Rituel des montagnes

15 Mai 2011 (suite et fin)

Je sors avec tout mon pactage du Alegria’s Hostel. Je fais signe au taxi de s’arreter.
A chaque coin de rue, la police, habillée d’une tenue fluorescente, patrouille de jour comme de nuit, ou restent posté a surveiller. Enfin… je les vois souvent en train de trifouiller leur portable. Un autre donnait meme a manger aux pigeons.

En sortant de la Candelaria et en parcourant les grandes avenues, je trouve Bogota semblable aux autres capitales européennes.

Le taxi me dépose a l’entrée de la station de car. Je prends mon ticket pour San Agustin et je suis tres en avance. J’attends dans le hall.
Il y a de la place partout sur les bancs et pourtant, une jeune fille vient s’assoeir juste a coté de moi. J’ai les cheveux en bataille, je traine un gros sac qui prend la place du siege d’a coté, et elle, meme pas peur, commence a discuter avec moi.
J’imagine mal une francaise faire la meme chose avec un étranger en France. Surtout dans la station de car d’une capitale !
Elle m’offre meme un petit bracelet avant de partir.
Ca renforce la bonne image que j’ai de Bogot. Jusqu’aux dernieres minutes avant mon départ, j’aurais aimé cette ville.

Toute la Colombie est comme ca : des gens heureux de te saluer, de parler avec toi ; en somme, de t’accueillir dans leur pays.
Et si peu de touristes lorsque l’on compare aux autres pays d’Amérique du Sud ; encore une fois, pour la meme raison : pays a mauvaise réputation.
Ca me fatigue d’entendre toujours la meme chose : que le pays est dangereux…
Il n’y a pas de pays dangereux, il n’y a que des gens dangereux ! Alors on va quand meme pas se priver d’y aller pour 3 couillons, non ?

Je monte dans le car qui m’amene au sud du pays.

16 Mai 2011

Il est presque 8h du matin, j’arrive a San Agustin.
En sortant du bus, je me fais alpaguer (gentillement) par plusieurs personnes munies de cartes de visites des différents hotels de la ville. Je vois écris sur une des cartes que me tend une habitante : « Casa de Francois ».
Je lui demande d’abord la direction de l’Office de Tourisme. Je dois trouver un plan précis pour trouver les différents sites archéologiques autour du village.

A l’Office, on m’offre un café en espérant me vendre un tour en jeep et/ou une balade a cheval : La région de San Agustin est classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, les locaux ont appris a recevoir en conséquence… Ce n’est pas ce que je préfere mais si tu veux venir a San Agustin, tu auras du mal a éviter toutes ces incitations, toutefois loin d’etre les plus agressives que j’ai connu.
En me tendant le plan (tres imprecis) des alentours, les distances ne sont pas excessives. Merci bien pour le café, mais on fera tout a pied…

Un taxi m’amene jusqu’a l’hostel « Casa de Francois » et le Francois en question est un francais qui s’est marié avec une colombienne.
Super sympas ; un de ces vieux routards calmes a la voix posée, propriétaire d’un vieille 4L affichant plus d’1 million de kms au compteur ! Si, si, c’est vrai !

Je pars dans le dortoir ou je suis le seul a résider. Le voyage m’a fatigué, je pars pour…une sieste jusqu’a midi.

C’est l’heure de décoller. Le temps est tres instable.
Je marche jusqu’au hameau de El Tablon, ou se situe les premieres statuettes ; il y en a partout autour de San Agustin.
La, je vois une vingtaine de touristes a cheval agglutinés autour de ces 3 statues. Autant prendre de l’avance et partir vers la prochaine ; j’y retournerais tout a l’heure.
Je pars vers l’autre hameau. Tout ce que je sais pour le moment, c’est que nous sommes ici dans une région – la vallée de Magdalena – ou un mystérieux peuple de l’époque pré-hispanique enterrait et honorait leur mort avec de superbes statues sculptées ou gravées a meme la pierre volcanique.

Je parcours 1,5kms de plus vers l’autre statuette, a El Chaquira (aucun lien…).
Ici, c’est une forme gravée dans la roche, au bord d’un canyon.
Faisons une pierre 2 coups (c’est le cas de le dire) :

9 mois !

Juste après la photo, une grosse averse éclate et rien pour s’abriter.
Désolé, vous n’aurez pas de photos du canyon, il faudra attendre la vidéo (phrase récurrente de consolation…).

Je croise un bruxellois sur le chemin du retour. Je l’avais déja vu près du monument il y a quelques minutes. Il ne trouve plus son chemin. Pour une fois, je le connais. C’est le déluge depuis 1/4 d’heure et toujours rien pour s’abriter.
Sur la route boueuse et encore plus impraticable qu’a l’aller, il me parle de plantes aromatiques, de shamans péruviens, de retour a la nature, de son envie d’ouvrir un salon de thé… A vrai dire, il vient de ramasser quelques champignons hallucinogènes dans la vallée… Certains croquent la Colombie a pleines dents !
Du coup, il passe un peu du coq a l’ane.
A force de l’écouter, j’en oublie de repasser par El Tablon. Tant pis. De toute facon, il pleut. Rentrons.
Je me sépare du bruxellois de la meme manière que je l’ai rencontré. Il disparait au bourg. Moi, je rentre a l’hostel, excentré, un peu dans les bois, en surplomb du village.

Avec un propriétaire francais, forcément, ca attire d’autres francais, ou plutot francophones. Bizarrement, je rencontre 2 autres bruxellois (pas de rapports avec celui d’avant) et une francaise.
On discute, jusqu’a ce que la nuit tombe, de voyages, de voyages et de voyages…
Il pleut toujours.

17 Mai 2011

Bon, il serait temps de savoir a quoi correspond toutes ces statuettes, tous ces symboles, toutes ces formes monolithiques.
Il y a un site archeologique qui regroupe plus de 200 statuettes éparpillées sur 1 ou 2 kilometres a la ronde (et plus de 500 dans toute la vallée). Oublions El Tablon, c’est ici qu’il faut se rendre. J’en ai pour un moment de tout faire a pied.

C’est a l’Ouest, il faut passer San Agustin.

Le village de San Agustin

En traversant les rues du village, un homme m’interpelle et me dit de la part de la fille de l’Office de Tourisme, qu’il y a encore de la place pour un tour en Jeep en groupe, pour visiter d’autres sites, plus au nord.
Je lui dit calmement que ca ne m’intéresse pas d’etre en groupe (pour cette fois). En plus, il fait un temps superbe ce matin. Ce n’est pas le jour a s’enfermer dans un véhicule.
Il n’insiste pas et le prend avec un grand sourire. Il n’avait pas franchement d’intéret a me faire changer d’avis. Les colombiens ne sont pas du genre insistant, meme sur les lieux touristiques. Ca me rappelle les thailandais : un simple non, et on en reste la.

3kms de marche plus tard, j’arrive au Parque Archeologico de San Agustin, au coeur d’une foret d’arbres et de bambous.

Ce site archéologique abrite plusieurs sanctuaires d’anciennes civilisations andines successives.

La disposition est la meme lorsqu’il s’agit de temples funéraires : un monticule de terre avec a l’intérieur un dolmen abritant le sarcophage de pierre ; et a l’entrée de ce sanctuaire…

...plusieurs statues

Les statues représentent des figures anthropomorphiques (attribution de caractéristiques morphologiques humaines), animales…

...ou fantastiques

Il faut grimper un peu pour atteindre Alto de Lavapatas une colline ou se trouve les statues les plus reculées du site :

Alto de Lavapatas

Les statues, lorsqu’elles se trouvent proches d’un point d’eau, représentent certains reptiles et amphibiens. Ce sont des sculptures assez fréquentes.
Elles peuvent aussi symboliser les origines de la vie, les puissances de l’Au-delà…

...ou les forces du Bien et du Mal

L’une des dernières statues que je vois dans ce grand parc archéologique a été, elle aussi, très bien conservé :

Sculpture zoomorphique (attribution de caractéristiques animales)

Sans aucun doute, il y a encore beaucoup de choses a comprendre de ces énigmatiques statues de pierre ; tout autant mystérieuse que cette civilisation préhispaniques, à peine déchiffrées par les archéologues. D’ailleurs, ces derniers pensent que des milliers de statues et monolithes sont toujours enfouies dans cette région vaste comme la moitié du Luxembourg. Elles dateraient de l’an 300 avant- JC a l’an 900 apres-JC, voire jusqu’au XIIeme siècle (autant dire qu’il ont eu le temps de tailler de la pierre… ).

Je quitte le site archéologique. Guerriers armés de massues, héros mythiques aux yeux ronds et aux dents de jaguar, divinités au visage menacant… Troublantes rencontres avec ces statues venues d’un autre temps…

Au retour, je passe a nouveau dans les ruelles du village. Les gens sont toujours aimables avec toi. Je sais, je me répète, mais c’est vrai.
J’ai vu un villageois habillé d’un poncho en tissu, coiffé d’un sombrero moyennement large et coloré, le tout garni d’une longue moustache.
Lorsqu’il te salue avec le sourire, il a vraiment fière allure. Autant de prestance et de distinction qu’un sick.

18 Mai 2011

Je quitte l’hostel vers 5h30 du matin pour l’arret de bus du village. Je dois demander mon chemin car, comme dans tous les villages, seuls les habitants connaissent l’endroit précis ou passe les transports en commun.
Il m’avait semblé que des bus partaient a l’Est, or il vont tous a l’Ouest, du coté de Popayan. Ca me fait un détour pour rejoindre la frontière.
Il existe une route qui part vers le sud, mais seulement une partie de cette route apparait sur ma carte. Ca risque d’etre comique.

Ne voyant pas de bus partant de San Agustin, je prends un taxi collectif  – de la taille d’un taxi normal – mais ou l’on monte a 6 a l’intérieur. Ca a l’avantage de faire diminuer le prix de la course et l’inconvénient de te couper la circulation du sang de la jambe droite, coincée entre la jambe gauche et le lève-vitre…
Je rejoins le village de Pitalito. Il est possible de prendre des camioneta. Ce sont plutot des fourgons, avec banquettes aménagées et recouvertes d’une bache a l’arrière. C’est un moyen de transport tres précaire, il n’y a presque rien pour s’acccrocher durant le voyage.

Je vois qu’il y a autant de concurrence entre les bus qu’entre les camioneta. C’est ici que je me remets a négocier les prix.
Je grimpe dans l’un de ces camioneta.
Très mauvaise expériences !
Le fourgon roule a toute allure. Nous ne somme sque 2 a l’arrière mais ca secoue beaucoup dans les virages de montagne, pas toujours goudronnés. En plus, l’odeur de l’essence s’invite a l’arrière du véhicule. Je suis a 2 doigts de vomir.
La vieille dame a coté de moi, a l’air d’avoir l’habitude. Moi, je prends de grandes inspirations par la fenetre, tout en tentant de m’accrocher durant les virages.
Puis je vois un panneau : Mocoa a 80kms. C’est la ou je dois me rendre… Encore 80 bornes comme ca, sur ue route de montagne.
Je trouve enfin une solution : coincer mon sac a dos sur moi, m’en servir comme oreiller et fermer les yeux. Je parviens a m’endormir 1 min puis je me reveille 15 secondes et ainsi de suite. Mais ca marche, le mal de route finit par passer.

Le véhicule s’arrete. 1er controle d’identité. Je me rendors.
Finalement, ca passe plus vite que prévu. J’arrive a Mocoa, intact.
Il est 10h30, je mange un morceau tout en entendant un chauffeur de mini-bus crier : « Pasto ! Pasto ! Pasto ! ». Mais je prends le temps de finir mon repas : plus j’attends, plus il y a de chances que le chauffeur baisse le prix du ticket dans les dernières minutes.
Pour la suite du voyage, je veux le faire en mini-bus. Les fourgons, c’est fini, ou alors sur du vrai bitume et pas en montagne.
Je rejoins le mini-bus et négocie mon billet.
Nous partons, une dizaine dans le véhicule.

Je viens de quitter la Cordillère orientale. A Mocoa, on était au pied de la région ou se rejoignent les 3 cordillères pour n’en former qu’une.

De Mocoa a Pasto, pas de bitume du tout. C’est la grande ascension sur cailloux pour rejoindre le coeur de la Cordillère des Andes, la vraie de vraie !
En longeant les falaises, le mini-bus franchit des rivieres créees par des cascades d’eaux, qui déferlent sur la route. Ca me fait sourire car la dernière fois que j’ai franchis un cours d’eau dans un véhicule, c’était dans un cortège… aux Studios Universal de Los Angeles ! Ici, c’est pour de vrai.
On ne peut pas dire que la route soit la plus sécurisée de Colombie : plusieurs éboulements ont eut lieu, et par endroits, 2 véhicules ne peuvent pas se croiser.

Les militaires nous arretent, mais restent toujours sympas et polis. Fouilles et inspection rapide des bagages.
Malgré le trajet un peu long sans bitume, le paysage de la Cordillère sud-colombienne sont sublimes.

J’arrive a Pasto ou je reprends un mini-bus jusqu’a Ipiales, la ville-frontière.
Du terminal des cars, il faut prendre un taxi jusqu’a la frontière elle-meme, pour un 1er coup de tampon (vous connaissez la chanson maintenant…).
Le reste se fait a pied. A 20m de la frontière, je trouve une agence de change. On repasse aux dollars américains ! Comme au Salvador, ici c’est la monnaie officielle. Finis les pesos colombiens avec pleins de zéros.

Je franchis le pont servant de frontière : « BIENVENIDO EN ECUADOR ».

J’arrive au poste-frontière équatorien. De la pénombre, on passe a la nuit noire en attendant mon tour pour le fameux sésame, au milieu d’une longue file d’attente.
En ressortant, je trouve un mini-bus pour rejoindre la 1ere ville d’Equateur : Tulcan.
De Tulcan, je prends le car jusqu’a Quito pour 4,50 dollars.
La fille assise a coté de moi me dit qu’il y en a pour 4 ou 5h… Je suis étonné que ca prenne autant de temps.
On arrivera demain…

19 Mai 2011

Ne me demandez pas a quel moment j’ai franchi la ligne équatoriale, j’ai dormi durant presque tout le trajet. Sur la route, il y a un monument qui la symbolise. C’est a 22kms au Nord de Quito. Ca n’a pas grand intéret d’y aller surtout qu’après calculs, ils se sont apercus que l’équateur étaient a 300m plus au Nord…
Bref, dans tous les cas : retour dans l’hémisphère sud.

Il est plus de minuit, j’arrive a Quito.
Dernier taxi jusqu’aux abords de la vieille-ville, a l’hotel San Blas, ouvert 24/24h.
Il est 1h du matin. Dodo.

Plutot en forme, je pars cet après-midi visiter la capitale.

La Plaza San Blas. L'hotel est a droite. On est a la limite entre la vieille et la nouvelle ville
La Plaza San Francisco au coeur de la vieille-ville de Quito

Je pars prendre un peu de hauteur :

La rue Cuenca
Une partie de la ville de Quito. La vieille-ville est au 1er plan

C’est d’ailleurs dans les hauteurs de la ville que l’on trouve les rues les plus typiques.

La rue Galapagos, toute pavée

Quito est a 2850m d’altitude.
Le fait que cette capitale soit entourée par les montagnes en fait un endroit bien agréable, avec aujourd’hui, un doux 18 degres.

L’Equateur peut se séparer en 3 régions bien disctincte : le Pacifique a l’ouest, la Cordillère des Andes au centre et enfin le bassin amazonien a l’est, qu’on appelle ici El Oriente.
C’est la ou je veux me rendre, et parcourir une petite partie de l’immense foret amazonienne !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

7 réflexions au sujet de « Rituel des montagnes »

  1. Merci pour ces photos de Quito !! elles me rappellent de bons souvenirs… j’attends la suite chaude et moite en Amazonie !

  2. coucou alex
    papa et maman sont chez moi de passage
    etensuite les veinards ils s/en vont draguer les petites starlettes au festival de cannes

    je vois que ton tour du monde est dejà bien avance et bon courage pour la suite
    gros gros bisous peut-etre à bientôt
    titine

    1. Merci beaucoup et gros bisous.
      Alex
      PS : Je perds mon italien a cause de l’espagnol. Avant de rentrer, il faudra passer par la Botte pour une remise a niveau 😉

    1. ouai tout roule mon grand, je viens de faire un long trajet sur l’amazone sans acces a internet. j’ecrirais bientot. et toi tout baigne ?
      des bises

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