Rituel des montagnes

15 Mai 2011 (suite et fin)

Je sors avec tout mon pactage du Alegria’s Hostel. Je fais signe au taxi de s’arreter.
A chaque coin de rue, la police, habillée d’une tenue fluorescente, patrouille de jour comme de nuit, ou restent posté a surveiller. Enfin… je les vois souvent en train de trifouiller leur portable. Un autre donnait meme a manger aux pigeons.

En sortant de la Candelaria et en parcourant les grandes avenues, je trouve Bogota semblable aux autres capitales européennes.

Le taxi me dépose a l’entrée de la station de car. Je prends mon ticket pour San Agustin et je suis tres en avance. J’attends dans le hall.
Il y a de la place partout sur les bancs et pourtant, une jeune fille vient s’assoeir juste a coté de moi. J’ai les cheveux en bataille, je traine un gros sac qui prend la place du siege d’a coté, et elle, meme pas peur, commence a discuter avec moi.
J’imagine mal une francaise faire la meme chose avec un étranger en France. Surtout dans la station de car d’une capitale !
Elle m’offre meme un petit bracelet avant de partir.
Ca renforce la bonne image que j’ai de Bogot. Jusqu’aux dernieres minutes avant mon départ, j’aurais aimé cette ville.

Toute la Colombie est comme ca : des gens heureux de te saluer, de parler avec toi ; en somme, de t’accueillir dans leur pays.
Et si peu de touristes lorsque l’on compare aux autres pays d’Amérique du Sud ; encore une fois, pour la meme raison : pays a mauvaise réputation.
Ca me fatigue d’entendre toujours la meme chose : que le pays est dangereux…
Il n’y a pas de pays dangereux, il n’y a que des gens dangereux ! Alors on va quand meme pas se priver d’y aller pour 3 couillons, non ?

Je monte dans le car qui m’amene au sud du pays.

16 Mai 2011

Il est presque 8h du matin, j’arrive a San Agustin.
En sortant du bus, je me fais alpaguer (gentillement) par plusieurs personnes munies de cartes de visites des différents hotels de la ville. Je vois écris sur une des cartes que me tend une habitante : « Casa de Francois ».
Je lui demande d’abord la direction de l’Office de Tourisme. Je dois trouver un plan précis pour trouver les différents sites archéologiques autour du village.

A l’Office, on m’offre un café en espérant me vendre un tour en jeep et/ou une balade a cheval : La région de San Agustin est classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, les locaux ont appris a recevoir en conséquence… Ce n’est pas ce que je préfere mais si tu veux venir a San Agustin, tu auras du mal a éviter toutes ces incitations, toutefois loin d’etre les plus agressives que j’ai connu.
En me tendant le plan (tres imprecis) des alentours, les distances ne sont pas excessives. Merci bien pour le café, mais on fera tout a pied…

Un taxi m’amene jusqu’a l’hostel « Casa de Francois » et le Francois en question est un francais qui s’est marié avec une colombienne.
Super sympas ; un de ces vieux routards calmes a la voix posée, propriétaire d’un vieille 4L affichant plus d’1 million de kms au compteur ! Si, si, c’est vrai !

Je pars dans le dortoir ou je suis le seul a résider. Le voyage m’a fatigué, je pars pour…une sieste jusqu’a midi.

C’est l’heure de décoller. Le temps est tres instable.
Je marche jusqu’au hameau de El Tablon, ou se situe les premieres statuettes ; il y en a partout autour de San Agustin.
La, je vois une vingtaine de touristes a cheval agglutinés autour de ces 3 statues. Autant prendre de l’avance et partir vers la prochaine ; j’y retournerais tout a l’heure.
Je pars vers l’autre hameau. Tout ce que je sais pour le moment, c’est que nous sommes ici dans une région – la vallée de Magdalena – ou un mystérieux peuple de l’époque pré-hispanique enterrait et honorait leur mort avec de superbes statues sculptées ou gravées a meme la pierre volcanique.

Je parcours 1,5kms de plus vers l’autre statuette, a El Chaquira (aucun lien…).
Ici, c’est une forme gravée dans la roche, au bord d’un canyon.
Faisons une pierre 2 coups (c’est le cas de le dire) :

9 mois !

Juste après la photo, une grosse averse éclate et rien pour s’abriter.
Désolé, vous n’aurez pas de photos du canyon, il faudra attendre la vidéo (phrase récurrente de consolation…).

Je croise un bruxellois sur le chemin du retour. Je l’avais déja vu près du monument il y a quelques minutes. Il ne trouve plus son chemin. Pour une fois, je le connais. C’est le déluge depuis 1/4 d’heure et toujours rien pour s’abriter.
Sur la route boueuse et encore plus impraticable qu’a l’aller, il me parle de plantes aromatiques, de shamans péruviens, de retour a la nature, de son envie d’ouvrir un salon de thé… A vrai dire, il vient de ramasser quelques champignons hallucinogènes dans la vallée… Certains croquent la Colombie a pleines dents !
Du coup, il passe un peu du coq a l’ane.
A force de l’écouter, j’en oublie de repasser par El Tablon. Tant pis. De toute facon, il pleut. Rentrons.
Je me sépare du bruxellois de la meme manière que je l’ai rencontré. Il disparait au bourg. Moi, je rentre a l’hostel, excentré, un peu dans les bois, en surplomb du village.

Avec un propriétaire francais, forcément, ca attire d’autres francais, ou plutot francophones. Bizarrement, je rencontre 2 autres bruxellois (pas de rapports avec celui d’avant) et une francaise.
On discute, jusqu’a ce que la nuit tombe, de voyages, de voyages et de voyages…
Il pleut toujours.

17 Mai 2011

Bon, il serait temps de savoir a quoi correspond toutes ces statuettes, tous ces symboles, toutes ces formes monolithiques.
Il y a un site archeologique qui regroupe plus de 200 statuettes éparpillées sur 1 ou 2 kilometres a la ronde (et plus de 500 dans toute la vallée). Oublions El Tablon, c’est ici qu’il faut se rendre. J’en ai pour un moment de tout faire a pied.

C’est a l’Ouest, il faut passer San Agustin.

Le village de San Agustin

En traversant les rues du village, un homme m’interpelle et me dit de la part de la fille de l’Office de Tourisme, qu’il y a encore de la place pour un tour en Jeep en groupe, pour visiter d’autres sites, plus au nord.
Je lui dit calmement que ca ne m’intéresse pas d’etre en groupe (pour cette fois). En plus, il fait un temps superbe ce matin. Ce n’est pas le jour a s’enfermer dans un véhicule.
Il n’insiste pas et le prend avec un grand sourire. Il n’avait pas franchement d’intéret a me faire changer d’avis. Les colombiens ne sont pas du genre insistant, meme sur les lieux touristiques. Ca me rappelle les thailandais : un simple non, et on en reste la.

3kms de marche plus tard, j’arrive au Parque Archeologico de San Agustin, au coeur d’une foret d’arbres et de bambous.

Ce site archéologique abrite plusieurs sanctuaires d’anciennes civilisations andines successives.

La disposition est la meme lorsqu’il s’agit de temples funéraires : un monticule de terre avec a l’intérieur un dolmen abritant le sarcophage de pierre ; et a l’entrée de ce sanctuaire…

...plusieurs statues

Les statues représentent des figures anthropomorphiques (attribution de caractéristiques morphologiques humaines), animales…

...ou fantastiques

Il faut grimper un peu pour atteindre Alto de Lavapatas une colline ou se trouve les statues les plus reculées du site :

Alto de Lavapatas

Les statues, lorsqu’elles se trouvent proches d’un point d’eau, représentent certains reptiles et amphibiens. Ce sont des sculptures assez fréquentes.
Elles peuvent aussi symboliser les origines de la vie, les puissances de l’Au-delà…

...ou les forces du Bien et du Mal

L’une des dernières statues que je vois dans ce grand parc archéologique a été, elle aussi, très bien conservé :

Sculpture zoomorphique (attribution de caractéristiques animales)

Sans aucun doute, il y a encore beaucoup de choses a comprendre de ces énigmatiques statues de pierre ; tout autant mystérieuse que cette civilisation préhispaniques, à peine déchiffrées par les archéologues. D’ailleurs, ces derniers pensent que des milliers de statues et monolithes sont toujours enfouies dans cette région vaste comme la moitié du Luxembourg. Elles dateraient de l’an 300 avant- JC a l’an 900 apres-JC, voire jusqu’au XIIeme siècle (autant dire qu’il ont eu le temps de tailler de la pierre… ).

Je quitte le site archéologique. Guerriers armés de massues, héros mythiques aux yeux ronds et aux dents de jaguar, divinités au visage menacant… Troublantes rencontres avec ces statues venues d’un autre temps…

Au retour, je passe a nouveau dans les ruelles du village. Les gens sont toujours aimables avec toi. Je sais, je me répète, mais c’est vrai.
J’ai vu un villageois habillé d’un poncho en tissu, coiffé d’un sombrero moyennement large et coloré, le tout garni d’une longue moustache.
Lorsqu’il te salue avec le sourire, il a vraiment fière allure. Autant de prestance et de distinction qu’un sick.

18 Mai 2011

Je quitte l’hostel vers 5h30 du matin pour l’arret de bus du village. Je dois demander mon chemin car, comme dans tous les villages, seuls les habitants connaissent l’endroit précis ou passe les transports en commun.
Il m’avait semblé que des bus partaient a l’Est, or il vont tous a l’Ouest, du coté de Popayan. Ca me fait un détour pour rejoindre la frontière.
Il existe une route qui part vers le sud, mais seulement une partie de cette route apparait sur ma carte. Ca risque d’etre comique.

Ne voyant pas de bus partant de San Agustin, je prends un taxi collectif  – de la taille d’un taxi normal – mais ou l’on monte a 6 a l’intérieur. Ca a l’avantage de faire diminuer le prix de la course et l’inconvénient de te couper la circulation du sang de la jambe droite, coincée entre la jambe gauche et le lève-vitre…
Je rejoins le village de Pitalito. Il est possible de prendre des camioneta. Ce sont plutot des fourgons, avec banquettes aménagées et recouvertes d’une bache a l’arrière. C’est un moyen de transport tres précaire, il n’y a presque rien pour s’acccrocher durant le voyage.

Je vois qu’il y a autant de concurrence entre les bus qu’entre les camioneta. C’est ici que je me remets a négocier les prix.
Je grimpe dans l’un de ces camioneta.
Très mauvaise expériences !
Le fourgon roule a toute allure. Nous ne somme sque 2 a l’arrière mais ca secoue beaucoup dans les virages de montagne, pas toujours goudronnés. En plus, l’odeur de l’essence s’invite a l’arrière du véhicule. Je suis a 2 doigts de vomir.
La vieille dame a coté de moi, a l’air d’avoir l’habitude. Moi, je prends de grandes inspirations par la fenetre, tout en tentant de m’accrocher durant les virages.
Puis je vois un panneau : Mocoa a 80kms. C’est la ou je dois me rendre… Encore 80 bornes comme ca, sur ue route de montagne.
Je trouve enfin une solution : coincer mon sac a dos sur moi, m’en servir comme oreiller et fermer les yeux. Je parviens a m’endormir 1 min puis je me reveille 15 secondes et ainsi de suite. Mais ca marche, le mal de route finit par passer.

Le véhicule s’arrete. 1er controle d’identité. Je me rendors.
Finalement, ca passe plus vite que prévu. J’arrive a Mocoa, intact.
Il est 10h30, je mange un morceau tout en entendant un chauffeur de mini-bus crier : « Pasto ! Pasto ! Pasto ! ». Mais je prends le temps de finir mon repas : plus j’attends, plus il y a de chances que le chauffeur baisse le prix du ticket dans les dernières minutes.
Pour la suite du voyage, je veux le faire en mini-bus. Les fourgons, c’est fini, ou alors sur du vrai bitume et pas en montagne.
Je rejoins le mini-bus et négocie mon billet.
Nous partons, une dizaine dans le véhicule.

Je viens de quitter la Cordillère orientale. A Mocoa, on était au pied de la région ou se rejoignent les 3 cordillères pour n’en former qu’une.

De Mocoa a Pasto, pas de bitume du tout. C’est la grande ascension sur cailloux pour rejoindre le coeur de la Cordillère des Andes, la vraie de vraie !
En longeant les falaises, le mini-bus franchit des rivieres créees par des cascades d’eaux, qui déferlent sur la route. Ca me fait sourire car la dernière fois que j’ai franchis un cours d’eau dans un véhicule, c’était dans un cortège… aux Studios Universal de Los Angeles ! Ici, c’est pour de vrai.
On ne peut pas dire que la route soit la plus sécurisée de Colombie : plusieurs éboulements ont eut lieu, et par endroits, 2 véhicules ne peuvent pas se croiser.

Les militaires nous arretent, mais restent toujours sympas et polis. Fouilles et inspection rapide des bagages.
Malgré le trajet un peu long sans bitume, le paysage de la Cordillère sud-colombienne sont sublimes.

J’arrive a Pasto ou je reprends un mini-bus jusqu’a Ipiales, la ville-frontière.
Du terminal des cars, il faut prendre un taxi jusqu’a la frontière elle-meme, pour un 1er coup de tampon (vous connaissez la chanson maintenant…).
Le reste se fait a pied. A 20m de la frontière, je trouve une agence de change. On repasse aux dollars américains ! Comme au Salvador, ici c’est la monnaie officielle. Finis les pesos colombiens avec pleins de zéros.

Je franchis le pont servant de frontière : « BIENVENIDO EN ECUADOR ».

J’arrive au poste-frontière équatorien. De la pénombre, on passe a la nuit noire en attendant mon tour pour le fameux sésame, au milieu d’une longue file d’attente.
En ressortant, je trouve un mini-bus pour rejoindre la 1ere ville d’Equateur : Tulcan.
De Tulcan, je prends le car jusqu’a Quito pour 4,50 dollars.
La fille assise a coté de moi me dit qu’il y en a pour 4 ou 5h… Je suis étonné que ca prenne autant de temps.
On arrivera demain…

19 Mai 2011

Ne me demandez pas a quel moment j’ai franchi la ligne équatoriale, j’ai dormi durant presque tout le trajet. Sur la route, il y a un monument qui la symbolise. C’est a 22kms au Nord de Quito. Ca n’a pas grand intéret d’y aller surtout qu’après calculs, ils se sont apercus que l’équateur étaient a 300m plus au Nord…
Bref, dans tous les cas : retour dans l’hémisphère sud.

Il est plus de minuit, j’arrive a Quito.
Dernier taxi jusqu’aux abords de la vieille-ville, a l’hotel San Blas, ouvert 24/24h.
Il est 1h du matin. Dodo.

Plutot en forme, je pars cet après-midi visiter la capitale.

La Plaza San Blas. L'hotel est a droite. On est a la limite entre la vieille et la nouvelle ville
La Plaza San Francisco au coeur de la vieille-ville de Quito

Je pars prendre un peu de hauteur :

La rue Cuenca
Une partie de la ville de Quito. La vieille-ville est au 1er plan

C’est d’ailleurs dans les hauteurs de la ville que l’on trouve les rues les plus typiques.

La rue Galapagos, toute pavée

Quito est a 2850m d’altitude.
Le fait que cette capitale soit entourée par les montagnes en fait un endroit bien agréable, avec aujourd’hui, un doux 18 degres.

L’Equateur peut se séparer en 3 régions bien disctincte : le Pacifique a l’ouest, la Cordillère des Andes au centre et enfin le bassin amazonien a l’est, qu’on appelle ici El Oriente.
C’est la ou je veux me rendre, et parcourir une petite partie de l’immense foret amazonienne !

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Amazonie

20 Mai 2011

Le taxi m’amene jusqu’au terminal des cars de Quito. Quelque soit la ville de montagne, le fossé est enorme entre les generations : les vieilles dames s’habillent encore de maniere traditionnelle (poncho de laine et nattes tressées) tandis que la jeunesse est a la mode, talons claquant, portables en main.

Le paysage évolue au fur et a mesure que nous amorcons la descente vers le bassin amazonien. Je dois rejoindre la ville de Coca. Il y a 2 voies pour s’y rendre : la voie du sud via Loreto ou la voie du nord via Lago Agrio ; dans les 2 cas, c’est un énorme detour de plusieurs heures. Pour mon car, ce sera la 2eme option et pour quelques temps, je retourne dans l’hemisphere nord avant de revenir dans l’hemisphere sud.
Il est maintenant 21h, apres 10h de car, j’arrive a Coca au bord du Rio Napo, un des nombreux affluents du fleuve Amazone.

J’ai un objectif : celui de prendre un cargo pour rejoindre Iquitos, au Pérou. Pour cela, la route est longue. Je dois me lever tot demain pour esperer prendre un 1er bateau jusqu’a la frontiere – pour les formalités de sortie de territoire – avant de trouver veritablement un cargo qui poursuivra sa route jusqu’a Iquitos.
Je ne promets pas de réussir…

21 Mai 2011

Il est 5h du matin, je trouve un taxi dans la pénombre du matin qui m’amenera jusqu’au port.
La, j’interroge des responsables. Il n’y a pas de bateau qui partent aujourd’hui, seulement demain. J’interroge un autre responsable, devant la capitainerie.
Il me dit qu’une barque part dans la journée, mais elle ne met pas 10h pour y aller comme les autres embarcations, elle mettra en fait plus du double ! Il ajoute que l’embarcation est uniquement prévue pour le transport de matériel. Ca, je m’en serais accomodé, par contre, plus de 20h, ca n’en vaut pas la peine. Autant attendre demain.

Le port de Coca

J’ai tenté le coup aujourd’hui, c’est raté…

Une rue de Coca

Par contre, l’ouverture de la billetterie est a 8h aujourd’hui. Je reprends un autre hotel, pas trop loin du port.
Je repars a nouveau en direction du port en fin de matinée. J’ai mon billet dans les mains, le reste de la journée, ce sera repos.

22 Mai 2011

Je prends ce matin un peki-peki, un longue barque a moteur couverte pouvant accueillir environ 80 personnes. D’ailleurs, ce matin, la barque est pleine. Et si on ajoute toute la marchandise que les gens emportent avec eux, la barque est archi-pleine !
En quittant Coca ce matin, je quitte aussi tout acces par voie terrestre jusqu’au centre du Pérou.

Le voyage en bateau durera 10h jusqu’a Nuevo Rocafuerte, la ville-frontiere.

Le 1er arret ne se fera qu’au bout de 5h, pour une pause au comedor : 3 maisonnettes au bord de l’eau. Au menu, riz/poulet comme d’habitude.

Le Rio Napo, c’est l’unique moyen de ravitaillement pour ceux qui vivent dans la foret amazonienne, au bord de l’eau. Il est rare que ces familles aient l’espagnol comme langue maternelle. C’est le meme cas dans les montagnes. Ce sont de vieilles langues datant de l’époque pré-hispanique.

Sur le bateau, il y a 2 employés : 1 qui s’occupe du moteur et du gouvernail a l’arriere ; 1 autre a l’avant, qui indique la route a suivre ; car meme en ligne droite des bancs de sables accumulés se forment par endroit et le Rio Napo n’est pas un fleuve tres profond. Il faut parfois longer la berge, puis revenir au centre, avant de longer l’autre berge.

Le Rio Napo

Par contre, je ne sais pas comment les locaux et les employés parviennent a s’orienter. Pour moi, ce n’est que de la foret sur des centaines de kilometres. Eux doivent avoir des points de reperes que je ne vois pas pour retrouver leur habitation parfois totalement invisible, cachée derriere les arbres.

L’embarcation commence a se vider de ses passagers et de leur bagages. Au fur et a mesure, on fait passer les sacs de courses et toute sorte de fourniture depuis le bateau pour qu’ils restent sur la berge sans avoir a faire d’aller-retour.

Nous ne sommes qu’une poignée a rejoindre Nuevo Rocafuerte. Ce n’est qu’une heure ou 2 avant de débarquer que je vois un autre touriste dans le bateau. Ca se repere rapidemment : T-shirt de 3 jours, barbe de 8 et un bermuda comme moi, alors que tout le monde porte un pantalon pour limiter les piqures de moustiques. Il s’appelle Andre, il est brésilien et me demande ma destination. Je lui reponds Iquitos, au Pérou. Lui aussi ne sait pas vraiment comment s’y rendre.
Toujours avant d’accoster, un homme appelle Andre pour lui dire de venir. Je les vois discuter longtemps. Puis Andre revient s’assoeir a cote de moi. Il vient en fait de faire l’interlocuteur : l’homme en question va aussi a Iquitos, et nous dit qu’il n’y a pas de transport public pour s’y rendre.
Mon but de la journée, c’etait d’arriver a Pantoja, le 1er village péruvien situé a 45 minutes de Nuevo Rocafuerte. C’est faisable avant la nuit, mais meme pour ce court trajet, pas de transport public.

L’homme s’appelle Roberto, un padre d’une mission catholique basée a Iquitos. Habillé comme tout le monde, mais avec une croix de Jesus autour du coup qu’on ne peut pas louper.
Andre fait ce trajet sur le Rio Napo pour rentrer dans son pays par le Nord. Son probleme, c’est qu’il n’ait pas parvenu a retirer d’argent a Coca, et n’a que quelques dollars en poche. Ca m’est arrivé plusieurs fois durant ce voyage et tu restes bloque au meme endroit en attendant que la situation s’améliore. J’ai eu plutot de la chance a ce niveau, peut-etre que lui aussi est de nature a en avoir car il a quand meme decidé d’embarquer sur le bateau, a l’aveuglette. C’est osé.
De mon coté, j’ai quelques dizaines de dollars en poche mais, mais je n’ai pas de moyen de transport dans une region ou le bateau est le seul moyen pour relier un point a un autre. Finalement, je ne suis pas plus avancé qu’Andre.

C’est Roberto qui va nous sauver la mise. Un ami a lui possede une petite embarcation a moteur. Lui aussi (personne n’y echappe) doit effectuer les formalités d’entrée au Pérou, et donc faire un arret obligatoire a Nuevo Rocafuerte, puis a Pantoja.
Il est 17h, apres 10h de trajet au total, les quelques personnes, Roberto, Andre et moi debarquont a Nuevo Rocafuerte. Il n’y a que quelques maisons, un poste d’immigration et une Mission Catholique. Apres le precieux coup de tampon, nous partons en direction du local a combustible de la Mission. L’embarcation a besoin d’essence pour rejoindre Pantoja, puis, dans 2 jours, Iquitos. C’est depuis Iquitos, au Nord du Pérou que je chercherais un cargo pour rejoindre le centre du pays. Ici, c’est clair, il n’y a rien.

Une fois le tonneau chargé dans la nouvelle embarcation, il est déja presque 18h et la route de pénombre voire nocturne est plus compliquée car les bancs de sables ne se reperent qu’au dernier moment. C’est d’ailleurs ce qui se produit a plusieurs reprises : le bateau racle le fond, ca peut serieusement endommager la coque et le gouvernail. Il fait nuit noire, le trajet dure plus d d’1h au lieu d’une demi-heure en temps normal. Mais nous parvenons neanmoins a rejoindre Pantoja.

Apres avoir dechargé le bateau de nos bagages, le poste-frontiere nous tend les bras. C’est bon, je suis officiellement au Pérou.
Durant le trajet en bateau, je faisais travailler ma memoire en me demandant si c’etait la 1ere fois que je passais une frontiere en bateau. Non, de la Malaisie a l’Indonésie, c’etait en bateau. En revanche, par voie fluviale, c’est une premiere.

J’ai pu échanger une partie de mes dollars contre des soles avec Roberto, sans commission bien entendu.

Nous nous rendons avec Andre dans le seul hotel du village pour une courte nuit.

23 Mai 2011

Levé a 4h30. Départ en bateau a 5h. C’est tot mais la recompense, c’est un beau levé de soleil sur le Rio Napo pendant que l’embarcation file droit vers l’Est. Roberto nous fait payer le 1/3 du prix habituel pour ces 2 jours de voyage. Et oui, avec nos sac a dos de routard, on fait consommer du fuel…

Le seul arret de la journée se fera a Angoteros, un village avec une autre Mission tenue par 2 hermanas (soeurs) vivant de la meme maniere que les villageois et dans le meme genre d’habitation :

La Mission Catholique d'Angoteros

D’ailleurs, nous restons plus d’1h ce qui nous permet a Andre et moi de visiter le petit village :

Le village d'Angoteros

Andre en profite pour me dire qu’hormis ce que font les soeurs pour le village, il a du mal a comprendre comment on peut imposer une religion a un peuple plus tourné vers des croyances animistes. Je lui dis que je suis entierement d’accord avec lui, et pourtant Andre est catholique ; bon sens du discernement de sa part. Je vois aussi le role important que les soeurs tiennent dans le village : soin, ravitaillement… d’ailleurs elles-aussi vetues tres simplement. Je ne sais pas dans quelle mesure et avec quelle intensité la religion catholique est ici imposée. Mais Roberto nous affirme que les rituels religieux propres a ce peuple se pratique encore maintenant.
Bref, je laisse ce long débat de coté et m’en vais a nouveau, apres le repas, filmer ce qu’il se passe au village. Les enfants sont timides voire appeurés. Ils ne parlent pas bien l’espagnol. Je me sens moins seul… Je fais quelques gestes, m’accroupis, et tourne l’écran du camescope a 360 degrés pour qu’ils puissent se regarder pendant qu’ils sont filmés. Ca les fait rire.

Le village possede l’electricite. Les barques de pecheurs sont accostées le long du rivage :

Barques de pecheurs

Tout est construit sur piloti : le Rio Napo peut brusquemment sortir de son lit.

Nous reprenons le bateau jusqu’a 17h en direction de Santa Clotilde, un village un peu plus grand ou l’on se déplace meme a mobylette.

24 Mai 2011

Dernier jour avant d’arriver a Iquitos.
A 10h, c’est la fin du voyage sur le Rio Napo. Le fleuve poursuit sa descente a l’Est, et, sur plusieurs kilometres, il longe meme l’Amazone. La solution est de rejoindre une autre ville cette fois-ci par voie terrestre afin d’économiser plusieurs heures de bateau. C’est en motocarro (qui ressemble en tout point au richshaw indien) que se fait le trajet via un sentier bitumé, jusqu’a atteindre le village en question. De la, il ne reste plus qu’a prendre un dernier bateau pour 3/4 d’heure.

Il est 11h, nous arrivons enfin a Iquitos. Une ville comme une autre : mobylette, motocarro, voiture… beaucoup trop meme. Iquitos est vraiment polluée.
Tout transite par les eaux ou par avion. Iquitos est tres touristique, beaucoup d’agences propose des tours au coeur de la foret.

Roberto est toujours a nos cotés et sincerement, il nous a fait économiser beaucoup d’argent depuis la frontiere. Etant péruvien, il a bien fait attention a ce qu’on paye le meme prix que les locaux, que ce soit en bateau ou en motocarro.

En sortant du port, il nous propose de laisser tout nos bagages pour nous aider a trouver un logement pas cher a Iquitos. Il préconise d’aller au couvent (qui ne ressemble pas du tout a un couvent mais plutot a une suite de logement pour tous les religieux qui excerce dans le secteur d’Iquitos) puis d’aller trouver un hostel pas cher. Il me dit que, sans ca, je risquerais de me faire voler mon appareil photo et mon camescope si on me voit me balader avec… Bon… il ne m’est jamais rien arrivé, mais si il insiste…

Un passage au couvent, nous reprenons encore un motocarro en direction du centre-ville. Je trouve que ca fait beaucoup d’aller-retour pour rien mais grace a lui, nous trouvons un dortoir dans un backpacker pour 15 soles (3euros).
Retour au convento et récupération des bagages. Nous remercions chaleureusement Roberto pour nous avoir aidé durant ces quelques jours. Andre le remercie aussi de l’avoir avancé en attendant d’avoir pu trouver une banque a Iquitos.

Andre et moi reprenons un motocarro en direction du centre-ville.
De mon cote, je pars a la laverie, a une rue de l’hostel.
Et puis nous repartons a nouveau en direction de Port Henry, la d’ou partent les bateaux pour Pucallpa, au sud et pour la frontiere brésilienne, a l’Est.
Sur place, pas de billeterie. J’avais repéré un office de tourisme a 2 pas de l’hostel (c’est l’avantage d’etre dans une ville touristique). Nous nous y rendons, et nous apprenons qu’il n’existe pas de billeterie a proprememnt parler. Pour accéder a un navire, il suffit de se rendre directement sur place et d’interroger les gens
En revanche, ils sont sur d’une chose : 1 cargo part ce soir pour Pucallpa, au centre du Pérou (la 1ere ville depuis Iquitos ayant un acces par voie terrestre). Rapide réflexion. La ville d’Iquitos n’est pas attrayante. Elle est bruyante et polluée ; en plus, je n’ai meme pas encore payé le backpacker. Le voyage doit durer 5 jours, autant partir des ce soir.

Je file a la laverie récuperer mes vetemements propres. Andre reste a l’office de tourisme, il cherche a faire un petit tour en foret avant de quitter Iquitos.

Je retourne au backpacker, mes bagages sont rapidemment prets. Andre revient. Il va partir pour la visite d’un peuple indigene 2 ou 3 jours. Il explique au propriétaire de l’hostel que je dois finalement partir maintenant. C’est sympas de sa part.
Une accolade (geste universel) avant de le quitter. Il passera ensuite les 2 prochains mois a visiter le Nord de son pays avant de rejoindre sa ville, au sud.
On m’a signalé a l’office que je devais me rendre non pas a Port Henry, mais a Port Masusa, a 2 kms du centre-ville.

J’aurais bien couru a droite a gauche aujourd’hui, mais me voila arrivé a Port Masusa.

C’est ici que j’interroge un manutentionnaire. Il me dit que le Pachito, le cargo qui se trouve en face de moi part ce soir. Il est pour moi…
L’utilité premiere de ce bateau est le transport de marchandise, de courriers, de vivres… Mais il peut accueillir des passagers au 1er et 2nd etage (ces memes étages qui peuvent aussi servir d’entrepot). Et pour ca, il y a le choix entre 2 options : La premiere, c’est d’acheter un hamac qu’on accroche sur les nombreux tubes metalliques qui parcourent le bateau. Concernant le hamac, pour une petite sieste je ne dis pas… mais avez-vous deja passé une nuit complete dans un hamac ? Personnellement, j’en ai deja fait l’experience en France : c’est incomfortable, on est de plus en plus comprimé a l’interieur au fil des heures ; on peut suffisamment bouger les bras mais pour se retourner complétement, il faut a chaque fois mettre une main ou un pied au sol pour prendre appui. Je prefere d’ailleurs largement un sac de couchage au sol. Mais la encore, on est pas suffisamment surélevé et on ressent toutes les vibrations du bateau. 1 nuit ou 2 ca peut aller (comme je l’avais fait plusieurs fois en Indonésie), mais 5 nuits ca fait beaucoup. Et puis par terre, ce n’est pas de l’herbe touffue, c’est de la tole ! A ce niveau le hamac a l’avantage de palier aux vibrations et aux secousses des vagues provenant des autres bateaux qui nous croisent.
La seconde option, c’est d’opter pour une cabine. Elle ressemble en tout point a une cellule de prison mais au moins elle possede un lit, une table, une chaise, un wc, un lavabo, une douche, de la place pour déballer tes affaires et surtout… un peu d’intimité !

C’est décidé, ce sera la cabine. Le Port Masusa n’a pas de quai, c’est plutot une plage de terre ; une simple planche de bois relie le Pachito a la terre ferme. Je le franchis. Tout autour, on s’affaire a charger le matériel avant le départ. J’essaye de trouver un responsable mais je ne vois que des employés sur le cargo.
Je monte au 1er etage. Les hamacs sont installés en ligne et les affaires des gens se trouvent a leur pied. Je trouve un commis de cuisine qui appelle aussitot le responsable des chambres. Il m’ouvre une 1ere chambre toute de tole revetue. Ca ira tres bien. De toute facon, toutes les cabines sont semblables. Puis il me propose la meme chose au niveau supérieur. J’accepte ; autant prendre de la hauteur. Moins de monde, donc moins de bruit et par la meme occasion, on s’éloigne du moteur de l’engin.

Les sanitaires ne sont pas trop mal ; quelques toiles d’araignées mais pas de cafards. Je lui indique qu’on m’avait parlé de 120 ou 140 soles pour une cabine. Il répond oui tres rapidemment. A mon avis, ce n’est pas lui qui doit encaisser la monnaie.
Il referme d’ailleurs la porte de la chambre pour me diriger vers le contremaitre qui me demande 250 soles ! Ca y est, Roberto n’est plus la, on tente a nouveau de me faire payer le prix fort. Je repete le chiffre a haute voix sur le ton de l’etonnemement et je m’emploie a utiliser le meilleur castillan possible (lorsqu’on parle bien la langue, les prix baissent plus facilement). Il est tres occupé et part régler une affaire. Je fais part au responsable des cabines que le prix ne me convient pas, et que j’avais entendu un chiffre bien moins élevé.
Le contremaitre revient, je lui repete que c’est trop cher. De nombreuses cabines sont inoccupées, ca va jouer sur la balance… Finalement, nous convenons d’un prix : 200 soles, pas moins (40 euros). C’est moins de 10 euros par nuit avec 3 repas par jour compris. Je m’en sors pas trop mal.

Voici a quoi ressemble le 2eme etage du Pachito. Le 1er etage, c'est pareil

 

La copie quasi-conforme du Pachito, sur lequel je me trouve

 

Il est 17h30, le bateau prend du retard. Je m’installe tranquillement.
Il est presque 19h et dehors, on continue de charger le cargo :

 

Le port Masusa. Un peu moins organisé que celui de Hambourg...

 

Le cargo a l’arret, il fait chaud dans la chambre et je n’ai pas de ventilateur. Je cherche a savoir ou s’approvisionner en eau durant le voyage. Je redescends au niveau zéro, chez mon pote le contremaitre. On me fait savoir qu’il n’y a pas de ravitaillement sur le bateau. Je demande alors ou est-ce que je peux en acheter. Il faut que je retourne sur la terre ferme, dans un commerce. J’ai le temps me dit-on. Il faudra 2 allers-retours pour porter les 20L que je viens d’acheter a la superette du coin. Je n’avais absolument pas penser a l’eau et ca aurait été un énorme probleme. Un verre par repas, c’est peu.

Il est plus de 21h, le bateau part enfin apres 3h30 de retard ; une goutte d’eau dans l’Amazone comparée a la durée totale du trajet.

25 Mai 2011

1ere nuit passée dans la cabine. Le moteur garde la meme intensité sonore, pas d’a-coup, pas de secousses soudaines ; finalement la nuit a été tranquille. Il est 7h, je descends a l’étage inférieur pour prendre un petit dejeuner : riz/viande/pomme de terre.
A Iquitos, j’etais allé dans un snack spécial touriste pour un vrai hamburger-frite : je m’attendais a ne pas en voir la couleur pendant un bon moment.

J’installe mes affaires dans les rangements prévus.
On est parti pour rester un bon moment dans cette cage en tole. Mais c’est quelque chose que je voulais faire dans ce tour du monde : voyager en cargo quelques jours. Comme le vélo, c’est une autre forme de voyage. C’est prendre le temps, et meme réapprendre a prendre le temps, ne presque jamais regarder l’heure. Pas de télé, pas de DVD, pas de PC, pas d’internet. Dans un cargo, tu lis, tu écris, tu écoutes de la musique, tu regardes le paysage qui n’évoluera pas tellement d’ailleurs.

5 jours pour rejoindre Pucallpa en remontant le fleuve Amazone… On verra si je ne deviens pas fou par autant d’immobilité.

La journée passe finalement vite. Ciel dégagé et nuit etoilée. Je n’avais pas vu autant d’étoiles depuis l’Indonesie sur le bateau de peche avec Salman, au large du Sulawesi. L’air est frais, on respire.

26 Mai 2011

Vers minuit, le cargo s’arrete dans une scierie.
Et ce matin, depuis deja plusieurs heures, la vie sur le 1er niveau du bateau est rythmé par le ballet incessant des employés de la scierie empilant les planches de bois :

La scierie...
... et ses alentours

Ca dure toute la matinée… et toute l’aprés-midi. Je me demande une seule chose : est-ce ce genre d’arret aussi long est compris dans la durée totale du voyage ?

Il est plus de 17h, je descends au 1er etage. En attendant que le service de restauration ouvre, une jeune fille me demande l’heure. Elle entamme la conversation et se demande avec une certaine lassitude, quand est-ce que nous arriverons a Pucallpa. Elle me dit : « peut-etre lundi maintenant ». Je lui dis : « non, dimanche. C’est pas ca ? »

Je le sens venir, les arrets ne sont pas compris dans le calcul. Je n’ai pas le temps de savoir ce qu’elle fait ici qu’elle s’en va déja.
Je m’assoeis sur une petite table en attendant mon repas. On doit etre une cinquantaine de passager sur le bateau.
L’homme qui est assis a coté de moi commence a discuter. Il me demande comment je trouve cette region. Je lui dis que c’est tres beau, a part les moustiques… Ils ne sont pas bien gros (bien plus petit qu’en France), on les distingue a peine ; les piqures ne sont pas aussi visibles que celles provoquées par des moustiques en Europe et pourtant la douleur est bien plus importante. J’ai appliqué de la creme des le départ, mais ca n’a pas suffit. Sur le trajet entre Coca et Iquitos, je dois avoir recu une centaine de piqure répartie sur les 2 jambes ; et ca me gratte constamment. A peine tu passes la main sur ta jambe, la douleur se réveille meme plusieurs jours apres la piqure.
Je suis vacciné contre la fievre jaune mais je me demande si ce ne sont pas ces piqures qui me donnent des vertiges.  La malaria ? Non… comme un médecin en Indonesie me l’avait bien fait comprendre, si j’avais un début de malaria, je l’aurais tout de suite senti. Les symptomes sont bien plus terribles que de petits vertiges. Dans tous les cas, j’ai les jambes en feu, elles ont meme un peu grossi. Il faut arreter de gratter, penser a autre chose durant plusieurs minutes.

Je profite pour interroger ce monsieur sur notre date d’arrivée.
Sur un ton tres sur, il me dit : « Mardi »
Mardi ??? Ca fait 48h de plus que prévu ! 7 jours au lieu de 5… Je lui fais confiance, les gens que j’interroge sont tous au 1er etage, pres des employes du cargo. Au 2eme etage, je ne suis au courant de rien. J’imagine en France la cohut que ce serait d’apprendre que le bateau aura 48h de retard a l’arrivée… Ici pas de mutinerie. Pour ma part non plus, je ne change absolument pas d’humeur. J’apprends la nouvelle, c’est tout.
Au moment ou il m’a dit « Mardi », j’ai tout de suite pensé a 2 choses : « Est-ce que j’ai suffisamment de quoi lire ? » OUI. « Est-ce que j’ai suffisamment d’eau? » OUI. Pas de quoi entammer les restrictions, j’ai prévu suffisamment large.

Le bateau commence a manoeuvrer. Il s’est passé plus de 20h depuis l’amarrage du bateau a la scierie.

27 Mai 2011

C’est bon, c’est bien ancré dans ma tete. Ce ne sont plus 5 jours mais 7 jours de cargo.
Le bateau fait de nombreux arrets dans les villages. Le ravitaillement leur sont necessaire :

Un des nombreux villages au bord du fleuve Amazone

Mais les arrets sont désormais de courtes durée. La chaleur n’est pas insupportable lorsque le cargo est en marche. En revanche, un long arret en plein soleil réchauffe toute la chambre assez rapidemment.
Je passe toute la journée a lire. Vous voulez savoir pour quel livre en francais j’ai échangé un bouquin acheté a Bogota ? C’était un livre sur Vercingetorix. Meme en plein coeur de l’Amazonie, on a toujours un petit cordon ombilical relié a l’Auvergne. Je ressors aussi de mon sac a dos ce que j’avais commencé d’écrire  en Europe, continué de rédiger en Thailande les jours de pluie, peaufiné a Jakarta, durant les longues heures d’attente dans l’aeroport.

Et c’est déja le coucher du soleil. Ca passe plutot vite quand lorsqu’on est occupé.

Mais je me rend compte surtout d’une chose : depuis mon arrivée sur le continent américain, les jours sont courts. Aux USA, je tombe en plein hiver ; je descends a vélo l’Amerique Centrale et puis jusqu’au niveau de l’Equateur pendant que les jours rallongent en Amérique du Nord. J’arriverais au Sud de l’Amérique latine au début de leur hiver et ce sera rebelote : A partir de 18h, c’est la pénombre. A 18h30, la nuit noire. Des mois que ca dure et que ca me suit.

28 Mai 2011

J’ai toujours quelque chose a faire et je me demande comment font les gens : parfois ils discutent entre eux mais la majeure partie du temps ils sont assis sur les bancs qui longent la coque du bateau, debout a regarder le fleuve ou dans leur hamac a dormir. Les enfants eux, jouent a cache-cache, courent partout et font resonner la tole sous leur pied.
Moi, j’ai toujours ma porte d’entrée ouverte. Installé devant le bureau, j’apprends les circonstances de la défaite a Alesia tout en jettant quelques coups d’oeil dehors : c’est bon, c’est toujours la foret. Tiens d’ailleurs, je n’ai meme pas pris encore de photo de mon superbe studio de tole. Je dois fermer la porte, il y a trop de lumiere pour l’appareil photo :

C'est pas trop mal. On s'y fait vite

 

Rosi, la jeune fille que j’ai rencontré il y a 2 jours passent me rendre visite ce matin. Elle s’assoeit sur le rebord de ma porte et commence a discuter. Elle en a marre d’attendre, elle a hate de rentrer a Pucallpa car ca fait 6 mois qu’elle est restée a Iquitos a travailler avec sa mere dans le comedor familial. Elle fait le voyage du retour toute seule. Je lui demande pourquoi elle ne monte pas au second étage, il y a moins de bruit de moteur et moins de monde. Elle me dit qu’elle a peur parce qu’elle a entendu des histoires comme quoi il valait mieux ne pas dormir en haut lorsqu’on est une fille toute seule. Elle prefere rester avec tout le monde en bas.
Elle me dit qu’elle a le mal de mer. Du moins, c’est ce que je croyais jusqu’au moment ou elle me dit fiebbre. C’est pas vraiment dans ce cargo qu’on trouvera une infirmerie ou une pharmacie… Je sors mon test-fievre frontal. Elle ne sait pas ce que c’est. Je lui explique rapidemment que 37 c’est bien, et que 38 c’est pas bien. Et c’est un bon 38 qui s’affiche. Je lui donne un Nurofen pas trop fort et lui dit de repasser plus tard.

Au repas, j’interroge a nouveau. Parait-il qu’on arriverait lundi soir au lieu de mardi. Ce qui ferait finalement 6 jours.
Dans l’apres-midi, nous accostons dans un village assez important. Les vendeurs de fruits entrent dans le bateau. Rosi vient me voir et m’offre une moitié de noix de coco. Une éternité que j’en avais pas mangé.

Elle me parle un peu plus de ses origines. Elle habite un petit village du nom de San Francisco, au Nord de Pucallpa. Chez elle, la langue maternelle est le Shipibo : une tres vieille langue pré-hispanique. Elle me propose de venir visiter son village, une fois arrivés a Pucallpa. J’accepte.
Encore un 38 de fievre. Je lui redonne un cachet.
La nuit, nous montons au 3eme étage de l’appareil, la ou il fait le plus frais.
Elle me chante quelques airs Shipibo et me parle de tous les animaux dangereux qui peuplent la foret. Elle est née en Amazonie, elle connait. Moi je suis né a Clermont-Ferrand, forcément, il y a beaucoup moins d’alligator et d’anaconda…

29 Mai 2011

Avant-dernier jour sur le bateau. Et oui, un cargo, par définition, ca avance plutot lentement. Avec les arrets dans les villages a charger et décharger, ca avance encore plus lentement ; et avec tous les méandres que forme le fleuve Amazone ca avance encore… encore plus lentement ; et pour finir, n’oublions pas qu’on est a contre-courant !
Rosi arrive a ma porte ce matin. Elle me dit qu’elle a besoin d’un autre médicament. Je prends sa temperature. 39… Ca avait baissé hier et ca regrimpe. Et mal de gorge en plus. Une angine c’est possible ? A force de prendre les courants d’air au 1er etage peut-etre… Je n’en sais pas grand chose. Dernier Nurofen de la boite. Pour la gorge, baume du tigre acheté a Delhi. Je m’en étais servi pour les muscles des jambes vers la fin de mon voyage a vélo.
Elle n’a pas emporté un bouquin, pas une musique, rien pour se distraire. Elle reste comme tout le monde, a regarder dehors ou a rester dans le hamac. C’est la ou je deviendrais fou.
Je lui prete mon MP3 (avec plaisir, j’ai les memes musiques qui tournent en boucle depuis plus de 9 mois). Elle part avec et je ne la revoit plus de la journée, jusqu’a ce qu’elle revienne en debut de soirée pour me dire : « je crois qu’il y a plus de pile ».
Fais-voir la temperature… 37, nous voila sauvé !

30 Mai 2011

Re-changement : on arrive finalement mardi en fin de matinée m’a-t-elle dit hier. Donc aujourd’hui, avant-dernier-jour, le vrai de vrai cette fois.
Je suis bien remis et pret a poursuivre ce voyage. Meme si le cargo etait bruyant parfois, ca reste plus reposant que mon rythme habituel. J’attends vraiment d’arriver, mais c’est finalement avec un réel plaisir que j’ai accueilli ces jours consécutifs de « temps-devan- soi » sur le Pachito. Depuis Alice Springs en Australie, je n’étais jamais resté aussi longtemps au meme endroit… et tout en avancant…

31 Mai 2011

J’utilise le fond de ma derniere bouteille des 20L que j’avais pris au départ. Le calcul n’était pas trop mauvais.
Je rassemble mes affaires. Arrivée prévue en fin de matinée.
Nous accostons finalement vers midi.
Le frere de Rosi vient nous aider a porter la pile de bagage que sa soeur a emporté. Nous partons au motocarro. Pucallpa est en fait un peu plus dans les terres. Nous n’irons pas pour le moment. Le motocarro nous dépose a coté d’un collectivo (un taxi partagé) comme celui que j’ai pris en Colombie ; sauf qu’au lieu d’etre 6 a l’interieur, nous sommes 9, dont 2 niños mais 9 quand meme, avec tous les bagages dans le coffre.
A 30min de Pucallpa se trouve San Francisco, le village Shipibo de Rosi, au bord de l’Amazone. Le sentier est boueux, tellement boueux que la voiture s’engouffre dans une flaque sans pouvoir s’en extraire. Et panne de batterie. On bloque le passage des autres véhicules dans cet étroit sentier. La voiture qui arrive s’arrete et on s’affaire a trouver une solution.
On tente de pousser la voiture a la force des bras. Pas suffisant.
Nous sortons toutes les affaires de la voiture pour l’alléger. Toujours pas suffisant.
Puis une autre voiture arrive derriere nous. Ils ont une corde pour tirer la voiture. Il faut un couteau pour ajuster la longueur. Personne n’en a. Je les entends dire : « le francais en a peut-etre un ».

Oui, peruviens, j’ai un Opinel.

Nous parvenons finalement a extraire le taxi de la boue. Et a peine 5min apres, nous arrivons a San Francisco.
Rosi me présente a toute sa famille. Je discute plus amplement avec Ronel, son frere. Il me dit que toute la rue appartient a leur famille. Et tous parle le Shipibo.

J’en apprendrais plus demain. Il est déja tard. J’ai eu le temps de déjeuner avec eux et de gouter aux poissons tirés du fleuve. Mais pour le moment je laisse mes affaires a San Francisco et je retourne a Pucallpa : je n’ai pas donné de nouvelles depuis longtemps.
Je passe la nuit a Pucallpa.

1er Juin 2011

Rosi me rejoint a Pucallpa pour faire quelques courses au marché couvert. On achete de tout : fruits, légumes, riz. Des régimes entiers de bananes, que dis-je, des branches entieres. Ca pese une tonne. Mais cette variété se conserve longtemps.

Il y a plusieurs facons de rejoindre San Francisco : motocarro, collectivo ou un canot a moteur par le fleuve. Et pour le coup, avec toute les courses, il est plus sur de prendre un canot jusqu’a San Francisco. Ca secouera moins et c’est plus rapide. Du point d’achat jusqu’a la berge ou se trouve les barques, il faut tout charger dans un motocarro. Il n’y a que 200m, mais c’est vraiment lourd.

En motocarro
En canot

Nous arrivons au pied du village de San Francisco. Ronel nous attend avec une brouette. Il a quelques problemes au dos. Je me charge de remplir la brouette et de la remonter sur toute la pente jusqu’a la maison familiale.

Les habitations Shipibo
La partie cuisine avec les 2 derniers niños de la famille

Ronel m’explique lentement la culture Shipibo et me prete un livre pour comprendre mieux.

Les Shipibo sont un groupe ethnique d’Amazonie qui se concentre le long du fleuve Ucayali (le nom du fleuve Amazone sur cette partie du territoire) et de ses affluents sur environ 300 kms. A part a Pucallpa, ou tout le monde parle espagnol, tout le reste sont des dialectes datant de l’ere pré-hispanique. L’Amazonie concentre 90 pour cent de toutes les langues parlées au Pérou. Le Shipibo est d’ailleurs l’une des 6 langues de la famille linguistique Pano (comme le francais et l’italien sont de la famille linguistique romane). Avec le Shipibo, il y a 41 autres langues parlées au Perou.

Pour la suite, on est loin de la théorie de l’évolution de Darwin mais voici ce qu’est la pensée Shipibo :
La cosmovision shipibo est la relation entre l’homme et la nature. Jusque la, rien d’extraordinaire ; mais les Shipibo affirment que la conversion de l’homme en animal s’est produit dans l’Antiquité comme punition pour avoir transgressé aux regles de la coexistence sociale. Cette faute a produit 2 effets : 1) negatif, puisqu’en ayant attenté aux droits collectifs, l’homme se punit par la déshumanisation : l’expulsion de l’individu de la communauté humaine pour le confronter au monde de la nature
2) positif, parce que cette conversion a permis le repeuplement de la variété des especes animales dans la montagne.

C’est dans la nuit que se reveille les etres enchantés et malfaisants, representés par des animaux lors des invocations : hibous, pumas, crocodiles. Les constellations sont également peuplées d’etres magiques autant que dans les eaux du fleuve.
Beaucoup de dieux et de démons gouvernent le monde Shipibo. Le Soleil représente bien entendu le pouvoir maximal. Il est le créateur et le maitre du cosmos. Il partage cet espace avec la Lune, déesse masculine et virile, convertit en homme amoureux des Shipiba (je n’ai rien inventé).
Ronel s’occupe aussi des rituels. Je peux d’ailleurs y participer si je reste plusieurs semaines. A coup de plantes hallucinogenes et d’invocations, l’individu participant a ces rituels finit par avoir des visions, notamment d’ordre animales et végétales. C’est un rituel qui leur appartient. Je leur laisse.
Mais ce qui est interressant c’est que ces visions sont représentées sous formes de peintures sur le corps, mais aussi sur les poteries et les tissus.
Ainsi, l’anaconda y est souvent représenté car les Shipibo pensent qu’acheter une tete d’anaconda porte bonheur et chance. Chaque famille en possede au moins une :

A quel autre moment aurais-je l'occasion de toucher une tete d'anaconda...

Il me précise que l’anaconda ne se mange pas. En revanche, sa graisse possede des vertus therapeutiques lorsqu’on l’utilise comme creme de corps. Autre précision : l’anaconda n’a pas de probleme pour avaler un poulet entier !

Ronel m’apporte un objet en céramique retrouvé dans la terre. C’est une toute petite poterie créee par les ancetres Shipibo. A ce sujet, il m’emmene faire une visite du village. Il m’explique que pour la création des tissus, il faut aller dans des lieux précis autour du village pour trouver la terre particuliere afin d’obtenir la couleur orange, la couleur blanche, la couleur noire… On trempe le tissu puis on l’expose au soleil, puis on le retrempe ; en tout 8 fois avant que le tissu soit totalement impregné de sa couleur definitive.
Je rencontre une vieille dame peignant une poterie finalisée. J’entre ensuite dans une propriété tenue par un artiste qui peint lui aussi ses visions, mais sur de grands tableaux.

Les Shipibo, ce sont des menuisiers, des artisans et des pecheurs. Les traditions ont quand meme beaucoup évolué en l’espace d’une ou 2 générations : avant, le mari avait 3 femmes ; et ces memes femmes, qui avaient la tenue traditionnelle, la trouve aujourd’hui beaucoup moins agréable a porter que nos vetements contemporains.
On vit toutefois ici bien différemment qu’en ville. Par exemple, on prend le repas accroupis, la famille réunie autour d’un meme plat. A mon retour de visite, je trouve Rosi en train de frotter ses vetements a la bassine, un par un.
Une de ses petites cousines arrivent jusqu’a elle. Un insecte a pondu ses oeufs a l’intérieur du bout d’un de ses orteils. La ou normalement la technique moderne serait de sortir une aiguille et du produit désinfectant, Rosi s’en va arracher une épine d’un arbre pour justement s’en servir comme aiguille.
Aprés avoir sorti les oeufs du pied (je n’ai pas entendu une seule fois crier la petite fille ni meme se plaindre), Rosi lui annonce que c’est terminé. Mais je leur dis d’attendre. Rosi l’aurait laissée partir, la plaie a vif, avec comme instrument de soin une épine en guise d’aiguille… Je dois bien avoir quelque chose de mon coté. Je sors ma trousse de soin et c’est ainsi que ma creme antibiotique achetée a Los Angeles (USA) finira ses jours… a San Francisco (Pérou).

Je prends le temps de filmer la famille, les enfants. Rosi me lit quelques lignes du livre en Shipibo-Espagnol. Meme si je ne comprends pas entierement les phrases en espagnol, je m’apercois d’une chose : elle saute des syllabes entieres. Je lui demande si elle lit souvent. Elle me répond un oui rapide comme pour se débarasser. Je lui demande de m’en lire encore plus et si elle serait capable de lire plus vite. Elle me dit que non. Elle a fini l’école depuis un certain temps déja et a les premiers signes de l’illettrisme. C’est un probleme tellement fréquent dans ces régions reculées. Peu de lecture, peu d’écriture, ca se perd tres vite. Mais ca, j’ai pas osé lui dire.

C’est déja la fin de l’apres-midi, j’ai passé toute la journée dans ce village, et je dois désormais repartir. Ronel s’en est allé, je n’ai pas pu le remercier. Dans tous les cas je remercie Rosi qui m’a invité dans sa famille durant cette journée.

Je vais reprendre a nouveau mon rythme de voyage en me disant avant de quitter San Francisco (pour la enieme fois) : « je quitte un endroit que j’appreciais ».

Je prends un collectivo jusqu’a la station de car de Pucallpa.
Il est 18h, je pars pour Lima.

2 Juin 2011

Il fait nuit. Je suis entre éveil et sommeil. Le car fait des méandres. On escalade la Cordillere d’Est en Ouest mais j’ai encore l’esprit dans la foret a force de l’avoir vu durant presque 2 semaines. Meme apres 20h de car, meme arrivé a Lima dans le trafic surchargé de la capitale, meme dans l’hostel que je viens de trouver et d’ou je vous écris ces quelques lignes évoquant des missions catholiques, des peuples shipibo, des rituels ancestraux, des tetes d’anacondas, des cargos, des barques, des centaines de kilometres de méandres.. et bien meme maintenant, je suis encore en Amazonie.

J’ai mis des heures pour tout écrire. Mais comme d’habitude, je me devais de le faire pour ne jamais oublier ce que j’ai vu et vécu.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Lima, Nazca, Incas et Titicaca

3 Juin 2011

Me voici donc a Lima, la capitale.
Je traine un peu sur Internet le matin et me rends sur le site Couchsurfing.
Le Couchsurfing, c’est loin d’etre simplement un réseau d’hébergement chez l’habitant : lorsqu’un membre se connecte, on est directement repéré par les locaux, membres du réseau. Un liménien (habitant de Lima) m’envoie un message en fin de matinée. Il s’appelle Jhony (prononcez-le a la francaise si ca vous fait tellement plaisir…), il est diplomé de tourisme et travaille dans un autre backpacker, dans le quartier de Miraflores, le meme quartier que le mien.
Lima est immense : pas moins de 42 districts ; et Miraflores est un quartier récent, proche de la mer.

En attendant qu’il me réponde, je pars cette apres-midi en direction de la mer. Je traverse les quartiers commerciaux aux enseignes connues. Bon… rien de bien foufou ; et du bruit : les taxis te klanonnent pour t’avertir qu’ils passent devant toi, au cas ou. C’est presque systématique et assez agressif a la longue.

J’arrive au bord de l’Océan Pacifique que j’avais laissé a Panama. Et bien… j’aurais le laisser a Panama… jugez par vous meme…

Vous trouvez ca joli ?

Du béton, beaucoup de béton. Les batiments n’ont rien d’attrayants. Peut-etre que les autres plages de Lima ont plus d’atouts. Pour ma part, j’aurais du prendre un hostel dans le quartier historique comme d’habitude. Mais l’appel de l’océan a pris le dessus et je le regrette finalement.

Je rentre a l’hostel. Je souhaiterais me rendre a Nazca demain, au sud. J’interroge la receptionniste sur la meilleure facon de s’y rendre, lorsque le téléphone de l’accueil se met a sonner.
Elle me dit : « C’est pour vous ».
Tiens, tiens…
C’est Jhony. Il me donne rendez-vous a l’entrée du centre commercial, a 2 pas de l’hostel.

Liménien de naissance, il parle tres bien l’anglais et souhaite me faire visiter le quartier. Je lui dis que je n’ai que quelques heures (demain je repars) et que je dois d’abord acheter mon billet pour Nazca.
Ensemble, nous partons d’abord pour régler ca. Il m’indique une agence.  C’est bon, départ demain matin. Jhony me demande si je suis allé visiter le quartier historique. Je réponds non, un peu honteux.
Il me dit :
– « Tu pars demain et tu n’as pas vu le centre historique ? »
– « En fait j’attendais que tu répondes a mon message pour qu’on y aille ensemble »

C’est vrai, je ne me sentais pas de faire des kilometres tout seul. Si je peux etre accompagné d’un local, j’aime tout autant la visite.
Il connait bien sa ville.

Nous prenons le Metropolitano qui est un bus rapide avec une voie lui étant entiérement réservé. Il fait nuit a présent et nous voici arrivé au centre historique de Lima. J’ai bien fait d’y aller, c’est superbe de nuit.
Batiments coloniaux, cathédrale, hotel de ville, fontaines. Il m’explique meme la signification de chacune des statues representées sur la fontaine principale. J’aurais bien pris des photos, mais mon appareil n’apprecie pas vraiment la nuit.

De Juin a Octobre, une bruine tres fine – qu’on appelle garua – venant de la mer rend le ciel de Lima vraiment tristounet. Il paraitrait d’ailleurs qu’au XVIeme siecle, lorsque Pizarro cherchait le meilleur endroit pour batir la capitale, les Incas lui indiqua cet endroit brumeux pour se venger des exactions commises par les conquistadores sur le peuple indigene. Ca n’a pas empeché Pizarro d’élever de superbes monuments autour de la Plaza de Arma et de la Plaza Mayor.
Malheureusement, quelques monuments n’ont pas subsisté au tremblement de terre de 2007. L’épicentre, situé 200kms plus au sud, détruisit la moitié de la ville de Pisco, et la secousse fut ressentie a Lima durant 1min30 !
Jhony s’en souvient bien. Je lui parle du tremblement de terre que j’avais ressenti lorsque j’etais dans le Chiapas, au Mexique. Ca n’avait duré que 15 secondes ; mais ici, a Lima, 1min30, ca a du vraiment paraitre long.

Dans le plus vieux bar de la ville, je goutte l’Inka Cola. Les péruviens en sont fiers car la boisson est plus consommée que le vrai Coca-Cola. La multi-nationale a tout de meme fini par la racheter…
Ce bar est en effet chargé d’histoire, et continue de l’etre, car bien placé, tout pret de la mairie et de la maison presidentielle, c’est ici que les politiques se retrouvent, me dit Jhony.

Dimanche ce sont d’ailleurs les élections. Impossible d’y echapper ; partout j’ai vu des banderoles, des affiches, des drapeaux et meme des maisons peintes entiérement aux couleures d’un des 2 camps. La ferveur est immense puisque le Pérou n’a pas de Président depuis 5 ans, l’ancien president Fujimori étant incarcéré pour corruption.
C’est un coude-a-coude entre Ollanta et Keiko Fujimori, « la fille du prisonnier ». Jhony me dit qu’il n’apprécie pas Keiko car il pense qu’elle a certainement trempé dans les affaires de son pere… Si elle est élue, elle serait alors la 1ere femme presidente de l’histoire du Perou.
Voter, c’est une obligation au Pérou. Dans le bar ou nous nous trouvons, il est interdit de servir de l’alcool pendant toute cette periode. Je demande a Jhony la raison. Il me répond que c’est pour éviter les violences lors de débats houleux sous l’effet de l’alcool.
Pas d’alcool, pas de client ou tres peu ; c’est plutot calme, a part les klaxons, toujours présents.

Jhony me propose alors un spectacle dans le parc des fontaines. Il n’y a que ca a faire ce soir. C’est une projection cinématographique de différentes danses sur les eaux qui jaillissent de la fontaine principale, le tout en musique. C’est vraiment sympas. Les parents et les enfants s’y retrouvent.

Pour le retour, nous le faisons en mini-bus collectivo. C’est assez folklorique : les avenues de la capitale sont longues et pour 20 centimes d’euros, tu peux traverser la meme avenue sans la quitter. Ca économise des dizaines de minutes de marches a pied. Il y a un chauffeur et un rabatteur a l’arriere qui n’arrete pas de crier a chaque feu rouge et chaque intersection pour faire venir un maximum de clients dans ce « dolmus » péruvien. Vous n’avez pas oublié ce mot j’espere : « dolmus ». Mais si, les mini-bus en Turquie…

Nous revoila a Miraflores. Jhony prend son boulot dans quelques minutes. Il fait 22h-7h au backpacker. Je l’accompagne pour jeter un coup d’oeil a cet hostel. J’aurais du prendre celui-ci pour résider a Lima quitte a etre dans le quartier de Miraflores… Mon hostel n’est pas mal non plus ; il n’y a que des américains, des canadiens et des australiens qui s’y sont refugiés la parce que l’accueil est anglophone. Je critiquais l’immense majorité de la population francaise qui ne parlait pas un mot d’anglais, mais il y a pire : les anglophones parlent rarement une autre langue que la leur… Pour le coup, les francais sont bien meilleurs en espagnol que n’importe quel autre pays anglophone.

Jhony ne travaille dans ce backpacker que depuis 2 jours. Il s’occupe de l’entretien et du bar. Il me propose un Pisco : un boisson alcoolisée qui se boit en cocktail : 1/2 blanc d’oeuf, du jus de citron, du sucre de canne, un peu de glace pilee et… du Pisco qui se rapproche de la Grappa italienne ; le tout passé au mixeur.

Ainsi s’acheve cette soirée sympathique passée dans le quartier historique de Lima (autant oublier l’apres-midi a Miraflores, ca n’en valait pas la peine).

Retour a l’hostel pour une courte nuit de sommeil.

4 Juin 2011

Levé a 5h30. Nazca m’attend a plus de 450kms au sud de Lima, et 55 kms a l’Est du Pacifique, dans les terres sombres et désertiques. C’est dans cette pampa – la Pampa San José – qu’on a découvert au début du XXeme siecle d’étranges motifs au sol datant de l’époque dite de la « Civilisation de Nazca », entre 300 et 900 apres JC – peuple ayant vécu bien avant les Incas – .

Le bus arrive a Nazca vers 14h. Je prends directement un taxi qui m’amene en dehors de la ville, a l’aérodrome. Toutes ces figures géométriques ont été découvertes par avion et c’est – de loin – par ce moyen de transport qu’on peut les observer le plus distinctement.

J’embarque dans un CESSNA avec 1 pilote, 1 co-pilote et 3 américaines. Ce paysage apocalyptique s’étend a perte de vue jusqu’a buter contre de superbes montagnes aux teintes rouge-oranges.
Dans cette terre aride se trouve des motifs tels que des animaux (18 au total), un visage, des mains, un arbre, une fleur… Ce sont souvent des formes de plusieurs dizaines de metres. La plus longue est « L’oiseau-serpent » qui mesure 300m.

Ces motifs aussi rectilignes laissent toutefois planer le doute. Et si c’était l’oeuvre des extra-terrestres. Une poignée de gens le pense… Comment les Nazca sont-ils parvenu a obtenir autant de précision dans la création de ces motifs ? Les figures franchissent parfois les ravins, sont perchés a flanc de colline, mais restent d’une étonnante régularité dans leur tracé. Le mystere demeure…

En tout cas, du haut de l’avion a survoler ce paysage lunaire ou les figures apparaissent parfaitement sous nos yeux, c’est un tres bon moment et une rencontre aussi étrange que celle des curieuses statues de San Augustin en Colombie.
Les américaines, armées de leur appareil photo ont du mal a cadrer : l’avion secoue beaucoup. De mon coté, j’ai opté pour une méthode plus sure : le « 25-images-par-seconde ». Mon camescope quoi…

J’atteris sur le plancher des vaches apres 35min passé au dessus de la pampa.

Le chauffeur de taxi me fait une offre : il m’amene au musée Maria Reiche – que je souhaitais visiter – pour 50 soles, et me ramene ensuite.
Je lui répond :
– « OK pour 40 soles, pas plus »
– « 45 soles et au retour, on s’arrete au mirador »

Allez, ca marche. Le chauffeur est un type sympas. Il m’explique durant le trajet les différentes théories des lignes Nazca, et me parle un peu plus de…

 

…la folle du désert
Il me raconte que Maria Reiche, une mathématicienne d’origine allemande, était tres connue ici ; que sans relache, elle faisait des allers-retours depuis sa maisonnette (devenu le musée) jusqu’a la pampa. Les locaux la surnomma la loca del desierto (la folle du désert) : elle a passée sa vie sur ce site.
La théorie la plus plausible reste celle d’un calendrier astronomique géant, et si c’est le cas, ce serait le plus vaste au monde. Les détracteurs, apres des recherches par ordinateurs, affirment qu’il y a 1000 ans, il n’y avait aucune correspondance entre les motifs et la configuration du ciel de l’époque (d’ou les théories sur E.T l’extra-terrestre en tournée dans le secteur…).
Peu importe pour Maria Reiche, elle conserva son esprit carthésien jusqu’au bout.
Elle n’avait pas de reperes et éprouvait d’énormes difficultés dans ses investigations a cause du climat tantot aride tantot frigorifique de la pampa San José.
50 ans… 50 ans a prendre des mesures et a élaborer des théories axées autour de la physique, des mathématiques et de l’astronomie. Au volant de sa cocinnelle puis de son Volkswagen, debout sur son escabeau et nettoyant chacune de ces lignes au balai, elle travailla consciencieusement durant toutes ces annéees, aidée par le service aérographique de l’armée. Elle a survolé ces lignes des centaines de fois.
Elle aimait le Pérou et son visage fut meme gravé de son vivant sur un timbre du pays. Elle obtint la nationalité péruvienne a la fin de sa vie. Le jour de sa mort fut un jour de deuil national.

Le chauffeur me dit qu’il la voyait de temps en temps lorsqu’elle se rendait a Nazca. Son nom reste définitivement rattaché au site.

J’apprends 2 ou 3 choses supplémentaires au musée.
Le principe pour les Nazca de l’époque, était de retirer les pierres, de creuser 20 a 50cm de profondeur et d’y ajouter du sable a l’endroit du tracé.

J’aurais bien opté pour la théorie des extra-terrestres (ca ajoute un peu de piment). Les poteries retrouvées sur place montre qu’un culte était voué autour de ces figures. Donc, culte autour du calendrier astronomique ou autour de ces formes créees par les bonhommes verts ?
Mais il faut bien reconnaitre plusieurs choses : la société Nazca, comme les autres société du vieux monde connaissait bien le rythme des saisons et controlait le temps. De plus, pour chaque motifs, chaque formes, chaque dessins, il y a un acces pour que l’homme puisse y entrer, sans piétiner une seule ligne. Ce sont les raisons pour lesquelles on penche désormais bien plus vers un travail fait par des humains.

Au retour, le chauffeur m’amene comme prévu au mirador. De la, on ne voit que 2 figures, mais ca vous donne une impression de l’ambiance du site :


Les Mains
L’Arbre

L’anecdote des 9 doigts
Lorsque vous voyez « les Mains » sur la pampa ou « le Singe » (pas sur la photo), les 2 ont une main a 4 doigts, l’autre a 5 doigts. Personne ne sait pourquoi. Le chauffeur m’a fait la visite du musée et a évoqué une chose assez surprenante : il m’explique que Maria Reiche, avant d’arriver a Nazca et de commencer toute recherche sur le site, s’est piqué le doigt sur un cactus. La plaie s’est infectée et elle a du se faire amputer d’un doigt. Plus que 9 doigts, comme plusieurs signes de Nazca… Non, ne cherchez pas un théorie extra-terrestre pour le coup, c’est une pure coincidence ! J’aurais jamais fais attention meme en voyant des photos de la mathématicienne au musée. Il n’y a qu’un local pour connaitre ce genre de détail !

La pampa San José
La panaméricaine passe juste a coté
Ressentez l’ambiance
Et les montagnes dont je vous parlais prennent une superbe couleur en fin d’aprés-midi

Le taxi me ramene au centre-ville de Nazca. J’ai fais tout ce que j’avais a faire a Nazca, bien plus vite que prévu, et pourtant j ‘ai pris mon temps. Il ne fais meme pas encore nuit. Quitte a dormir ce soir, autant que ce soit dans un car, tout en avancant. Mais le prochain est dans longtemps. J’ai 5h devant moi. Je patiente bien gentillement dans le resto puis dans une salle Internet avant de revenir a la station.

5 Juin 2011

Il est un peu plus de minuit, je pars pour Cuzco, au Nord-Est.
Le soleil s’est levé depuis longtemps.

Et j’admire le superbe paysage des Andes durant le trajet
Sur cette photo, on voit un peu mieux les hautes montagnes enneigés

14h aprés mon départ de Nazca, j’arrive a la station des cars de la ville de Cuzco. Plutot que de prendre un taxi, je décide de parcourir la ville a pied jusqu’a l’albergue (hostel, backpacker, c’est pareil).
La ville n’est pas grande et possede un centre historique superbe. Cuzco se trouve en plein dans la Cordillere des Andes, on est a 3400m d’altitude et je commence a bien le ressentir meme en marche lente, car l’albergue se trouve dans une rue en pente qui surplombe toute la ville.

Cuzco

Ca me rappelle un peu Veliko Turnovo en Bulgarie : la ville est a taille humaine, les toits sont de couleur uniforme et l’auberge de jeunesse se situe dans la vieille-ville, perchée dans les hauteurs.

Il est 19h et j’entends les klaxons et des gens crier dehors : Ollanta vient de remporter les élections presidentielles. Je sors pour filmer la manifestation de joie des votants sur la Plaza de Arma (la place principale, celle qu’on voit sur la photo précédente).
Ce sont plusieurs petits groupes qui défilent. On agite les banderoles, sifflets au bec et voitures klaxonnantes (encore plus que d’habitude…).

Il fait nuit et il fait froid. En bermuda, c’est un peu limite. Pour demain au petit matin, il va falloir prévoir plus chaud.

6 Juin 2011

Levé a 5h. Je ressors le polaire et le manteau acheté a San Francisco (aux USA, pas au Pérou…), bien caché au fond du sac depuis des mois.

Hier, j’ai booké pour la visite de l’un des monuments précolombiens les plus splendide d’Amérique du Sud. C’est déja un bon indice…
Je vous épargne tout ce qu’il faut endurer avant d’y parvenir : bus, train, re-bus, flot de touristes, marchands de souvenirs, vendeurs ambulants omniprésents, prix d’entrée exhorbitant… Mais c’est un site sublime et incontournable ; et lorsqu’on accede a ce paradis de montagne, on ne regrette rien, absolument rien !
Il est midi, on est a 65kms au Nord-Ouest de Cuzco, et me voici enfin…

…au Machu Picchu

Il fait un temps impeccable.

Entouré par de superbes montagnes, on pourrait croire que le Machu Picchu est a une altitude élevée; pourtant on est ici 900m en contrebas par rapport a la ville de Cuzco

Le site est tellement grand que les touristes sont finalement bien éparpillés. On peut avoir sa tranquillité durant la visite (en Juillet et Aout, c’est loin d’etre le cas !) de ce site Inca.

Tiens d’ailleurs, petite mise au point :
Pour les civilisations les plus connues : les Azteques se sont sédentarisés autour de la vallée de Mexico ; les Mayas occuperent les territoires du sud du Mexique, du Belize, du Guatemala, du Honduras et du Salvador. Quant aux Incas, leur civilisation prirent naissance dans le bassin de Cuzco. Ils s’étendirent ensuite le long du Pacifique et de la Cordillere des Andes de la Colombie jusqu’au Nord de l’Argentine et du Chili en passant par l’Equateur, la quasi-totalité du Pérou et l’Ouest de la Bolivie.
Voila ! Ca méritait une petite mise au point car on a tendance a confondre un peu tout…
Revenons a nos moutons…

…et a nos alpaguas, qui règnent ici en maitre des lieux

Les alpagas sont plus petits que les lamas ; mais lui aussi, crache pour se défendre. Celui-ci a été sympas avec moi…

Durant 3h, je parcours le dédale de ruelles du site Inca.

 

La grande maison de campagne :
Le Machu Picchu aurait été une résidence secondaire pour les souverains Inca, a l’écart du pouvoir central que représente la ville de Cuzco. Un souverain ne se déplacant jamais seul, tout un village l’accompagnait ainsi qu’une cour et des dizaines de serviteurs. En tout, environ 1800 personnes vivaient sur les hauteurs du Machu Picchu au temps de la rayonnante époque de la civilisation Inca.

Le systeme de terrasses servait a endiguer les fortes pluies qui s’abattait sur la région.
L’esplanade centrale était la place principale du village :

L’esplanade centrale

Autour, 285 maisons au total. Les Incas, comme les Nazca a leur époque vivaient au rythme crée par le cycle des astres, qu’ils connaissaient parfaitement. Les temples sont nombreux : Le Temple du Soleil, de la Lune, le Temple des « 3 fenetres », le Grand Temple, sans oublier la maison du pretre, perché sur un promontoire sur le flanc ouest.

Ce que l’on voit au fond, c’est le Wayna Picchu, omniprésent sur toutes les photos d’ensemble. Il joue beaucoup dans la « personnalité » du site du Machu Picchu.

C’est un point majeur dans la conservation d’un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO : on devrait limiter certains accés au site. Pour ma part, je fais comme tout le monde, je ne me plains pas de la liberté de mouvement qu’on a sur le site, mais on peut circuler quasiment partout et ce n’est pas ce qui est le mieux pour un lieu aussi fréquenté (la, c’est le diplomé de Tourisme qui parle).
On commence toutefois a reverdir certains endroits trop piétinné. Bon point. En progres, mais peut mieux faire…
C’est important pour la perduration d’un site que d’interdire certains passages et je ressens encore du dégout lorsque je repense au site de Fatepur Sikri en Inde, laissé a l’abandon et pourtant classé au patrimoine de l’UNESCO.

Le Machu Picchu, lui, n’a rien perdu de sa magie.
Peu importe la maniere dont vous parviendrez a rejoindre le site, ne passez pas a coté de cette perle des Andes : si vous voyagez au Pérou, vous avez l’obligation de vous y rendre ! A n’importe quel prix !

Retour a Cuzco. Il est plus de 23h. Je suis fatigué mais J’AI VU LE MACHU PICCHU !

7 Juin 2011

Cette nuit n’aura pas été guere plus longue que la précédente. Je me leve a 6h ce matin pour rejoindre la station de car en direction de Puno, 450kms au Sud-Est de Cuzco.
Je ne quitte pas la Cordillere des Andes. Ca monte jusqu’a atteindre le début de l’Altiplano (plaine d’altitude) : entourée de cretes montagneuses. Cette plaine était recouverte a l’époque d’un vaste lac. Elle est aujourd’hui a l’origine d’une étendue d’eau « plus réduite » : le lac Titicaca. Et apres 7h de route, j’arrive en milieu d’apres-midi au bord du lac navigable le plus haut du monde, dans la ville de Puno a 3850m d’altitude.

Je ressens le manque d’oxygene encore plus qu’a Cuzco et retrouve une altitude digne des montagnes népalaises.
A la sortie du bus, j’avais d’ailleurs oublié cette altitude. Il m’a suffit d’une marche rapide pour me souvenir que désormais, il faut prendre son temps dans ses déplacements a pied.
Par contre, il fait plutot bon. Une douce fraicheur d’apres-midi qui laissera place a la froideur de la nuit.

A cette altitude, les motocarro ont opté pour les fermetures intégrales des 4 cotés, la ou normalement les portes de gauche et de droite sont inexistantes pour ces memes véhicules dans les villes de basses terres.
J’en prends un et pour 3 soles, il me dépose dans l’hospedaje que j’ai choisi. Un hospedaje, c’est plus un hotel qu’un backpacker (puisqu’il n’ya pas de dortoir) bien qu’il soit écrit « backpacker » a l’entrée. Bref, la chambre a un excellent rapport qualité-prix : presque le meme prix que dans un dortoir et avec tout le confort (et la propreté).

Mission numéro 1 : booker pour un tour sur le lac Titicaca. L’hospedaje fait aussi office d’agence, et les prix sont tres abordables pour une journée complete.
Mission numéro 2 : manger ! J’ai sauté beaucoup de repas ces derniers jours. Et pour affronter l’une des plus hautes régions au monde, autant prendre des forces.

8 Juin 2011

Réveil a 6h45 dans ma chambre glaciale non chauffée (le seul hic…)
Cette fois-ci, ce sera un tour en groupe. Ca limite les frais. Le collectivo s’arrete a chaque hotel avant de rejoindre le port d’embarquement.
Nous sommes une petite quinzaine (un chiffre correct pour une excursion en groupe) et quelques-uns sont espagnols. Au passage, je trouve qu’ils articulent moins bien que les péruviens ou les mexicains.

Les couleurs sont superbes le matin et la température monte au fil des heures.

Le 1er arret sera sur l’une des iles artificielles Los Uros. Elles sont 55 au total, construites a partir d’une suite de blocs compacts de terre et de roseaux d’environ 3m de profondeur. On ajoute a cela encore plusieurs couches de roseaux, appelé la totora pour renforcer le parterre. Les maisons sont surélevées d’encore 1m de roseaux supplémentaires :

Habitations Uros
Entre 4 et 7 familles vivent sur chaque ile d’une superficie d’environ 150 metres carrés

Espagnol, Quechua et Aymara sont les 3 langues officielles du Pérou. Sur les iles, ca dépend, c’est la rencontre des 3 langues (avec l’espagnol pour le tourisme bien entendu).

Ces peuples vivent d’ailleurs principalement du tourisme mais s’efforcent néanmoins de conserver leur tradition tant au niveau de la construction de leur habitation (unique au monde) que dans leur mode de vie quotidien tels que la peche ou la vente de canards et d’oeufs sur les marchés.

Le roseau sert a fabriquer les habitations, les meubles, les barques… L’intérieur du roseau est comestible. On l’utilise pour le thé autant que comme ingrédient pour la cuisine d’une maniere générale.

Pour les embarcations, la tradition a tout de meme fait place a la modernité des barques a moteurs

C’est plutot mou lorsqu’on marche sur ces iles. Quand une vague arrive, les abords de l’ile font quelques remous. C’est la raison pour laquelle on renforce encore plus le tour par des couches de roseaux.

Les Uros ont crée ces iles – a l’origine du coté bolivien (le lac est en effet a 60% péruvien et 40% bolivien) – pour échapper au pouvoir du puissant empire Inca. Ce n’est que tres récemment qu’ils ont fait mouvement (avec leur ile !) a l’ouest, coté péruvien, le gouvernement les ayant incité a s’implanter vers Puno pour développer le tourisme.

On peut voir au loin une de ces anciennes embarcations faite de roseaux

Le 2nd arret est a 2h de bateau, plus a l’Est, sur l’ile de Taquile. Celle-ci, c’est une véritable ile mesurant 7kms de long ayant l’apparence d’un gros monticule rocheux. Pas de voitures, pas de vélos, on se déplace a pied en suivant les sentiers de pierre. Et ca monte ! Il faut prendre son temps en marchant.

L’ile de Taquile

Cette ile a des airs de prairie écossaise par endroits avec ses terres verdoyantes, ses habitations et ses murets en pierres grises. A d’autres endroits (comme sur la photo), elle prend l’apprence d’une colline de bord de Méditérannée.

Les hommes et les femmes vivent ici en autarcie. On répartie les cultures et les récoltes en fonction des besoins. Lorsqu’on achete, c’est dans les coopératives (et pas ailleurs) pour que ce systeme perdure.

Ce n’est pas tout : la population refuse de sacrifier leur environnement au profit du tourisme. Ainsi, ils se sont opposés a la construction d’un hotel sur l’ile et comptent bien controler le développement touristique a un niveau raisonnable : seulement une boutique d’artisanat et un restaurant communautaire pour toute l’ile. Bon point.

Et plus encore : les hommes et les femmes ne se sont pas conformés a la mode d’aujourd’hui. Savez-vous pourquoi ?
Parce que leur habits révelent le statut de chacun. L’homme marié porte un bonnet rouge. Le célibataire, un bonnet blanc. La femme marié est en noir. La femme non mariée arbore 2 ponpons de taille importante a l’extrémité de son poncho de laine, tandis que la femme mariée possede 2 meme ponpons mais d’une taille legerement plus petite. C’est la seule chose qui différencie leur statut marital.

Pour toutes ces raisons, l’ile de Taquile est une ile vraiment AU-THEN-TIQUE ! Et ca fait plaisir d’en trouver encore d’aussi bien preservée.

Il faudra 2h30pour rentrer a Puno en bateau rapide ; et pourtant, l’ile de Taquile est a peine au tiers de la distance par rapport a la longueur totale du lac, qui mesure 175kms de long.

Bonne journée ; assez éprouvante a cause de l’altitude, mais de sacrés beaux paysages accompagnés du calme que l’on recherche constamment.

De retour a l’hospedaje, j’interroge le réceptionniste sur la possibilité ou non de se rendre en Bolivie : depuis plusieurs semaines, des manifestants protestent contre la création d’un projet minier, qui va selon eux, polluer le lac Titicaca. Ces opposants, en majorité indiens Aymara, ont coupé la route principale menant en Bolivie. Hier soir encore, les manifestations se sont poursuivies jusque tard dans la nuit dans l’épicentre du mouvement : Puno, la ou je suis. Il y a a peine 2 semaines, Puno était encore entiérement paralysée, coicant 300 touristes étrangers. Batiments publics saccagés et incendiés.
Tout ca, je le savais avant de venir. On m’avait prévenu a Cuzco – autant les touristes que les locaux – . Mais je savais aussi que je ne devais pas passer a coté de la splendeur du Lac Titicaca.
Avec la victoire d’Ollanta aux élections il y a 3 jours, dont Puno est un bastion, la situation s’est, parait-il, un peu améliorée. Mais ce matin encore, le réceptionniste était incapable de me dire avec certitude si je pouvais demain, rejoindre La Paz, la capitale bolivienne.

Et bien j’ai encore de la chance pour ce coup, il y a eu du changement, et ca s’est décidé dans la journée d’aujourd’hui : une route est accessible pour rejoindre la frontiere, puis La Paz.

Cette nuit a Puno sera donc ma derniere nuit au Pérou… Et ca me fait bizarre de quitter ce pays riche en nature et en héritage culturel, aprés avoir parcouru autant la foret Amazonienne que la Cordillere des Andes en passant par le littoral et ses plaines.
Et tout ca en 18 jours… et surtout, tout ca dans un seul et meme pays ! Vous comprenez maintenant pourquoi le Pérou attire tellement d’étrangers. Il y en a vraiment pour tous les gouts !

Je quitte le Pérou, l’esprit encore perché sur les hauteurs du Machu Picchu, a survoler les lignes de Nazca, sur le paisible lac Titicaca, a arpenter les rues du coeur historique de Lima et sans oublier… la jungle…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Le sel sans la mer

9 Avril 2011

Réveil glacial a Puno, comme la veille. Le motocarro m’amene au terminal terrestre. Je m’apprete a quitter le Lac Titicaca et le Pérou.

La voie principale pour Desaguadero, en Bolivie, est fermée. Il faut faire un détour de plus de 3h en passant par la péninsule de Copacabana, en traversant le lac par bateau.

C’est d’abord un 1er bus jusqu’a Yunguyo, le poste-frontiere péruvien. A la queue-leu-leu, on attend pour la 1ere vérification, et a nouveau dans un autre poste, contigu, pour recevoir le coup de tampon.

Ensuite, la frontiere se franchit a pied jusqu’au poste-frontiere bolivien. Nouveau coup de tampon et changement d’heure. Le bus, quant a lui, a traversé la frontiere sans passager, et une fois sur le territoire bolivien, il décharge les bagages pour un collectivo jusqu’a la ville de Copacabana, a 10 kms. Une fois a Copacabana, nous posons tous nos bagages dans l’agence. C’est encore un autre bus qui se chargera dans 1h de faire la traversée du lac.
Je pars avec 2 francais pour chercher un endroit ou casser la croute pendant cette heure d’attente jusqu’au moment ou je me rends compte que :  » J’ai pas de bolivianos  ! « . Je pars dans une banque de change avant de les rejoindre.

En regardant le menu, je vois que les prix ne sont pas élevé. La Bolivie est le pays le moins riche d’Amérique du Sud.

De retour a l’agence, nous changeons pour un bus plus grand mais plus petit que le tout premier pour limiter le poids lorsque le véhicule traversera le lac en barque.
Mais pour nous, ce sera une embarcation a moteur, pour limiter encore plus le poids.
En 15 minutes, nous venons de traverser la plus petite distance qui sépare la berge du Sud a celle du Nord du lac Titicaca. Le bus arrive 10min apres nous.

Et c’est reparti pour 3h de car jusqu’a La Paz.

C’est la capitale la plus haute du monde : 4000m d’altitude. Lorsqu’on voit la Paz de loin, c’est une étrange impression. Elle est dans une cuvette en plein milieu de l’Altiplano, et contrairement au reste des grandes villes, les quartiers pauvres surplombent les quartiers aisés, en contrebas.

D’autres manifestations ont eu lieu a la Paz, et la route principale est fermée. Il faut faire un gigantesque détour en passant par des sentiers non goudronnés. Ca ressemble meme plus a des chemins de trekking, mais c’est la seule solution pour  entrer dans la ville. Ca rallonge le trajet de plus d’1h, si bien qu’arrivé a La Paz, il fait nuit.

Parait-il qu’il y a aussi des blocages a l’intérieur meme du terminal terrestre de la Paz. Le car nous dépose donc plus loin. Ca ne m’arrange pas car l’hotel est repérable par rapport a l’emplacement du terminal. Et le terminal, je ne sais pas ou il se trouve.

Je prendrais bien un taxi mais je crains de me faire avoir sur les tarifs, fraichement debarqué dans la capitale… Je n’ai aucun ordre d’idée du prix d’une course et je ne sais surtout pas la distance qui me sépare de l’hotel.

J’interroge un policier qui me donne la direction. C’est pas tellement loin, faisons-le a pied.
J’ai eu raison, ce n’était qu’a 2 pathés de maisons, et a cause des bouchons, je vais meme plus vite a pied que si j’avais pris un taxi.

L’hotel est la, a une centaine de metre du terminal et c’est pratique. PAr contre, je ne constate pas de blocage au terminal.

10 Juin 2011

N’ayons pas peur des mots : j’ai rarement vu une capitale aussi laide que la Paz. Belle de loin – en arrivant de la pampa de l’Altiplano – mais loin d’etre belle lorsqu’on se trouve en plein milieu :

La Paz

Quasiment toutes les maisons a flanc de collines ont leur 2nd niveau inachevé. Si ils batissent entiérement leur maison, ils doivent payer des impots dessus. Ce n’est pas nouveau : je vois ca depuis le Mexique.

Le centre historique de La Paz se résume a une cathédrale marron doublée d’une couche de pollution grisatre.

Je me rends au terminal. Si je reste un autre jour ici, j’aurais un début de déprime… Je peux partir a Uyuni ce soir.

C’est bon, c’est booké, je ne passerais qu’une seule apres-midi a la Paz.

Apres ma visite de l’affreux centre historique, je décide de me rendre au musée, dans le quartier colonial. Ce sont en fait 4 petits musées presque collés les uns contre les autres.

Il est interdit de prendre des photos mais c’est la ou je retrouve le charme de l’époque coloniale caractérisé par des demeures avec balcons, vérandas et petite cour intérieure. On est au calme.
En voyant les peintures du début du XXeme siecle, je ne peux qu’admirer comment la Paz était une ville si belle avant de devenir ce chaos urbain. Il devait y avoir une douceur de vivre vraiment appréciable. Ca se sent rien qu’a la batisse dans laquelle je me trouve : style baroque et cour intérieure pavée.
Il y a aussi l’acte de création de la ville. J’attends de voir l’acte de rénovation…
Meubles, costumes et peintures du héros national Murillo, partisan de l’indépendance de la Bolivie.
Mais au musée Litoral boliviano, une chose ressort vraiment :

Une rancoeur :
Avant la fin du XIXeme siecle, la Bolivie possédait une large facade maritime sur le Pacifique. Mais la « Guerre du Pacifique », opposant la Bolivie contre l’armée chilienne leur fit perdre tout acces a la mer.
Conséquences :
– La Bolivie se retrouve définitivement enclavée dans les Andes, la détournant de l’immigration européenne du XIXeme siecle (ce qui préserva le caractere andin du pays)
– Les richissimes mines de cuivre et de fer de l’Atacama, désormais la propriété du Chili, sont un énorme manque a gagner pour la Bolivie déja privée de tout commerce maritime.
Une page sombre de l’histoire du pays et une rancoeur toujours plus ou moins présente chez les boliviens…

En ressortant du musée, je tombe sur une rue assez jolie. Nous sommes dans le quartier colonial mais ca ne se résume qu’a une rue :

La rue Juan

Une rue… une seule rue d’appréciable, de belle et de tranquille pour toute la capitale.

La Paz est le point de passage obligé lorsqu’on vient ou lorsqu’on veut aller au Pérou. Donc si vous vous y rendez, faite comme moi : prenez un hotel proche du terminal, rendez-vous aux musées a 500m, appréciez le charme des batisses reconverties, la rue Juan et ALLEZ-VOUS-EN !
C’est la meilleure facon de garder un assez bon souvenir de la capitale… Tout cela se fait en une matinée ou un petit bout d’apres-midi.

Ou alors, bookez pour un trekking autour de la Paz. L’Altiplano promet de bonnes balades dans toute la région qui s’étend du Nord-Ouest au Sud-Est de la capitale. L’agence s’occupera a coup sur de venir vous chercher au pied de votre hotel pour vous conduire sur l’Altiplano.

De mon coté, je garde ces quelques jours de balades pour le sud de la Bolivie et de l’Amérique latine. Il faut bien faire des choix…

Il est 19h, je quitte la Paz.

11 Juin 2011

Pas de chauffage dans le bus. Des couvertures sont a disposition. Et meme avec ca, le froid me réveille.
Il est 7h du matin, le car a une bonne couche de glace sur les vitres.
Je suis a Uyuni, au sud du pays.

Le soleil se leve a peine et, des que le chauffeur me donne mon sac a dos, je décide de marcher dans les rues sans m’arreter pour me réchauffer. Uyuni a quelque chose… d’apocalyptique : les rues sont rectilignes et plates. On a l’impression qu’elles donnent sur nulle part. Le froid s’engouffre alors sans probleme dans cette ville ou les habitants, paysans ou travailleurs du sel, menent une vie rude. Uyuni est un endroit reculé et je m’apprete a le constater lorsqu’en visiterais les alentours.

Il doit faire 5 degres. J’attends l’ouverture d’un comedor. Partout, les rabatteurs se sont levés tot pour te filer leur carte pour un tour au Salar d’Uyuni (la plus grande mer de sel au monde). Les agences se sont coordonnées pour que les départs en tour se fassent a 10h30. Donc pas de précipitation, prenons d’abord un petit déjeuner.

Le gérant du comedor possede une bonbonne de gaz d’ou il accroche un petit systeme de chauffage. Ca chauffe jusqu’a…30cm. A 31cm, c’est la meme température que dehors…

Je lui demande ou se trouve l’agence que l’autocarriste de la Paz m’avait conseillé. C’est dans son avenue, mais il n’en sait rien. A vrai dire, a Uyuni, il n’y a pas moins de 60 agences proposant les memes tours.
Il appelle alors une dame juste a coté de son restaurant qui vient me voir. Allez, j’abandonne pour l’autre agence. Elle a l’air sympas et répond a mes 2 principales interrogations : est-ce que je peux faire un tour de 2 jours, et comment rejoindre la frontiere chilienne.

Lorsque je la rejoins a l’agence (contigu au restaurant), elle me propose un tour de 3 jours jusqu’au Sud-Lipez (la pointe sud de la Bolivie), la matinée du 3eme jour étant destinée a rejoindre le Chili, avec un collectivo qui se chargera de me faire passer la frontiere.
J’accepte tout de suite. C’est mieux que de revenir a Uyuni pour reprendre un train ; alors que le Sud-Lipez, c’est quasiment le Chili.

J’ai encore du temps devant moi pour faire des achats : un bonnet et des bas de laine que tout le monde porte ici : le froid s’engouffre partout avant que ne sonne les 5h de l’apres-midi !

Il est presque 11h, il commence a faire bien plus chaud et un 4X4 arrive dans l’avenue. En fait, il y en a plus d’un : le Salar d’Uyuni est un site touristique tres réputé en Bolivie.

Dans le 4X4, nous sommes 6, plus le chauffeur : un couple de danois, 2 colombiens et un brésilien.

La 1ere destination ne sera pas le Salar, a l’Ouest ; ce sera le cimetiere des trains au sud. C’est ce qui en fait une ville de caractere :

Le cimetiere des trains…

 

…au milieu de nulle part…

 

Et la, dans ce décor d’ambiance Mad Max, surgissant d’on ne sait ou, au milieu de ce désert de sable, une compagnie militaire habillée en gris-vert passe devant nous en marche rapide, chantonnant un air rythmé par leur pas synchronisés. L’atmosphere est tres etrange avec cette caserne, qui controle le désert et
son froid glacial. Une fois la troupe passée, le silence a nouveau.

Nous partons en direction du Salar d’Uyuni :

Un petit avant-gout (salé) dans le village le plus proche du Salar

Nous entrons en 4X4 dans cet immense désert de sel :

Le Salar d’Uyuni

 

Le calme. La tranquillité. Les lunettes de soleil et la creme solaire sont de rigueur.
Nous sommes ici a 3650m d’altitude sur une surface parfaitement plane et pourtant, en plein milieu de la Cordillere des Andes. Cet immense désert mesure l’équivalent de 2 départements francais, sur 40m d’épaisseur de sel. Mais seuls les 8 a 12 premiers metres sont véritablement exploitables. Le reste étant trop mélangé a la glaise. Les travailleurs du sel piochent a longueur de journée, les mains et les pieds rongés par le sel, payés 60 centimes d’euros la tonne de sel extraite…

En sursis :
Des recherches ont décelées la présence de lithium en sous-sol, et pas qu’un peu :  il y aurait la moitié de la réserve mondiale ! Le gouvernement ne serait pas contre son exploitation malgré le Salar classé « site protégé ».
Ils n’auront plus qu’a faire un rapide calcul : la rentabilité du tourisme ou celle du lithium. A mon avis, le lithium finira par remporter le face-a-face, alors autant profiter de la blancheur du site tant qu’il n’est pas encore courru.

Pour le moment, allons vers notre prochaine destination : l’Isla Inca Huasi, une une ile ou pousse des cactus en plein désert de sel :

L’Isla Inca Huasi

Décor digne de l’imagination des grands peintres surréalistes : le contraste entre ce qui ressemble a une epaisse couche de neige…

…d’ou surgirait une ile de cactus

Ce qui est étonnant dans cette immensité plane (pourtant en pleine montagne), c’est que lorsque j’utilise le quadrillage sur mon appareil photo pour le parallélisme de l’image, on peut voir la courbure naturelle de la planete, tant l’horizon est droit.

Le 4X4 poursuit sa route sur le sel constitué de blocs de formes octogonales.
Le mois de juin est une bonne époque pour traverser le Salar d’Uyuni car les pluies abondantes sont passées. Néanmoins, il subsiste toujours une partie inondée presque toute l’année :

Il y a quelques 50cm de profondeur a peine sur toute la surface, et lorsqu’on roule dessus c’est une étrange impression que de « marcher sur l’eau »

La ou je prends la photo, c’est une partie surélevée artificiellement pour permettre de contourner le lac en longeant les montagnes jusqu’a l’hotel de sel, ou nous passerons la nuit.

L’hotel de sel, je croyais que c’était une sorte « d’oeuvre éphémere » qui s’effrite a peine on passe le doigt sur un poteau. Que neni ! Les blocs de sel sont presque aussi durs que du béton. Pour décrocher ne serait-ce qu’un grain de sel d’un pilier, il faut avoir de la force dans l’index !

L’hotel de sel en plein Salar

La nuit s’annonce fraiche. Nous faisons plus ample connaissance les uns les autres. La cheminée réchauffe bien lagrande piece, ce qui nous permet de rester longtemps a discuter et a jouer aux cartes.
Il est plus de 22h, nous tentons une nuit dans le dortoir non chauffé d’un hotel de sel…

Pour cela, mieux vaut avoir plusieurs couches de vetements, les bas de laine, le bonnet, les gants, le sac de couchage et les couvertures fournies par l’hotel.

12 Juin 2011

7 degres… 7 petits degres au reveil ce matin dans la chambre ; mais personne n’a ressenti le froid cette nuit. En revanche, sortir du lit reste toujours une opération délicate a 6h30 du matin, le soleil a peine levé.

Et meme dans le 4X4 non chauffé, il faut attendre 8h du matin pour que le thermometre commence a nouveau a grimper.

Notre sortie du Salar d’Uyuni annonce l’entrée dans la région du Sud-Lipez.

Plusieurs arrets rythment la journée :

Le Salar de Chiguana, beaucoup plus petit que celui d’Uyuni
Le mirador Volcan Ollague avec au fond, le volcan Ollague encore en activité et culminant a 5868m

Le Volcan Ollague se trouve a la frontiere boliviano-chilienne. Pour le moment nous la longeons en nous dirigeant encore plus au Sud :

Laguna Cañapa
Laguna Chiarkota
Laguna Honda

Puis viens…

Le Desierto Siloli…
Plus rien qu’un plateau marron

Nous entrons désormais dans une réserve faunique protégée.
Le dernier arret de la journée sera la laguna Colorada en raison de sa couleur due aux algues microscopiques :

La laguna Colorada, rouge comme le sang, entourée de volcans ou viennent se nourrir les flamands roses qui ne reviendront qu’en Novembre, a la belle saison

L’hotel est juste a coté. Le repas du soir est pris dans une piece commune non chauffée. On se caille. Pas de partie de carte pour se soir. Nous rejoignons le dortoir sans chauffage (bien sur), mais qui a l’avantage d’etre plus petit. Ca conservera la chaleur plus facilement.

13 Juin 2011

Le réveil se fait tot. Tres tot… Il est 4h45 et nous partons en pleine nuit pour la pointe sud du pays. Le 4X4 roule dans un froid glacial. Meme température a l’intérieur… Il fait environ -5 degres.

Il fait jour a présent mais le soleil n’est toujours pas apparu au moment ou nous entrons dans les geysers Sol de Mañana, ou la température au contact peut atteindre les 200 degres.

C’est en approchant les mains de ces crateres qu’on parvient a se réchauffer un peu

Mais en reprenant la voiture il fait a nouveau froid.

Arrive enfin 8h du matin, le soleil est la, et réchauffe un peu.
L’avant-dernier arret se fera dans les eaux chaudes (a 37 degres) du Salar de Chalviri. Il est possible de s’y baigner. Mais pour le coup, je manque de courage pour me jeter a l’eau alors qu’il fait 0 degrés a l’extérieur. J’appréhende la sortie de l’eau… Je ne peux pas me permettre de tomber malade et rester clouer au lit plusieurs jours durant ce voyage. Je remettrais ca a une autre fois, lorsqu’un tour du monde ne sera pas en jeu.

Le tout dernier arret se fera vers 10h a la laguna Verde :

La laguna Verde, a plus de 4500m

On le voit tres mal sur la photo mais d’habitude, la laguna est d’un vert éclatant crée par des micro-organismes. Les plus grands photographes l’ont immortalisé, avec le volcan Licancabur, au fond.
Et derriere la luguna, le désert de l’Atacama, propriété du Chili depuis la défaite bolivienne dans la Guerre du Pacifique.

Rien que pour moi, nous nous rendons a la frontiere : le reste du groupe repartira a Uyuni.
En plein désert, il y a 2 collectivo et un poste-frontiere. Pas besoin de faire tamponner, je l’ai déja fait a Uyuni. Je n’ai plus qu’a embarquer dans un mini-bus, en direction de San Pedro de Atacama.

Il est 11h, le collectivo se décide a partir. Me voici au Chili, dans ce désert hyperaride, un des plus secs au monde, ou il ne pleut que 2 a 4 fois par siecle !
Les températures fluctuent entre -5 degrés la nuit et 25 a 30 degrés le jour.
D’aspect, c’est exactement le meme type de terre que le Desierto Siloli, traversé la veille.
C’est dans ce désert que la NASA a testée ses petits véhicules motorisés avant de les envoyer pour explorer Mars.
C’est aussi la ou se sont implantés de nombreux observatoires astonomiques, en raison de la sécheresse extreme et l’absence de pollution lumineuse.

J’arrive au poste-frontiere chilien. Les fouilles sont plus rigoureuses. Chaque bagage est inspecté.
Il ne faudra que 10 minutes de plus pour rejoindre San Pedro de Atacama. J’ai le temps de changer de monnaie (encore et encore) : des bolivianos au pesos chiliens. Il faudra ensuite un poulet/frite dans un comedor et 2h d’attente avant de prendre un bus qui m’amenera a Santiago.

Durée du trajet pour Santiago ? 23 heures… C’est bon, j’ai l’habitude…

14 Juin 2011

Il est 12h30, le trajet est passé vite vu le manque de sommeil de ces derniers jours.
J’ai eu largement le temps de constater la différence entre le niveau de vie de la Bolivie et celui du Chili. En Bolivie, il n’y a que des sentiers dans le désert. Rien qu’arrivé au désert d’Atacama, c’est une belle route goudronnée jusqu’a Santiago : je suis passé du pays le plus pauvre a l’un des plus riches d’Amérique du Sud.

Santiago me donne l’impression d’etre revenu en Europe…

 

Le Cone Sud :
C’est la zone d’Amérique du Sud la plus australe du continent. Elle comprend le Chili, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay. Elle possede une unité géologique et culturelle a part vis-a-vis du reste du continent sud-américain.
La caractéristique principale est la présence de descendants européens issus de nombreuses vagues d’immigrations jusqu’a la fin du XIXene siecle : suisses, allemands, italiens, espagnols, portuguais, slovenes, gallois… L’influence culturelle européenne est beaucoup plus marquée que dans les pays du Nord ; a cela s’ajoute l’indice de développement humain et le PIB par habitant les plus forts du continent.
Par ailleurs, on peut ajouter la présence d’un climat semblable a celui d’Europe (montagneux, continental, océanique, méditérranéen… mais pas tropical ou équatorial).

On ressent beaucoup cette influence européenne a Santiago. Mon hostel, que je rejoins a pied depuis la station des cars, se trouve dans le quartier des Universités. C’est un bel endroit. La population ressemble a celle d’Espagne et l’on pourrait se croire, par endroits, dans les rues de Madrid.

Pour le moment, je suis au backpacker, pas trop loin du centre historique. Je prends une douche, c’est pas du luxe apres 3 jours sans… et je vous écris ces quelques lignes en attendant la journée de demain que je consacrerais a la visite de la capitale chilienne.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Dictature et politique à Santiago

15 Juin 2011

Je pars visiter la ville de Santiago.

Le centre historique est bien plus vaste ici que dans les précédentes capitales d’Amérique du sud que j’ai visité. Une architecture qui en impose, et toujours cette impression de me retrouver dans un pays d’Europe du Sud : 7 chiliens sur 10 est métis (indiens/europeens) et presque 3 sur 10 sont européens.

Un monument reste incontournable a Santiago, c’est la Moneda qui, comme son nom l’indique, abritait a l’époque la frappe de la monnaie chilienne :

La Moneda

Il sert de résidence aux presidents de la République depuis la fin du XIXeme siecle. Il est pour le moins chargé d’histoire ; et une histoire pas si lointaine.

 

La mort d’Allende
Dans les années 1960, la révolution cubaine touche de plein fouet le Chili, comme tous les autres pays d’Amérique latine. Allende, membre du parti communiste, va dans le meme sens que Castro, dont il est proche, en pronant a son tour pour le Chili une « révolution dans la loi ».
Apres 3 défaites aux élections presidentielles, il crée en 1970 une coalition socialiste-communiste dans un contexte de droite divisée. Il fonde alors l’Unité  Populaire et remporte toutefois de justesse les élections.
Les Etats-Unis, croyant voir la une tentative de réplique du systeme communiste cubain, finance les partis d’oppositions. Par ailleurs, Allende commence a nationaliser ses gisements miniers alors que la majorité appartiennent aux USA. Industries, compagnies de téléphone, banques… il veut mettre fin aux grands monopoles américains dans son pays.
Mais les problemes économiques surviennent : la consommation du pays augmente, la production ne suit pas et les prix grimpent. Les greves se succedent. Premiere tentative de coup d’Etat en juin 1973.
Aprés un remaniement ministériel, il confie le ministere de l’Interieur au chef des armées, qui doit tres vite démissionner suite a de  nouvelles greves. Le poste est confié alors a un certain Augusto Pinochet, qui « jure » loyauté au gouvernement et a sa constitution.
Le 11 septembre 1973, a l’aube, Augusto Pinochet, avec l’aide de la CIA, déclenche un coup d’Etat : La Moneda est bombardée et incendiée.
Allende, reclut, finit par se donner la mort (these officielle ; sa depouille vient d’etre exhumée il y a 3 semaines pour connaitre les vraies circonstances de sa mort – par suicide ou assassinat – Affaire a suivre)

La suite, on la connait : Pinochet prend le pouvoir et c’est le début de presque 30 années de dictature.

En face de l’aile Est (pas sur la photo), une grande statue de Salvador Allende.

Cette photo que je viens de prendre survient dans un contexte particulier aujourd’hui : la, c’est le moment de la releve de la garde juste apres l’arrivée d’Ollanta, le vainqueur des présidentielles au Pérou, pour sa 1ere visite officielle sur le sol chilien. J’avais filmé la joie parmi les péruviens a Cuzco, a l’annonce de sa victoire face a Keiko.

Forces de l’ordre, péruviens immigrés au Chili brandissant leur drapeau, membres du parti communiste chilien dont Ollanta est assimilé, tous se retrouvent autour de la Moneda et j’ai tout filmé.

A l’ordre du jour, il sera question de la redéfinition des frontieres maritimes entre le Chili et le Pérou, contestée par Santiago depuis la fin de la Guerre du Pacifique – – opposant la Bolivie (unie au Perou) et le Chili -. Ca aussi, on la vu.

J’ai l’impression, comme a l’arrivée d’Obama a Jakarta lorsque j’etais en Indonésie, ou face a la Maison-Blanche a Washington, d’etre en plein coeur de l’actualité.

Une chose est sure, aujourd’hui encore, la Moneda continue d’écrire son histoire…

J’ai attendu longtemps l’arrivée d’Ollanta pour filmer l’évenement, si bien qu’il me reste a peine 1h pour rejoindre la Plaza de Armas avant que la nuit tombe.

L’Iglesia Cathedral sur la Plaza de Armas

En Amérique latine (et meme dans d’autres pays), on définissait le tracé d’une ville a partir de l’emplacement ou l’armée avait ses quartiers. D’ou le nom de Plaza de Armas.

J’ai plutot vadrouillé dans les rues et pris la température du Chili (c’est le cas de le dire : il fait 6 degrés). La vie, les gens, tout ressemble a une grande ville d’Europe.

Je croise la jeunesse chilienne, nombreuses dans les rues. Je me souviens avoir vu un tres bon reportage en France sur les jeunes chiliens, la 1ere génération a vivre sans la dictature depuis l’arrestation de Pinochet. Les parents ont tendance a accorder beaucoup de choses a leurs enfants, puisqu’eux-memes a leur age, avaient vécus de tant de privations.
Lorsqu’arrive la nuit et que je commence a me diriger vers l’hostel situé en plein coeur des centres étudiants de Santiago, je les vois a la sortie des Universités, comme dans n’importe quelle autre ville étudiante européenne, habillés a la mode : du classique au look cyber-punk.

Entre devoir de mémoire et volonté de liberté, ils portent le poids de ces récentes années de dictature, de tortures et d’exécutions.
Mais le Chili est désormais libéré de ses vieux démons.

Je poursuis demain ma route dans ce pays magnifique et pourtant si méconnu.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

La ville-bohème

16 Juin 2011

Je prends un taxi jusqu’au terminal des bus de Santiago. Il est trés agréable de parler avec les chiliens. Il y a comme de la douceur dans leur voix. Une sensibilité, les femmes comme les hommes.

En car, je traverse les hectares de vignes qui prennent une teinte rousse a cette époque de l’année. Il y en a partout autour de Santiago. La culture avait débuté au milieu du XVIeme siècle pour le vin de la messe, il est aujourd’hui au 10ème rang mondial. Au XIXème siècle, il a meme volé au secours des vignobles francais (ses procréateurs) lorsque le phyloxéra sévissait dans l’hexagone : les pieds atteints ont été remplacés par ceux d’une régions du Chili isolées géographiquement des risques de maladie. Pour nous avoir sauvé, ne soyons plus chauvin et souhaitons-lui longue vie !

On se rapproche du littoral ou quelques palmiers poussent au milieu des sapins.
Il est 12h30, j’arrive a Valparaiso. Déja ??? C’est bizarre, d’habitude mes voyages en bus durent 10, 12, 15, 20 heures voire plus…

Je reprends un taxi jusqu’au vieux quartier, dans les hauteurs de Valparaiso ; et durant quelques minutes, on se retrouve bloqué a cause d’une manifestation étudiante. Ca prouve que Valparaiso n’est pas un vieux port de peche. La nouvelle-ville, jeune et vivante, s’est bien dévelopée en retrait du littoral. Mais la ou je me dirige, c’est un endroit tout a fait authentique.

Le taxi me dépose enfin au Cerro Concepcion, une des 45 collines bordant la baie de Valparaiso. Je dépose mes affaires dans un backpacker tenu par des djeun’s très sympas, dans une rue pittoresque. La preuve :

La rue Templeman…
… donnant l’impression qu’elle plonge directement dans l’océan
Je dépose mes affaires dans le dortoir avant de partir en expédition.
Pour que ressortent les couleurs pastels des maisons, il faut attendre la bonne luminosité.
Non, la c’est trop brillant…
La, c’est complétement couvert !
Il faut que j’attende un nuage qui commence un peu a cacher le soleil…
C’est bon, vendue :
10 mois !
Elle sent l’hiver cette photo, pas vraie ?
J’arpente un peu l’Avenidad Alemania, mais le soleil se couche a vitesse grand V (comme d’habitude).
Ce sera tout pour aujourd’hui.
Une dernière photo sur le chemin du retour :
Vieux vans, R5 délabrées, coccinelles : les véhicules vont de pair avec le charme des habitations
17 Juin 2011
D’abord, j’ai une chose a savoir pour aujourd’hui et les autres jours : est-il possible d’aller dans la région des lacs, au sud. A priori, oui.

 

 

Puyehue :
Le volcan Puyehue fait des siennes en ce moment. Ca ne semble pas vouloir se calmer, et son nuage de fumée devrait continuer de perturber le trafic aérien pour une durée indéterminée.
Les pluies de cendres ont provoquée la mort de milliers de tetes de bétail en Patagonie d’Argentine. La région a été évacuée sur un rayon de 20kms au Chili et l’état d’urgence a été décrété coté argentin.
Un changement possible de régime des vents pourrait provoquer un élargissement de la zone évacuée, et abattre le nuage de fumée coté Chili.
Bon… et bien c’est la ou j’allais me diriger et je vais quand meme aller m’informer sur les vrais dangers.
J’attends en haut de la placette le mini-bus 607 ou 612, qui m’aménera au terminal et me confirmer qu’il est possible de se rendre au sud, dans le Nord de la région des lacs.
C’est en empruntant les memes petits transports en communs que l’on peut « ressentir » le pays. Ils ont le sourire, un bon sens de l’humour, calmes ; par contre, ils parlent vite. J’ai du mal a suivre. L’accent est différent et ne prononcent pas toutes lettres. Ca reste toutefois plus compréhensible pour moi que « l’espagnol d’Espagne ».
J’arrive au terminal des cars, dans la ville-nouvelle. Pas de cars vers Pucon pour demain matin. Toutes les liaisons sont le soir. Tant pis, je prends mon billet pour ce soir : j’ai la journée pour visiter Valparaiso.
Et cette journée, je l’exploite a fond : depuis le terminal, je fais tout a pied en longeant le Pacifique. C’est la toute derniere fois que je vois cet océan pour ce tour du monde… Il ne fait pas excessivement froid.
Le port n’est plus aussi typique qu’autrefois, ou les marins, ayant franchit l’enfer du Cap Horn, venait prendre ici du bon temps. Aujourd’hui, les vieilles embarcations ont fait place aux longs cargos et aux frégates.
Le port n’est pas pour autant vilain : aucune grosse industrie n’est venue s’implanter en bord de mer, et c’est un atout.
Une des places principales principales du vieux quartier de Valparaiso. En face, « l’Armada de Chile »
D’ailleurs, lorsque je commence a attaquer l’une des collines qui surplombe l’océan, le littoral – coté vieille-ville – n’est pas déplaisant du tout (vous le voyez sur la photo des 10 mois).
Cette ville a gardé ce coté « bohème ». Ces maisons de bois ou de toles aux couleurs pastels pour certaines, véritables oeuvres-d’arts pour d’autres, se tiennent fragilement a l’assaut des collines, autour desquelles se trouvent un immense dédale de passages, d’accés étroits et de petites ruelles pavées dont je prends plaisir a découvrir.
Et pour monter, ca monte…
Un exemple de peinture. Le thème de la mer est récurrent
Je retourne a l’hostel en leur informant de mon départ ce soir. Je ne leur demande pas un remboursement de la nuit puisque rester apres 10h du matin (généralement l’heure du check-out) est considéré comme rester un jour de plus.
Et pourtant, le gérant me rembourse intégralement la nuit en me disant : « Tiens, tu feras autre chose avec cet argent ».
Ca, c’est vraiment sympas. J’en profite donc pour faire de la pub parce qu’ils ont vraiment été au petit soin, sans etre envahissant : si vous vous rendez a Valparaiso, je vous invite a venir a l’hostal Acuarela. Chambres ou dortoirs, avec en prime une belle vue sur la petite terrasse du toit. Petit déj’ compris et pain fait maison. Voila !
Il m’appelle le taxi pour 19h30. Il arrive a 19h23 et ca sera décisif pour la suite car le terminal ou je suis allé n’était pas celui de Valparaiso, c’était Viña del Mar, la ville d’a coté… Hier, j’ai été ralentie par la grève des étudiants a Valparaiso, et les détours du taxi m’ont fait paraitre la distance entre le terminal et l’hostal plutot longue. Et comme je ne regarde jamais la route, trop occupé a parler au chauffeur (maintenant que mon espagnol n’est pas trop mauvais), ce matin, en mini-bus, ca ne m’a pas choqué de m’éloigner autant de la vieille-ville.
Le retour a pied de Viña del Mar était long mais je n’ai pas pensé une seule seconde que c’était carrément une autre ville.
Donc ce soir, lorsque le chauffeur me demande ma direction, je lui dis : terminal terrestre. Et en regardant mon billet de car, je lui demande un peu naivement : « Viña del Mar, c’est celui-ci ? » Il me répond non bien entendu.
Les bouchons entre les 2 villes me font arriver a peine 5 minutes avant le départ normal du car… Le prix de la course en taxi ? ben… le meme prix que pour 12h de car pour aller a Pucon… les 3/4 heureusement donnés par le gérant de l’hostal en remboursement de ma nuit. C’est ce qui limitera considérablement mon énervement.
Enfin… passons…
18 Juin 2011
J’arrive a 8h du matin a Pucon, au Nord de la région des lacs.
Il a fraichement plu, le ciel est bien menacant et un brouillard couvre les montagnes avoisinantes.
J’apprends que la fumée du volcan Puheyue a fait le tour du monde (je me sens moins seul), la pointe du nuage faisant désormais face a la ville de Coyhaique, en Patagonie chilienne, plus de 600 kms au sud de la région des lacs, donc bien loin de mon point de chute.
Ca ne m’empeche pas de constater ce matin une ville déserte. En descendant du car, je trouve tout de suite l’office de tourisme tenue par… un francais de mon age. Il me dit qu’il est a l’hotel d’a coté. Je lui demande le prix d’une nuit :
– « Je peux te la faire a 5000″
–  » Mais tu travailles ici ? »
– « Ouai, j’aide a l’office et a l’hostal pour payer mes nuits »
– « Ok, et 5000, c’est pour un dortoir ou une chambre ? »
– « Ce que tu veux, de toute facon y’a plus personne »
– « A cause du volcan ? »
– « Ouai et aussi parce qu’on est entre la fin de la belle saison pour les trek, et qu’il fait encore trop chaud pour que tombe la neige. Il va faire un temps pourri jusqu’a lundi »
Pour le temps pourri, je m’y attendais. Mais peu importe, la région des lacs est un endroit, parait-il, incontournable et, meme si il pleut de temps en temps, il ne fait pas aussi froid que je pensais.
On est au bord du lac Villarica et du volcan actif Villarica. Pas moins de 60 volcans sont en activité dans cette région ; la Palme revient en ce moment a Puheyue, forcément !
Il me donne une bonne carte de la région et m’amène a l’hostal situé a 50m de l’office. 5000 pesos, ce n’est pas cher. Les prix ont bien baissés car les 1ers indiquent 12000 pesos en dortoir.
Effectivement, l’hostal est vide. Je prends 3 nuits et j’osculte la carte qu’Etienne m’a donné en prenant le petit déj’ (cuisine équipée, j’apprécie l’endroit).
Je ressors ensuite de l’hostal et me dirige dans les rues de Pucon. Ca respire la ville touristique… désertée ! Tout semble a l’arrêt.
Je vous écris ces quelques lignes dans une salle Internet avant de prendre une décision sur les choix de treks et de visites qui s’offrent a moi dans le secteur.
Je ne serais pas contre la reprise d’un trek, ca fait longtemps… avec un peu de magma en prime, histoire de se réchauffer.
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

La neige et les cendres

19 Juin 2011

Première grasse matinée depuis très longtemps avant de partir pour un petit tour dans le secteur de Pucon (s’il vous plait, prononcez-le a l’espagnol, sinon ca fait vieux village de Bourgogne… PS : je n’ai rien contre la Bourgogne !). Nous sommes un groupe composé d’un argentin, de 2 allemandes et d’un espagnol. L’expédition est menée par un local, amoureux de son pays, a la fois guide et chauffeur du minibus.

Il pleut un peu et nous partons a la visite des bois avoisinants la ville. Le paysage ressemble… a l’Auvergne au mois de Novembre… Le lac Caburgua qui se trouve en face de moi pourrait ressembler a celui d’Aydat.
Le guide nous fais savoir qu’au bout de ce lac se trouve la maison secondaire du chef de l’Etat chilien…

 

…Sebastian Piñera :
Le Chili a su se remettre de son passé douloureux et aller de l’avant en élisant Michelle Bachelet, la 1ère femme présidente du Chili (2006-2010) , détenue et torturée sous le régime de Pinochet.
Divisions au sein de son parti, scandale de corruption, manifestations étudiantes, la gauche ne s’est pas relevé de ces multiples affaires pour les dernières élections de 2010. Un second mandat de Bachelet aurait été de toute manière anticonstitutionnellement (ca y est, je l’ai placé !) reconductible. Le Chili a donc voté pour élire un candidat de l’autre bord : Piñera, un milliardaire. Ce pays entend bien devenir un « tigre » d’Amérique latine : 8 pour cent de croissance annuelle, le double de celle des autres pays d’Amérique du Sud ! Une référence donc.
Peut-etre alors que la population chilienne, en se présentant aux urnes, a vu Piñera comme le gardien de cette bonne croissance.
Capital investi dans de nombreux secteurs économiques : immobilier, médias, minerie… sa carrière d’homme d’affaires et de président conjugué est toutefois loin de le mettre, lui non plus, a l’abri des scandales. Cela lui vaudra d’ailleurs l’appelation de : « Berlusconi chilien ». Tout est dit !

Nous quittons le lac Caburgua.
La dernière visite de la journée, ce sera les eaux thermales extérieurs Termas Los Pozones. La température extérieure est bien supérieure a celle des thermes du sud de la Bolivie. Ce coup-ci, c’est décidé, je me jette a l’eau.
D’ailleurs, toutes mes excuses, je n’ai pas pris la peine de prendre une photo, trop pressé de faire trempette.
Les thermes sont situés le long de la rivière (gelée). On passe de l’un a l’autre, certaines plus ou moins chaude que d’autres. Superbe sensation d’etre dans des eaux a 35 degres en moyenne alors que tombe la pluie sur tes épaules.

A la nuit tombée, on y est toujours. En sortir n’est finalement pas si dure, mais mieux vaut s’habiller vite ! Après ca, muscles totalement décontracté. Et une grosse fatigue.

Retour au backpacker qui s’est un peu rempli. Mais on est encore loin de la cohue habituelle dans ce secteur très touristique en temps normal. Tant mieux.

20 Juin 2011

Ce matin, nous partons a 1h environ de Pucon, au Parque Nacional Huerquehue.
Un groupe d’espagnol du backpacker partent de leur coté. Moi je pars avec Sophie, une allemande, elle aussi dans le meme hostel, pour cette journée de trekking.

Le parc national est superbe : canyons, cascades, foret de bambous, lacs. Le parcours que nous empruntons donne un bon apercu de la région des lacs dans laquelle nous nous trouvons :

Le lac Tinquilco, encore un peu dans la brume
Quelques moutons sur la route
Petit marécage en foret
Ca commence a monter sérieusement. Mais ca en vaut la peine :
Le mirador donnant sur le lac Tinquilco. On peut voir au fond le volcan actif Villarica
Une belle cascade durant l’ascension
Ca fait déja plusieurs heures que l’on marche. Sophie commence a faiblir et préfère faire demi-tour pour rejoindre le bus de 14h10. Le prochain n’arrivera qu’a 17h.
Je tiens a aller voir les autres lacs, a quelques kilomètres.
Et me voici au superbe lac Chico
Ca continue de grimper ; et ca grimpe tellement…
… que voila la neige
Je poursuis ma route sur sentier enneigé. C’est officiel, mes chaussures ne sont plus imperméables…
Impossible de se rapprocher plus a cause de la neige (et surtout a cause de mes souliers défaillants pour ce genre d’expédition). Au loin, le lac El Toro
Et enfin, coté soleil, le Lago Verde
J’ai beaucoup de temps devant moi avant d’attendre le bus de 17h. Ca me ferait poireauter presque 2h a l’entrée du parc.
Ou alors… j’attrape celui de 14h10 en me dépechant.
Allez, on rentre au pas de course a travers bois.
Je parviens au parc a 14h06, en sueur et les pieds trempés, et je vois le bus arriver. Gagné !
Sophie attend tranquillement et me demande comment étaient les autres lacs…
Pas un nuage de la journée et ca change par rapport a hier et a avant-hier, brumeux.
Je peux enfin voir le volcan Villarica. D’ailleurs, je ne l’imaginais pas aussi proche de la ville :
Le volcan actif Villarica
Je voulais rentrer a l’hostel suffisamment tot pour admirer également le lac Villarica, a quelques rues du backpacker et que je n’est pourtant pas eu le temps de voir.
Je prends quand meme le temps de faire sécher un peu les pompes et de prendre une douche.
Et nous voici au lac Villarica, pour le coucher de soleil
A la tombée de la nuit, on apercoit encore très distinctement le volcan Villarica. Il est considéré comme moins dangereux que certains autres puisqu’il fume en permanence, ce qui le libère de manière régulière de son « trop-plein ».
Et il est pour demain…
21 Juin 2011
Jour de l’ascension du Volcan Villarica. On ne peut pas dire que je me sois beaucoup ménagé la veille avec le trekking. Cela me portera-t-il préjudice…
On est en hiver (le 1er jour d’ailleurs), il faudra affronter la neige depuis sa base jusqu’a son sommet.
Le backpacker fait aussi office d’agence pour un tour sur le volcan : a partir d’une certaine altitude, il est obligatoire de monter avec un guide.
Il faut s’équiper de la tete au pied.
On me donne des chaussures de neige. La pointure 47 ne me va pas, et n’ont pas plus haut a part 2 énormes paquebots pointure 50 ! Il faudra mettre 2 paires de chaussettes. On nous donne ensuite un pantalon et une veste imperméable fluorescente ainsi qu’un sac a dos contenant crampons (au cas ou l’on doit franchir de la glace), casque, bonnet, gant et gants imperméables fluorescents.
Attaché au sac, une grande pelle en plastique pour redescendre en glissant ! Pas mal, non ?
Et ce matin vers 8h30, nous sommes 9, de l’hostel ou d’autres hostels dans Pucon – venant s’ajouter 2 guides – a débuter l’ascension du volcan Villarica.
Au début, ca monte très gentillement. 1h de montée, 10 min de pause.
Un des versants du volcan
 Puis 1h autre heure de montée, et encore 10 min de pause.
Non ce n’est pas le sommet. On en est encore très loin !
Nous prenons du retard puisque certaines filles, dont Sophie, n’arrivent pas a suivre.
Le second guide leur annonce qu’elles doivent rester la ou elles se sont arretées en attendant notre retour du cratère. Elles ont du mal a l’accepter mais si elles refusent, c’est tout le groupe qui risque de ne pas arriver au sommet a temps : les guides doivent conserver 2h de marge pour évacuer un des grimpeurs en cas d’accident. Règle de sécurité…
Un des 2 guides reste avec elles.
Il faut de plus en plus forcer sur les jambes. Je ressens dans les muscles la course d’hier, dans les bois du parc national.
Désormais, au lieu d’1h, c’est 30min de marche, 10 min de pause et ainsi de suite…
Comme je vous l’ai dit, il y a eu quelques intempéries avant que j’arrive a Pucon, et ca a duré plusieurs jours. Impossible alors de monter depuis tout ce temps. Hier, c’est un québecois qui a ouvert la voie en traçant seul le chemin dans la neige fraichement tombée.
C’est très physique d’ouvrir une voie, il y a une grosse quantité de neige a déblayer avec ses pieds, et tout en avancant. Tellement physique qu’il n’a pas atteint le sommet, si bien qu’aujourd’hui, c’est notre guide qui creuse les pas dans la partie la plus difficile du volcan : une pente a 45 degrés sur les dernières centaines de mètres qui nous sépare du sommet. On avance lentement, en serpent, les uns derrière les autres.
L’ascension n’en finit plus. On croit arriver, mais l’impression des distances est faussée lorsqu’on regarde une montagne depuis son contrebas.
Une couche de glace arrive parfois a l’improviste et la neige n’est pas a profondeur égale selon les endroits. Peu compacte, on peut tomber en une demi-seconde dans un trou de 50cm voire plus d’un mètre. Ca nous est arrivé a chacun plus d’une vingtaine de fois, et ca coupe l’élan. En ressortir pour repartir requiert beaucoup d’énergie sur une pente aussi raide.
C’est pour cette raison qu’un piolet nous a été fourni avant le départ. Et ca nous est très utile. J’arrive a le coincer dans une lanière du sac a dos dans le but d’avoir mes 2 mains pour filmer. Par contre, je suis tout sauf stable. Prendre le camescope est un effort supplémentaire mais je garde toujours cette phrase dans un coin de ma tete : « filme, filme, tu vas en rire dans pas longtemps! »
Au bout de 6h d’ascension et 1650m de dénivelé, nous parvenons enfin au sommet du volcan Villarica, culminant a 2847m d’altitude.
9 au départ, 7 a l’arrivée. J’apprends aussi que nous sommes le seul groupe de la journée a avoir atteint le sommet. Les autres groupes ont été trop lents et n’auraient pas pu redescendre avant la tombée de la nuit.
Nous voici donc au sommet…
… avec le cratère du volcan Villarica qui projette une fumée bizzarrement peu visible lorsqu’on est a coté, mais qui irrite la gorge quand le vent la dirige vers nous
En été, l’ascension est accessible a tous. En revanche en hiver, comme vous venez de le constater, mieux vaut etre en bonne condition physique.
Je classe l’ascension du volcan Villarica comme l’une des épreuves les plus difficiles de ce tour du monde. Peut-etre parce que je ne me suis pas beaucoup ménagé la veille et peut-etre aussi pour ces chaussures pointure 50 bien trop grande qui ont commencé a me faire mal vers la moitié de l’ascension ; douleur que j’ai du dissimuler face aux guides pour pouvoir gagner le sommet du volcan sans qu’ils m’ordonnent d’arreter (oui, j’ai pas franchement pour habitude de stopper en plein milieu…).
La vue de la haut ? Et bien pas grand chose :
Jugez par vous meme…
La faute a qui ? La faute au volcan Puyehue et a ses cendres volcaniques qui ont eu le temps de faire un tour du monde et de s’éparpiller aujourd’hui au dessus de la région des lacs. Les retombées sont infimes mais la vue est gachée. Hier, ca aurait été parfait, mais on aurait tracé la voie quasiment depuis la base, et donc peu de chance d’atteindre le sommet dans les temps.
Le sommet ou la vue, le beurre ou l’argent du beurre !
Quant a la redescente, c’est en pelle a neige (Made in France, au passage). Et que du bonheur. Ce n’est pas la 1ère fois que je grimpe un volcan actif ; mais en descendre en pelle a neige, c’est inédit ! Plus rapide et bien moins dangereux que de redescendre a pied.
Lorsque les pieds ne suffisent pas, le piolet, placé d’une certaine manière, sert aussi a freiner.
Nous regagnons la base du volcan en 2h. La pauvre Sophie, hier je lui montrais les photos des lacs qu’elle n’a pas découvert ; et aujourd’hui du cratère qu’elle n’a pas atteint. Mais elle garde le sourire.
C’est une fumeuse aussi ; ceci explique cela…
22 Juin 2011
C’est fini pour le Chili et sa superbe région des lacs. Je prends le bus ce matin pour passer la frontière en traversant pour la toute derniere fois la Cordillère des Andes.
Après les formalités des 2 postes-frontières, il est 12h10… et non… changement d’heure… il est 13h10, j’entre sur le territoire argentin, en Patagonie du Nord.
La Patagonie compte 1 habitant au km carré. Elle est plus grande que la France en superficie et elle fait encore partie de ces régions les moins peuplées au monde.
Du fait de cet isolement, les prix sont nettement plus élevés. C’est la raison pour laquelle j’ai opté pour la visite de la région des lacs au Chili, bien moins cher, et qui ressemble beaucoup aux paysages intérieurs de la Patagonie argentine (excepté les glaciers du sud).
J’arrive en milieu d’après-midi a San Martin de Los Andes pour un arret d’1h ou 2, le temps de partir en ville changer mes pesos chiliens contre des pesos argentins.
Il est 17h05, je reprends un car, en direction de Buenos Aires.
En quittant San Martin, c’est un paysage grisatre qui s’offre a moi :
Non, ce n’est pas de la terre, ce sont bien des cendres
Les cendres du volcan Puyehue se sont abattus sur cette région durant plusieurs jours
San Martin de Los Andes fait partie des 1eres zones touchées directement par l’éruption
On le voit mal sur la photo mais la population exposée quotidiennement aux lentes retombées, porte encore un masque au visage
Et des milliers de tetes de bétails mortent par asphyxie
Bilan humain : aucun mort cette fois-ci car les mesures de sécurité ont été prises rapidemment. Le phénomène est récurrent dans cette zone au volcanisme très actif. Le volcan Puyehue ne s’était pas reveillé depuis 50 ans. Sa dernière éruption avait fait 5700 morts au Chili.
Avant de quitter Pucon, j’ai d’ailleurs appris que quelques débuts de signes d’agitation viendraient de la part d’un autre volcan de la région…
Et oui, ici, ce n’est pas la tranquille chaine des Puys !
23 Juin 2011
Durant la nuit, j’ai traversé la partie nord de la Patagonie, ainsi que La Pampa, la région a l’ouest de Buenos Aires, connue pour ces grandes plaines ou évoluent un bétail a la viande tendre. Les argentins sont de gros mangeurs de viande.
Il est environ 14h, j’arrive a Buenos Aires.
Je franchis a pied 2 pathés de maison jusqu’a la station de métro. Trop d’attente a la billeterie, je pars a pied a la recherhce de mon hostel. De toute facon, je n’apprécie pas prendre ce type de transport en commun lorsque j’ai mon sac a dos sur moi. Trop encombrant.
J’ai gardé trop de couches de vetements sur moi : il ne fait pas froid. Un peu humide mais sans plus.
La 1ere impression que j’ai de Buenos Aires, en tout cas pour le Centro que j’ai traversé a pied, c’est qu’elle ressemble certains beaux quartiers de Paris ou circulent des hommes et des femmes typés espagnols ou italiens, et bien vetus de surcroit. C’est la classe !
J’entre dans l’hostel que j’ai choisis : salon, TV, dortoir et cuisine a disposition que l’on va exploiter pour faire quelques économies. L’Argentine, c’est pas le Pérou ! (ou la Bolivie, c’est comme on veut). Les prix sont plus élevés, moins qu’en Patagonie, mais on est quand meme dans la capitale d’un des plus riche pays d’Amérique latine.
Je ressors pour faire quelques courses au Carrefour Express (je me demande comment ils le prononcent…), puis je rentre a nouveau au backpacker pour m’installer devant un des postes Internet et vous écrire ces quelques lignes.
J’ai laissé derriere moi les volcans gronder, la neige et les cendres.
On se tourne maintenant vers la capitale.
Buenos Aires, Buenos Aires… et si on allait voir du tango ?!
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !