Mexico-Panama (5eme partie)

13 Avril 2011
Mexico-Panama : 26eme jour

Oui, 26 jours. Il aura fallut ce 26eme pour venir a bout du Mexique dans cette expedition. La frontiere se trouve a  2 min de l’hotel. Puisque je n’ai pas eu de coup de tampon a mon arrivée au Mexique, ce matin, a 6h20, ca pose probleme.
Le douanier me dit qu’il fallait remplir un papier sur le sol mexicain juste en arrivant, et que je devais donner ce meme papier en quittant le pays, autrement dit maintenant.
Il me dit ensuite qu’il faut aller a l’office pour remplir les papiers et payer 162 pesos, mais ca n’ouvre qu’a 9h.
5 secondes apres m’avoir expliqué tout ca, il ajoute :
– « Tu veux attendre jusqu’a 9h ? »
– « Non »
– « Bon, pour 200 pesos, je te mets le coup de tampon et tu peux entrer au Guatemala »

C’est ce qu’on peut appeler un gentil-petit-pot-de-vin…
Franchement, j’ai pas envie d’attendre jusqu’a 9h pour un papier. Et d’abord pourquoi ne m’a-t-on rien tamponné lorsque je suis entré au Mexique il y a 1 mois ?!
Bon, je vais mettre mes principes de coté rien qu’une toute petite fois, pour accélerer les choses et parce que ce n’est pas entierement de ma faute. Coupable avec circonstances attenuantes dirons-nous…
Allez, on a rien vu. Vous avez vu quelquechose ? Non, moi non plus… Bref, comme par magie, il y a 200 pesos de moins dans mon portefeuille et le coup de tampon qu’il me manquait sur mon passeport.

Je traverse un pont jusqu’a la douane guatemalteque.
Verification du coup de tampon mexicain, autre coup de tampon d’entrée, pas de questions tordues, pas de fouilles, aucun soucis pour entrer.
Il est 6h40, je suis officiellement au Guatemala et c’est bien la 1ere fois que je franchis une frontiere a velo.

Le probleme, c’est que je ne me suis pas occupé du changement de monnaie. Je suis obligé de traiter avec l’ennemi financier, celui qui traine a la frontiere avec sa liasse de billet. Je ne connais pas le taux de change. Mais apres verification, il n’a pris une enorme commission.

Le jour se leve et je suis sur la route qui me menera a Retalulheu. Prononcé a la francaise, la ville se retient bien. C’est un peu plus long en espagnol.

1ere photo du Guatemala

Un camion s’arrete. Un jeune sort pour m’offrir de l’eau. Il travaille pour Bonapura, l’eau d’Amerique centrale.
En pleine chaleur et en pleine cote, c’est pas sympas ca ?
Puis, je m’arrete dans un comedor, comme d’habitude. Je sens un accent different lorsqu’ils parlent, mais ils articulent plutot bien.

Pas de sieste aujourd’hui : le ciel se couvre en fin de matinée, je peux donc progresser sans trop souffrir du soleil. Mais cette matinée a été difficile a cause des nombreuses cotes.
L’apres-midi, c’est la liberation ; une longue descente me fait passer en 15 min du kilometre 40 au kilometre 60. Le seuil psychologique est depassé, je peux envisager de pousser un peu plus loin mon trajet d’aujourd’hui.

J’arrive a Retalulheu. Et je suis en forme pour faire un peu plus aujourd’hui.
Meme si le soleil est absent, la moiteur est toujours la. Il commence a pleuvoir en fin d’apres-midi sur les derniers kilometres qu’il me reste a parcourir.
Je place le pancho sur les affaires, a l’arriere. Pour moi, rien. Le K-Way tient trop chaud et de toute facon, avec ce climat, je suis trempé du matin au soir quoiqu’il en soit.

Je rajoute donc 25kms dans mon parcours d’aujourd’hui et j’arrive vers 18h a Mazatenango. Je viens de parcourir 95 kms.
L’hotel que j’ai choisi a tout ce qu’il faut : douche, ventilateur au plafond, télé, un annuaire (mais sans telephone) et posé sur la table… le Nouveau Testament.

14 Avril 2011
Mexico-Panama : 27eme jour

Je quitte Mazatenango. La route n’est pas trop difficile ce matin.
Je passe a coté d’une chaine de volcans formée notamment par le Volcan Acatitlan et le Volcan Acatenango.

Chaine de volcans

Sur le bord de la route, je vois une eglise. Le meme genre que les mexicaines. Ici, comme au Mexique, la religion est le catholicisme, mais je vois beaucoup d’eglises evangeliques. Un faible pourcentage de la population se dit protestante.

Eglise romane catholique

Au bout de 20kms, le mecanisme de passage des vitesses ne fonctionne plus. Je m’arrete pour demander ou se trouve le prochain stand de reparation. La personne me repond qu’a 2kms, il y en a un. Je fais 4kms… j’ai du le louper.
Je m’arrete dans une petite bourgade pour demander. Il ne sait pas. Une voiture s’arrete. C’est un couple qui me dit de les suivre a velo.

J’entre de plus en plus dans les champs et je passe entre des vieilles maisons de bois. Arrivés sur place, ils sont confuent car la personne est absente. Je les suis une seconde fois vers un autre endroit quelques centaines de metres plus loin. Encore personne… Ils se demenent pour demander autour d’eux et finissent par me dire de mettre le velo a l’arriere de leur 4X4, parce qu’on leur a indiqué un autre stand a 2kms… certainement celui que j’ai loupé.
Je leur reponds que je les suis a velo. Ce n’est pas un cas d’urgence, je continue sans aide motorisée. Je sais, un peu tetu sur les bords…

Finalement, ce 3eme stand sera le bon : pour 30 quetzals (2euros70), j’ai un nouveau mecanisme et une nouvelle pedale de gauche qui, elle aussi, s’etait cassée. Le reparateur a l’air aussi de bien connaitre les distances. J’ai parcouru un peu plus de 20kms et il me dit qu’il y a encore 60kms avant d’atteindre Santa Lucia Cotzumalguapa et 85kms jusqu’a Escuintla.
On verra jusqu’ou j’irais aujourd’hui.

Tout est reparé, je reprends la route.

Je m’arrete jusqu’a une petite cabane, juste avant d’entrer dans Santa Lucia Cotzumalguapa. La dame est assise a coté de son stand et m’apporte une chaise, qu’elle place juste a coté d’elle. A chaque fois, elles font ca pour pouvoir discuter avec moi. Elles entendent mes histoires dans un espagnol tres approximatif. La seule chose qui est dommage, c’est que personne ne me reprends alors que je fais 10 fautes par mots… Ils m’ecoutent. En France, on reprend souvent un etranger lorsqu’il fait des fautes. Pretentieux de notre part ? Absolument pas, c’est la meilleure facon pour progresser rapidemment dans une langue. Ici, je suis en train de repeter les memes mots sans vraiment savoir si c’est du parfait espagnol, parce qu’ils sont trop indulgents pour me reprendre… Ils se contentent de sourire et d’acquiescer.
Ca n’a pas loupé, elle me demande si je suis marié.
En lui repondant que je suis francais, elle me dit que la France est un pays lointain. Je lui dis qu’il n’y a que l’Atlantique a traverser.
Personnellement, je ne me sens pas loin de la France. Ca doit etre la langue espagnole qui me semble familiere et largement mieux comprehensible que toute autre langue asiatique.

77 kms se sont ecoulés depuis mon depart ce matin. J’arrive a Santa Lucia Cotzumalguapa et il est 15h. Je prolonge jusqu’a Escuintla. Oui, un autre Escuintla, la version guatemalteque.

Le Nouveau Testament est sur la table de la chambre d’hotel, l’annuaire AVEC le telephone, le ventilateur et la piscine interieure. Pas le temps de la tester, je sombre dans un profond sommeil.

15 Avril 2011
Mexico-Panama : 28eme jour

Je quitte Escuintla tot le matin. Les conditions sont ideales pour rouler. Il fait 25 degres, il y a quelques nuages et un vent bizarrement plus frais que d’habitude.
A force de rester dehors 10 a 12h par jour, je me suis peut-etre acclimaté. Un peu…
Au Guatemala, comme au Mexique, il est ecrit sur les panneaux : NO TIRE BASURA (ne pas jeter les ordures). Ca n’empeche pas de voir certains balancer impunément leur dechet par-dessus bord tout en conduisant. Au Mexique, c’est un peu mieux respecté. Mais ici, lorsqu’on fait bruler les bas-cotés, c’est aussi et surtout pour se debarasser des detritus qui bordent la route. Resultat : pollution enorme, les contenants metalliques ne disparaissent pas et restent calcinés ; et lorsque tu passes devant un feu a velo, c’est pas franchement agreable.

Il est midi et je suis a l’entree de la ville de Chiquimulilla. J’ai parcouru presque 70kms et je m’arrete au 1er restaurant de la ville.
Coup de barre, surtout apres le repas. Mais le temps est parfait pour rouler, il faut en profiter. Pas question de dormir aujourd’hui.

Au moment de repartir, mon pneu arriere est a plat. Un garage se trouve juste en face. Je tente ma chance. En voyant l’etat de ma roue arriere, le type me propose de la changer aussi. Il a raison, elle a bien vecue depuis mon depart de Mexico. Il la prend avec lui puis part en camionette pour se rendre dans un magasin en contrebas, en centre-ville, et acheter la meme roue. J’attends, entouré de ses collegues. Je parle de mon periple… encore…
A son retour, il me montre ce qu’il vient d’acheter. Ce ne sont pas exactement les memes dimensions : 2cm de difference dans sa circonference. En regonflant le pneu, ca tient parfaitement, rien a dire.
Je repars.
Ca tiens, ca tiens dans la descente, ca tient dans la montée, je sors de la ville, ca tient toujours, ca tient plus… Tout est a refaire, la roue flotte litteralement et le pneu s’est coincé dans les freins. Je le saurais pour les prochaines fois : pneu de meme dimension ou rien.
J’arrive a peine a faire rouler mon velo a pied et je suis a la sortie de la ville. Il n’y a plus qu’a y rentrer de nouveau…

Je trouve un stand de reparation a 1km. Je lui explique mon probleme, mais il n’a pas de roue correspond a mes dimensions. Je lui dis que mon ancienne roue se trouve a l’entrée de la ville. Il me dit qu’il peut aussi aller m’en acheter une neuve. La, je reflechis parce que j’ai peur qu’il aille acheter cette roue chez le meme commercant que le type du garage auto de l’entree de la ville. Mais ca, c’est impossible pour moi de le dire en espagnol.
Je lui dit alors avec insistance qu’il me faut EXACTEMENT la meme roue.
Il note alors les dimensions sur un papier et depeche son collegue qui s’y rend, en scooter.
Moi, j’attends avec un pepsi dans la main, assis sur un bout de trottoir, juste a coté du stand, en regardant les voitures passer et surtout… en esperant qu’il existe au moins une roue de 26X10,125 dans cette ville.
Sinon, tant pis, on ira chercher l’ancienne a l’entree de la ville.
15 minutes plus tard, il revient et miracle, se sont les memes dimensions, et la roue est de tres bonne qualité en plus.
Le travail de reparation achevé, il me demande ce qu’il fait de l’autre nouvelle roue. CADEAU ! C’est rien du tout a coté du fait d’avoir reparé mon vélo et de m’avoir permis de poursuivre mon voyage. Je les aime tous ces reparateurs, vous pouvez pas savoir.
Je peux désormais repartir, et je force moins : une nouvelle roue arriere, ca change tout.

Je traverse des ponts metalliques. Les gens se baignent dans la riviere en contrebas. Au moment d’une intersection, je poursuis tout droit. Les gens me sifflent. Mais comme souvent, je n’ai pas le temps de les apercevoir que je les ai deja depassé…
30 secondes plus tard, quelqu’un crie. Je m’arrete cette fois. Tous sifflaient plus fort que d’habitude.
Que se passe-t-il ?
L’habitant me dit que le pont s’est ecroulé, qu’il faut faire un détour en prenant la 2nde route de l’intersection. C’est un chemin de campagne non bitumé, sur plusieurs kilometres. Du coup, je vais plus vite que les vehicules tellement la route est defoncée. C’est la ou je ne regrette pas d’avoir acheté un VTT plutot qu’un velo de route.

J’ai fait plus de 100kms depuis ce matin, et avec les bonnes conditions meteos et une route relativement plate, je n’ai pas l’impression d’avoir vraiment forcé.
Il est 18h, j’arrive a Ciudad Pedro de Alvarado. Me voici deja a la frontiere !
Plutot que de garder le passage a la frontiere pour demain, autant la franchir maintenant. Je serais soulagé des paperasses et du changement de monnaie… si je parviens a trouver une banque.
Je passe a travers les rangées de camions jusqu’au poste frontiere.
C’est bon, j’ai mon coup de tampon de sortie du Guatemala. Je reprends le velo et je traverse un pont au-dessus du fleuve Rio Paz.
Au bout de ce pont : « Bienvenido a El Salvador ».

Un policier me fait signe de passer au poste-frontiere. Ils sont toujours sympas. Arrivé au poste du Salvador, le douanier me pose 1 ou 2 questions :
« Ou vas-tu a vélo ? » et « dans quelle partie du Salvador as-tu l’intention de voyager? ». Ce a quoi je reponds : « Sur, playa » (Le Sud, la plage).
J’en profite pour lui demander ou est-ce que je peux changer ma monnaie. Il me dit qu’il y a une banque un peu plus loin.
Comme d’habitude, je la depasse sans la voir. Je depasse meme entierement la ville de La Hachadura pensant que ce n’etait pas elle.

3kms plus tard, je passe un check-point et je demande au policier ou se trouve la prochaine ville. Il me reponds : « A 6kms ». C’est precis. J’ai aussi la confirmation d’avoir bien depassé La Hachadura.
J’arrive finalement dans la ville de Cara Sucia, a l’hotel Alfaro. Les banques sont fermées. Trop tard pour changer ma monnaie.
J’entre a l’interieur de l’hotel en disant au proprietaire que je dispose uniquement de Quetzals.

Il me repond :
– « Ca tombe bien, je dois me rendre demain au Guatemala »

Nous cherchons ensemble le moyen de savoir combien vaut 1 Quetzal en… dollar americain ! Et oui, c’est la monnaie officielle du Salvador et ce n’est pas pour me deplaire, car je connaitrais desormais mieux la valeur des choses.
Je lui paye donc une nuit d’hotel en Quetzal. Il me rend la monnaie en dollar. 3 dollars. Je vais pas aller loin avec ca.

Je pose toutes mes affaires dans ma chambre avant de me dire : « Autant changer toute ma monnaie avec lui, j’ai confiance ». En tout, 10 dollars pour aller manger ce soir au comedor du coin. Je dois aussi acheter de l’eau. J’espere que c’est suffisant.
Cout total : 1dollar80… Certes, ce sont des dollars americains, mais le niveau de vie est loin d’etre celui des Etats-Unis. Avec 10 dollars, je peux partir assez loin finalement ; et sans avoir a attendre demain l’ouverture de la banque de Cara Sucia.

Record battu aujourd’hui : 126kms. Quand je repense a ce matin, j’ai l’impression que c’etait hier tellement la journée a été riche en rebondissement.
Et quelle journée !

16 Avril 2011
Mexico-Panama : 29eme jour

Je prends 1h de sommeil en plus pour partir a 7h30.
Aujourd’hui, on ne force pas trop. J’ai parcouru beaucoup plus que prévu la veille. Je decide de rouler jusqu’a la 1ere plage, et c’est tout.
Un arret dans une gargote a 10h, un autre arret dans une station essence ; il est 12h30, j’ai parcouru 65kms avant de voir un panneau ecrit : Playa Dorada.
On s’arrete la. A peine 500m de chemin caillouteux, j’arrive dans un hotel familial. Et au bout de cet hotel, la voila : ce 29eme jour, je m’accorde enfin une apres-midi pour voir a nouveau l’Océan Pacifique que je n’avais pas vu depuis San Francisco.

J’ai bien avancé dans mon voyage a vélo et je suis fier de pouvoir feter ici l’évenement du mois :

8 mois !

Apres une douche, je sors de ma chambre. Une vieille dame m’agrippe pour me demander de prendre une photo avec toute sa famille, assise sur le banc.
Pas de probleme. Elle se colle a moi… Pourquoi se colle-t-elle a moi ?
J’ai du mal comprendre. En fait, elle ne veut pas une photo de famille, elle veut une photo d’elle avec moi.
Je lui demande pourquoi. J’ai pas vraiment saisi la reponse mais une chose est sure, je vois que ca lui ferait plaisir.
J’accepte. Elle me remercie.

Je pars au resto de l’hotel. En attendant ma commande, elle vient s’asseoir en face de moi, et me dit :
– « Merci de venir dans notre pays malgré tous les problemes que nous avons ici… »

 

lavidaloca

La Vida Loca
Effectivement, le Salvador est un de ces pays ayant tres mauvaise reputation. Il detient le triste record du taux de criminalité le plus élevé au monde. La majorité des meurtres est commis a l’aide d’arme a feu et on estime a 400000 le nombre d’armes circulant illegalement dans le pays, ainsi que 200000 armes enregistrées legalement. Le Salvador compte aussi quelques centaines de gangs de rue regroupant plus de 30000 membres. Ces gangs, qu’on appelle les maras, sont la cause principale du nombre elevé de meurtres dans le pays. Ils operent principalement en Amerique Centrale, au Mexique et aux Etats-Unis.
D’abord fondé aux USA dans les annees 80 par des immigrés clandestins d’Amerique Centrale fuyant des conditions de vie difficile (exclusion, guerre civile ou dictature), les maras se sont implantés dans leur pays d’origine a la suite d’expulsions massives des Etats-Unis. La plus connue est la Mara Salvatrucha (MS ou MS-13) créée par des salvadoriens refugiés a Los Angeles.
Ils sont desormais plusieurs dizaines de milliers de membres au Salvador. Au depart, ils etaient la pour proteger leur voisinnage, mais ils ont commencé a attaquer, extorquer et tuer afin de soutenir financierement leurs associés emprisonnés ainsi que leur famille.
La regle est simple : pour faire partie du gang, il faut avoir tué. La plupart des meurtres se font entre gangs rivaux.
La Vida Loca réalisé par le francais Christian Poveda est un documentaire sur la Mara-18, un gang rival de la Mara Salvatrucha, qui raconte le quotidien de ce gang rythmé par les violences, les controles de police, les fusillades, les enterrements, les represailles a San Salvador, la capitale. Je vous invite a regarder ce film. Ce documentaire jugée trop encombrant par certains membres de la Mara Salvatrucha, Christian Poveda fut abattu par 4 de ces derniers, non loin de San Salvador en septembre 2009, le mois de la sortie officielle du film La Vida Loca.
Tout francais voyageant au Salvador ne peut mettre de coté ce qui lui est arrivé. Je pense aux risques qu’il a pris pour capturer ses images, et je tiens a dire 2 vérités sur le Salvador :
1 – Filmer les maras comportait des risques, et notamment des risques de représailles
2 – Voyager au Salvador n’est pas dangereux

Je me devais de parler de Christian Poveda, pour le cinéaste qu’il etait et les risques qu’il a pris pour réaliser ce superbe documentaire. Mais la population du Salvador ne se limite pas aux maras et meme au sein de ce gang, vous serez par ailleurs étonné de voir dans le film comment les membres de la M-18 prennent plaisir a se faire interviewer. J’ai rencontré des gens adorables a chaque endroit. Et ce n’est pas cette vieille dame se tenant assise devant moi, ni la famille Alfaro (de l’hotel Alfaro) ou les gerants des comedors ou je m’arrete qui font du Salvador un pays dangereux. Alors retenez bien cette 2eme vérité !

J’ai discuté 30min avec la vieille dame. Et en 30min, elle ne m’a meme pas demandé si j’etais marié. Avant de partir, elle prend ma main pour me dire encore merci d’etre ici. Lorsque je vois la gentillesse de ces personnes, tout le plaisir est pour moi. Je mets ma main sur la sienne en lui repondant avec le sourire un mélange entre « merci » et « de rien ».

Il est 15h, je pars faire une sieste. Pas de soucis non plus pour m’endormir le soir. Environ 400kms en 4 jours : ceci explique cela !

17 Avril 2011
Mexico-Panama : 30eme jour

Je prends une photo au petit matin pour vous donner une idée de l’endroit ou j’etais :

De l’autre coté du mur, l’océan
L’hotel Playa Dorada
 Aujourd’hui, je longe la cote :
Les long des cotes
Le Salvador a un niveau de vie un peu plus élevé que celui du Guatemala. Les routes sont en meilleures état et pour la 1ere fois, plutot que de gravir la colline entiere, ils ont construits plusieurs tunnels. C’est assez bizarre de les traverser a velo. A l’interieur du tunnel, il n’y a pas un bruit. Je vois juste une lumiere blanche a l’autre bout. Je n’ai pas de lampe donc je ne vois pas sur quoi je roule. Ai-je fais le tiers, la moitié ou bien les 3/4 du trajet ? La lumiere blanche grossit tres lentement, et je perds la notion des distances.
En arpentant une cote, j’apercois de loin des tetes blondes : 3 filles traversent la route. Elles sont australiennes. Je leur dit que c’est la 1ere fois en 30 jours que je parle a des etrangers. Elles sont en vacances et habitent non loin de la mer. Les plages du Salvador sont tres réputées. On m’en a meme parlé au Mexique.
Dans le restaurant ou je m’arrete, le menu est traduit en anglais : on arrive dans le coin touristique du pays. Je circule le long de ces plages et je sens l’air marin pendant tout le trajet.
Je passe rapidemment la ville de La Libertad. C’est dimanche, tout le monde est a la plage.
J’arrive a Comalapa, c’est fini pour aujourd’hui.
L’hotel est tres basique mais c’est toujours le gerant qui ajoute du caractere a la batisse. Et ce gérant est super sympas. On discute un petit moment. Il m’a dit qu’il a vu passer beaucoup d’etranger a vélo, mais jamais de gens voyageant seul comme moi. Je lui reponds que c’est mieux d’etre seul si je veux apprendre l’espagnol. On arrive facilement a se comprendre parce que les intonations et la gestuelle sont parfois les memes en francais qu’en espagnol.
Les sanitaires et la douche sont a l’exterieur. Dans la chambre, un lit, un ventilateur, un miroir et une chaise. C’est tout. Pour cette nuit, un sweat servira d’oreiller et ma serviette de bain, de couverture.
18 Avril 2011
Mexico-Panama : 31eme jour
La veille, le gérant m’avait proposé d’étendre dehors mes vetements lavés a la main dans l’evier (comme d’habitude). Malheureusement, il a plu cette nuit. On va mettre tout ca dans un sac plastique. Pour le pantalon de velo, il sechera sur moi.
Ce matin, je pars dans les montagnes en direction de l’Est. Je n’ai pas vraiment regardé la carte des reliefs. Ca doit etre une haute colline, sans plus.
Pourtant, ca continue. 18kms de cote. J’ai demandé 2 fois si j’etais sur le bon chemin. On m’a répondu que oui. Au 3eme coup, je demande ou se situe la prochaine ville a l’Est. Le doigt de la dame pointe derriere moi, la d’ou je viens… Je ne comprends pas ou je suis. Elle me dit que l’autoroute est en contrebas. Mais je ne dois pas prendre l’autoroute pourtant…
Je decide quand meme d’y descendre pour esperer voir des panneaux.
Dans un sens, c’est indiqué San Salvador. Dans l’autre, Olocuilta. Ces 2 villes sont au Nord. Au Nord, voila ou je suis parti. C’est pour ca qu’il y avait autant de relief. Comment j’ai fait pour me tromper, il n’y avait qu’une seule route.
Puis, en y repensant, hier j’avais vu le panneau Comalapa indiqué par une fleche, et je me suis arreté dans cet hotel en pensant que c’etait le debut de Comalapa. Et on a pas fait allusion a cette ville en discutant hier avec le gerant.
Conclusion : Hier soir, je n’ai pas dormi a Comalapa, mais dans un village a coté. Et ce matin, j’ai pris une intersetion pour une autre.
Je prends l’autoroute pour descendre jusqu’a Comalapa. Ce n’est que de la descente mais je viens de faire 20kms de cote ce matin pour rien. J’aurais vu les montagnes du Salvador. J’arrive a Comalapa, la vraie, et je mets mon compteur (qui affichait 43kms) a 0…
Alors la, ce n’est pas du tout le moment de me parler ! C’etait la boulette de la semaine. En meme temps, on est lundi ; question boulette, je suis tranquille jusqu’a dimanche maintenant !
J’ai dis aujourd’hui que je me rendrais a Usulutan, et je ne m’arreterais pas avant, ce sera ma punition. La route est plate, je pedale sans me faire distraire par quoique ce soit. Je roule et c’est tout.  Apres avoir atteint « le kilometre psychologique de la journée », je finis par retrouver le sourire.
J’arrive a Usulutan, et je choisis un motel en sortie de ville, pour etre sur de partir demain dans le bon sens.
19 Avril 2011
Mexico-Panama : 32eme jour
Le voila, le jour de mes 26 ans. Au départ, j’avais pensé faire quelquechose de particulier mais je pense qu’etre a vélo au Salvador en tentant le defi « Mexico-Panama », lui-meme ancré dans un tour du globe, c’est suffisamment particulier. Comme cadeau, j’aimerais éviter un énieme probleme de vélo.
Je commence par 22kms de montée. J’ai décidé de rejoindre San Miguel sans passer par la route principale, mais dans une route qui passe entre 2 volcans. Le 1er se situe au niveau du village de Santa Elena :
A gauche, le Volcan de Usulutan
Au bout de ces 22 kms :
Mon panneau préféré
Et c’est seulement 2 minutes apres avoir pris la photo de ce panneau que je creve mon pneu avant. Mon vélo ne m’aura pas fait de cadeau aujourd’hui.
Le village le plus proche est un peu en contrebas. La roue avant datait de Mexico et, comme la roue arriere, celle-ci a egalement bien vécue. Je la fais changer pour avoir desormais une roue arriere du Guatemala et une roue avant du Salvador.
Je peux desormais profiter pleinement de cette longue descente jusqu’a rejoindre l’Interamericana, la route qui me conduit jusqu’a San Miguel.
Le Volcan de San Miguel. Je l’ai déja bien dépassé
A San Miguel, je m’arrete dans un resto pour manger et racheter de l’eau.
Je demande le prix pour l’eau. Elle me repond : « Tou coteur ». Je lui demande de repeter. Elle me repete : « Tou coteur ». Tou coteur, tou coteur, d’habitude je comprends les chiffres. Elle doit etre en train de me parler en anglais mais meme dans cette langue, je ne comprend pas ce qu’elle me dit. Je demande a une autre serveuse qui me repond encore la meme chose. Je lui dit que je ne comprend pas. Et finalement, elle me dit : « cincuenta cents »
 (50 centimes). C’est bon, la j’ai compris.
Je reprends mon velo tout en reflechissant a ce « Tou coteur ». Et il m’a fallut un bon moment pour comprendre :  » Two quarters !!! « . Et  un quarter de dollar, c’est 25 centimes. C’est bon, je le tiens !
Sur les panneaux,  a l’arriere des bus ou des voitures, il est souvent ecrit des psaumes ou des phrases en rapport avec la religion : « Jesus est la », « Dieu t’aime », « Matteo 3:22 ». Les églises évangeliques portent le nom de « Iglesia de los dios » ou « luz del mundo » et sont en meilleurs etat que les habitations ou vivent les populations. Il y en a vraiment beaucoup.
Ca cogne aujourd’hui, je suis loin de la mer et le paysage est aride. Au bout d’un moment, bien apres avoir depassé San Miguel, un bus s’arrete. La pente est trop raide, je suis a pied. Un type sort et me dit :
– « Ou tu vas ? »
– « Vers la frontiere »
– « Monte, mets le velo dans la soute »
– « Non, merci »
–  » Tu n’auras pas besoin de payer »
– « Non, tout en bicyclette »
Je viens de resister a la tentation d’un super car climatisé le jour de mon anniversaire. Et il repars. La poussiere et la pollution me tombant dessus, il me laisse a nouveau au milieu du silence de ce paysage aride.
J’arrive a Santa Rosa de Lima, a plusieurs kilometres de la frontiere. Je ne veut pas trop forcer aujourd’hui. Je trouve un hotel pas trop mal.
Je pars en direction d’un cyber et je lis tous vos messages. Je vous remercie d’avoir pensé a mon anniversaire, on se sent moins seul. Merci de tout coeur.
Je passe ensuite dans le fast-food Pollo Campestre (assez connu en Amerique Centrale) ou le « vigile » de l’entrée, armé, m’ouvre la porte en ajoutant : « Welcome my friend ». Il se met a rire de son anglais. Je me mets aussi a rire d’un « welcome my friend » venant d’une personne qui tient un fusil a pompe dans les mains.
20 Avril 2011
Mexico-Panama : 33eme jour
Je pars ce matin en direction de El Amatillo, la frontiere, 20 kms plus a l’Est. Longue file d’attente au poste-frontiere.
Pas de probleme au niveau de l’absence de coup de tampon d’entrée du Salvador. Il me demande ou je compte sejourner au Honduras. Je confonds San Lorenzo avec San Pedro ; il le note mais ne me pose aucune question puisque San Pedro existe aussi au Honduras. Personne ne viendra verifier ou je vais sejourner de toute facon.
Je traverse la frontiere par un pont enjambant le Rio Goascoran.
J’accede au poste frontiere du Honduras. 3 dollars d’entrée et coup de tampon. Ca y est, me voila officiellement au Honduras. Les dollars auront été de courte durée. Je dois d’ailleurs trouver un endroit pour les changer contre des Lempiras. C’est vraiment la chose la plus contraignante dans ce voyage : je ne tombe jamais dans une ville suffisamment grande pour avoir une banque, aux heures d’ouverture.
Je m’arrete a Nacaome, 35kms apres avoir passé la frontiere. Le restaurant ou je m’arrete accepte les dollars. Je leur propose un echange de tous mes dollars. Mais ils n’ont pas suffisamment pour changer l’integralité. Il y a des banques a Nacaome mais elles sont toutes fermées parce que c’est la Semana Santa (la semaine sainte). Elles seront fermées jusqu’a dimanche me dit-on !
Je pars pour San Lorenzo. J’ai fais 77kms aujourd’hui et c’etait mon dernier jour avant de prendre 24h de repos. Je trouve un distributeur automatique et je choisis un hotel en bord de route. Ils acceptent mes dollars restants.
21 Avril 2011
Mexico-Panama : 34eme jour
C’est le sacro-saint jour a ne rien faire, a part vous ecrire ces quelques lignes ce matin dans un cyber de San Lorenzo.
Je viens juste de remarquer que je suis en avance d’une heure sur ma montre depuis mon entrée au Guatemala. Je ne savais pas qu’il y avait une heure de difference entre le Mexique et le Guatemala. C’est surement a cause du passage a l’heure d’été au Mexique…
En parlant de ca : frontiere mexicaine, Guatemala, El Salvador, mon arrivée au Honduras ; dites donc je vous parle de 4 pays dans cette 5eme partie… Je n’avais pas franchit des pays aussi rapidemment depuis l’Europe. Et tout ca a vélo. Ca prouve au moins une chose : Panama, je veux l’atteindre ! Je vais bientot franchir le Nicaragua et je peux desormais penser a Panama comme destination dans un futur proche.
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

4 réflexions au sujet de « Mexico-Panama (5eme partie) »

  1. salut!!! c vrai que tu avances vite, on dirait que ces pays ne sont ps trop vaste contrairement à ceux dont tu as l’habitude maintenant.. : ) !!
    bon, tu n’as pas été recruté par le MS 13, ni à L.A ni ici..c’est bien.!!bon, ça avait l’air bien sympa tout ça..keep clear !! ciao!! o o o o o o (echo outre-atlantique….)
    bises!!

  2. Salut toi !
    J’essaye de te suivre, mais c’est pas évident, je suis overbookée en ce moment, nouveau boulot, nouvelle vie, bref, pas beaucoup de temps libre ! Tu dois avoir de sacrés biscotos aux cuisses !! Je suis impressionnée par ton courage et ta détermination… Je t’envie, j’aimerais tant être encore en train de découvrir plein de choses, vivre des expériences inoubliables… ça me manque beacoup, c’était trop génial !!! Je ne suis plus la même personne, j’ai enfin eu le courage de faire ma lettre, je lui ai envoyé hier soir, c’est grâce à toi, tu m’avais motivée. Et toi, as-tu eu des nouvelles de ta lettre, t’as eu des réponses ? J’ai bien hâte de te revoir, tu reviens toujours le 20/8 où tu vas prendre une extension ? T’es dans le timing ?
    Prends soin de toi.
    Je t’embrasse affectueusement.
    A bientôt.
    Priscilla

    1. Coucou. Je ne t’en veux pas si tu n’as pas le temps de me suivre. Je bouge tres souvent. Je parle souvent du retour avec les gens que je rencontre. J’apprehende mais la solution c’est d’avoir des projets a son retour, et j’en ai. Je me souviens au parc de Melbourne, tu m’avais dis que je serais tres juste dans le timing avec mon envie de faire les USA. Effectivement, je déborderais surement sur septembre mais il n’y aura pas de 13eme mois. c’est sur et certain. Tu peux m’envoyer un petit mail privé pour me dire précisément tout ce qui a changé. T’es toujours a La Réunion ? Pour ma lettre, c’est stand-by, je me concentre sur l’Amazonie ; c’est déja pas mal 😉 Je te fais des gros bisous et a bientot.
      Alex

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