Amazonie

20 Mai 2011

Le taxi m’amene jusqu’au terminal des cars de Quito. Quelque soit la ville de montagne, le fossé est enorme entre les generations : les vieilles dames s’habillent encore de maniere traditionnelle (poncho de laine et nattes tressées) tandis que la jeunesse est a la mode, talons claquant, portables en main.

Le paysage évolue au fur et a mesure que nous amorcons la descente vers le bassin amazonien. Je dois rejoindre la ville de Coca. Il y a 2 voies pour s’y rendre : la voie du sud via Loreto ou la voie du nord via Lago Agrio ; dans les 2 cas, c’est un énorme detour de plusieurs heures. Pour mon car, ce sera la 2eme option et pour quelques temps, je retourne dans l’hemisphere nord avant de revenir dans l’hemisphere sud.
Il est maintenant 21h, apres 10h de car, j’arrive a Coca au bord du Rio Napo, un des nombreux affluents du fleuve Amazone.

J’ai un objectif : celui de prendre un cargo pour rejoindre Iquitos, au Pérou. Pour cela, la route est longue. Je dois me lever tot demain pour esperer prendre un 1er bateau jusqu’a la frontiere – pour les formalités de sortie de territoire – avant de trouver veritablement un cargo qui poursuivra sa route jusqu’a Iquitos.
Je ne promets pas de réussir…

21 Mai 2011

Il est 5h du matin, je trouve un taxi dans la pénombre du matin qui m’amenera jusqu’au port.
La, j’interroge des responsables. Il n’y a pas de bateau qui partent aujourd’hui, seulement demain. J’interroge un autre responsable, devant la capitainerie.
Il me dit qu’une barque part dans la journée, mais elle ne met pas 10h pour y aller comme les autres embarcations, elle mettra en fait plus du double ! Il ajoute que l’embarcation est uniquement prévue pour le transport de matériel. Ca, je m’en serais accomodé, par contre, plus de 20h, ca n’en vaut pas la peine. Autant attendre demain.

Le port de Coca

J’ai tenté le coup aujourd’hui, c’est raté…

Une rue de Coca

Par contre, l’ouverture de la billetterie est a 8h aujourd’hui. Je reprends un autre hotel, pas trop loin du port.
Je repars a nouveau en direction du port en fin de matinée. J’ai mon billet dans les mains, le reste de la journée, ce sera repos.

22 Mai 2011

Je prends ce matin un peki-peki, un longue barque a moteur couverte pouvant accueillir environ 80 personnes. D’ailleurs, ce matin, la barque est pleine. Et si on ajoute toute la marchandise que les gens emportent avec eux, la barque est archi-pleine !
En quittant Coca ce matin, je quitte aussi tout acces par voie terrestre jusqu’au centre du Pérou.

Le voyage en bateau durera 10h jusqu’a Nuevo Rocafuerte, la ville-frontiere.

Le 1er arret ne se fera qu’au bout de 5h, pour une pause au comedor : 3 maisonnettes au bord de l’eau. Au menu, riz/poulet comme d’habitude.

Le Rio Napo, c’est l’unique moyen de ravitaillement pour ceux qui vivent dans la foret amazonienne, au bord de l’eau. Il est rare que ces familles aient l’espagnol comme langue maternelle. C’est le meme cas dans les montagnes. Ce sont de vieilles langues datant de l’époque pré-hispanique.

Sur le bateau, il y a 2 employés : 1 qui s’occupe du moteur et du gouvernail a l’arriere ; 1 autre a l’avant, qui indique la route a suivre ; car meme en ligne droite des bancs de sables accumulés se forment par endroit et le Rio Napo n’est pas un fleuve tres profond. Il faut parfois longer la berge, puis revenir au centre, avant de longer l’autre berge.

Le Rio Napo

Par contre, je ne sais pas comment les locaux et les employés parviennent a s’orienter. Pour moi, ce n’est que de la foret sur des centaines de kilometres. Eux doivent avoir des points de reperes que je ne vois pas pour retrouver leur habitation parfois totalement invisible, cachée derriere les arbres.

L’embarcation commence a se vider de ses passagers et de leur bagages. Au fur et a mesure, on fait passer les sacs de courses et toute sorte de fourniture depuis le bateau pour qu’ils restent sur la berge sans avoir a faire d’aller-retour.

Nous ne sommes qu’une poignée a rejoindre Nuevo Rocafuerte. Ce n’est qu’une heure ou 2 avant de débarquer que je vois un autre touriste dans le bateau. Ca se repere rapidemment : T-shirt de 3 jours, barbe de 8 et un bermuda comme moi, alors que tout le monde porte un pantalon pour limiter les piqures de moustiques. Il s’appelle Andre, il est brésilien et me demande ma destination. Je lui reponds Iquitos, au Pérou. Lui aussi ne sait pas vraiment comment s’y rendre.
Toujours avant d’accoster, un homme appelle Andre pour lui dire de venir. Je les vois discuter longtemps. Puis Andre revient s’assoeir a cote de moi. Il vient en fait de faire l’interlocuteur : l’homme en question va aussi a Iquitos, et nous dit qu’il n’y a pas de transport public pour s’y rendre.
Mon but de la journée, c’etait d’arriver a Pantoja, le 1er village péruvien situé a 45 minutes de Nuevo Rocafuerte. C’est faisable avant la nuit, mais meme pour ce court trajet, pas de transport public.

L’homme s’appelle Roberto, un padre d’une mission catholique basée a Iquitos. Habillé comme tout le monde, mais avec une croix de Jesus autour du coup qu’on ne peut pas louper.
Andre fait ce trajet sur le Rio Napo pour rentrer dans son pays par le Nord. Son probleme, c’est qu’il n’ait pas parvenu a retirer d’argent a Coca, et n’a que quelques dollars en poche. Ca m’est arrivé plusieurs fois durant ce voyage et tu restes bloque au meme endroit en attendant que la situation s’améliore. J’ai eu plutot de la chance a ce niveau, peut-etre que lui aussi est de nature a en avoir car il a quand meme decidé d’embarquer sur le bateau, a l’aveuglette. C’est osé.
De mon coté, j’ai quelques dizaines de dollars en poche mais, mais je n’ai pas de moyen de transport dans une region ou le bateau est le seul moyen pour relier un point a un autre. Finalement, je ne suis pas plus avancé qu’Andre.

C’est Roberto qui va nous sauver la mise. Un ami a lui possede une petite embarcation a moteur. Lui aussi (personne n’y echappe) doit effectuer les formalités d’entrée au Pérou, et donc faire un arret obligatoire a Nuevo Rocafuerte, puis a Pantoja.
Il est 17h, apres 10h de trajet au total, les quelques personnes, Roberto, Andre et moi debarquont a Nuevo Rocafuerte. Il n’y a que quelques maisons, un poste d’immigration et une Mission Catholique. Apres le precieux coup de tampon, nous partons en direction du local a combustible de la Mission. L’embarcation a besoin d’essence pour rejoindre Pantoja, puis, dans 2 jours, Iquitos. C’est depuis Iquitos, au Nord du Pérou que je chercherais un cargo pour rejoindre le centre du pays. Ici, c’est clair, il n’y a rien.

Une fois le tonneau chargé dans la nouvelle embarcation, il est déja presque 18h et la route de pénombre voire nocturne est plus compliquée car les bancs de sables ne se reperent qu’au dernier moment. C’est d’ailleurs ce qui se produit a plusieurs reprises : le bateau racle le fond, ca peut serieusement endommager la coque et le gouvernail. Il fait nuit noire, le trajet dure plus d d’1h au lieu d’une demi-heure en temps normal. Mais nous parvenons neanmoins a rejoindre Pantoja.

Apres avoir dechargé le bateau de nos bagages, le poste-frontiere nous tend les bras. C’est bon, je suis officiellement au Pérou.
Durant le trajet en bateau, je faisais travailler ma memoire en me demandant si c’etait la 1ere fois que je passais une frontiere en bateau. Non, de la Malaisie a l’Indonésie, c’etait en bateau. En revanche, par voie fluviale, c’est une premiere.

J’ai pu échanger une partie de mes dollars contre des soles avec Roberto, sans commission bien entendu.

Nous nous rendons avec Andre dans le seul hotel du village pour une courte nuit.

23 Mai 2011

Levé a 4h30. Départ en bateau a 5h. C’est tot mais la recompense, c’est un beau levé de soleil sur le Rio Napo pendant que l’embarcation file droit vers l’Est. Roberto nous fait payer le 1/3 du prix habituel pour ces 2 jours de voyage. Et oui, avec nos sac a dos de routard, on fait consommer du fuel…

Le seul arret de la journée se fera a Angoteros, un village avec une autre Mission tenue par 2 hermanas (soeurs) vivant de la meme maniere que les villageois et dans le meme genre d’habitation :

La Mission Catholique d'Angoteros

D’ailleurs, nous restons plus d’1h ce qui nous permet a Andre et moi de visiter le petit village :

Le village d'Angoteros

Andre en profite pour me dire qu’hormis ce que font les soeurs pour le village, il a du mal a comprendre comment on peut imposer une religion a un peuple plus tourné vers des croyances animistes. Je lui dis que je suis entierement d’accord avec lui, et pourtant Andre est catholique ; bon sens du discernement de sa part. Je vois aussi le role important que les soeurs tiennent dans le village : soin, ravitaillement… d’ailleurs elles-aussi vetues tres simplement. Je ne sais pas dans quelle mesure et avec quelle intensité la religion catholique est ici imposée. Mais Roberto nous affirme que les rituels religieux propres a ce peuple se pratique encore maintenant.
Bref, je laisse ce long débat de coté et m’en vais a nouveau, apres le repas, filmer ce qu’il se passe au village. Les enfants sont timides voire appeurés. Ils ne parlent pas bien l’espagnol. Je me sens moins seul… Je fais quelques gestes, m’accroupis, et tourne l’écran du camescope a 360 degrés pour qu’ils puissent se regarder pendant qu’ils sont filmés. Ca les fait rire.

Le village possede l’electricite. Les barques de pecheurs sont accostées le long du rivage :

Barques de pecheurs

Tout est construit sur piloti : le Rio Napo peut brusquemment sortir de son lit.

Nous reprenons le bateau jusqu’a 17h en direction de Santa Clotilde, un village un peu plus grand ou l’on se déplace meme a mobylette.

24 Mai 2011

Dernier jour avant d’arriver a Iquitos.
A 10h, c’est la fin du voyage sur le Rio Napo. Le fleuve poursuit sa descente a l’Est, et, sur plusieurs kilometres, il longe meme l’Amazone. La solution est de rejoindre une autre ville cette fois-ci par voie terrestre afin d’économiser plusieurs heures de bateau. C’est en motocarro (qui ressemble en tout point au richshaw indien) que se fait le trajet via un sentier bitumé, jusqu’a atteindre le village en question. De la, il ne reste plus qu’a prendre un dernier bateau pour 3/4 d’heure.

Il est 11h, nous arrivons enfin a Iquitos. Une ville comme une autre : mobylette, motocarro, voiture… beaucoup trop meme. Iquitos est vraiment polluée.
Tout transite par les eaux ou par avion. Iquitos est tres touristique, beaucoup d’agences propose des tours au coeur de la foret.

Roberto est toujours a nos cotés et sincerement, il nous a fait économiser beaucoup d’argent depuis la frontiere. Etant péruvien, il a bien fait attention a ce qu’on paye le meme prix que les locaux, que ce soit en bateau ou en motocarro.

En sortant du port, il nous propose de laisser tout nos bagages pour nous aider a trouver un logement pas cher a Iquitos. Il préconise d’aller au couvent (qui ne ressemble pas du tout a un couvent mais plutot a une suite de logement pour tous les religieux qui excerce dans le secteur d’Iquitos) puis d’aller trouver un hostel pas cher. Il me dit que, sans ca, je risquerais de me faire voler mon appareil photo et mon camescope si on me voit me balader avec… Bon… il ne m’est jamais rien arrivé, mais si il insiste…

Un passage au couvent, nous reprenons encore un motocarro en direction du centre-ville. Je trouve que ca fait beaucoup d’aller-retour pour rien mais grace a lui, nous trouvons un dortoir dans un backpacker pour 15 soles (3euros).
Retour au convento et récupération des bagages. Nous remercions chaleureusement Roberto pour nous avoir aidé durant ces quelques jours. Andre le remercie aussi de l’avoir avancé en attendant d’avoir pu trouver une banque a Iquitos.

Andre et moi reprenons un motocarro en direction du centre-ville.
De mon cote, je pars a la laverie, a une rue de l’hostel.
Et puis nous repartons a nouveau en direction de Port Henry, la d’ou partent les bateaux pour Pucallpa, au sud et pour la frontiere brésilienne, a l’Est.
Sur place, pas de billeterie. J’avais repéré un office de tourisme a 2 pas de l’hostel (c’est l’avantage d’etre dans une ville touristique). Nous nous y rendons, et nous apprenons qu’il n’existe pas de billeterie a proprememnt parler. Pour accéder a un navire, il suffit de se rendre directement sur place et d’interroger les gens
En revanche, ils sont sur d’une chose : 1 cargo part ce soir pour Pucallpa, au centre du Pérou (la 1ere ville depuis Iquitos ayant un acces par voie terrestre). Rapide réflexion. La ville d’Iquitos n’est pas attrayante. Elle est bruyante et polluée ; en plus, je n’ai meme pas encore payé le backpacker. Le voyage doit durer 5 jours, autant partir des ce soir.

Je file a la laverie récuperer mes vetemements propres. Andre reste a l’office de tourisme, il cherche a faire un petit tour en foret avant de quitter Iquitos.

Je retourne au backpacker, mes bagages sont rapidemment prets. Andre revient. Il va partir pour la visite d’un peuple indigene 2 ou 3 jours. Il explique au propriétaire de l’hostel que je dois finalement partir maintenant. C’est sympas de sa part.
Une accolade (geste universel) avant de le quitter. Il passera ensuite les 2 prochains mois a visiter le Nord de son pays avant de rejoindre sa ville, au sud.
On m’a signalé a l’office que je devais me rendre non pas a Port Henry, mais a Port Masusa, a 2 kms du centre-ville.

J’aurais bien couru a droite a gauche aujourd’hui, mais me voila arrivé a Port Masusa.

C’est ici que j’interroge un manutentionnaire. Il me dit que le Pachito, le cargo qui se trouve en face de moi part ce soir. Il est pour moi…
L’utilité premiere de ce bateau est le transport de marchandise, de courriers, de vivres… Mais il peut accueillir des passagers au 1er et 2nd etage (ces memes étages qui peuvent aussi servir d’entrepot). Et pour ca, il y a le choix entre 2 options : La premiere, c’est d’acheter un hamac qu’on accroche sur les nombreux tubes metalliques qui parcourent le bateau. Concernant le hamac, pour une petite sieste je ne dis pas… mais avez-vous deja passé une nuit complete dans un hamac ? Personnellement, j’en ai deja fait l’experience en France : c’est incomfortable, on est de plus en plus comprimé a l’interieur au fil des heures ; on peut suffisamment bouger les bras mais pour se retourner complétement, il faut a chaque fois mettre une main ou un pied au sol pour prendre appui. Je prefere d’ailleurs largement un sac de couchage au sol. Mais la encore, on est pas suffisamment surélevé et on ressent toutes les vibrations du bateau. 1 nuit ou 2 ca peut aller (comme je l’avais fait plusieurs fois en Indonésie), mais 5 nuits ca fait beaucoup. Et puis par terre, ce n’est pas de l’herbe touffue, c’est de la tole ! A ce niveau le hamac a l’avantage de palier aux vibrations et aux secousses des vagues provenant des autres bateaux qui nous croisent.
La seconde option, c’est d’opter pour une cabine. Elle ressemble en tout point a une cellule de prison mais au moins elle possede un lit, une table, une chaise, un wc, un lavabo, une douche, de la place pour déballer tes affaires et surtout… un peu d’intimité !

C’est décidé, ce sera la cabine. Le Port Masusa n’a pas de quai, c’est plutot une plage de terre ; une simple planche de bois relie le Pachito a la terre ferme. Je le franchis. Tout autour, on s’affaire a charger le matériel avant le départ. J’essaye de trouver un responsable mais je ne vois que des employés sur le cargo.
Je monte au 1er etage. Les hamacs sont installés en ligne et les affaires des gens se trouvent a leur pied. Je trouve un commis de cuisine qui appelle aussitot le responsable des chambres. Il m’ouvre une 1ere chambre toute de tole revetue. Ca ira tres bien. De toute facon, toutes les cabines sont semblables. Puis il me propose la meme chose au niveau supérieur. J’accepte ; autant prendre de la hauteur. Moins de monde, donc moins de bruit et par la meme occasion, on s’éloigne du moteur de l’engin.

Les sanitaires ne sont pas trop mal ; quelques toiles d’araignées mais pas de cafards. Je lui indique qu’on m’avait parlé de 120 ou 140 soles pour une cabine. Il répond oui tres rapidemment. A mon avis, ce n’est pas lui qui doit encaisser la monnaie.
Il referme d’ailleurs la porte de la chambre pour me diriger vers le contremaitre qui me demande 250 soles ! Ca y est, Roberto n’est plus la, on tente a nouveau de me faire payer le prix fort. Je repete le chiffre a haute voix sur le ton de l’etonnemement et je m’emploie a utiliser le meilleur castillan possible (lorsqu’on parle bien la langue, les prix baissent plus facilement). Il est tres occupé et part régler une affaire. Je fais part au responsable des cabines que le prix ne me convient pas, et que j’avais entendu un chiffre bien moins élevé.
Le contremaitre revient, je lui repete que c’est trop cher. De nombreuses cabines sont inoccupées, ca va jouer sur la balance… Finalement, nous convenons d’un prix : 200 soles, pas moins (40 euros). C’est moins de 10 euros par nuit avec 3 repas par jour compris. Je m’en sors pas trop mal.

Voici a quoi ressemble le 2eme etage du Pachito. Le 1er etage, c'est pareil

 

La copie quasi-conforme du Pachito, sur lequel je me trouve

 

Il est 17h30, le bateau prend du retard. Je m’installe tranquillement.
Il est presque 19h et dehors, on continue de charger le cargo :

 

Le port Masusa. Un peu moins organisé que celui de Hambourg...

 

Le cargo a l’arret, il fait chaud dans la chambre et je n’ai pas de ventilateur. Je cherche a savoir ou s’approvisionner en eau durant le voyage. Je redescends au niveau zéro, chez mon pote le contremaitre. On me fait savoir qu’il n’y a pas de ravitaillement sur le bateau. Je demande alors ou est-ce que je peux en acheter. Il faut que je retourne sur la terre ferme, dans un commerce. J’ai le temps me dit-on. Il faudra 2 allers-retours pour porter les 20L que je viens d’acheter a la superette du coin. Je n’avais absolument pas penser a l’eau et ca aurait été un énorme probleme. Un verre par repas, c’est peu.

Il est plus de 21h, le bateau part enfin apres 3h30 de retard ; une goutte d’eau dans l’Amazone comparée a la durée totale du trajet.

25 Mai 2011

1ere nuit passée dans la cabine. Le moteur garde la meme intensité sonore, pas d’a-coup, pas de secousses soudaines ; finalement la nuit a été tranquille. Il est 7h, je descends a l’étage inférieur pour prendre un petit dejeuner : riz/viande/pomme de terre.
A Iquitos, j’etais allé dans un snack spécial touriste pour un vrai hamburger-frite : je m’attendais a ne pas en voir la couleur pendant un bon moment.

J’installe mes affaires dans les rangements prévus.
On est parti pour rester un bon moment dans cette cage en tole. Mais c’est quelque chose que je voulais faire dans ce tour du monde : voyager en cargo quelques jours. Comme le vélo, c’est une autre forme de voyage. C’est prendre le temps, et meme réapprendre a prendre le temps, ne presque jamais regarder l’heure. Pas de télé, pas de DVD, pas de PC, pas d’internet. Dans un cargo, tu lis, tu écris, tu écoutes de la musique, tu regardes le paysage qui n’évoluera pas tellement d’ailleurs.

5 jours pour rejoindre Pucallpa en remontant le fleuve Amazone… On verra si je ne deviens pas fou par autant d’immobilité.

La journée passe finalement vite. Ciel dégagé et nuit etoilée. Je n’avais pas vu autant d’étoiles depuis l’Indonesie sur le bateau de peche avec Salman, au large du Sulawesi. L’air est frais, on respire.

26 Mai 2011

Vers minuit, le cargo s’arrete dans une scierie.
Et ce matin, depuis deja plusieurs heures, la vie sur le 1er niveau du bateau est rythmé par le ballet incessant des employés de la scierie empilant les planches de bois :

La scierie...
... et ses alentours

Ca dure toute la matinée… et toute l’aprés-midi. Je me demande une seule chose : est-ce ce genre d’arret aussi long est compris dans la durée totale du voyage ?

Il est plus de 17h, je descends au 1er etage. En attendant que le service de restauration ouvre, une jeune fille me demande l’heure. Elle entamme la conversation et se demande avec une certaine lassitude, quand est-ce que nous arriverons a Pucallpa. Elle me dit : « peut-etre lundi maintenant ». Je lui dis : « non, dimanche. C’est pas ca ? »

Je le sens venir, les arrets ne sont pas compris dans le calcul. Je n’ai pas le temps de savoir ce qu’elle fait ici qu’elle s’en va déja.
Je m’assoeis sur une petite table en attendant mon repas. On doit etre une cinquantaine de passager sur le bateau.
L’homme qui est assis a coté de moi commence a discuter. Il me demande comment je trouve cette region. Je lui dis que c’est tres beau, a part les moustiques… Ils ne sont pas bien gros (bien plus petit qu’en France), on les distingue a peine ; les piqures ne sont pas aussi visibles que celles provoquées par des moustiques en Europe et pourtant la douleur est bien plus importante. J’ai appliqué de la creme des le départ, mais ca n’a pas suffit. Sur le trajet entre Coca et Iquitos, je dois avoir recu une centaine de piqure répartie sur les 2 jambes ; et ca me gratte constamment. A peine tu passes la main sur ta jambe, la douleur se réveille meme plusieurs jours apres la piqure.
Je suis vacciné contre la fievre jaune mais je me demande si ce ne sont pas ces piqures qui me donnent des vertiges.  La malaria ? Non… comme un médecin en Indonesie me l’avait bien fait comprendre, si j’avais un début de malaria, je l’aurais tout de suite senti. Les symptomes sont bien plus terribles que de petits vertiges. Dans tous les cas, j’ai les jambes en feu, elles ont meme un peu grossi. Il faut arreter de gratter, penser a autre chose durant plusieurs minutes.

Je profite pour interroger ce monsieur sur notre date d’arrivée.
Sur un ton tres sur, il me dit : « Mardi »
Mardi ??? Ca fait 48h de plus que prévu ! 7 jours au lieu de 5… Je lui fais confiance, les gens que j’interroge sont tous au 1er etage, pres des employes du cargo. Au 2eme etage, je ne suis au courant de rien. J’imagine en France la cohut que ce serait d’apprendre que le bateau aura 48h de retard a l’arrivée… Ici pas de mutinerie. Pour ma part non plus, je ne change absolument pas d’humeur. J’apprends la nouvelle, c’est tout.
Au moment ou il m’a dit « Mardi », j’ai tout de suite pensé a 2 choses : « Est-ce que j’ai suffisamment de quoi lire ? » OUI. « Est-ce que j’ai suffisamment d’eau? » OUI. Pas de quoi entammer les restrictions, j’ai prévu suffisamment large.

Le bateau commence a manoeuvrer. Il s’est passé plus de 20h depuis l’amarrage du bateau a la scierie.

27 Mai 2011

C’est bon, c’est bien ancré dans ma tete. Ce ne sont plus 5 jours mais 7 jours de cargo.
Le bateau fait de nombreux arrets dans les villages. Le ravitaillement leur sont necessaire :

Un des nombreux villages au bord du fleuve Amazone

Mais les arrets sont désormais de courtes durée. La chaleur n’est pas insupportable lorsque le cargo est en marche. En revanche, un long arret en plein soleil réchauffe toute la chambre assez rapidemment.
Je passe toute la journée a lire. Vous voulez savoir pour quel livre en francais j’ai échangé un bouquin acheté a Bogota ? C’était un livre sur Vercingetorix. Meme en plein coeur de l’Amazonie, on a toujours un petit cordon ombilical relié a l’Auvergne. Je ressors aussi de mon sac a dos ce que j’avais commencé d’écrire  en Europe, continué de rédiger en Thailande les jours de pluie, peaufiné a Jakarta, durant les longues heures d’attente dans l’aeroport.

Et c’est déja le coucher du soleil. Ca passe plutot vite quand lorsqu’on est occupé.

Mais je me rend compte surtout d’une chose : depuis mon arrivée sur le continent américain, les jours sont courts. Aux USA, je tombe en plein hiver ; je descends a vélo l’Amerique Centrale et puis jusqu’au niveau de l’Equateur pendant que les jours rallongent en Amérique du Nord. J’arriverais au Sud de l’Amérique latine au début de leur hiver et ce sera rebelote : A partir de 18h, c’est la pénombre. A 18h30, la nuit noire. Des mois que ca dure et que ca me suit.

28 Mai 2011

J’ai toujours quelque chose a faire et je me demande comment font les gens : parfois ils discutent entre eux mais la majeure partie du temps ils sont assis sur les bancs qui longent la coque du bateau, debout a regarder le fleuve ou dans leur hamac a dormir. Les enfants eux, jouent a cache-cache, courent partout et font resonner la tole sous leur pied.
Moi, j’ai toujours ma porte d’entrée ouverte. Installé devant le bureau, j’apprends les circonstances de la défaite a Alesia tout en jettant quelques coups d’oeil dehors : c’est bon, c’est toujours la foret. Tiens d’ailleurs, je n’ai meme pas pris encore de photo de mon superbe studio de tole. Je dois fermer la porte, il y a trop de lumiere pour l’appareil photo :

C'est pas trop mal. On s'y fait vite

 

Rosi, la jeune fille que j’ai rencontré il y a 2 jours passent me rendre visite ce matin. Elle s’assoeit sur le rebord de ma porte et commence a discuter. Elle en a marre d’attendre, elle a hate de rentrer a Pucallpa car ca fait 6 mois qu’elle est restée a Iquitos a travailler avec sa mere dans le comedor familial. Elle fait le voyage du retour toute seule. Je lui demande pourquoi elle ne monte pas au second étage, il y a moins de bruit de moteur et moins de monde. Elle me dit qu’elle a peur parce qu’elle a entendu des histoires comme quoi il valait mieux ne pas dormir en haut lorsqu’on est une fille toute seule. Elle prefere rester avec tout le monde en bas.
Elle me dit qu’elle a le mal de mer. Du moins, c’est ce que je croyais jusqu’au moment ou elle me dit fiebbre. C’est pas vraiment dans ce cargo qu’on trouvera une infirmerie ou une pharmacie… Je sors mon test-fievre frontal. Elle ne sait pas ce que c’est. Je lui explique rapidemment que 37 c’est bien, et que 38 c’est pas bien. Et c’est un bon 38 qui s’affiche. Je lui donne un Nurofen pas trop fort et lui dit de repasser plus tard.

Au repas, j’interroge a nouveau. Parait-il qu’on arriverait lundi soir au lieu de mardi. Ce qui ferait finalement 6 jours.
Dans l’apres-midi, nous accostons dans un village assez important. Les vendeurs de fruits entrent dans le bateau. Rosi vient me voir et m’offre une moitié de noix de coco. Une éternité que j’en avais pas mangé.

Elle me parle un peu plus de ses origines. Elle habite un petit village du nom de San Francisco, au Nord de Pucallpa. Chez elle, la langue maternelle est le Shipibo : une tres vieille langue pré-hispanique. Elle me propose de venir visiter son village, une fois arrivés a Pucallpa. J’accepte.
Encore un 38 de fievre. Je lui redonne un cachet.
La nuit, nous montons au 3eme étage de l’appareil, la ou il fait le plus frais.
Elle me chante quelques airs Shipibo et me parle de tous les animaux dangereux qui peuplent la foret. Elle est née en Amazonie, elle connait. Moi je suis né a Clermont-Ferrand, forcément, il y a beaucoup moins d’alligator et d’anaconda…

29 Mai 2011

Avant-dernier jour sur le bateau. Et oui, un cargo, par définition, ca avance plutot lentement. Avec les arrets dans les villages a charger et décharger, ca avance encore plus lentement ; et avec tous les méandres que forme le fleuve Amazone ca avance encore… encore plus lentement ; et pour finir, n’oublions pas qu’on est a contre-courant !
Rosi arrive a ma porte ce matin. Elle me dit qu’elle a besoin d’un autre médicament. Je prends sa temperature. 39… Ca avait baissé hier et ca regrimpe. Et mal de gorge en plus. Une angine c’est possible ? A force de prendre les courants d’air au 1er etage peut-etre… Je n’en sais pas grand chose. Dernier Nurofen de la boite. Pour la gorge, baume du tigre acheté a Delhi. Je m’en étais servi pour les muscles des jambes vers la fin de mon voyage a vélo.
Elle n’a pas emporté un bouquin, pas une musique, rien pour se distraire. Elle reste comme tout le monde, a regarder dehors ou a rester dans le hamac. C’est la ou je deviendrais fou.
Je lui prete mon MP3 (avec plaisir, j’ai les memes musiques qui tournent en boucle depuis plus de 9 mois). Elle part avec et je ne la revoit plus de la journée, jusqu’a ce qu’elle revienne en debut de soirée pour me dire : « je crois qu’il y a plus de pile ».
Fais-voir la temperature… 37, nous voila sauvé !

30 Mai 2011

Re-changement : on arrive finalement mardi en fin de matinée m’a-t-elle dit hier. Donc aujourd’hui, avant-dernier-jour, le vrai de vrai cette fois.
Je suis bien remis et pret a poursuivre ce voyage. Meme si le cargo etait bruyant parfois, ca reste plus reposant que mon rythme habituel. J’attends vraiment d’arriver, mais c’est finalement avec un réel plaisir que j’ai accueilli ces jours consécutifs de « temps-devan- soi » sur le Pachito. Depuis Alice Springs en Australie, je n’étais jamais resté aussi longtemps au meme endroit… et tout en avancant…

31 Mai 2011

J’utilise le fond de ma derniere bouteille des 20L que j’avais pris au départ. Le calcul n’était pas trop mauvais.
Je rassemble mes affaires. Arrivée prévue en fin de matinée.
Nous accostons finalement vers midi.
Le frere de Rosi vient nous aider a porter la pile de bagage que sa soeur a emporté. Nous partons au motocarro. Pucallpa est en fait un peu plus dans les terres. Nous n’irons pas pour le moment. Le motocarro nous dépose a coté d’un collectivo (un taxi partagé) comme celui que j’ai pris en Colombie ; sauf qu’au lieu d’etre 6 a l’interieur, nous sommes 9, dont 2 niños mais 9 quand meme, avec tous les bagages dans le coffre.
A 30min de Pucallpa se trouve San Francisco, le village Shipibo de Rosi, au bord de l’Amazone. Le sentier est boueux, tellement boueux que la voiture s’engouffre dans une flaque sans pouvoir s’en extraire. Et panne de batterie. On bloque le passage des autres véhicules dans cet étroit sentier. La voiture qui arrive s’arrete et on s’affaire a trouver une solution.
On tente de pousser la voiture a la force des bras. Pas suffisant.
Nous sortons toutes les affaires de la voiture pour l’alléger. Toujours pas suffisant.
Puis une autre voiture arrive derriere nous. Ils ont une corde pour tirer la voiture. Il faut un couteau pour ajuster la longueur. Personne n’en a. Je les entends dire : « le francais en a peut-etre un ».

Oui, peruviens, j’ai un Opinel.

Nous parvenons finalement a extraire le taxi de la boue. Et a peine 5min apres, nous arrivons a San Francisco.
Rosi me présente a toute sa famille. Je discute plus amplement avec Ronel, son frere. Il me dit que toute la rue appartient a leur famille. Et tous parle le Shipibo.

J’en apprendrais plus demain. Il est déja tard. J’ai eu le temps de déjeuner avec eux et de gouter aux poissons tirés du fleuve. Mais pour le moment je laisse mes affaires a San Francisco et je retourne a Pucallpa : je n’ai pas donné de nouvelles depuis longtemps.
Je passe la nuit a Pucallpa.

1er Juin 2011

Rosi me rejoint a Pucallpa pour faire quelques courses au marché couvert. On achete de tout : fruits, légumes, riz. Des régimes entiers de bananes, que dis-je, des branches entieres. Ca pese une tonne. Mais cette variété se conserve longtemps.

Il y a plusieurs facons de rejoindre San Francisco : motocarro, collectivo ou un canot a moteur par le fleuve. Et pour le coup, avec toute les courses, il est plus sur de prendre un canot jusqu’a San Francisco. Ca secouera moins et c’est plus rapide. Du point d’achat jusqu’a la berge ou se trouve les barques, il faut tout charger dans un motocarro. Il n’y a que 200m, mais c’est vraiment lourd.

En motocarro
En canot

Nous arrivons au pied du village de San Francisco. Ronel nous attend avec une brouette. Il a quelques problemes au dos. Je me charge de remplir la brouette et de la remonter sur toute la pente jusqu’a la maison familiale.

Les habitations Shipibo
La partie cuisine avec les 2 derniers niños de la famille

Ronel m’explique lentement la culture Shipibo et me prete un livre pour comprendre mieux.

Les Shipibo sont un groupe ethnique d’Amazonie qui se concentre le long du fleuve Ucayali (le nom du fleuve Amazone sur cette partie du territoire) et de ses affluents sur environ 300 kms. A part a Pucallpa, ou tout le monde parle espagnol, tout le reste sont des dialectes datant de l’ere pré-hispanique. L’Amazonie concentre 90 pour cent de toutes les langues parlées au Pérou. Le Shipibo est d’ailleurs l’une des 6 langues de la famille linguistique Pano (comme le francais et l’italien sont de la famille linguistique romane). Avec le Shipibo, il y a 41 autres langues parlées au Perou.

Pour la suite, on est loin de la théorie de l’évolution de Darwin mais voici ce qu’est la pensée Shipibo :
La cosmovision shipibo est la relation entre l’homme et la nature. Jusque la, rien d’extraordinaire ; mais les Shipibo affirment que la conversion de l’homme en animal s’est produit dans l’Antiquité comme punition pour avoir transgressé aux regles de la coexistence sociale. Cette faute a produit 2 effets : 1) negatif, puisqu’en ayant attenté aux droits collectifs, l’homme se punit par la déshumanisation : l’expulsion de l’individu de la communauté humaine pour le confronter au monde de la nature
2) positif, parce que cette conversion a permis le repeuplement de la variété des especes animales dans la montagne.

C’est dans la nuit que se reveille les etres enchantés et malfaisants, representés par des animaux lors des invocations : hibous, pumas, crocodiles. Les constellations sont également peuplées d’etres magiques autant que dans les eaux du fleuve.
Beaucoup de dieux et de démons gouvernent le monde Shipibo. Le Soleil représente bien entendu le pouvoir maximal. Il est le créateur et le maitre du cosmos. Il partage cet espace avec la Lune, déesse masculine et virile, convertit en homme amoureux des Shipiba (je n’ai rien inventé).
Ronel s’occupe aussi des rituels. Je peux d’ailleurs y participer si je reste plusieurs semaines. A coup de plantes hallucinogenes et d’invocations, l’individu participant a ces rituels finit par avoir des visions, notamment d’ordre animales et végétales. C’est un rituel qui leur appartient. Je leur laisse.
Mais ce qui est interressant c’est que ces visions sont représentées sous formes de peintures sur le corps, mais aussi sur les poteries et les tissus.
Ainsi, l’anaconda y est souvent représenté car les Shipibo pensent qu’acheter une tete d’anaconda porte bonheur et chance. Chaque famille en possede au moins une :

A quel autre moment aurais-je l'occasion de toucher une tete d'anaconda...

Il me précise que l’anaconda ne se mange pas. En revanche, sa graisse possede des vertus therapeutiques lorsqu’on l’utilise comme creme de corps. Autre précision : l’anaconda n’a pas de probleme pour avaler un poulet entier !

Ronel m’apporte un objet en céramique retrouvé dans la terre. C’est une toute petite poterie créee par les ancetres Shipibo. A ce sujet, il m’emmene faire une visite du village. Il m’explique que pour la création des tissus, il faut aller dans des lieux précis autour du village pour trouver la terre particuliere afin d’obtenir la couleur orange, la couleur blanche, la couleur noire… On trempe le tissu puis on l’expose au soleil, puis on le retrempe ; en tout 8 fois avant que le tissu soit totalement impregné de sa couleur definitive.
Je rencontre une vieille dame peignant une poterie finalisée. J’entre ensuite dans une propriété tenue par un artiste qui peint lui aussi ses visions, mais sur de grands tableaux.

Les Shipibo, ce sont des menuisiers, des artisans et des pecheurs. Les traditions ont quand meme beaucoup évolué en l’espace d’une ou 2 générations : avant, le mari avait 3 femmes ; et ces memes femmes, qui avaient la tenue traditionnelle, la trouve aujourd’hui beaucoup moins agréable a porter que nos vetements contemporains.
On vit toutefois ici bien différemment qu’en ville. Par exemple, on prend le repas accroupis, la famille réunie autour d’un meme plat. A mon retour de visite, je trouve Rosi en train de frotter ses vetements a la bassine, un par un.
Une de ses petites cousines arrivent jusqu’a elle. Un insecte a pondu ses oeufs a l’intérieur du bout d’un de ses orteils. La ou normalement la technique moderne serait de sortir une aiguille et du produit désinfectant, Rosi s’en va arracher une épine d’un arbre pour justement s’en servir comme aiguille.
Aprés avoir sorti les oeufs du pied (je n’ai pas entendu une seule fois crier la petite fille ni meme se plaindre), Rosi lui annonce que c’est terminé. Mais je leur dis d’attendre. Rosi l’aurait laissée partir, la plaie a vif, avec comme instrument de soin une épine en guise d’aiguille… Je dois bien avoir quelque chose de mon coté. Je sors ma trousse de soin et c’est ainsi que ma creme antibiotique achetée a Los Angeles (USA) finira ses jours… a San Francisco (Pérou).

Je prends le temps de filmer la famille, les enfants. Rosi me lit quelques lignes du livre en Shipibo-Espagnol. Meme si je ne comprends pas entierement les phrases en espagnol, je m’apercois d’une chose : elle saute des syllabes entieres. Je lui demande si elle lit souvent. Elle me répond un oui rapide comme pour se débarasser. Je lui demande de m’en lire encore plus et si elle serait capable de lire plus vite. Elle me dit que non. Elle a fini l’école depuis un certain temps déja et a les premiers signes de l’illettrisme. C’est un probleme tellement fréquent dans ces régions reculées. Peu de lecture, peu d’écriture, ca se perd tres vite. Mais ca, j’ai pas osé lui dire.

C’est déja la fin de l’apres-midi, j’ai passé toute la journée dans ce village, et je dois désormais repartir. Ronel s’en est allé, je n’ai pas pu le remercier. Dans tous les cas je remercie Rosi qui m’a invité dans sa famille durant cette journée.

Je vais reprendre a nouveau mon rythme de voyage en me disant avant de quitter San Francisco (pour la enieme fois) : « je quitte un endroit que j’appreciais ».

Je prends un collectivo jusqu’a la station de car de Pucallpa.
Il est 18h, je pars pour Lima.

2 Juin 2011

Il fait nuit. Je suis entre éveil et sommeil. Le car fait des méandres. On escalade la Cordillere d’Est en Ouest mais j’ai encore l’esprit dans la foret a force de l’avoir vu durant presque 2 semaines. Meme apres 20h de car, meme arrivé a Lima dans le trafic surchargé de la capitale, meme dans l’hostel que je viens de trouver et d’ou je vous écris ces quelques lignes évoquant des missions catholiques, des peuples shipibo, des rituels ancestraux, des tetes d’anacondas, des cargos, des barques, des centaines de kilometres de méandres.. et bien meme maintenant, je suis encore en Amazonie.

J’ai mis des heures pour tout écrire. Mais comme d’habitude, je me devais de le faire pour ne jamais oublier ce que j’ai vu et vécu.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

5 réflexions au sujet de « Amazonie »

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