’y a rien a en redire, le site était sublime ! En plus d’etre l’un des décors de mon film d’aventure préféré. Alors ca, PAS TOUCHE !
Barry s’en fout et prefere partir plus au Nord…

Il me demande ou je vais. Je lui dis que je compte rejoindre Amman, la capitale. Il compte finalement partir lui aussi a Amman, comme par hasard. Je lui dis que je compte prendre le bus de 6h30 demain matin. Et bah lui aussi… Barry n’est pas méchant, mais entre nous, je cherche le moyen de me débarasser de lui. Ce n’est pas quelqu’un de tres ouvert et j’ai pas franchement envie qu’il me suive dans toute la Jordanie…

Cette journée était vraiment longue. Dire que ce matin, j’étais encore dans le désert de Wadi Rum…

31 Juillet 2011

Il est 5h du matin. J’espérais ne pas réveillé Barry mais si…
J’espere surtout qu’il ne va pas me demander dans quel hotel d’Amman je compte loger…
Pour rejoindre la station de bus, il faut rejoindre Wadi Musa (comme le nom du cours d’eau), la ville nouvelle, proche de Petra. Je lui annonce que j’y vais a pied. Lui préfere prendre le taxi, mais pour 2 bornes, je prefere marcher un peu dans la fraicheur matinale. Je fais rapidemment mes affaires.

Je sors de l’hotel – qui se trouvait a 100m a peine de l’entrée de Petra – apres avoir dit a Barry : « On se revoit a la station ».
Et finalement, apres quelques minutes d’ascension vers la ville nouvelle, un taxi passe devant moi. Le chauffeur me demande :
– « Amman ? »
– « Oui, je vais a la station de bus a pied, merci »
– « Combien tu payes pour le bus ? »
– « 6 dinars »
– « Monte, je t’emmene a la station »
– « Non, j’y vais a pied »
– « A la station d’Amman… »
Je lui demande en rigolant :
– « Pour 6 dinars ? »
– « Oui »
– « Pour la station de bus d’Amman pour 6 dinars ??? »
– « Oui »
– « D’ici a la station de bus d’Amman… 6 dinars ?! »
– « Oui » répete-t-il en rigolant
Je suis vraiment étonné par le cout dérisoire de la course et lui demande simplement :
– « Pourquoi ? »
– « C’est un tarif local et je l’applique pour les étrangers aussi »
– « Ah bon… »
Je cherche la faille dans l’histoire mais il n’y en a pas. A ce que je comprends, c’est son jour de bonté…
C’est le 1er (et certainement le dernier) chauffeur de taxi de la race des gentils dans ce tour du monde !
Je n’en reviens pas : 6 dinars, c’est moins de 6 euros… pour 250 bornes dans un taxi flambant neuf avec air climatisée ! Et pour couronner le tout, il me débarasse de Barry que je devais retrouver a la station. Merci Mohammed (ils se chargent toujours des présentations) !

Il prend 2 autres locaux en sortant de Wadi Musa. Quant a moi, je finis ma nuit, sur le siege avant, jusqu’a Amman.
Il me dépose a l’entrée d’un carrefour et me conseille de prendre un taxi pour 2 dinars afin de rejoindre précisément mon hotel.
C’est ce que je fais apres l’avoir vivement remercié.

L’autre taxi me dépose dans un backpacker vraiment sympas tenue par un gérant qui l’est tout autant.
Les jordaniens t’accueillent toujours par un « welcome », quelque soit la situation : entrer dans un taxi, a l’intérieur d’une tente bédouin, dans un boutique… Et lorsqu’ils te servent ou répondent a ta question, ils finissent par « you’re welcome » parfois meme avant que tu sortes ton « thank you ». Un traditionnel sens de l’hospitalité et un sens de l’humour tres appréciable.

Il est 9h du matin, je traine. J’ai décidé de ne rien faire aujourd’hui suite a ces derniers jours assez éprouvant.

Le gérant est vraiment sympathique. Il s’appelle Louis et ne me demandez pas pourquoi. Surement pas a cause de ses origines : il est palestinien, et loin d’etre le seul dans le pays. 65 pour cent de la population jordanienne est palestinienne. Pour la plupart des réfugiés ou enfants de réfugiés. Ce qui ne l’empeche pas d’avoir des amis israéliens me dit-il.
Je discute longtemps avec Louis dans le salon autour d’un thé. Il m’explique que les britanniques sont un peu moins appréciés ici a cause de leur implication en Palestine ; et qu’il connait un hotel a 2 pas ou il est écrit a l’entrée : « Interdit aux juifs. Interdit aux britanniques ».
Louis fait parfois de grandes phrases mais il m’explique qu’au final, ce sont des cas isolés. A part ca, il n’y a pas de probleme pour un britannique a entrer sur le sol jordanien.
Il me dit que les francais sont appréciés en Jordanie, et qu’il garde une bonne image de Chirac qui s’est beaucoup déplacé au Moyen-Orient au cours de ses 2 mandats ; alors que Sarkozy s’est contenté « de boire des bieres sur Petra » me dit-il.
Il m’explique ca avec de grands gestes, et son humour de jordanien qui me fait bien marrer aussi.
Il ne peux pas sortir du pays parce que son grand-pere était un militant armé pro-Palestine. Louis, lui, a un casier vierge, n’a jamais fait de mal a personne, mais juste a cause de son nom de famille, il est interdit de sortie de territoire.

On a quitté le sud jordanien et le désert pour rejoindre aujourd’hui Amman, la capitale, ou je trouve un peu de la Palestine. Quelque chose me dit que dans les prochains jours, on va moins parler d’Histoire et plus d’Actualités…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

 

Le Mur et les remparts

1er Aout 2011

1er jour de Ramadan pour tous les musulmans.
Louis me dit :  » Ce matin les gens ne sont pas contents. Ils ne mangent pas, ne boivent pas, ne fument pas  »

On s’abstient jusqu’au coucher du soleil. Ca n’empeche pas Louis de s’allumer une cigarette en buvant sont thé.
Je lui demande :
– « Tu n’es pas musulman ? »
– « Si, mais je ne fais pas le Ramadan c’est dangereux »
Et il s’en va… Je ne sais pas si il blaguait mais la ou je peux trouver du danger, c’est de ne pas boire une goutte d’eau de la journée sous 35 degres !

Tous les jours, des gens s’evanouissent a cause de ca…
Pour ceux qui se posent la question, le Ramadan commence a l’age de 10 ans chez les musulmans, pas avant.

Je passe la journée a me poser, parce que la Jordanie a été vraiment physique. Je n’ai pas beaucoup dormi.
Je reste sous le ventilateur de la chambre a programmer la suite de mon voyage. Dehors, il fait tres chaud. Il faut vraiment avoir la foi pour décider de ne pas boire de la journée.

Je viens de déployer en grand ma carte du monde pour tracer mon parcours depuis l’Afrique du Sud. A présent, je n’ai plus vraiment besoin de l’étaler. Les pays sont plus petits et on se rapproche de la Méditerrannée et de l’Europe. Ca se ressert…

Journée francaise a regarder TV5 Monde, la chaine francophone. Il est tres rare de la trouver dans un hotel ou une auberge de jeunesse. Emissions francaises, suisses, québécoises, je suis meme tombé sur « Questions pour un champion » !

J’ai réorganise mon sac a dos, qui se craque a plusieurs endroits, malgré les multiples réparations : plus de 11 mois de voyage a etre maltraitée dans les soutes a bagages des bus, trains, avions…

L’apres-midi, je pars chez le restaurateur du coin. La veille, il m’a dit qu’il serait quand meme ouvert aujourd’hui pour les touristes. Il préparera des plats sans les goutter…
J’entends des pétards éclater dehors depuis le soir ou j’étais a Petra pour feter l’arrivée et le début du Ramadan. Pour ce qui est de la circulation, ca klaxonne sans arrets.
Je pars a la superette du coin pour acheter de l’eau. Le patron n’a rien avalé depuis hier. C’est pas la joie.

En fin d’apres-midi, je discute avec Louis. Je voudrais savoir comment rejoindre la frontiere palestinienne, puis Jérusalem.
Il me dit qu’il est né ici, a Amman. Ses parents sont des réfugiés qui vivaient a Ramallah, en Cisjordanie. Lui, n’a jamais pu s’y rendre.
Il a le statut de « citoyen temporaire », contrairement aux autres pays arabes ou ils sont généralement considérés comme apatrides.

Louis me dit :
– « Jérusalem, on m’a dit que c’était la plus belle ville du monde. Tu vas aimer, j’en suis sur. A la frontiere, on va te poser pleins de questions. Beaucoup se font refouler. Tu as fais de la prison en France ? »
– « Non »
– « Parce qu’ils le savent. Ce sont, les meilleurs agents au monde »
– « Le Mossad ? »
– « Oui, ils connaissent toute ta vie. Ils sont encore plus fort que les américains »

Avec tous les pays que j’ai traversé, l’interrogatoire va peut-etre prendre un moment… Mais Louis ajoute :
– « Tu es francais, normalement il n’y a pas de problemes. Mais si tu possedes un livre en arabe ou le Coran, ils vont te poser des questions. Certains sont sympas et te laissent passer sans probleme. D’autres vont prendre leur temps. Ca dépend »

Je retourne a la superette du coin pour racheter de l’eau. Il savoure ce soir son seul repas de la journée en mangeant debout devant la télé, derriere son comptoir. Cette fois-ci, il est content…
Le Ramadan, ca joue vraiment sur le moral.

2 Aout 2011

Je pars en taxi collectif avec 4 japonais.

Juste avant ca, une petite photo, histoire de vous montrer a quoi ressemblait mon quartier :

Le matin, c’est calme. L’apres-midi, ca grouille de voitures et de klaxons

 

Direction, la frontiere palestinienne.
Oui, je sais, je prends un peu d’avance sur l’Histoire en disant « frontiere palestinienne », mais la Cisjordanie finira bien un jour par devenir une partie du territoire de la Palestine.

Le coup de tampon de sortie de Jordanie est fait, je prends un autre bus qui s’occupera simplement de franchir le No Man’s Land séparant la Jordanie de la Cisjordanie.
La suite, c’est un peu comme a l’aéroport : une file d’attente avant de passer tes bagages au détecteur roulant. Tu franchis ensuite une porte ou, au préalable, tu as fais passer tous tes objets métalliques par un second sas.
La derniere file sera le moment des interrogations. Et c’est une fille d’une vingtaine d’années qui me posera juste 2 ou 3 questions  avec un grand sourire ; rien a voir avec les douaniers surentrainés a poser les questions destabilisantes élaborées par le Mossad…

Elle me demande simplement :
– « Tu voyages seul ? »
– « Oui »
– « Moi, j’aurais un peu peur toute seule dans les autres pays »
– « Mais il y a pleins d’endroits tres sur pour une fille seule »
– « C’est vrai ? »
– « Oui, en Europe, en Amerique… »

Je ne pensais pas avoir a rassurer une israélienne de la douane sur la sécurité des autres pays du monde…

Coup de tampon israélien sur mon passeport : je suis désormais officiellement interdit d’entrée en Iran, Irak, Syrie et Liban.
3 solutions pour s’y rendre néanmoins :
– avoir un 2nd passeport,
– avoir un coup de tampon israélien sur une feuille a part et donc, qui n’apparaitra pas sur votre passeport. C’est possible, mais Israel ne le fait que sur demande, et encore, si ils en ont envie… et surtout, si vous aimez passer plusieurs heures a vous faire interroger sur les raisons pour lesquelles vous ne souhaitez pas avoir leur sésame sur vous
– aller en Israel en toute fin de votre voyage au Moyen-Orient (forcement). La encore, vous aurez pas mal de questions sur vos précédents voyages en Iran ou au Liban… Ces pays qui ne reconnaissent pas l’état d’Israel.

De mon coté, j’ai choisi de l’avoir sur le passeport car je n’irais pas dans ces autres pays pour ce voyage (peut-etre une autre fois). De plus, mon carnet est presque saturé de coups de tampons. Donc, dans tous les cas, il faudra que j’en commande un autre si je veux voyager a nouveau.

Je retire des shekels avant d’aller prendre le bus. Pas le choix a la frontiere, il n’y a qu’une destination : Jérusalem.

Les distances étant tres courtes, il faudra juste une heure et demi depuis la frontiere pour me rendre au backpacker situé aux portes de la vieille-ville, a Jérusalem-Est.
Avant toutes choses, je cherche une laverie, que j’arrive finalement a trouver. J’arrive meme enfin a changer ma monnaie brésilienne !

J’ai décidé de commencer mon parcours a Jérusalem en prenant un peu de hauteur – dans tous les sens du terme – ce que je vous invite a faire avec moi, parce qu’on a tendance a avoir une image tres négative de la cité. Lorsqu’on entend parler de Jérusalem aux informations, ce n’est pas pour en dire du bien…
Il est plus de 16h et depuis l’Egypte, le soleil se couche plus tard. Je peux profiter des baisses de températures pour me rendre au Mont des Oliviers.

Elle surplombe la vieille-ville par de superbes oliviers et on peut se balader a l’intérieur

C’est la 1ere fois depuis longtemps que je ressens les memes odeurs que dans le midi de la France : n’oublions pas qu’a Jérusalem, nous sommes dans l’arriere-pays méditerrannéen. Se promener autour de Jérusalem un soir d’été, ca donnerait l’impression, par les senteurs et le climat, d’etre a Aix-en Provence. La petite brise s’installe.

Au loin, derriere les remparts, le Dome du Rocher. A gauche, l’Eglise russe orthodoxe Sainte-Marie Madeleine

Au sommet du Mont, je passe devant un autre église catholique ou un moine et une soeur discutent en francais. Quelques minutes plus tard, je me trouve sur le meme flanc de colline que le Mont des Oliviers, mais du coté du cimetiere juif de Jérusalem, ou je vois une quinzaine de pratiquants debouts, se balancant d’avant en arriere devant la tombe d’un defunt, a réciter des psaumes de la Torah. Au meme moment, j’entends au haut-parleur le muezzin du minaret le plus proche.
Voila, en 3 phrases, je pense avoir résumé ce qu’est Jérusalem : la ville ou se cotoient 3 religions au quotidien.

On peut les apercevoir au loin, en contrebas du cimetiere. Ce sont des juifs orthodoxes a la longue barbe, habillés du traditionnel costume noir et d’un chapeau noir

Leur silhouette contraste avec la blancheur des murets et des pierres de ce cimetiere.

Vous pouvez le voir sur les 1eres sépultures sur la photo : pour honorer leur défunts, les juifs ont l’habitude de poser un simple caillou sur la pierre tombale car leur religion leur interdit d’ornementer les tombes avec des fleurs par exemple. La pierre symbolise la permanence, alors que les fleurs finissent par se faner…

Le soleil se couche, je rentre aux abords de la vieille-ville.

C’est toujours le Ramadan. Pour trouver quelquechose d’ouvert, ca met du temps. Et meme lorsque la nuit arrive, les musulmans sont servis en priorité devant le comptoir, ce qui me fait poireauter plus d’une demi-heure pour un malheureux sandwich…
Allez, mangez, vous n’avez rien avalé de la journee…

3 Aout 2011

Ce matin, le seul endroit ou je peux trouver un petit-dejeuner digne de ce nom est dans une librairie qui fait aussi office de café. Ils n’ont pas la culture du café-croissant et si on ajoute a cela la période du Ramadan, c’est encore plus difficile a trouver en ce moment.

Je pars longer l’autre coté de la vieille-ville, par l’Ouest :

A gauche, le quartier chrétien (le drapeau du Vatican flotte au sommet d’une église). A droite, la vieille citadelle de Jérusalem
Et encore plus a droite, le quartier arménien

J’entre dans le quartier chrétien :

Toute la vieille-ville de Jérusalem a été batie et restaurée avec ce meme type de pierre blanche

La ville est tres touristique mais on arrive a trouver quelques ruelles plutot calmes.
Je pars ensuite en dehors des remparts, sur le Mont Sion, en direction du Cimetiere Chrétien.

 

Oskar Schindler :
Industriel allemand et membre du parti nazi durant la 2nde Guerre Mondiale, il profita du travail obligatoire des Juifs pour faire fortune dans la fabrication de batteries de cuisine.
Prenant parti pour eux, il les racheta pour les amener en Tchécoslovaquie, et les faire travailler dans une usine d’armement. Il sabote alors sa propre usine et fait croire a une faillite pour sauver ses travailleurs et ne pas ralentir l’avancée des alliées par sa production d’armes.
Pour avoir sauvé 1100 vies de la déportation, l’Etat d’Israel, bien que 20 années apres sa mort, lui attribua le titre de Juste parmi les nations (personnes ayant mis leur vie en danger pour sauver des Juifs), la plus haute distinction délivrée par l’Etat d’Israel a des civils.

La tombe remplie de cailloux que vous pouvez voir a gauche de l’allée est celle d’Oskar Schindler. Elle correspond aussi a la derniere séquence du film « La Liste de Schindler » de Steven Spielberg, ou chaque rescapés et enfants de rescapés viennent tour a tour y déposer un caillou

 

La chaleur devient étouffante. Je dois rentrer a l’hostel en attendant les heures plus fraiches.

Je repars a nouveau dans le quartier chrétien pour une balade en fin d’apres-midi :

Une rue du quartier chrétien
La rue Ararat, dans le quartier arménien

 

Protestants, catholiques, orthodoxes…
Espagnols, brésiliens, francais… le quartier chrétien est animé par des bars, des restaurants et des commerces.
Pretres orthodoxes, rabbins, évangélistes, curés, musulmans, on se croise chaque jour dans la rue. Les boutiques de souvenirs vont dans le meme sens : chez un commercant, on peut trouver aussi bien une croix de Jésus a coté d’une kippa ou d’un croissant de l’Islam en bois.
Les nationalités européennes et américaines se cotoient aussi dans le quartier juif. Et de temps en temps, on te demande ta religion pour tenter de te vendre des babioles et des bouquins.
Lorsque tu réponds : pas de religion, ils se désinteressent totalement de ton cas. L’athée est ici le plus mauvais des clients !

D’ailleurs juste devant l’entrée du Mur des Lamentations, on me demande :
– « English? »
– « No, french »
– « French jewish? »
– « No, just french… »

Et il s’en va…

Pour entrer dans le Mur des Lamentations, encore une fois, c’est comme dans un aéroport, il faut passer ses affaires au détecteur. Pour ce qui est du Mur, je ne l’ai pas pris en photo. Comme tout le monde le sait, on dépose un papier sur lequel on a écrit des voeux et des prieres avant de l’insérer dans les fentes du Mur.

Ballade au cimetiere juif pour etre au calme en fin de journée. Oui… pour etre sur d’etre au calme, optez toujours pour un cimetiere !

4 Aout 2011

Je ne sais pas dans quelle mesure s’étend la liberté de la presse en Israel. Mais ce matin, comme hier, je me rends a nouveau dans cette petite librairie qui est en fait un Educationnal Bookshop ou de nombreux livres en anglais traitent du conflit israelo-arabe, tres tournés sur les droits de l’homme et les pratiques illégales et inhumaines d’Israel a l’encontre du peuple palestinien.

Le conflit israelo-arabe est d’une rare complexité. Beaucoup de frontieres sont contestées dans le monde, mais il n’y a pas plus mediatisé que le probleme du partage de ces petits territoires que forment l’Israel et la Palestine.
On compte officiellement 58 camps de refugiés palestiniens au Proche-Orient (Jordanie, Liban, Syrie, Cisjordanie et la bande de Gaza). En tout, 1400000 refugiés.
De nombreuses années ont été perdues a faire des concessions aux colonisateurs, si bien qu’aujourd’hui, les réalités du terrain ont bien changé. Avec le temps, on a désormais plus affaire a un type d’aparteid qu’a une occupation militaire : ceux qui ont refusé de fuir sont aujourd’hui citoyens israéliens, nationalité qu’on leur a imposée ;  et ils représentent aujourd’hui plus d’1,2 millions de personnes. En Cisjordanie, les colonies illégales juives affichent leur détermination par la violence des armes, et repoussent chaque jour un peu plus les palestiniens présents sur ce que les colons juifs appellent « leur » sol. Israel se fond dans le paysage palestinien, comme les chinois s’implantent tous les jours un peu plus sur le sol tibétain.

Aujourd’hui, on en est ou ?
Depuis presque 10 mois, les pourparlers de paix sont a l’arret. Afin de relancer les échanges entre les 2 parties, le chef de l’autorité palestinienne a décidé de conduire aupres de l’ONU une requete pour la reconnaissance d’un Etat indépendant.  La France se prépare a donner son approbation, comme plus d’une centaine de pays dans le monde.
J’ajoute que plus de 50 pour cent des citoyens israeliens sont en faveur de la création d’un Etat palestinien (c’est important de le signaler !). Les USA, quant a eux, affirment que les discussions doivent se poursuivre sur la base des frontieres de 1967, et menacent de poser leur droit de veto contre la création d’un Etat indépendant. Cette indulgence de la part des USA envers Israel, son petit protégé, est due aux importantes pressions créeent par les puissants lobbys juifs aux Etats-Unis.

La réalité apparait aujourd’hui sous mes yeux, lorsque je décide de me diriger du coté sud des remparts pour atteindre l’entrée d’une colline. Je prends une photo cette pancarte :

Observation point… vous voulez savoir ce qu’ils appelent promenade et point d’observation sur cette colline ?
Le mur qu’ils ont batis, et qui coupe en grande partie Jerusalem-Est…

Lorsque j’etais a Berlin en 2009, je me souviens qu’on se prenait en photo devant les restes du Mur. On fetait d’ailleurs cette année les 20 ans de sa chute. Ici, a Jérusalem, il est bien la, toujours en activité, et il continue de s’étendre sur toute la Cisjordanie. Son utilité principale est de limiter les attaques terroristes, mais sa seconde utilité est bien plus mesquine, car elle permet de contester et de remettre en cause le partage géographique du territoire avec le peuple palestinien.

Je dis qu’a Jérusalem, il n’y a pas qu’un seul mur des Lamentations…

Je rentre au backpacker. C’etait mon dernier soir a Jérusalem.

La vieille-ville reste un endroit superbe. Mon ressenti, c’est qu’elle appartient a tout le monde. Dans quel autre pays au monde peut-on voir 3 religions differentes cohabiter au quotidien ?

5 Aout 2011

Je prends mon temps avant de partir en direction d’un mini-bus économique.
En 1h de trajet, j’arrive a Tel-Aviv.

La chaleur me plombe véritablement et je passe le début d’apres-midi a dormir avant de partir un peu a la découverte de mon quartier.
Se balader dans les rues de Tel-Aviv, c’est a peu pres la meme chose que de se promener dans les rues de Clermont… avec un peu plus de kippa sur la tete. Pour le reste, pas beaucoup de changement : c’est comme si on circulait avenue Charras ou avenue des Etats-Unis.

J’arrive sur l’Avenue Rothshild. C’est ici que le mouvement a commencé : depuis plus de 2 semaines, et au dela de tout clivage ethnique ou religieux (pour une fois), les israeliens se plaignent du cout de la vie tres élevée dans le pays.
Les tentes sont posées, le long du terrain vert de l’avenue, entre les 2 chaussées. La jeunesse est la…
Quelquechose se prépare… quelquechose que le gouvernement n’a pas vu venir : alors que la menace arrive normalement autour de ses frontieres, c’est une colere de citoyens israeliens au sein meme du pays.

6 Aout 2011

Le samedi, c’est shabbat. Tout est fermé. C’est encore pire qu’un dimanche en France. En passant devant l’Avenue Rothschild, tout est a l’arret. Il n’y a pas l’animation qu’il y avait avant-hier.
Je met alors mon travail de recherche de compréhension de ce mouvement en suspension et me dirige la ou tout le monde se rend…

Sous les pavés, la plage !

Et je retrouve par la meme occasion la Méditerrannée que j’avais laissée il y a plus de 10 mois a Istanbul, au tout début de ce voyage.
J’y passe l’apres-midi toute entiere.
En fin de journée, les commerces commencent a reouvrir.

7 Aout 2011

C’est le jour ou les manifestations reprennent, meme si j’apprends qu’elles avaient commencé la veille au soir. Certains panneaux, placés sur les tentes et aux alentours, doivent etre originaux, mais je ne comprends pas l’hébreux. De temps en temps, quelques mots d’anglais apparaissent :

Ce sont les toutes 1eres manifestations sociales de ce genre en Israel
Le mouvement s’étend sur toute l’Avenue et dans plusieurs villes du pays

Installations vidéo, sculptures, dessins, projections de films, ateliers pour les enfants, lecture de textes, concerts improvisés, c’est un mouvement dynamique que la jeunesse israelienne entretient avec beaucoup de créativité. J’ai vu plusieurs caricatures des dirigeants politiques. Ca me permet de constater que les habitants d’Israel ne suivent pas forcément toujours la politique du gouvernement, loin de la.

Tous habillés comme dans n’importe quelle autre ville européenne, on ne se sent absolument pas au Moyen-Orient lorsqu’on est a Tel-Aviv. Elle n’a rien a voir avec Jérusalem. L’ambiance est plus décontractée.
Si Jérusalem a plusieurs milliers d’années d’existence, Tel-Aviv vient juste de feter cette année ses 102 ans. Elle est la place intellectuelle, le coeur culturel du pays.

La soirée, je la passe au meme endroit avec une italienne que j’ai rencontré a l’hostel.
Nous continuons d’arpenter les rues de l’Avenue Rothschild, rebaptisée par les manifestants « Avenue si j’etais Rothshild ».

La tension monte d’un cran dans la nuit, car ces manifestations permettent a tous de s’exprimer librement : les raisons des réclamations, qui au départ étaient axées sur la notion de justice sociale se sont deplacées, pour un petit groupe toutefois seulement, vers un radicalisme religieux.
Nous demandons a une israelienne pourquoi quelques frictions commencent. Elle nous répond que certains veulent un Tel-Aviv juif sans Palestine et banni des musulmans et des homosexuels (Tel-Aviv étant la ville gay d’Israel). Ils restent tres minoritaires et se font incendiés par le reste des manifestants, en surnombre par rapport a ce groupuscule.

Virginia l’italienne, m’amene ensuite dans un bar ambiance boheme, loin du tumulte de l’Avenue. On y trouve des gens, aussi decontracté qu’en Europe. Sans la chaleur étouffante, Tel-Aviv est une ville agréable.

8 Aout 2011

Pour ma derniere journée a Tel-Aviv, et en Israel, j’ai prévu de me rendre a Jaffa, histoire de se balader un peu a l’écart de la ville.

Principalement arabe, Jaffa a plus de 3500 ans. Son port est l’un des plus vieux au monde
Elle se situe a moins d’1 km de Tel-Aviv, qu’on apercoit au loin

La chaleur est accablante. Meme si nous somnmes au bord de la Méditerrannée, il fait plus chaud qu’a Jérusalem. En fin d’apres-midi, je retrouve Virginia dans un musée d’art. Tel-Aviv en regorge.

Il fait nuit. C’est bientot la fin de mon parcours en Israel.

Pour des raisons financieres, j’ai préferé ne pas booker pour un dernier soir a l’hostel, et surtout parce que mon avion est a 7h demain matin. Comme d’habitude, je prefere dormir a l’aéroport.

 

Tel-Aviv m’a donné une belle impression ; l’impression que, dans le futur, les choses vont évoluer la ou les dirigeants politiques se montrent intransigeants ; aussi bien envers le peuple palestinien qu’en matiere de justice sociale. Je reste tres optimiste pour l’avenir de ce pays car la plupart de ses habitants ne refletent absolument pas les memes idées que celles des hommes qui la gouvernent.
D’une maniere plus générale, je suis content d’avoir ajouté dans mon voyage la visite de Jérusalem et de Tel-Aviv. Je vois désormais les choses avec plus de clarté.

Je pars en direction de l’aéroport, situé a 15kms de Tel-Aviv et m’apprete a quitter Israel et le Moyen-Orient.
Retour en Europe !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet.

 

Maintenir le cap

9 Juillet 2011

Il est 1h30 du matin, mon avion s’envolle.
8h plus tard, j’atteris sur le tarmac de l’aéroport international de Johannesbourg.
Nous voici en Afrique du Sud.

Je regle ma montre. Il est 15h et pour quelques temps, je serais a la meme heure qu’en France.
Toujours dans l’aéroport, je me dirige vers le bureau de change, et constate qu’ils n’acceptent pas la monnaie brésilienne. Je n’ai pas non plus des mille et des cents, mais si je ne parviens pas a m’en débarasser ici, je vois pas dans quel autre pays d’Afrique je pourrais les échanger…

Pour le moment, je les conserve et je pars au distributeur de billets pour retirer des rand.

Ma 1ere impression de l’Afrique du Sud : Hotesses de l’air noires et banquieres noires au bureau de change.
Je pars au café de l’aéroport. Serveurs noirs :
– Un café s’il vous plait
– Avec du lait ou café noir ?
– Café noir
Je sors de l’aéroport. Le chauffeur de taxi noir discute avec ses collegues noirs.
Nous partons. Banlieue Est de Johannesbourg principalement noire. J’arrive au backpacker. Gérant noir. Clients noirs…et belges…

Ma 2nde impression de l’Afrique du Sud :
C’est a peu pres ce que j’imaginais ; l’impression d’etre revenu en Australie : on roule a gauche, on parle anglais (pour la plupart), les avenues sont larges, les habitations sont vastes et de plain-pied ; et tout se fait en voiture (les distances sont énormes) pour peu qu’on soit excentré de la ville.
C’est mon cas, je n’ai pas remarqué en bookant pour cet hostel qu’il se trouvait en banlieue.
Aucun bus ne passe par ici… Comme en Australie ou aux USA, la voiture est reine !
Je me suis vraiment loupé pour le coup.
Il me reste quelques pates d’Argentine et un cube de bouillon du Chili. Voila toute ma fortune pour ce soir.

2 autres personnes occupent le dortir dans lequel je me trouve : un pere et son fils. Ils me disent que pour demain, ils peuvent me déposer a Johannesbourg.

Je suis a Kempton Park, une des nombreuses banlieues de la ville, au milieu d’un quartier résidenciel, a 30 kms de Johannesbourg !
Comment ai-je fais pour me retrouver aussi loin…

10 Juillet 2010

Finalement, le pere se renseigne plus précisément a la réception et me dit qu’il peut me déposer a l’endroit ou l’on peut prendre des taxis. Bon… j’aurais presque pu m’y rendre a pied, c’est a l’angle de la rue… Et un taxi c’est pas donné.
En fait, ce qu’on entend par taxi en Afrique du Sud, c’est comme un dolmus en Turquie : la direction est définie a l’exception qu’il peut de temps en temps faire un léger détour pour te déposer a l’endroit voulu.
Pour la direction, il faut la connaitre en étant un usager régulier, sinon aucun moyen de la savoir.

Je fais signe au 1er qui vient. Pour l’appeler, il faut lever le doigt. Pas le bras, juste l’index. Pour ca, ca dépend vraiment du pays. Au Mexique, il fallait faire rapidemment trembler la main (comme si on appliquait la-bas notre fameux geste francais : le « couci-couca » ).
Je mets un moment pour expliquer au chauffeur ou je souhaite aller. Dans ma tete, c’est clair, il va a Johannesbourg. Donc je lui répete « to the town » (qu’on peut traduire par « centre-ville ») ; ca me semble évident que tous les taxis s’y dirigent.
Durant le trajet, je finis enfin par lui dire « Johannesbourg ». Et effectivement, ca valait bien la peine de lui dire… Il m’explique qu’il s’arretera a Kempton Park Station, d’ou je devrais prendre un autre taxi.
J’en prends un second et… et non… c’etait pas la bonne direction… j’en prends un 3eme qui me depose finalement en centre-ville.

Du moins, ca ressemble a un centre-ville. Les gratte-ciels ne sont pas trop loins.
Dans les rues, c’est noir de monde. Excusez-moi du jeu de mot, mais c’est vrai ; des vendeurs ambulants dans tous les coins, policiers noirs, agents de securité noirs, guichetiere noires et panneaux d’affichage avec dessus, une mannequin pour lingerie noire. C’est simple, je n’ai pas vu plus de 3 blancs durant toute la durée de ma ballade en ville.
C’est pas pour autant qu’on me regarde de travers. Mais une chose est sure, on ne peut pas me rater.
La population blanche vit plutot dans les banlieues nord. Un peu moins a l’Est, vers le quartier de mon hostel, ou se cotoient beaucoup de familles noires aisées ou de classe moyenne.
Mais les quartiers pauvres sont (forcément) plus en nombre. Ca remonte au temps de l’apartheid ou les blancs possédaient 90 pour cent du territoire sud-africain (et a vrai dire, c’est toujours le cas). En conséquence, la population noire s’est entassée dans les grandes villes, notamment Johannesbourg.

L’américaine que j’avais rencontré il y a 2 jours a Rio revenait d’Afrique du Sud et m’avais dit de ne pas rester trop longtemps a Johannesbourg.
Cette ville n’a effectivement pas grand chose d’attrayante. Fade et sans charme.
En plus de ca, on est dimanche et beaucoup de commerces sont fermés.
C’était aussi le but de ma venue dans le centre : trouver un bureau de poste pour renvoyer ma pile de livres de voyage et mon ancien camescope. Je tourne essentiellement autour du quartier Braamfontein et celui de Hillbrow, reputé dangereux ; comme d’habitude, il ne s’est rien passé, meme avec mon appareil photo et un camescope sous le bras…

Tout est fermé, il faut attendre demain. Mais je n’ai pas forcément envie de rester un jour de plus ici. En plus, il ne fait pas spécialement chaud : a peine une douzaine de degrés. Je voudrais réserver un billet de train a la gare pour une traversée de l’Afrique du Sud d’Est en Ouest.
Avant ca, je pars en direction d’un distributeur de billet. Panne d’argent ! Plafond de retrait hebdomadaire atteint. J’ai retiré beaucoup trop de cash en quelques jours lorsque j’étais au Bresil, pensant que le 1er camescope que j’acheterais serait le bon. Il coutait le double du prix de celui que j’ai finalement acquis. Du coup, je me retrouve avec de la monnaie brésilienne dont personne ne veut. Il faut attendre plusieurs jours pour recevoir des billets, et ca ne m’enchante guere de rester ici a poireauter. En revanche, pour payer par carte bleue,  pas de probleme. Encore heureux…
La derniere fois que ca m’est arrivé, c’etait a Mexico lorsque je voulais acheter mon vélo dans des commerces qui n’acceptaient que du cash.

Je pars a Park Station, au guichet pour réserver une place de train pour demain, meme si je n’ai toujours pas trouver de solution a mon manque cruel de liquide. Le guichet accepte la carte bleue, c’est déja ca.
Je demande un ticket pour Cape Town (Le Cap) :
– « Il n’y a pas de places assises, tous les lits-couchettes sont pris »
– « Combien de temps dure le voyage ? »
– « 27 heures »
– « Alors une place assise s’il vous plait »
– « Vous etes sur ? »
– « Oui »

27h, je suis dans ma moyenne, et puis c’est 2 fois moins cher qu’un lit.

– « Je voudrais aussi un ticket de train pour rentrer a Kempton Park »
– « Vous etes sur ? » (ca fait 2 fois qu’elle me dit ca)
– « Oui »
– « Comment etes-vous venu ici ? »
– « En mini-bus »
– « Et vous ne voulez pas rentrer en mini-bus ? »
– « On m’a dit que le train était moins cher »
– « … »
– « C’est moins cher ? »
– « Oui, mais faites attention on est dimanche et c’est tres calme dans le train »
– « Et alors, c’est dangereux ? »
– « Vous voyagez seul ? »
– « Oui »
– « Les gens voient que vous n’etes pas local, ils peuvent vous voler. Faites vraiment attention dans le train, gardez vos affaires pres de vous »

Comment croit-elle que je me suis debrouillé ces 10 derniers mois ? Bien sur que j’ai fais gaffe ! Mais je la remercie quand meme pour ces mises en garde. Je n’avais jamais rencontré une guichetiere aussi prévenante. Mais bon, si on écoute toujours ce genre de propos, on ne fait plus rien.

Le train a du retard (beaucoup meme) mais finit par arriver.
A l’intérieur, finalement beaucoup de gens, qui me disent bien gentillement le nombre d’arret avant d’arriver a celui de Kempton Park. Encore une fois, il ne s’est rien passé.
J’arrive au Kempton Park et le soleil commence déja a se coucher.

Depuis la station de Kempton Park, je ne trouve pas de mini-bus pour ma rue ; je dois prendre un vrai taxi pour la rejoindre, ce qui me coute un bras (la vie est moins chere qu’en Australie mais ce n’est quand meme pas donné…). J’arrive a l’hostel avec mon camescope toujours sous le bras, un sac de course (la seule chose que j’ai pu faire aujourd’hui), et 30 rands en poche (a peine 3euros…).
C’est une succession de malchance : a l’aéroport, pas possible d’échanger ma monnaie brésilienne (et je comptais dessus) ; on est dimanche aujourd’hui, donc les banques étaient fermées pour tenter un autre coup ; un backpacker excentré (je m’en serait sorti s’il avait été en centre-ville) ; et lorsque j’arrive justement a l’hostel, qu’est-ce que j’apprends ?
– « Désolé on accepte que le cash… »

P***** !!!

Le taxi qui m’a raccompagné jusqu’ici m’avait dit que le Casino de Johannesbourg échangeait n’importe quelle type de monnaie.
Je n’ai pas le choix, je dois demander a quelqu’un du backpacker de m’emmener en voiture au Casino. Le pere et son fils acceptent, moyennant un petit dédomagement, car le Casino est un peu loin, vers l’aéroport.

Arrivés sur place, je me dirige directement vers le bureau de change.
La fille me dit qu’ils n’acceptent pas la monnaie brésilienne.
Inspiration… Expiration… On garde son calme, alors qu’autour de moi, les gens s’amuse-a-perdre-leur-argent.
Je lui dis que j’ai besoin de cash, et pour abréger, j’ajoute que leur distributeur de billet ne marche pas avec ma carte. Elle me dit alors d’essayer de voir avec le guichet des joueurs. Au guichet, ils me disent qu’il faut avoir la carte du Casino.
Je me dirige alors vers un 3eme endroit. J’obtiens finalement ma carte (pas de cotisation annuelle, encore heureux). Je retourne au 2nd guichet ; je demande a la faire remplir pour immédiatement la vider de son contenu, le tout en cash.

Ca y est, tout est réglé.
Dire que tout a commencé a Rio de Janeiro par un excessif retrait d’argent et ca se termine enfin ce soir, a Johannesbourg, par une carte de l’Emperor’s Palace…
A dire vrai, je n’avais pas non plus des mille et des cents en monnaie brésilienne. Donc cette monnaie vient a point, et me permettra de tenir plusieurs jours sans effectuer aucun retrait.

A Rio, j’avais rencontré 3 francais qui voyageaient ensemble. L’un d’entre eux m’avaient expliqué qu’il lui était arrivé ce meme genre d’histoire. Il a pu compter sur ces 2 potes durant plusieurs jours. L’avantage de voyager a plusieurs. Probleme d’argent, vol, blessure, maladie : tout seul, tu ne peux te reposer sur l’épaule de personne en cas de coup dur…

Beaucoup moins de pression a présent, tout redescend. Je regle la note a ceux qui m’ont conduit jusqu’ici et les remercie vivement. Nous repartons. Je n’ai pas dépensé un dollar dans les machines a sous de Las Vegas. C’est pas ici que je commencerais (et c’est pas franchement le but de ce voyage…).

Retour a l’hostel.

11 Juillet 2011

Je range mes affaires et regle l’addition.
Le gérant me dit de noter son hostel sur Internet. Excentré, sans charme (ca encore, c’est secondaire), qui ne propose pas d’autre alternative que de payer en cash (alors tous les grands hostels le propose systematiquement) : t’inquiete pas, je ne vais pas le louper lors du vote.

Il faut au moins que je prenne en photo le quartier ou j’étais avant de me diriger a l’angle de la rue :

Une rue de Kempton Park
Une autre rue large. Ca me rappelle vraiment les lotissements australiens
Une grande avenue de Kempton Park

Je prends un mini-bus. Maintenant que je connais sa destination, je ne fais pas d’erreur. Les gens me laissent la place de devant, la plus large, la plus apte a accueillir mon gros sac. On est un peu a l’étroit a l’intérieur, du coup, comme pour les dolmus turc, l’argent passe de mains en mains jusqu’au chauffeur.

La guichetiere de la veille m’avait conseillé de me rendre a la gare vers 11h pour avoir une bonne place. Et effectivement, arrivé dans le hall, il y a déja une longue file d’attente. J’aurais espéré que dans un pays développé comme l’Afrique du Sud, les places soient définies. Et bien pas du tout. Les premiers ont les meilleures places, c’est tout. Pas de probleme pour le coup, j’arrive bien en avance, et la file se rallonge doublement derriere moi.

Dans le train, un type est arreté et menotté sous mes yeux. Il vient de dérober quelques affaires appartenant a une dame, dont son portable. Redoublons de vigilance…. Je vous en supplie, piquez-moi ce que vous voulez mais pas mon nouveau camescope, on vient a peine de faire connaissance.
Quand je suis éveillé, j’ai toujours mes affaires sur moi. Quand je dors, forcément, je suis plus vulnérable.
La solution que j’ai trouvé, c’est d’enrouler les lanieres de mes sacoches autour de ma jambe. Si l’individu cherche a voler quelque chose, je le sentirais.

Superbe paysage durant l’apres-midi, le tout filmé…

12 Juillet 2011

Nuit froide. J’ai dormi a peine 2h. Il faudra que j’attende 8 ou 9h du matin, que le soleil apparaisse et que le train gagne quelques degrés pour enfin trouver le sommeil.

Il est maintenant presque 15h, je viens de me réveiller a peine 1h avant qu’il n’arrive a Cape Town.

Le taxi me dépose a l’hostel. Un mal de gorge s’est installé. Ca c’est encore un coup de l’hostel d’hier et ses portes constamment ouvertes…

J’arrive au backpacker en taxi. Celui-ci ne présente aucun probleme apparent : bien situé, qui dispose d’une agence de voyage pour booker des tours autour de Cape Town, on peut payer par carte ; et, au cas ou, il y a meme un distributeur de billet a l’intérieur. Chaque année, il est d’ailleurs classé dans les 3 premiers meilleurs hostels d’Afrique du Sud.

A Cape Town, bien que plus au sud par rapport a Johannesbourg, il fait tres doux. Grand soleil et pas de vent, parfait pour guérir.
Je pars faire des courses et trouve une pharmacie. Traitement au doliprane et aux pastilles 2 ou 3 jours. Ne tombons pas plus malade.

Je rentre au backpacker.

13 Juillet 2011

Reveil a 11h ! J’avais vraiment besoin de sommeil apres la nuit dans le train.
cette apres-midi sera une apres-midi sans visite. Je dois faire ce que je n’ai pas pu faire a Johannesbourg, a savoir, passer a la Poste pour envoyer en France ma pile de bouquins de voyage, de dictionnaire de traduction (bye bye l’espagnol) et de camescope cassé (peut-etre réparable, sait-on jamais). Je dois aussi trouver un adaptateur. C’est encore différent ici qu’en Europe, en Australie, au Royaume-Uni ou en Amérique. Meme pour les branchements électriques, on est pas tombé d’accord… Je dois désormais avoir toutes les combinaisons mondiales.

Derniere chose a faire : guérir de ce mal de gorge. Donc pas question de prendre l’air dans les grands espaces exposés au vent. Pas aujourd’hui en tout cas.

Finalement, j’ai tout trouvé a proximité.
Voila tout pour aujourd’hui.

14 Juillet 2011

Levé au chant du « COQ », on s’habille, on marche au pas régulier, on traverse 2 rues ; un seul objectif ce matin. On s’arrete, pieds joints, torse bombé, on arme son appareil photo, on vise… FEU !!!

Fete Nationale du 14 Juillet !!! Ambassade de France a Cape Town

Une grande pensée pour la France et a tout ceux qui se trouvent dedans ; et au passage, un grand remerciement a toutes les ambassades et consulats francais du monde pretant assistance aux pauvres petits francais lorsqu’ils égarent leur passeport, leur carte bleue et leur SAC A DOS !

Elan patriotique, oui ! C’est la moindre des choses lorsqu’on est loin de son pays de coeur.
Mais ne suis-je pas non plus dans une ville, théatre de la lutte pour la création d’une nation unie ?!
On y arrive… Pour le moment, j’ai encore 1 ou 2h pour vous montrer a quoi ressemble la tranquille ville de Cape Town. Rien a voir avec Johannesbourg.

Le Company’s Gardens, en face de l’Ambassade de France

On peut voir au loin la Table Moutain, qui porte ce nom car elle est plate en son sommet.

Quartier aisé du Cap, pres du port
Derriere, toujours la Table Moutain. Cape Town sans la Table Moutain, ce n’est plus Cape Town…

A Cape Town, la population est plus metissée qu’a Johannesbourg : on compte 45 pour cent de métis, 35 pour cent de noirs et 20 pour cent de blancs.
Capitale législative de l’Afrique du Sud, les locaux l’appellent affectueusement mother city puisqu’elle fut la 1ere ville d’Afrique du Sud ou s’établirent les colons néerlandais, rejoints par des francais (protestants ayant fuits les persécutions religieuses), des allemands et des scandinaves.

 

Afrikaners
C’est justement le nom porté par tous les descendants de ces blancs non-anglophones, nés en Afrique du Sud depuis leur établissement dans la ville du Cap au milieu du XVIIeme siecle. Ils s’expriment d’ailleurs dans une langue dérivée du néerlandais du XVIIeme siecle : l’Afrikaans.
Longtemps traqués apres l’arrivée des anglais en Afrique du Sud, ils furent finalement reconnus comme minorité dans leur pays.
60 pour cent des blancs d’Afrique du Sud s’identifient aujourd’hui comme étant Afrikaners.

Le Zoulou est la 1ere langue parlée en Afrique du sud, suivi par le Xhosa. L’Afrikaans arrive en 3eme position bien que beaucoup l’ont comme seconde langue (ce qui la place alors en 2nde position). Quant a l’anglais, langue maternelle de seulement 2 ou 3 millions de sud-africains, elle semble plutot jouer l’unité du pays comme langue des affaires et de communication.

La raison pour laquelle je me rapproche du bord de mer, c’est qu’un bateau embarque pour Robben Island.

Et 30 minutes de bateau plus tard, nous y voici :

Robben Island

C’est pourquoi je vous disais que la ville du Cap était le théatre d’une lutte, chargée d’une histoire tres récente.
En fait, ca s’est plutot déroulé au large, sur Robben Island qui était une prison de sécurite maximale ou fut détenu les prisonniers de longue peine, notamment les membres de mouvements de lutte contre l’apartheid. C’est ici que Nelson Mandela fut incarcéré durant pres de 18 ans.

La visite ne dure pas longtemps, et je n’ai pas vraiment le temps de prendre de photos. Néanmoins, je traverse les couloirs des cellules des détenus, notamment celle de Mandela. A la différence de d’Alcatraz a San Francisco, l’ile est bien plus vaste et les prisonniers étaient systématiquement condamnés aux travaux forcés, dans une carriere de pierre, proche de la prison.
Le « plus » de la visite, c’est qu’elle est animée par un ancien détenu, incarcéré sur l’ile durant 7 ans.
Robben Island est le symbole de la victoire sur l’emprisonnement, la souffrance et la ségrégation pour toute l’Afrique du Sud comme pour le reste du monde. A l’époque une prison d’Etat ou les détenus arrivaient les pieds enchainés, l’ile est aujourd’hui un musée du souvenir, que l’UNESCO (site classé au Patrimoine Mondial) et l’Afrique du Sud tient a conserver pour véhiculer cet esprit de fraternité entre les ethnies ; meme si la route pour l’égalité est encore longue.
Les derniers prisonniers furent libérés en 1991, l’année de l’abolition de l’apartheid.

Retour en bateau, comme a l’aller.
Je déambule un peu dans les hauteurs de la ville ou je trouve des coins tres sympas, notamment :

La rue colorée Chiappini

Je retourne a l’accueil de l’hostel pour booker la visite de la Peninsule du Cap.
Avant chaque demande aupres des receptions depuis la fin de l’Uruguay, je constate une chose : je suis toujours en train de préparer ma phrase en espagnol…

Le Cap est une ville tres agréable. Pleins de petits commerces, et animées le soir. Je pars d’ailleurs ce soir avec quelques membres du backpacker.
Pas longtemps, car demain, il y aura un peu de marche.

15 Juillet 2011

Il est 8h, le mini-bus arrive. Nous sommes une petite dizaine pour ce tour. De l’hostel ou d’ailleurs.

Le 1er arret se fera a Hout Bay.

Le port d’Hout Bay
Et sa pointe. Photo prise depuis Chapman’s Peak

Nous sommes déja ici dans ce qui forme la grande Péninsule du Cap.

Pour le 2nd arret, je n’imaginais pas voir ca ici : des pingouins !
On les appelle African Penguin ou Manchot du Cap. Sur la plage, en plein soleil, ils sont une espece de manchot habituées aux fortes températures. On peut meme en trouver en Namibie et jusque sur les plages de l’Angola.

Nous longeons la cote peuplée de gros singes qu’on appelle Baboons.

Quelques dizaines de minutes plus tard, nous entrons quasiment a la pointe.
Le chauffeur sort de la remorque un vélo pour chacun et durant une demi-heure, avec un temps superbe, nous parcourons l’espace protégé de la pointe de la péninsule.
Arret casse-croute avant de reprendre une derniere fois le mini-bus, pour grimper a pied jusqu’a :

Cape Point, qui représente la démarcation entre l’Ocean Indien a gauche, et l’Océan Atlantique, a droite. Au loin, l’Antarctique…

On a tendance a confondre les 2 pointes, mais ne nous y trompons pas, le Cap de Bonne-Esperance est juste derriere moi :

Le voila, le Cap de Bonne-Esperance

Apres un peu de marche, nous l’atteignons.
C’est le point le plus au Sud-Ouest du continent Africain. La preuve :

Cape of Good Hope

Derniere chose originale avant de quitter ce superbe endroit :

Des autruches en bord de mer !

La Péninsule était censée etre l’un des endroits les plus venteux du globe. Aujourd’hui, rien qu’une petite brise. Temps anormalement bon pour la saison mais impeccable pour visiter ce grand espace sauvage.
Journée idyllique.

Retour a l’hostel.

16 Juillet 2011

Je me dirige l’apres-midi en direction de Table Moutain pour une simple petite ballade. Il est possible de gravir la montagne. D’en haut, on peut apercevoir toute la Péninsule du cap. Pour ma part, la péninsule, je l’ai déja vu de pres ; et de la ou je suis, j’ai déja une vue sympas :

Le Cap, vue du pied de Table Moutain

Mais la raison principale pour laquelle je ne souhaite pas vraiment faire l’ascension, c’est pour voir la teinte rosée que prend la montagne en fin d’apres-midi. Je tenais a garder la photo pour aujourd’hui. Faisons comme a Valparaiso, attendons le meilleur moment.

Je reste plusieurs heures au meme endroit a contempler la ville.
Le soleil se couche petit a petit, et j’obtiens finalement la photo que je voulais avec la couleur que je voulais :

11 mois !

J’aurais attendu plusieurs heures pour moins de 10 minutes. Avant ces 10min, la montagne est jaune pale ; apres, c’est la nuit !

Et durant toute cette attente, j’ai eu le temps de réfléchir a une chose : c’est bientot la fin ! Il s’est déja passé 1 mois depuis Valparaiso… et mathématiquement, apres 11, il y a 12 !!!
J’avais prévu de traverser d’autres pays d’Afrique du Nord, mais le temps joue vraiment contre moi. Je dois revoir a la baisse. En Afrique, comme en Amerique latine, les distances sont énormes , et je dois faire des choix. Je savais depuis mon départ que faire tout le continent africain serait impossible avec mon timing.
Tous les globe-trotters que j’ai rencontré ont meme décidé d’occulter carrément le continent tout entier pour leur tour du monde. Moi, je tenais a faire un tour du monde de TOUS les continents. Comment dire « j’ai vu le monde » sans etre passé par l’Afrique ?

Je vais quand meme poursuivre un peu ma route dans le sud de ce continent.


Un safari, ca vous tente ?

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

 

Le désert namibien

17 Juillet 2011

Le taxi me dépose au terminal de bus longue distance.
Je pars pour Windhoek, en Namibie.
Il fait un temps impeccable. Pour le paysage, j’en vois un petit bout avant de sombrer dans un profond sommeil et ceux,  jusqu’a la panne du bus… ou du moins, un probleme technique.

Nous rejoignons quelques heures plus tard un autre bus de la meme compagnie dans une station-essence pour le transfert. On est en plein milieu de la campagne sud-africaine : végétation tres basse, qui s’étend sur de vastes plaines. Quelques airs d’Australie.

Le nouveau bus est sur 2 étages, plus spacieux. On y gagne au change.
Je m’asseois a coté d’une sud-africaine.
Elle entamme des recherches biologiques sur les animaux du Parc National d’Etosha, en Namibie. Pas possible de rentrer plus dans les détails, je n’ai pas le vocabulaire spécifique a ce domaine en anglais…

Etosha se situe au Nord de la Namibie. Ce Parc National est connu pour renfermer une grande diversité faunique.
J’en profite pour lui poser quelques questions d’ordre pratique, du genre : comment obtenir de la monnaie namibienne. Elle me dit que ce n’est pas la peine, tout est payable en rand : le dollar namibien est calqué sur la monnaie sud-africaine.

Il fait nuit depuis un bon bout de temps et nous franchissons enfin l’Orange River, qui sert de frontiere entre les 2 pays. Au moment d’aller faire tamponner mon passeport, un seul mot me vient  la bouche : « Trente ! » Il est 21h sur le sol namibien, et j’entre en bus dans le 30eme pays traversé depuis le début de ce tour du monde.

Le 2nd coup de tampon sur le territoire namibien, c’est la meme file d’attente, et la meme lenteur. Mais les douaniers ont le sourire, ils plaisantent constamment.

Un dernier arret dans une derniere station-essence perdu dans la campagne. A l’interieur, les gens parlent…plutot l’allemand. La Namibie est une ancienne colonie allemande. Elle est aujourd’hui la 3eme langue parlée sur le territoire ; en second c’est l’Afrikaans, et en 1er, l’anglais, qui joue encore, comme en Afrique du Sud (ou en Inde) un role de cohésion au sein de la nation.

Retour au bus pour une courte nuit.

18 Juillet 2011

J’arrive au terminal des cars de Windhoek vers 7h ce matin. L’avantage, c’est que pour une fois, il est placé au coeur de la ville. Ce n’est pas non plus une ville immense, elle semble etre a taille humaine. La Namibie, comme l’Afrique du Sud (toutefois a moindre mesure), est un pays assez developpé si on la compare au niveau de vie du reste du continent.

Les bagages de la soute restitués a chacun, j’essaye de me réveiller tranquillement, debout, les yeux perdus dans le vide, avant de prendre une décision pour la suite. A peine le temps de bailler, un chauffeur m’alpague et me demande ou je veux aller. J’avais entendu parler d’un hostel pas trop mal et je lui donne le nom en ajoutant : « Vous avez le compteur dans le taxi ». Il me répond « oui » rapidemment et m’invite a le suivre jusqu’au véhicule. Il place mon sac dans le coffre, j’entre a l’arriere. Je lui demande alors :
– « Vous avez le compteur, il est ou ? »
– « Non il est cassé, mais ca coute 40 dollars »
Tout en ressortant du véhicule, je lui retorque :
– « Et comment je peux vous croire ? »

J’ouvre le coffre et reprend mon sac. J’aime pas les menteurs.
Je fais la route a pied jusqu’au backpacker, qui propose aussi des tours.

Je dépose toutes mes affaires dans le dortoirs avant d’aller m’intéresser aux offres de produits touristiques…
Safari, safari… je croyais que les prix étaient plus abordables en Namibie qu’en Afrique du Sud. Pas du tout, ce sont quasiment les memes.
Ca fait 11 mois que je voyage, il va falloir revoir certaines choses a la baisse.
Je ne peux pas partir a Etosha, c’est bien trop couteux. Et en Namibie, on a pas d’autres alternatives que de passer par un voyage organisé tellement les distances sont longues. Ou sinon, il faut avoir son propre vehicule, ce qui revient au final aussi cher, voire meme plus onéreux.

On va se serrer la ceinture mais quand meme booker pour 3 jours un petit quelque chose : Le Namib-Naukluft Park, un immense désert de sable a l’Ouest de la capitale, un peu moins loin en distance qu’Etosha, et qui renferme toutefois lui aussi une faune tres variée.

Départ prévu demain. J’ai de la chance pour le coup car a un jour pres, j’aurais du attendre le prochain tour, dans 3 jours.

19 Juillet 2011

Le camion passe nous chercher et nous amene d’abord a l’entreprise pour que les groupes soient répartis : dans un premier camion, le groupe de 10 jours (qui partiront aussi a Etosha) ; dans le second camion, nous, un petit groupe de 8 americano-australiano-japonaiso-canadianno-auvergnat…

Le principe est le meme que lorsque j’ai travaillé dans l’outback australien. C’est un camion a grosse suspension prévu pour les routes non bitumées qui assurera le transport du petit groupe ; a son bord, un guide-chauffeur et 2 assistants pour préparer les repas. En Australie, j’étais tout seul pour les repas et ca m’aurait bien dépanné d’avoir une personne de plus.
Ici, pas de prise de tete, c’est la Namibie ! Ils rigolent tout le temps entre eux, ce qui n’empeche pas le guide d’etre tres competent dans ses explications.

Nous quittons la ville tres rapidemment. Tout le monde s’endort durant le début du trajet. 1h plus tard, je refais surface, le paysage a bien changé ; nous voila deja dans la brousse.
Petit arret pour midi.

On a perdu le bitume a peine 20kms apres avoir quitté la capitale
 
Je m’écarte un peu du groupe pour voir les alentours. Pas de vent et pas un bruit :
 
Voila a quoi ressemble les environs
 
Je retourne en direction du groupe. Aujourd’hui, je porte justement le T-shirt de mon ancienne compagnie de tour en Australie. Le guide me demande pourquoi j’ai ca. Je lui réponds que j’ai travaillé dans l’outback. Il me dit :
– « Ca ressemble un peu a ici l’outback »
– « Oui a certains endroits »
D’immenses plaines, avec une terre presque aussi rouge que dans le Red Centre.
Il m’explique qu’une des raisons pourrait venir de la situation géographique : nous sommes a la meme latitude que l’outback, au niveau du Tropique du Capricorne.
 
Il est 16h. Nous avons roulé toute la journée jusqu’a destination : Sossusvlei, notre point de chute pour ces 2 prochaines nuits. Le guide depose ses 2 assistants au campement, puis nous amene aux 1eres dunes, juste apres avoir franchi en camion l’entree du Namib-Naukluft Park (le 2nd Parc National le plus vaste d’Afrique).
Il est prévu de voir le coucher de soleil en haut de l’une d’entre elles.
 
Sur la route pour venir jusqu’a Sossusvlei, nous avons deja croisé quelques spécimens : scarabées, autruches et antilopes qu’on appelle springbok.
 
Le camion nous dépose au pied de l’une des dunes, mais auparavant, j’aimerais bien m’approcher de ces springbok. Le groupe part sans moi.
Je pars faire mon mini-safari photo. Le moindre geste brusque et elles détalent rapidemment en faisant de superbes bons :
 
Celle de gauche a du me repérer...
 
Lorsque tu les vois partir au loin, elles se fondent parfaitement dans le décor et marque l’identité de cette belle région a la faune (et a la flore) aussi diversifiée.
 
J’ai pris du retard sur le groupe. Je commence l’ascension de la dune :
 
Beaucoup de végétation sur ces 1eres dunes
 
Je croise quelques membres du groupe, mais chacun a pris un chemin différent, tellement les dunes sont vastes. Le but est d’atteindre la plus haute. Ca prend un moment de marcher dans le sable, mais ca y est, j’arrive juste a temps pour apercevoir les derniers rayons, mais pas le temps de le prendre en photo tellement le soleil tombe a une vitesse fulgurante. Vous avez toutefois la consolation d’admirer un vaste territoire :
 
 
Des dunes a perte de vue. Superbe décor
 

Dernier arrivé, dernier reparti : je dois rapidemment rentrer au camion, sinon je tombe en pleine nuit noire. Tant que ca descend, c’est le bon chemin…
Mais la nuit tombe tres vite aussi, et j’entends le guide crier mon nom.
J’arrive, j’arrive…
Ce qui m’a ralentit durant la redescente c’est aussi et surtout l’absence de bruit ! Toujours pas de vent, ou tres peu, ca donne envie de s’arreter et « d’ecouter ce silence ». La derniere fois remonte au Salar d’Uyuni, en Bolivie. C’est dire, c’est pas tous les jours !

Retour au campement ou les tentes ont ete dressées. Je peux donc désormais le crier haut et fort ce soir : j’ai campé sur tous les continents !

20 Juillet 2011

Levés a 5h du matin. Il fait froid, on a ressorti les bas-de-laine et le bonnet de Bolivie, le polaire et le manteau de San Francisco.
Nous partons ce matin, dans une nuit sombre, en direction du coeur du Parc National, pour un lever de soleil.

Un large acces au centre (emplacement d’un ancien fleuve réduit aujourd’hui a un mine filet d’eau) permet de circuler tres facilement a l’intérieur de ce désert namibien.
Nous voici a escalader la Dune 45. Appelation pas tellement romantique pour une dune mais c’est un chercheur qui les numérota. Il s’apercu qu’en plus d’etre la 45eme dune de ses recherches, elle est située a 45km de Sossusvlei.
Bref, le soleil se leve, non pas au-dessus des dunes mais dans le large couloir asseché, destiné a la circulation. La photo ne rendra rien, croyez-moi ; en revanche, les couleurs matinales sont superbes lorsqu’on tourne son regard a sa droite ou derriere soi…

Mesdames et messieurs, je vous présente :

Le désert !
 
L’un des plus vieux, sinon le plus vieux désert au monde. Il s’étend jusqu’a l’Océan Atlantique.
 
Les arbres morts créent aussi l'identité naturelle de cet immense espace. On va en reparler
 
Ce qui n'empeche pas la presence d'arbres bien vivants
 
 
Pour la suite, il faudra rouler a peu pres 1h, pour atteindre les plus hautes dunes.
Et c’est parti pour une petite marche de 5kms dans le désert. Il doit faire 25 degres, plus de quoi se plaindre. On a enlevé les couches de vetements au fur et a mesure, pour finir en T-shirt.
 
En chemin...
 
 
Le guide nous explique comment les animaux (renards, autruches, zebres…) parviennent a survivre dans ce milieu aride. C’est notamment grace aux plantes gorgées d’eau, qui jonchent le sol. Au passage, un petit scorpion passe entre nos pieds. Le meme type de scorpion que j’ai envoyé a l’intérieur des canalisations de l’évier de la cuisine de King’s Canyon, en Australie.
 
Du désert, encore du désert...
 
Nous nous dirigeons a présent vers la plus haute dune du parc, qui est aussi l’une des plus hautes au monde. Les namibiens la surnomme :
 
Big Daddy, au fond. Elle atteint 380 metres de haut
 
Big Daddy est situé pres d’un site appelé Deadsvlei ou l’atmosphere est pour le moins…
 
étrange... et presque aussi surréaliste que le Salar d'Uyuni bolivien
 
Le vent déplace les dunes au fil du temps, ce qui réduit parfois le débit de la riviere ou détourne sa trajectoire. Ainsi, l’eau coulait a cet endroit il y a environ 600 a 800 ans : ce qui correspond a l’age de ces arbres…morts…
 
Un peu moins photogénique mais meme principe de l'autre coté de Deadsvlei
 
Je croyais ne voir que tres peu d’animaux dans ce désert. Pourtant, une large faune s’y trouve, lorsqu’on scrute un peu les alentours. Parmi ceux que nous avons rencontré : antilope, scorpion, oryx (une sorte d’antilope en un peu plus dodue), kudu (meme genre d’antilope que les oryx), autruche, baboon et enfin un beau zebre qui courrait a coté du camion ( juste le temps d’empoigner le camescope).
Parmi les animaux qui se sont bien cachés aujourd’hui : serpents (tant mieux) et renards (tant pis).
 
Dernier arret…
 
...vers ce qui reste du lac formé par le maigre cours d'eau qui traverse une partie du parc
 
Nous rentrons au campement. Une partie de l’apres-midi sera destiné au repos. Chacun vaque a ses occupations.
J’en profite pour prendre quelques photos et vous montrer a quoi ressemble Sossusvlei :
 
La, ce sont les tentes. D'ailleurs, ca ne vous rappelle rien ?
 
Vraiment rien ?
 
Moi ca m’évoque beaucoup Yulara en Australie – le point de chute pour Ayers Rock – , avec ces habitations semi-dures ; quasiment la meme terre, un campement qui s’étend sur plusieurs hectares, de plain-pied, et qui ne gache donc pas le paysage.
 
J’en profite pour faire une sieste de seulement 10 minutes. Pas plus, car a l’interieur de la tente, c’est un four !
 
Il est 16h30, nous partons visiter un canyon, a quelques kilometres de Sossusvlei. Ce n’est pas le Grand Ganyon américain, ni le site de Cappadoce en Turquie, mais il a quand meme son petit charme en cette fin d’apres-midi, ou l’air devient plus frais :
 
Sesriem Canyon
 
On peut s'y balader
 
Retour a Sossusvlei, pour une derniere nuit au campement.
 
21 Juillet 2011
 
Dernier jour de tour. Levés a 6h du matin. La journée sera consacrée au retour au bercail, jusqu’a Windhoek, mais en empreintant une route différente de celle de l’aller. On appelle ca une « scenic drive » dans le langage anglophone, qui offre un paysage plus sympathique. La brousse… des kilometres et des kilometres de brousse. Le camion passe des cours d’eau et franchit des plateaux.
 
Arret dans une station-essence…
 
Qui me rapelle le 69 Bar Station en Autriche...
 
Vous vous souvenez ? Je sais, ca remonte a longtemps... Ici, c'est un peu le Bagdad Café namibien
 
Histoire de prendre quelque chose en photo dans cette immensité, ils ont posé ce panneau :
 
Ca illustre au pasage les propos du guide sur le fait qu'il y a une ressemblance entre l'Outback australien et cette partie de la Namibie : meme latitude
 
Retour au backpacker.
 
Mais ce retour a l’hostel annonce aussi le retour de la galere (aucun répit !)
Je n’arrive pas a booker mon prochain vol sur Internet.
Il y a 3 jours, j’ai du régler en cash parce que ma carte ne fonctionnait pas. La réceptionniste m’a fait savoir que de nombreuses personnes avaient le meme probleme lorsqu’ils débarquaient en Namibie : le pays pratique une politique anti-fraude qui bloque tout paiement des la 2nde transaction. Rien que ca !…
Il faut alors avertir sa banque (ce que j’ai essayé de faire il y a 3 jours) afin de signaler que c’est bien MOI qui effectue MES PAIEMENTS sur le sol namibien.
La situation semble s’etre debloquée mais ca ne fonctionne toujours pas pour les paiements via le net.
 
Je n’ai pas le choix, je dois me rendre directement a l’aéroport et régler sur place. Je demande alors a la réceptionniste de l’hostel de m’appeler un taxi. De toute facon, on est jeudi et j’entends que la plupart des auberges de jeunesse affichent complet car c’est le jour des retours de tour.
Sinon, elle m’avait proposé il y a 3 jours de planter ma tente dans leur espace prévu une fois rentré du tour.
Or, mon vol est a 7h demain matin, j’ai pas franchement envie de dormir dans leur espace pour quelques heures de sommeil. Je réfléchis surtout au temps qu’il faudra pour tout remballer dans la nuit froide de 5h du matin…
Autant économiser une nuit justement et dormir a l’aéroport. En plus de ca, je crains que mon vol soit complet et surtout plus cher si je me pointe seulement demain, a la derniere minute.
La réceptionniste me répond :
– « Nous voulez le taxi pour quand ? »
– « Pour maintenant »
– « A quel heure est votre vol ? »
– « Demain matin a 7h, mais je dors a l’aéroport »
– « Vous ne pouvez pas, ils le ferment durant la nuit »
– « … »
– « Vous avez reservé votre vol déja ? »
– « Non, ma carte ne marche pas sur Internet »
– « Alors vous devez prendre un taxi pour l’aller et le retour jusqu’ici, ca vous fera 500 dollars » (un peu plus de 50 euros !)
– « Non, je veux juste un aller, je réfléchirais sur place »
Traduction de ma derniere phrase : je lancerais ma tente la ou je trouverais un brin d’herbe.
 
Il fait nuit a présent, il est 18h et le taxi m’amene loin, tres loin. L’aéroport international se trouve a 40kms de la capitale ! Je comprends pourquoi la course est aussi chere, on pourrait créer un Parc National entre cet aéroport et Windhoek… Au moins, il n’y aura pas de probleme pour trouver un endroit pour dormir aux alentours.
 
J’entre dans l’aéroport. Petit, mais flambant neuf. Je demande a l’hotesse un billet pour ma prochaine destination. Vol a 7h10 comme prévu avec changement a Johannesbourg.
Elle me dit :
– « Si vous payez votre 1er vol ici et le second directement a Johannesbourg, ca vous fera moins cher »
Impeccable !
 
Puis vient le moment fatidique : est-ce que ma carte bleue refonctionne…OUI ! Merci la banque.
J’échangerais mes dollars namibiens a Johannesbourg.
 
Je pose une derniere question a l’hotesse, on ne sait jamais :
– « Vous fermez l’aéroport durant la nuit ? »
– « Non… vous compter rester la ? »
– « Oui… c’est possible ? »
Pas de probleme en apprence. L’hotesse semble juste étonnée qu’on puisse dormir dans un aéroport en attendant un avion qui n’arrivera que demain. De mon coté, ce n’est pas la 1ere fois…
 
La réceptionniste de l’hostel m’a vraiment dit n’importe quoi et j’ai bien fait d’avoir décidé d’improviser une fois sur place, sans payer un aller-retour en taxi.
 
Dans le hall, quelques personnes attendent l’arrivée du dernier avion de la journée, a 19h.
Plusieurs chauffeurs de taxi me proposent leur service. Je décline les offres tour a tour. Chaque passagers du dernier avion retrouvent alors leur famille ou un chauffeur de taxi, jusqu’a ce qu’au final… il n’y est plus personne dans l’aéroport.
Les quelques commerces et agences ferment autour de moi.
Il y a un hote au guichet d’information qui rigole au téléphone, 2 vigiles et… et c’est tout.
 
Allez, une photo-souvenir de ce qui sera, je pense, l’aéroport le plus calme de ce tour du monde :
 
Sieges 3 places sans accoudoirs au milieu. Parfait pour s'étaler dans toute la longueur
 
N’empeche, ca se rafraichit…
 
22 Juillet 2011
 
Nuit tres froide. J’ai mis toutes les couches de vetements possibles et j’en tremble encore. Il est 4h30 du matin, les gens commencent a investir a nouveau le terminal. Ce sera tout pour ma nuit.
Les commerces, dont le café ouvrent a nouveau. Je m’y precipite pour trouver un peu de chaleur au fond d’un chocolat chaud, en attendant mon vol.
 
Je passe le couloir d’embarquement chauffé et j’entre dans l’avion tout chaud aussi.
Il est 7h10, je m’envole pour Johannesbourg.
Le trajet était tres court. Avec le petit dejeuner servi dans l’avion, je n’ai pas eu le temps de roupiller.
 
Retour en Afrique du Sud, a l’état de zombie.
Me voici dans l’aéroport, et je suis face a un début de dilemme (pour changer…) : soit je prends la porte « Transit », soit je repasse par la douane.
Je ne suis pas officiellement en transit puisque je n’ai pas encore acheté mon 2nd billet, et je n’ai pas réellement besoin de passer a la douane pour le coup de tampon puisque je ne sors pas de l’aéroport.
 
J’opte pour la carte « Transit » en me rendant au guichet pour expliquer mon probleme ; car c’en est un : je n’ai pas récupéré mon sac a dos.
Je lui demande si je dois quand meme passer a la douane meme si je ne quitte pas le batiment. Elle téléphone alors a un service chargé de récupérer mon sac, et de le restituer a ce guichet. Elle me dit alors de patienter 10 minutes.
 
Au bout d’une demi-heure, je lui demande ou on en est…Elle me dit qu’il vaut mieux aller le chercher directement, et de passer par la douane.
Je lui réponds :
– « Mais c’est la 1ere question que je vous ai posé en arrivant ! est-ce que je dois passer par la douane… »
– « Oui, allez-y directement »
– « … »
Inspiration…expiration… on garde son calme et on part a la douane.
C’est ce que j’aurais du faire des le depart. Ce n’est qu’un coup de tampon et il n’y a pas de visa a payer. Encore heureux de ne pas en payer un pour quelques heures de transit !
12h de transit quand meme…
 
Je cours a droite a gauche pour trouver mon sac. Je dois passer par le stand British Airways qui s’occupe des bagages perdus. Finalement, j’y parviens. Ils me disent que mon bagage a été directement transféré vers ma seconde destination. Je leur explique :
– « Je n’ai pas encore acheté de second billet »
– « Presentez-vous au guichet avec le numéro qui correspond au sac »
– « Mais vous etes sur que mon cas a été transféré ? »
– « Oui oui »
– « Sur sur sur sur sur sur ? »
– « Oui ne vous en faites pas, il n’y a aucun probleme »
 
Bon, je leur fais confiance, mais pardon de me méfier des transferts automatiques, surtout lorsque je n’ai pas encore acheté le billet qui correspond…. Je pars au guichet South African Airways. Apres maintes et maintes explications, j’obtiens mon billet d’avion. Elle me dit de patienter jusqu’a 18h pour le check-in.
 
Je n’ai plus qu’a errer dans les commerces et surtout, finir ma courte nuit sur 3 chaises avec une bouteille d’eau vide en guise de coussin.
 
C’est l’heure du check-in. Je me présente devant le guichet :
– « Vous etes en transit ? »
– « Oui et non »
– « Comment ca ? »
– « Moi non, mon sac oui »
 
C’est bon, c’est verifié, mon sac et moi embarquons sur le meme vol.
J’anticipe le risque de ne pouvoir changer ma monnaie une fois arrivé a destination en me rendant au bureau de change. Je donne tous mes dollars namibins contre des dollars américains. Au moins je suis sur qu’ils seront acceptés la ou je vais.
 
Je passe les fouilles et j’entre dans les salles d’embarquement.
Il est plus de 19h, encore presque 2h a attendre…
 
Sur le coup, je n’ai pas eu de « frisson du matin » (ou du soir) mais plutot un « frisson d’aéroport » : les aéroports finissent par se ressembler les uns les autres : commerces, duty-free shop… Perdu dans mes pensées a me souvenir de l’aéroport de Jakarta tout en marchant sur ce carrelage reluisant ou toutes les nationalités déambulent aussi, je reviens a la réalitée : « je suis dans quel pays deja ? » Il se passe plus de 5 secondes avant de me souvenir que… « Afrique du Sud… », c’est bon…
Ouahou… plus de 5 secondes perdu dans le monde ! C’est toujours une sensation aussi bizarre.
C’est peut-etre aussi a cause de la fatigue ; a moins que ce ne soit le fait que, pour la 1ere fois, je reviens dans un pays que j’ai déja traversé. A ce niveau, je n’ai pas vraiment le choix : il n’existe pas de vol entre la Namibie et l’Angola, ou entre l’Ouganda et le Togo par exemple. Pour passer d’un pays africain a un autre, tout transite par l’Afrique du Sud ou bien alors, il faut passer par un pays de l’Europe de l’Ouest !…
 
Il est 21h45, je quitte enfin Johannesbourg et l’Afrique du Sud pour le Nord du continent. L’Afrique australe, c’est déja fini, mais bien content d’avoir vu autant d’animaux, de paysages aussi variés et un magnifique désert de sable.
 
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !
 

Les nuits colombiennes

10 Mai 2011

Je ne parviens plus a faire la grasse mat’.
Je passe la matinée a réorganiser mon sac a dos.
La fatigue revient. Avec tout ce qui s’est passé a Panama, je n’ai pas encore vraiment récupéré de ce voyage a vélo.

Je pars a la Poste avant de retourner au backpacker pour une sieste nécessaire.
Il est 17h et l’ air se rafraichit enfin.
C’est une bonne heure pour visiter la Vieille Ville de Cartagena.

Une des ruelles de la Vieille Ville

La Vieille Ville me fait d’ailleurs penser au Casco Viejo de Panama :

Retranché et en surplomb par rapport au quartier récent…
…le Centre des Finances, lui non plus, jamais tres loin

Ce quartier est autant photogénique que videogénique.

La nuit, c’est encore plus beau, plus animé. De retour au backpacker, l’allemand de mon dortoir me propose de sortir boire un verre en compagnie d’un troisieme invité, a qui je demande :
– « Tu viens d’ou ? »
– « De Slovaquie. Dis-moi que je suis le premier que tu rencontres… »
– « C’est exactement ce que j’allais te dire »

On passe la soirée sur la belle Plaza de la Aduana, a parler essentiellement d’Amérique Latine : quelques noms de villes que je retiens pour mes destinations futures.

11 Mai 2011

Ce matin, j’ai eu encore le temps de me balader avant de retourner a l’hostel :

Calle de la Tablada prise depuis l’hostel

Je prépare mes affaires, je passe 3 pathés de maison a pied jusqu’au bus qui m’aménera a la station de car.
Il est 13h, je pars pour Bogota. Car climatisé, beaucoup trop meme. Je le savais, j’ai prévu la veste.

A 17h, je vois que je longe la mer !!!
Je comprends pourquoi le trajet va durer 24h. On fait d’énormes détours. Ca me permet au moins de récupérer, de n’avoir rien a penser et d’apprécier le paysage. D’ailleurs, n’imaginez pas la foret tropicale, j’en ai pas vu la couleur. C’est plutot dégagé. Des prairies, quelques palmiers, de petits cactus : un peu comme dans le sud du Mexique.

12 Mai 2011

Il est un peu plus de 7h, le car s’est arreté dans un self. On repart et je ne fais que dormir.
C’est toujours le meme car depuis le début. Pas de changement dit au haut-parleur, je me laisse conduire.

Il est 16h30, j’arrive enfin a Bogota. Avec les bouchons dus a de récentes inondations, il aura finalement fallut 27h pour arriver a destination.
Je prends un taxi qui m’amene jusqu’au quartier historique de la Candelaria.

Bogota D.C (comme Distrito Capital) est perchée a 2600m. Température moyenne : 14 degrés et il pleut la majeure partie de l’année. Je croyais avoir le temps de faire une ou 2 choses cet apres-midi, mais le temps pour le taxi de se rendre au coeur de la cité, la nuit tombe déja.

J’arrive sous la pluie devant la porte du Alegria’s Hostel. Les rues pavées et pentues, surplombent la nouvelle ville. L´hostel est vraiment sympas et j’en profite déja pour booker une nuit de plus que prévu.
Un couple d’américains arrivent a la réception 2min apres moi. Ils ne parlent pas un mot d’espagnol. Le réceptionniste ne parle pas un mot d’anglais. Heureux et fier d’assurer la traduction…

Je pose toutes mes affaires au dortoir avant de ressortir dans le resto rapide du coin, ca sent l’odeur de la pluie fraiche.

Il faut que je parvienne a me remettre physiquement de ce voyage a vélo. J’ai l’impression d’etre tout le temps fatigué. Les siestes dans le car n’ont pas suffit. Je n’ai qu’une envie ce soir : aller me coucher.

C’est ce que je fais aprés avoir discuté longuement dans le dortoir avec un confrere européen, qui avait l’intention de franchir la frontiere par la route pour rejoindre Panama. Une mise en garde de ma part s’imposait. Sinon, c’est non-assistance a hollandais en danger !

13 Mai 2011

J’ai essayé, je vous jure que j’ai essayé de faire une grasse matinée, mais je n’y arrive plus. J’ai trop de choses a faire, a penser, a prévoir. Levé d’habitude entre 4h30et 5h30 durant mon voyage a vélo ; 7h ce matin, c’est un peu une grasse matinée, non ?

Je pars a la Poste pour envoyer en France mon sac a dos remplis de vetements et autres babioles que j’ai trainé durant mon voyage en Amérique Centrale.
Je dois retrouver la « légéreté » d’avant Mexico.
Par contre, les pesos colombiens, ce sont des chiffres avec beaucoup de zéro. Un café me coute 2000pesos, un repas 12000 pesos, le taxi 15000 pesos…
Comme en Indonésie, tu as l’impression d’avoir beaucoup dans le portefeuille, mais non.

A peine je ressors de la Poste en cette fin de matinée, c’est l’orage .
Pas de quoi se plaindre, je ne suis plus a vélo. Il faudra s’y faire : j’ai l’intention de rester plutot en altitude.
D’ailleurs, Bogota, c’est le début (ou la fin) de la Cordillere des Andes qui se sépare en 3, en Colombie : la Cordillere Occidentale a l’Ouest, la Cordillere Centrale, et la Cordillere Orientale a l’Est, la ou je me trouve.

Cet apres-midi, rien d’autre a faire que d’attendre la fin des intempéries. Il n’y a plus qu’a rentrer a l’hostel et… ah oui tiens, faire de la couture aussi…

Audrey, une francaise arrive a l’hostel. Elle a un projet : fraichement débarqué de l’aéroport de Bogota depuis la Nouvelle-Zélande, elle souhaite construire, avec l’aide de plusieurs collegues rencontrés aux USA, une rampe de skate-board dans un village colombien ; un chantier qui lui prendra un mois, dit-elle. Elle espere plus tard que cela lui servira de tremplin pour trouver des fonds afin de batir une « green school », une école construite avec des matériaux locaux et ou l’on dispense une éducation particulierement axée sur l’environnement et l’écologie. Il en existe pour le moment qu’une seule, a Bali. Et en Indonésie, au niveau de l’écologie, croyez-moi il y a du boulot !

L’hostel est le point de rendez-vous pour les participants au projet.
Je rencontre Alex, un québecois qui est a Bogota depuis 1 semaine. Il a eu le temps de sympathiser avec une colombienne, Mabel, née a Bogota. Tous les 2 arrivent a l’hostel au début de la nuit. Et c’est de cette maniere que je me fais inviter par cette colombienne a une soirée dans un resto étudiant, reconverti en galerie d’art a l’occasion d’une exposition.

Alex me dit :
– « Alors, pret pour la fiesta ? »
– « Dans une galerie d’art ? »
– « Oui mais c’est un éleve de l’Ecole des Beaux-Arts qui expose ses oeuvres… »
– « C’est un vernissage… »
– « C’est ca, un vernissage… »
– « … »

Bon, si il y a fiesta, je ne sais pas ou elle se cache.
Avant de partir, Alex me propose des feuilles de coca a mastiquer.

Les feuilles de coca, ca ressemble a ca

 

Coca au quotidien
On les utilise au quotidien en infusion ; le thé coca étant la boisson officielle en Colombie. Les feuilles se vendent partout légalement. Elle est cultivée dans toute l’Amérique Centrale et la population – des montagnes principalement – la mastique pour lutter contre le froid, les maladies et pour prolonger l’effort physique. On place la pincée de feuilles mastiquées (durant moins d’une minute) dans un coin de la bouche. Les effets sont extrémement léger. Bien entendu, en France, la feuille de coca est classée parmi les produits stupéfiants.
Pas d’affolement pour les plus sceptiques : il faut 41 produits chimiques pour séparer la cocaine de cette feuille.

Il ne pleut plus et nous partons tous les 4 a pied, en direction du restaurant étudiant. C’est une sorte de foyer des étudiants habituellement.
Et au bout d’une heure, effectivement, l’ambiance est déja a la fete.

Comment va-t-elle la jeunesse de Bogota ? Elle va plutot bien.
J’apprends le cumbia, un mélange de musique traditionnelle colombienne et d’électro. Ca m’a permis de prendre la « température de Bogota », et ce n’est pas aussi froid que le climat actuel…

14 Mai 2011

Je passe l’apres-midi en compagnie d’Audrey.
Nous partons pour le téléphérique qui nous aménera a Cerro de Monserrate.

Une ruelle de la Candelaria
Une autre ruelle colorée
L’église de Nuestra Señora de Las Aguas ; derriere, Cerro de Monserrate (et son église au sommet qu’on apercoit a peine)

Et nous voici perché a 3200m.

Bogota dans le brouillard…

Pour ce qui est du reste de la ville de Bogota, effectivement, c’est un peu grisatre. Ce n’est pas la plus belle ville que j’ai vu. C’est la pluie quasi-permanente qui gache un peu tout. Oui, il pleut encore aujourd’hui.
Mais on commence a s’y faire.
Nous partons en direction de l’église jusqu’aux quelques boutiques qui se sont créees. C’est ici que je goute mon 1er thé coca. Ca n’a pas un gout vraiment extraordinaire et ne fait aucun effet. Une petite tisane…

Au sommet du Cerro de Monserrate, aprés avoir passé les commerces

Nous redescendons puis nous parcourons a nouveau les rues de la Candelaria.
Le style de vie a Bogota est similaire a n’importe quel autre ville occidentale. Encore plus qu’a Mexico. Costume-cravate, mini-jupe et cheveux colorés…

Hier, en passant devant la place principale de Bogota (la Plaza de Bolivar), je ne la trouvais pas franchement intéressante.
Mais en s’y attardant un peu plus, je lui trouve maintenant quelques atouts :

D’abord, 2 édifices religieux : la néo-classique Catedral Primada, a gauche ; et la Capilla del Sagrario, a droite, d’architecture coloniale
Puis, de l’autre coté : a gauche, le Capitolio National, le siege du Congrés, dans un style grec ; et a gauche, l’Alcadia (la mairie), de style francais

Ces divers styles de différentes époques en fait une place finalement tres intéressante. Ce serait quand mieux avec un peu de soleil…

De retour au backpacker, mes chaussures ont bien pris l’eau. Quatrieme changement de chaussette depuis hier : rien ne seche ici.

Alex et Mabel (la colombienne rencontrée hier) arrivent un peu plus tard. Ce matin, Alex m’a dit qu’un groupe de rock jouait dans une salle de concert ce soir. C’est encore l’occasion de « prendre la température » de Bogota.
Audrey et Alex partent au début de la nuit. Leur projet les attend dans le sud du pays.

Je propose a Mabel de venir avec moi au concert. Elle parle espagnol et anglais : une aubaine !
Je ne retiens ni le nom de la salle, ni le nom du groupe, je ne sais pas ou c’est et je ne suis surtout pas contre y aller avec elle. Elle connait tres bien le groupe 1280 Almas, et la direction de la Fundacion Gilberto Alzate Avendano, impossible a retenir.
La salle est grande comme celle de la Coopé (pour les Clermontois) et l’ambiance est exactement la meme qu’on peut retrouver dans n’importe quelle salle de concert « de quartier » (on est toujours dans la Candelaria). D’ailleurs, je n’imaginais pas autant de similitudes avec l’ambiance d’un concert en France.

Apres le show, je pars avec Mabel dans un petit restaurant. Je l’incendie de questions : tous les mots, tout ce que j’entends depuis Mexico de la part des restaurateurs au moment ou ils te servent, ou ils te proposent le menu ; toutes ces phrases de courtoisie parfois auxquelles je ne peux répondre parce qu’ils les prononcent trop vite, elle me les donne en anglais.
Je lui demande aussi de me traduire le menu en entier, ce qu’elle fait avec plaisir, touojurs avec le sourire et lentement, en bon professeur.

Et souvent, comme ce soir, j’ai droit a ce genre de questions :
– « Tu reviens quand a Bogota ? »
Ce que je réponds par un sourire accompagné d’un long soupir.

Ses parents et son frere la récupere presque devant le restaurant : ils me proposent de monter avec eux pour me déposer devant l’hostel. Avec plaisir, les rues sont mal éclairées, c’est trempé partout et j’aurais mis du temps la nuit pour retrouver mon chemin.

Retour au backpacker. La fatigue me tombe dessus.

15 Mai 2011

J’ai un peu de temps devant moi avant de quitter Bogota.
Souvent dans les hostels, on peut échanger son livre contre un autre dans leur petite bibliotheque.
Il y a un bouquin qui m’intéresse mais je n’ai rien a échanger.
Je file a la grande librairie de la Candelaria ce matin pour acheter un petit livre a échanger.
Au moment de le feuilleter, je comprends plusieurs mots puis je repense a ce que je veux faire : acheter un livre en espagnol que je ne lirais pas pour l’échanger contre en livre…en francais…
C’est anti-éducatif ! Mabel m’en voudrait pour ca…
Bon, j’en achete 1 pour l’échanger parce que le livre en francais m’intéresse vraiment ; et 1 autre pour moi. Il faudra le dico en permanence a coté de moi, mais a présent, j’ai bonne conscience.

Je pars au supermarché pour quelques courses avant de partir. En ressortant, je vois beaucoup de vélo sillonner les rues, et autour de la Plaza de Bolivar : chaque dimanche a Bogota, de 7h a 14h, 120 kms des rues principales de Bogota sont fermées au trafic pour faire place aux vélos. D’ailleurs, le cyclisme avec le football sont les 2 sports les plus populaires en Colombie.

Je file dans un comedor vers midi. En ressortant, j’apercois les premiers rayons de soleil depuis mon arrivée a Bogota. Un peu d’espoir ? Non, ca se recouvre a nouveau…

Je rentre au backpacker pour vous écrire ces quelques lignes.

Exposition d’art, concert de rock, grande librairie, dimanche cycliste : j’espere surtout avoir permis de faire changer un peu l’image que la plupart des gens ont de Bogota.
La ville, hors Candelaria, n’est pas la plus jolie que j’ai vu, mais parmi les gens qui s’y trouvent, on tombe tres souvent sur des perles !
La preuve, je quitte Bogota dans quelques heures, et ce n’est pas avec une grande joie.

J’ai surtout le sentiment d’avoir retrouvé les bonnes habitudes d’avant ce voyage a vélo : pouvoir visiter plus, pouvoir rencontrer et discuter plus longuement avec les gens, pouvoir sortir le soir : avant j’avais pas le droit, mes jambes ne voulaient pas…

Bogota pour l’aspect moderne, Cartagena pour l’héritage colonial ; ce soir, je pars dans le sud du pays pour remonter encore un peu plus dans le temps.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !