Le temps d’un tango

24 Juin 2011

J’avais l’intention dans un premier temps de me rendre au Theatro Colon, un splendide théatre. Manque de bol, il y a un évènement aujourd’hui a l’intérieur, les visites sont suspendues pour la journée.

Je poursuis ma visite dans les rues de Buenos Aires.
La marque d’affection entre les porteños (« ceux du port » : habitants de Buenos Aires), c’est la bise ; entre les femmes, entre les hommes, entre les femmes et les hommes ; bref, pour tout le monde, c’est une bise et une seule.

Ch ch ch :
L’accent argentin ne ressemble a aucun autre en Amérique latine. Quelques exemples : ayer (hier – qui se prononce « ayère » – et on roule le « r ») devient « achère » ; la llave (la clé – qui se prononce « yavé ») devient la « chavé », et la « calle » ( la rue – qui se prononce « cayé ») devient la « caché ». Du coup, on entend souvent des ch ch ch dans les phrases. C’est pas vilain, c’est meme plutot joli. Il me faut juste un temps supplémentaire pour comprendre ce genre de mots (que j’utilise quasi-quotidiennement) lorsqu’ils sortent de la bouche d’un porteño.

La 1ere impression que j’avais sur la ville était la bonne. Il y a de nombreuses rues ressemblantes a Paris :

L’entrée de l’ Avenidad Viamonte
Le seul problème, c’est l’architecture des années 70 de certains batiments qui viennent s’immiscer entre les beaux édifices. Leur construction date de la dictature militaire. En un rien de temps, ca défigure toute une rue :
Un exemple sur l’Avenidad Libertad, entre le tribunal et une école supérieure
Un autre exemple sur l’Avenidad Lavalle…
A droite de la photo, vous pouvez voir le genre de facades sculptées : de nombreux batiments ont ce style francais avec ces toits assez étroits, gris et tombants  quasiment a pic. C’est une des raisons pour lesquelles on la surnomme « la ville-lumière de l’Amérique latine ».
Multiculturelle, elle se place a la meme hauteur que les plus grandes capitales. Dans les années 1920, Buenos Aires est d’ailleurs la 1ère ville de destination pour les immigrés européens.
Des héritages, il y en a. Pour preuve, je pars a El Ateneo, une librairie. Sa particularité ? Elle considérée comme l’une des 5 plus belles librairies au monde :
Cet ancien théatre des années 20 conserve sa scène et ses rideaux rouges d’époque. On peut circuler librement a l’étage inférieur, au sous-sol et sur les balcons
En revanche, je suis décu par le peu de livres en anglais qu’ils proposent… Mais cette librairie vaut vraiment le détour.
Dernière visite de la journée : la Plaza de Mayo.
Je remonte d’abord l’Avenidad de Mayo :
Mais que se passe-t-il ?
Et bien encore une manifestation (comme a Valparaiso) contre une réforme du gouvernement sur l’Education (c’est ce que j’ai compris en tout cas…).
Avec les batiments en arrière-plan, on a vraiment l’impression d’etre dans une manif’ a Lyon ou Paris. Reste les drapeaux argentins omniprésents…
Sur les banderoles écrits « a bas la répression » qu’étudiants, syndicats brandissent (pas grand rapport avec les réformes sur l’éducation mais bon…) apparaissent l’effigie du Che (qui était ni chilien, ni cubain mais bel et bien argentin).
Ils ont remonté l’Avenidad de Mayo…
…jusqu’a la Plaza de Mayo. Au fond, la Casa de Gobierno (Maison du Gouvernement) connue sous le nom de Casa Rosada a cause de sa couleur
Pour la petite histoire, au mileu du XIXème siècle, 2 partis politiques s’affrontaient : les Unitaires (en bleu pale) et les fédéralistes (en rouge). Pour mettre tout le monde d’accord, le président de l’époque décida de mixer les 2 couleurs pour la facade de la Casa de Gobierno. Et on obtient… une sorte de rose saumon.
Une autre photo, celle de La Cabildo, un des rares batiments de l’époque coloniale a avoir survécu. La Plaza de Mayo est a gauche, l’Avenidad de Mayo a droite
Je peux d’ailleurs désormais prendre une photo de l’Avenidad de Mayo, épargnée par la folie des nouveaux batiments sans gout
Restée figée dans le temps, elle conserve de nombreux bars, hotels et restaurants typiquement espagnols.
Et pour se changer les idées, ce soir, c’est tango !
Je pars au Piazolla Tango, un ancien cabaret reconverti en salle de théatre.
Par respect pour les danseurs, aucune photo ne peut etre prise. Bien entendu, la salle n’était de toute facon pas éclairée durant le spectacle.
Je n’ai que la brochure pour vous consoler :
Le Piazolla Tango, considérée comme l’un des plus beaux théatres de Buenos Aires

 

Astor Piazzolla
Il était le musicien le plus réputé de la 2nde moitié du XXème siècle pour le tango. Avant-gardiste, ses compositions – formées de violons, piano, guitare électrique, contrebasse et d’un bandonéon (lui) – sont pour l’époque, l’affirmation d’un tango nouveau.
Il se démarqua du tango populaire notamment avec des créations purement musicales et non destinées a la danse.
Il n’hésita pas a aller encore plus loin dans la créativité en y ajoutant de la basse électrique, de la flute et de la batterie.
Mais il dut se battre jusqu’au bout contre ses détracteurs jugeant son tango nuevo comme n’étant pas du vrai tango.
Quoiqu’il en soit, ces créations furent les plus écoutées et les plus interprétées a partir des années 60 et durant les décennies suivantes.
La ou vous avez peut-etre pu l’entendre (sans savoir que c’était de Piazolla) est l’Introduccion de la Suite Punta del Este qui a été utilisée comme leitmotiv musical dans le film « L’armée des 12 singes », durant le générique et les intrigues du film.

Et maintenant, place au tango ! Le show commence vers 22h. Je suis placé au balcon, sur l’aile gauche.
Ce sont de véritables professionnels sur la scène. Le spectacle est entrecoupé de chants portés la encore sur la nostalgie mais aussi la pauvreté, les amours impossibles, la fatalité, la révolte… La musique, lente, devient énergique en a peine une demi-seconde avant de ralentir a nouveau, tout en douceur. C’est une danse triste, ca se sent a la mélodie : violons, bandonéon, piano, contrebasse. C’est une musique « belle de morosité » qu’on dansait au départ entre hommes ; ces hommes qui avaient tout abandonnés de leur Espagne, de leur Pologne, de leur Allemagne ou de leur Italie natale, vivant dans les quartiers pauvres de Buenos Aires, épris du mal de vivre car ne sachant communiquer les uns avec les autres et constamment a la recherche du bonheur qu’ils avaient au pays. Le tango, c’est donc une danse de nostalgie, et d’un reve, celui de trouver « sa belle » dans ces quartiers pauvres essentiellement masculins.
On voit dans chaque pas l’habileté et l’agilité de l’homme ; la légéreté des mouvements et le jeu de jambes fabuleux de la femme.
La danse la plus sensuelle qui soit ou les pieds s’enlacent, les tetes se frolent, les corps s’emmelent.
Il est impossible de quitter des yeux un tango avant que la danse ne soit terminée !
On est comme envouté, car on a l’impression d’y voir une hitoire, parfois une sorte de « Je t’aime, moi non plus ».
Lorsqu’on ressort de la salle une fois le spectacle fini, on a l’impression d’etre a nouveau livré a soi-meme dans les rues sombres de Buenos Aires, plus calmes que pendant la journée, un vent frais, les lumières des taxis, le bruit de sa respiration, la bouche enfouie le plus profond possible a l’intérieur du manteau, et du violon, du piano, du bandonéon et encore un de ses airs mélancoliques dans un coin de sa tete.
Voila ce qu’est un tango : quelque chose qui vous emporte puis qui vous délaisse a la dernière note.
On comprend alors un peu, au travers de cette musique, l’histoire de Buenos Aires et de ces habitants…
25 Juin 2011
Le ciel est triste aussi aujourd’hui.
L’Avenidad Viamonte pris depuis l’hostel
Un temps grisatre pour ce dernier jour a Buenos Aires ou je pars en direction de Puerto Madeiro.
Je me suis rendu auparavant au Theatro Colon. Il est a peine 14h et pourtant, on me dit a la billetterie que les visites sont bouclées pour la journée.
Un magazine, rien qu’un magazine trouvé au backpacker pour se consoler ensemble :
Ca avait l’air joli. Dommage…
Je me suis quand meme bei nrattrapé hier avec la librairie et le Piazzolla Tango.
Constitué d’anciens docks, Puerto Madeiro, l’ancien port de Buenos Aires a fait place a des lofts, des banques, des hotels.
Je longe durant quelques heures l’ancien port :
Puerto Madeiro et plusieurs millions de pesos plus tard, ca donne des anciens docks complètement réhabilités

Le nouveau pont que l’on peut apercevoir est le flambant Puente de la Mujer. Sur l’autre rive, derrière les buildings, beaucoup de verdures : un parc naturel et une réserve écologique avant d’arriver au Rio Plata qui donne sur l’Atlantique. Ca fait beaucoup de route a pied donc ce sera pour demain, lorsque je quitterais Buenos Aires.

Je me dirige ensuite dans le quartier de la Boca, très excentré et pourtant, il est l’emplacement de la première ville de Buenos Aires, le long du port et autour des usines a l’époque en pleine expansion. Le quartier est assez pauvre. Les crues récurrentes du fleuve Riachuelo ont entrainé la création de logements précaires en bois ou en toles ondulées.
Et pourtant, le quartier de la Boca abrite de la gaieté et l’une des plus célèbres rues de Buenos Aires : le Caminito.
Les maisons, peintes de toutes les couleurs viennent de l’idée originale d’un célèbre peintre argentin. Après avoir fait construire une école dans ce quartier défavorisé, il demanda aux habitants de venir peindre les murs de l’établissement. Chacun, munis d’un fond de pot, trouvèrent le résultat amusant et s’empressèrent de faire la meme chose sur leur maison de bois et de tole.
Résultat : « une salle d’exposition » a ciel ouvert aux couleurs bariolées.

Ainsi nait (et renait)…

… le Caminito
Inspirant le nom d’un tango dans les années 20, théatre de rue dans les années 50, le quartier conserva sa mentalité d’artiste ; si bien que depuis les années 70, le Caminito expose ses oeuvres dans la rue :
Le quartier désormais animé, a su conserver son architecture « populaire »
Au retour,  je passe a coté du stade de Boca Juniors, surnommé Bombonera (bonbonnière) a cause de sa forme très massive. Stade mythique tout en bleu et or – les couleurs du club – ou un certain Diego Maradona remporta avec cette équipe le championnat d’Argentine en 1981. Tout autour du stade, des peintures le représentant, sans parler des bars et des magasins d’équipements aux couleurs du Boca. Les jours de matchs, la vie a la Boca s’arrete et l’on entend plus que des hurlements venant du stade ainsi que le sacro-saint GOOOOOOOAL ! En Argentine, le football n’est pas un sport, c’est une religion !
Le soleil se couche bientot et je suis loin de l’hostel.
Retour en taxi.
Je ne serais pas resté très longtemps en Argentine. Les lieux intéressants (hormis Buenos Aires) se trouvaient soit au Nord, soit au sud du pays. J’avais le choix entre attaquer le Chili dans sa longueur ou l’Argentine… Faire les 2 a la fois aurait signifíé d’énormes détours.
Mais j’ai bien l’intention de revenir un jour et d’attaquer l’Amérique latine dans sa diagonale, du Nord-Est au Sud. Ce sera pour un autre voyage (c’est dit !).
Parce que la, j’ai vraiment l’impression d’etre resté en Argentine… le temps d’un tango !
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

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