La neige et les cendres

19 Juin 2011

Première grasse matinée depuis très longtemps avant de partir pour un petit tour dans le secteur de Pucon (s’il vous plait, prononcez-le a l’espagnol, sinon ca fait vieux village de Bourgogne… PS : je n’ai rien contre la Bourgogne !). Nous sommes un groupe composé d’un argentin, de 2 allemandes et d’un espagnol. L’expédition est menée par un local, amoureux de son pays, a la fois guide et chauffeur du minibus.

Il pleut un peu et nous partons a la visite des bois avoisinants la ville. Le paysage ressemble… a l’Auvergne au mois de Novembre… Le lac Caburgua qui se trouve en face de moi pourrait ressembler a celui d’Aydat.
Le guide nous fais savoir qu’au bout de ce lac se trouve la maison secondaire du chef de l’Etat chilien…

 

…Sebastian Piñera :
Le Chili a su se remettre de son passé douloureux et aller de l’avant en élisant Michelle Bachelet, la 1ère femme présidente du Chili (2006-2010) , détenue et torturée sous le régime de Pinochet.
Divisions au sein de son parti, scandale de corruption, manifestations étudiantes, la gauche ne s’est pas relevé de ces multiples affaires pour les dernières élections de 2010. Un second mandat de Bachelet aurait été de toute manière anticonstitutionnellement (ca y est, je l’ai placé !) reconductible. Le Chili a donc voté pour élire un candidat de l’autre bord : Piñera, un milliardaire. Ce pays entend bien devenir un « tigre » d’Amérique latine : 8 pour cent de croissance annuelle, le double de celle des autres pays d’Amérique du Sud ! Une référence donc.
Peut-etre alors que la population chilienne, en se présentant aux urnes, a vu Piñera comme le gardien de cette bonne croissance.
Capital investi dans de nombreux secteurs économiques : immobilier, médias, minerie… sa carrière d’homme d’affaires et de président conjugué est toutefois loin de le mettre, lui non plus, a l’abri des scandales. Cela lui vaudra d’ailleurs l’appelation de : « Berlusconi chilien ». Tout est dit !

Nous quittons le lac Caburgua.
La dernière visite de la journée, ce sera les eaux thermales extérieurs Termas Los Pozones. La température extérieure est bien supérieure a celle des thermes du sud de la Bolivie. Ce coup-ci, c’est décidé, je me jette a l’eau.
D’ailleurs, toutes mes excuses, je n’ai pas pris la peine de prendre une photo, trop pressé de faire trempette.
Les thermes sont situés le long de la rivière (gelée). On passe de l’un a l’autre, certaines plus ou moins chaude que d’autres. Superbe sensation d’etre dans des eaux a 35 degres en moyenne alors que tombe la pluie sur tes épaules.

A la nuit tombée, on y est toujours. En sortir n’est finalement pas si dure, mais mieux vaut s’habiller vite ! Après ca, muscles totalement décontracté. Et une grosse fatigue.

Retour au backpacker qui s’est un peu rempli. Mais on est encore loin de la cohue habituelle dans ce secteur très touristique en temps normal. Tant mieux.

20 Juin 2011

Ce matin, nous partons a 1h environ de Pucon, au Parque Nacional Huerquehue.
Un groupe d’espagnol du backpacker partent de leur coté. Moi je pars avec Sophie, une allemande, elle aussi dans le meme hostel, pour cette journée de trekking.

Le parc national est superbe : canyons, cascades, foret de bambous, lacs. Le parcours que nous empruntons donne un bon apercu de la région des lacs dans laquelle nous nous trouvons :

Le lac Tinquilco, encore un peu dans la brume
Quelques moutons sur la route
Petit marécage en foret
Ca commence a monter sérieusement. Mais ca en vaut la peine :
Le mirador donnant sur le lac Tinquilco. On peut voir au fond le volcan actif Villarica
Une belle cascade durant l’ascension
Ca fait déja plusieurs heures que l’on marche. Sophie commence a faiblir et préfère faire demi-tour pour rejoindre le bus de 14h10. Le prochain n’arrivera qu’a 17h.
Je tiens a aller voir les autres lacs, a quelques kilomètres.
Et me voici au superbe lac Chico
Ca continue de grimper ; et ca grimpe tellement…
… que voila la neige
Je poursuis ma route sur sentier enneigé. C’est officiel, mes chaussures ne sont plus imperméables…
Impossible de se rapprocher plus a cause de la neige (et surtout a cause de mes souliers défaillants pour ce genre d’expédition). Au loin, le lac El Toro
Et enfin, coté soleil, le Lago Verde
J’ai beaucoup de temps devant moi avant d’attendre le bus de 17h. Ca me ferait poireauter presque 2h a l’entrée du parc.
Ou alors… j’attrape celui de 14h10 en me dépechant.
Allez, on rentre au pas de course a travers bois.
Je parviens au parc a 14h06, en sueur et les pieds trempés, et je vois le bus arriver. Gagné !
Sophie attend tranquillement et me demande comment étaient les autres lacs…
Pas un nuage de la journée et ca change par rapport a hier et a avant-hier, brumeux.
Je peux enfin voir le volcan Villarica. D’ailleurs, je ne l’imaginais pas aussi proche de la ville :
Le volcan actif Villarica
Je voulais rentrer a l’hostel suffisamment tot pour admirer également le lac Villarica, a quelques rues du backpacker et que je n’est pourtant pas eu le temps de voir.
Je prends quand meme le temps de faire sécher un peu les pompes et de prendre une douche.
Et nous voici au lac Villarica, pour le coucher de soleil
A la tombée de la nuit, on apercoit encore très distinctement le volcan Villarica. Il est considéré comme moins dangereux que certains autres puisqu’il fume en permanence, ce qui le libère de manière régulière de son « trop-plein ».
Et il est pour demain…
21 Juin 2011
Jour de l’ascension du Volcan Villarica. On ne peut pas dire que je me sois beaucoup ménagé la veille avec le trekking. Cela me portera-t-il préjudice…
On est en hiver (le 1er jour d’ailleurs), il faudra affronter la neige depuis sa base jusqu’a son sommet.
Le backpacker fait aussi office d’agence pour un tour sur le volcan : a partir d’une certaine altitude, il est obligatoire de monter avec un guide.
Il faut s’équiper de la tete au pied.
On me donne des chaussures de neige. La pointure 47 ne me va pas, et n’ont pas plus haut a part 2 énormes paquebots pointure 50 ! Il faudra mettre 2 paires de chaussettes. On nous donne ensuite un pantalon et une veste imperméable fluorescente ainsi qu’un sac a dos contenant crampons (au cas ou l’on doit franchir de la glace), casque, bonnet, gant et gants imperméables fluorescents.
Attaché au sac, une grande pelle en plastique pour redescendre en glissant ! Pas mal, non ?
Et ce matin vers 8h30, nous sommes 9, de l’hostel ou d’autres hostels dans Pucon – venant s’ajouter 2 guides – a débuter l’ascension du volcan Villarica.
Au début, ca monte très gentillement. 1h de montée, 10 min de pause.
Un des versants du volcan
 Puis 1h autre heure de montée, et encore 10 min de pause.
Non ce n’est pas le sommet. On en est encore très loin !
Nous prenons du retard puisque certaines filles, dont Sophie, n’arrivent pas a suivre.
Le second guide leur annonce qu’elles doivent rester la ou elles se sont arretées en attendant notre retour du cratère. Elles ont du mal a l’accepter mais si elles refusent, c’est tout le groupe qui risque de ne pas arriver au sommet a temps : les guides doivent conserver 2h de marge pour évacuer un des grimpeurs en cas d’accident. Règle de sécurité…
Un des 2 guides reste avec elles.
Il faut de plus en plus forcer sur les jambes. Je ressens dans les muscles la course d’hier, dans les bois du parc national.
Désormais, au lieu d’1h, c’est 30min de marche, 10 min de pause et ainsi de suite…
Comme je vous l’ai dit, il y a eu quelques intempéries avant que j’arrive a Pucon, et ca a duré plusieurs jours. Impossible alors de monter depuis tout ce temps. Hier, c’est un québecois qui a ouvert la voie en traçant seul le chemin dans la neige fraichement tombée.
C’est très physique d’ouvrir une voie, il y a une grosse quantité de neige a déblayer avec ses pieds, et tout en avancant. Tellement physique qu’il n’a pas atteint le sommet, si bien qu’aujourd’hui, c’est notre guide qui creuse les pas dans la partie la plus difficile du volcan : une pente a 45 degrés sur les dernières centaines de mètres qui nous sépare du sommet. On avance lentement, en serpent, les uns derrière les autres.
L’ascension n’en finit plus. On croit arriver, mais l’impression des distances est faussée lorsqu’on regarde une montagne depuis son contrebas.
Une couche de glace arrive parfois a l’improviste et la neige n’est pas a profondeur égale selon les endroits. Peu compacte, on peut tomber en une demi-seconde dans un trou de 50cm voire plus d’un mètre. Ca nous est arrivé a chacun plus d’une vingtaine de fois, et ca coupe l’élan. En ressortir pour repartir requiert beaucoup d’énergie sur une pente aussi raide.
C’est pour cette raison qu’un piolet nous a été fourni avant le départ. Et ca nous est très utile. J’arrive a le coincer dans une lanière du sac a dos dans le but d’avoir mes 2 mains pour filmer. Par contre, je suis tout sauf stable. Prendre le camescope est un effort supplémentaire mais je garde toujours cette phrase dans un coin de ma tete : « filme, filme, tu vas en rire dans pas longtemps! »
Au bout de 6h d’ascension et 1650m de dénivelé, nous parvenons enfin au sommet du volcan Villarica, culminant a 2847m d’altitude.
9 au départ, 7 a l’arrivée. J’apprends aussi que nous sommes le seul groupe de la journée a avoir atteint le sommet. Les autres groupes ont été trop lents et n’auraient pas pu redescendre avant la tombée de la nuit.
Nous voici donc au sommet…
… avec le cratère du volcan Villarica qui projette une fumée bizzarrement peu visible lorsqu’on est a coté, mais qui irrite la gorge quand le vent la dirige vers nous
En été, l’ascension est accessible a tous. En revanche en hiver, comme vous venez de le constater, mieux vaut etre en bonne condition physique.
Je classe l’ascension du volcan Villarica comme l’une des épreuves les plus difficiles de ce tour du monde. Peut-etre parce que je ne me suis pas beaucoup ménagé la veille et peut-etre aussi pour ces chaussures pointure 50 bien trop grande qui ont commencé a me faire mal vers la moitié de l’ascension ; douleur que j’ai du dissimuler face aux guides pour pouvoir gagner le sommet du volcan sans qu’ils m’ordonnent d’arreter (oui, j’ai pas franchement pour habitude de stopper en plein milieu…).
La vue de la haut ? Et bien pas grand chose :
Jugez par vous meme…
La faute a qui ? La faute au volcan Puyehue et a ses cendres volcaniques qui ont eu le temps de faire un tour du monde et de s’éparpiller aujourd’hui au dessus de la région des lacs. Les retombées sont infimes mais la vue est gachée. Hier, ca aurait été parfait, mais on aurait tracé la voie quasiment depuis la base, et donc peu de chance d’atteindre le sommet dans les temps.
Le sommet ou la vue, le beurre ou l’argent du beurre !
Quant a la redescente, c’est en pelle a neige (Made in France, au passage). Et que du bonheur. Ce n’est pas la 1ère fois que je grimpe un volcan actif ; mais en descendre en pelle a neige, c’est inédit ! Plus rapide et bien moins dangereux que de redescendre a pied.
Lorsque les pieds ne suffisent pas, le piolet, placé d’une certaine manière, sert aussi a freiner.
Nous regagnons la base du volcan en 2h. La pauvre Sophie, hier je lui montrais les photos des lacs qu’elle n’a pas découvert ; et aujourd’hui du cratère qu’elle n’a pas atteint. Mais elle garde le sourire.
C’est une fumeuse aussi ; ceci explique cela…
22 Juin 2011
C’est fini pour le Chili et sa superbe région des lacs. Je prends le bus ce matin pour passer la frontière en traversant pour la toute derniere fois la Cordillère des Andes.
Après les formalités des 2 postes-frontières, il est 12h10… et non… changement d’heure… il est 13h10, j’entre sur le territoire argentin, en Patagonie du Nord.
La Patagonie compte 1 habitant au km carré. Elle est plus grande que la France en superficie et elle fait encore partie de ces régions les moins peuplées au monde.
Du fait de cet isolement, les prix sont nettement plus élevés. C’est la raison pour laquelle j’ai opté pour la visite de la région des lacs au Chili, bien moins cher, et qui ressemble beaucoup aux paysages intérieurs de la Patagonie argentine (excepté les glaciers du sud).
J’arrive en milieu d’après-midi a San Martin de Los Andes pour un arret d’1h ou 2, le temps de partir en ville changer mes pesos chiliens contre des pesos argentins.
Il est 17h05, je reprends un car, en direction de Buenos Aires.
En quittant San Martin, c’est un paysage grisatre qui s’offre a moi :
Non, ce n’est pas de la terre, ce sont bien des cendres
Les cendres du volcan Puyehue se sont abattus sur cette région durant plusieurs jours
San Martin de Los Andes fait partie des 1eres zones touchées directement par l’éruption
On le voit mal sur la photo mais la population exposée quotidiennement aux lentes retombées, porte encore un masque au visage
Et des milliers de tetes de bétails mortent par asphyxie
Bilan humain : aucun mort cette fois-ci car les mesures de sécurité ont été prises rapidemment. Le phénomène est récurrent dans cette zone au volcanisme très actif. Le volcan Puyehue ne s’était pas reveillé depuis 50 ans. Sa dernière éruption avait fait 5700 morts au Chili.
Avant de quitter Pucon, j’ai d’ailleurs appris que quelques débuts de signes d’agitation viendraient de la part d’un autre volcan de la région…
Et oui, ici, ce n’est pas la tranquille chaine des Puys !
23 Juin 2011
Durant la nuit, j’ai traversé la partie nord de la Patagonie, ainsi que La Pampa, la région a l’ouest de Buenos Aires, connue pour ces grandes plaines ou évoluent un bétail a la viande tendre. Les argentins sont de gros mangeurs de viande.
Il est environ 14h, j’arrive a Buenos Aires.
Je franchis a pied 2 pathés de maison jusqu’a la station de métro. Trop d’attente a la billeterie, je pars a pied a la recherhce de mon hostel. De toute facon, je n’apprécie pas prendre ce type de transport en commun lorsque j’ai mon sac a dos sur moi. Trop encombrant.
J’ai gardé trop de couches de vetements sur moi : il ne fait pas froid. Un peu humide mais sans plus.
La 1ere impression que j’ai de Buenos Aires, en tout cas pour le Centro que j’ai traversé a pied, c’est qu’elle ressemble certains beaux quartiers de Paris ou circulent des hommes et des femmes typés espagnols ou italiens, et bien vetus de surcroit. C’est la classe !
J’entre dans l’hostel que j’ai choisis : salon, TV, dortoir et cuisine a disposition que l’on va exploiter pour faire quelques économies. L’Argentine, c’est pas le Pérou ! (ou la Bolivie, c’est comme on veut). Les prix sont plus élevés, moins qu’en Patagonie, mais on est quand meme dans la capitale d’un des plus riche pays d’Amérique latine.
Je ressors pour faire quelques courses au Carrefour Express (je me demande comment ils le prononcent…), puis je rentre a nouveau au backpacker pour m’installer devant un des postes Internet et vous écrire ces quelques lignes.
J’ai laissé derriere moi les volcans gronder, la neige et les cendres.
On se tourne maintenant vers la capitale.
Buenos Aires, Buenos Aires… et si on allait voir du tango ?!
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

2 réflexions au sujet de « La neige et les cendres »

    1. Héhé… pas de nain sous la main mais pour la descente, c’était du kif-kif. Moi qui aurait cru que tu penserais surtout a notre tentative au Puy de la Vache… sans neige… et de nuit ! On avait fini a la lumière du portable…

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