Dictature et politique à Santiago

15 Juin 2011

Je pars visiter la ville de Santiago.

Le centre historique est bien plus vaste ici que dans les précédentes capitales d’Amérique du sud que j’ai visité. Une architecture qui en impose, et toujours cette impression de me retrouver dans un pays d’Europe du Sud : 7 chiliens sur 10 est métis (indiens/europeens) et presque 3 sur 10 sont européens.

Un monument reste incontournable a Santiago, c’est la Moneda qui, comme son nom l’indique, abritait a l’époque la frappe de la monnaie chilienne :

La Moneda

Il sert de résidence aux presidents de la République depuis la fin du XIXeme siecle. Il est pour le moins chargé d’histoire ; et une histoire pas si lointaine.

 

La mort d’Allende
Dans les années 1960, la révolution cubaine touche de plein fouet le Chili, comme tous les autres pays d’Amérique latine. Allende, membre du parti communiste, va dans le meme sens que Castro, dont il est proche, en pronant a son tour pour le Chili une « révolution dans la loi ».
Apres 3 défaites aux élections presidentielles, il crée en 1970 une coalition socialiste-communiste dans un contexte de droite divisée. Il fonde alors l’Unité  Populaire et remporte toutefois de justesse les élections.
Les Etats-Unis, croyant voir la une tentative de réplique du systeme communiste cubain, finance les partis d’oppositions. Par ailleurs, Allende commence a nationaliser ses gisements miniers alors que la majorité appartiennent aux USA. Industries, compagnies de téléphone, banques… il veut mettre fin aux grands monopoles américains dans son pays.
Mais les problemes économiques surviennent : la consommation du pays augmente, la production ne suit pas et les prix grimpent. Les greves se succedent. Premiere tentative de coup d’Etat en juin 1973.
Aprés un remaniement ministériel, il confie le ministere de l’Interieur au chef des armées, qui doit tres vite démissionner suite a de  nouvelles greves. Le poste est confié alors a un certain Augusto Pinochet, qui « jure » loyauté au gouvernement et a sa constitution.
Le 11 septembre 1973, a l’aube, Augusto Pinochet, avec l’aide de la CIA, déclenche un coup d’Etat : La Moneda est bombardée et incendiée.
Allende, reclut, finit par se donner la mort (these officielle ; sa depouille vient d’etre exhumée il y a 3 semaines pour connaitre les vraies circonstances de sa mort – par suicide ou assassinat – Affaire a suivre)

La suite, on la connait : Pinochet prend le pouvoir et c’est le début de presque 30 années de dictature.

En face de l’aile Est (pas sur la photo), une grande statue de Salvador Allende.

Cette photo que je viens de prendre survient dans un contexte particulier aujourd’hui : la, c’est le moment de la releve de la garde juste apres l’arrivée d’Ollanta, le vainqueur des présidentielles au Pérou, pour sa 1ere visite officielle sur le sol chilien. J’avais filmé la joie parmi les péruviens a Cuzco, a l’annonce de sa victoire face a Keiko.

Forces de l’ordre, péruviens immigrés au Chili brandissant leur drapeau, membres du parti communiste chilien dont Ollanta est assimilé, tous se retrouvent autour de la Moneda et j’ai tout filmé.

A l’ordre du jour, il sera question de la redéfinition des frontieres maritimes entre le Chili et le Pérou, contestée par Santiago depuis la fin de la Guerre du Pacifique – – opposant la Bolivie (unie au Perou) et le Chili -. Ca aussi, on la vu.

J’ai l’impression, comme a l’arrivée d’Obama a Jakarta lorsque j’etais en Indonésie, ou face a la Maison-Blanche a Washington, d’etre en plein coeur de l’actualité.

Une chose est sure, aujourd’hui encore, la Moneda continue d’écrire son histoire…

J’ai attendu longtemps l’arrivée d’Ollanta pour filmer l’évenement, si bien qu’il me reste a peine 1h pour rejoindre la Plaza de Armas avant que la nuit tombe.

L’Iglesia Cathedral sur la Plaza de Armas

En Amérique latine (et meme dans d’autres pays), on définissait le tracé d’une ville a partir de l’emplacement ou l’armée avait ses quartiers. D’ou le nom de Plaza de Armas.

J’ai plutot vadrouillé dans les rues et pris la température du Chili (c’est le cas de le dire : il fait 6 degrés). La vie, les gens, tout ressemble a une grande ville d’Europe.

Je croise la jeunesse chilienne, nombreuses dans les rues. Je me souviens avoir vu un tres bon reportage en France sur les jeunes chiliens, la 1ere génération a vivre sans la dictature depuis l’arrestation de Pinochet. Les parents ont tendance a accorder beaucoup de choses a leurs enfants, puisqu’eux-memes a leur age, avaient vécus de tant de privations.
Lorsqu’arrive la nuit et que je commence a me diriger vers l’hostel situé en plein coeur des centres étudiants de Santiago, je les vois a la sortie des Universités, comme dans n’importe quelle autre ville étudiante européenne, habillés a la mode : du classique au look cyber-punk.

Entre devoir de mémoire et volonté de liberté, ils portent le poids de ces récentes années de dictature, de tortures et d’exécutions.
Mais le Chili est désormais libéré de ses vieux démons.

Je poursuis demain ma route dans ce pays magnifique et pourtant si méconnu.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

3 réflexions au sujet de « Dictature et politique à Santiago »

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