Mexico-Panama (7eme partie)

29 Avril 2011
Mexico-Panama : 41eme jour

Je pars d’Esparza. Un petit arret dans la ville pour faire regonfler mes pneus et c’est reparti.
J’entre dans les montagnes. Impossible d’etre sur le vélo, je dois poser le pied.
J’arrive dans un bar pour faire une pause lorsque je demande combien de kilometres il me reste avant de rejoindre San Mateo. Il me dit que ce n’est pas la bonne direction. Je le sentais venir…
A Esparza, je n’ai vu aucun panneau. Je lui montre mon plan. Il me dit que je suis sur la route de San Ramon. Je suis parti a l’Est au lieu du Sud-Est. Ce n’est pas catastrophique mais j’aurais bien voulu longer la mer aujourd’hui. Il faudra remettre ca a plus tard. Au lieu de ca, je pars en direction de la capitale San José. en plein coeur du Costa Rica. C’est un détour mais ca reste sur la route de Panama.
Allons-y ; hors de question de faire demi-tour. De toute facon, ou que j’aille, c’est de la montagne.
Les prochains jours seront difficiles.

Un terrain de football perché en montagne

J’arrive dans un restaurant. On me dit que le mieux, c’est de passer par San José car c’est relativement plat. Tres relativement. Ca reste effectivement plus abordable que la Cordillere de Tilaran que je viens de franchir.
Je parle quelques instants avec ce monsieur, mais vite parce que la route m’attend. Avant de partir il me dit :
– « Tu es italien ? »
– « Non »
-« T’es pas italien ? »

En parlant trop vite, j’ai du faire encore du bel Itagnol.
Mon objectif de la journée aurait été de rejoindre Cartago, mais j’arrive en fin d’apres-midi a San José, et le soleil se couche. Je traverse la ville et me place dans la direction de Cartago, en prevision pour demain. Le seul probleme, c’est qu’en sortant trop de la ville, je ne trouve plus d’hotel.
On m’indique le seul hotel dans le coin et c’est un hotel 4 étoiles…
C’est bien moins cher qu’en France mais c’est cher quand meme. A Managua, au Nicaragua, c’etait la meme chose : j’ai du prendre un tres bon hotel.
Allez, je le fais une seule fois pour dire que j’ai vraiment dormi dans tous les niveaux d’hebergement dans ce tour du monde. Mais c’est beaucoup trop pour moi. C’est du « sur-confort ».

30 Avril 2011
Mexico-Panama : 42eme jour

Je quitte tres vite cet hotel, ca ne me va pas du tout…

Aujourd’hui, ce sera difficile. A vrai dire, je sais des le depart que j’ai prévu trop de kilometres. Je dois aller a Cartago, mais entre Cartago et San Isidro (a environ 100kms de Cartago), il n’y a pas de village inscrit sur ma carte. Il va falloir compter sur la chance pour trouver ou dormir ce soir.
San Isidro, c’est tres loin et je n’ai pas d’autres choix que d’emprunter cette route.
Je quitte donc San José pour me rendre a Cartago, 22 kms a l’Est.
En chemin, je vois ecris : San Isidro a 121 kms… C’est sur et certain, je n’atteindrais pas cet objectif aujourdh’ui. Il va falloir trouver une habitation dans les montagnes.

J’arrive a Cartago et c’est le début de la Grande Ascension de la Cordillere de Talamanca.
Il est midi, j’ai fais 30kms depuis ce matiin, dont 16kms de cote.
Des montagnes a perte de vue, et pas de tunnel comme au Salvador.
Il est 13h, je passe la barre des 20kms de montée. Il fait frais mais je n’avance pas. En fait, c’est 1 ou 2h de pente, 15 secondes de petite descente et ainsi de suite…
Ca m’épuise rapidemment. Ca monte tellement que par endroit, je vais plus vite a pied.
Je suis au 27eme kms de cote et je m’arrete parce qu’il y a un restaurant, et surtout parce que mes jambes ne suivent plus.
Je demande au gérant du restaurant ou se trouve le prochain hotel. Il n’en sait rien mais il me dit qu’il dispose de cabañas (petit bungalow ou chambre d’hotel economique).
Il est 15h30, je ne reflechis pas longtemps avant de me dire : « STOP ! ». J’en ai marre, j’ai trop forcé aujourd’hui.

La chambre se situe a 20m en contrebas, dans la foret.
J’arrive a peine a descendre les quelques marches pour les rejoindre. Il me montre la chambre et me fais un bon prix. C’est vraiment la cabane de montagne, et tout le charme qui va avec :

Les cabañas
Mon toit pour ce soir

Je discute un peu avec Gerardo, le gérant. Il me dit que la grande descente tant attendue se situe au km 95. Ici, me dit-il, on est au km 56…
Je n’aurais jamais pu faire encore 39kms. Et meme demain, il faudra se lever tot.

Pour le moment je profite de la vue :

Du vert

Gerardo m’offre un café et me dit que mon espagnol est bon. Il ajoute que d’habitude, les touristes qui viennent dans son restaurant n’en parlent pas un mot. Je lui repond que les americains (qui sont nombreux a venir au Costa Rica) parlent peu l’espagnol.
Il confirme :
– « Oui, pas les gringos »
– « Vous appelez « gringo » les americains ? »
– « Oui »

Ce n’est pas péjoratif de le dire entre eux, mais ca devient une insulte lorsqu’il le dit a un americain qui se comporte mal. Ici, « Gringo » a la meme connotation qu’au Mexique.

Je profite aussi de la fraicheur de la montagne, ou devrait-on dire, de la froideur. Oui, J’AI FROID ! Il est 17h30, le soleil se couche et je suis dans le petit restaurant juste a coté d’une boutique d’artisanat.
Le brouillard s’installe.
Le restaurant est un « musée des antiquites ». Le proprietaire écume toutes les brocantes du Costa Rica pour collectionner ou bien revendre au plus offrants de vieilles machines a écrire, des appareils photos, cartes postales, radio, mallettes, sacoches, machetes.
Tout est accroché au mur.

Il fait nuit, je retourne dans ma cabane.

On est mieux ici que dans les grands hotels. C'est incomparable

La douche est froide et tout se refroidit a l’intérieur. On laisse tomber la lessive pour ce soir, rien ne sechera a cette altitude.
Je monte a l’étage du dessus ou il y a plusieurs petits lits, et sur l’un d’eux, une pile de couverture. Ce soir, ca ne sera pas la chaleur tropicale comme chaque nuit.

1er Mai 2011
Mexico-Panama : 43eme jour

Il est 4h30 du matin et il fait bien frisquet.
Je me réchauffe au cafe. Je souris en imaginant une brochure touristique avec la photo de ce que j’ai en face de moi :

Costa Rica : Ses cabanes, ses poeles a bois...

Le soleil se leve doucement et je me demande si je ne devrais pas faire les 1ers kilometres en pantalon et en veste.
Et puis non, les 39kms de montée que je dois parcourir ce matin me rechaufferont.
J’ouvre la porte de la cabane ; le chien, un berger allemand appartenent au proprietaire, est au pied de la porte.
Il entre dans la cabane et s’asseoit sur un tapis en attendant que je range toutes mes affaires.

Il est 5h30, c’est parti pour la suite de l’ascension. Je me réchauffe assez rapidemment et j’avance a un bon rythme.

Costa Rica : Ses montagnes, son brouillard...

15 minutes a peine apres avoir pris cette photo, le ciel se couvre et le brouillard s’epaissit.
Il est 10h, je viens de faire 30kms. Vivement la fin ; je suis quand meme sur la meme cote depuis hier matin !

J’atteinds enfin le sommet de la montagne Cerro de la Muerte qui culmine a 3491m.
Un peu plus loin, ca commence a descendre au 87eme kilometre. Le gerant se serait-il trompé ? Non, pour l’instant il a raison, puisque ca remonte au 93eme kilometre, jusqu’a ce que, quelques minutes apres, je vois enfin le panonceau « km 95 » ; un peu de plat sur quelques dizaines de metres et c’est la LIBERATION ! Je lache les pedales, c’est une immense descente.

Ce serait agréable si je n’avais pas autant froid, mais pas de quoi se plaindre, c’est que du bonheur.
Durant l’ascension, je me l’étais dit : « Si tu passes Cerro de la Muerte, tu gagnes Panama ». C’etait l’une des épreuves les plus difficiles de ce Mexico-Panama et je viens d’en arriver a bout.

Il faudra attendre bien plus d’une heure pour que l’air se réchauffe… et moi aussi par la meme occasion.
Un arret en pleine descente, pour me souvenir :

Ce que je quitte

Je passe a travers la foret tropicale. Ca me rappelle tantot le Mexique et la descente entre Huautla et Jalapa ; tantot, mon excursion a velo dans le Sulawesi, au milieu de la jungle.

Je n’ai aucun regret d’etre passé par la montagne. Bon c’est vrai, on se le dit surtout durant la descente…

77kms apres etre parti ce matin, j’arrive a San Isidro. Il est midi.
Je trouve une pizzeria. Allez, platrée de lasagne pour feter ca.
Je viens de passer le plus difficile du Costa Rica et peut-etre de tout ce voyage a vélo.

Il est 13h, on va voir la mer ?
Si je passe uniquement par les terres, j’aurais le regret de ne pas avoir vu les plages.
Je quitte San Isidro pour une dizaine de kilometres de hautes collines.
Ca pese un peu ces lasagnes…
C’est a ce moment que je me dis une chose : ca sent la fin de ce voyage car la suite, ce sera relativement plat, ou du moins, bien moins difficile que tout ce que j’ai pu endurer durant ce voyage.

Aprés l’ascension de ces hautes collines, ce n’est que de la descente jusqu’a rejoindre la ville de Dominical.

Je continue de rouler jusqu’a un bar. La gerante costa-ricaine me répond que la ville est a 4kms en direction de son doigt. Et son doigt indique la d’ou je viens… Comme d’habitude, j’ai encore depassé la ville. 2 touristes assis au comptoir me demande, en anglais, si je voyage a velo. Je leur demande a mon tour d’ou ils viennent. La dame, du Canada ; le monsieur, du Quebec. Voila comment parler 3 langues différentes en moins d’une minute…

Ils me disent qu’a Uvita, il y a plus de choix au niveau des hebergements. Ici, c’est plutot des 3 ou 4 étoiles. Ca, je n’en veux plus.
Je pars pour Uvita. Mais que vois-je…

Si on allait voir de plus pres...

A présent, on peut créer une belle brochure touristique :

Costa Rica : Son soleil, ses plages...

Je suis la, a marcher sur les galets de cette superbe plage et je me rend compte qu’en une journée, je suis passé de 3491m…

A 0 metre...

Il y a pleins de coins sympas au bord de la plage, et bien isolés. Qu’est-ce que je donnerais pour avoir ma tente…

Je poursuis ma route sur 15kms encore jusqu’a entrer dans Uvita, ou je trouve un hotel pas trop mal.

125kms au compteur aujourd’hui, dont la moitié de descente.
C’etait une superbe journée. De la montagne, de la plage, pas une goutte de pluie et des paysages magnifiques sur tout le chemin.

2 Mai 2011
Mexico-Panama : 44eme jour

Je pars d’Uvita en direction de l’Est. Je continue de longer l’océan durant quelques kilometres. J’entre au Parc National Marino Ballena, une longue plage protegée.

Une petite photo parce que c'est vraiment trop beau
Il est a peine 6h30 du matin; il fait frais et tout est calme

Au revoir l’océan, on se retrouve a Panama.
Je rentre a nouveau dans les terres.
Beaucoup de chaleur maintenant, mais les paysages valent vraiment le detour (sans faire de detour, ca suffira).
De la foret sur des kilometres. Quelques collines a passer de temps en temps mais la route reste relativement plate si on compare a celle de la veille !

J’en aurais vu des animaux durant ce voyage a vélo. Entre les chevaux, les cochons et les poules que je vois au bord de la route, je trouve aussi des serpents vivants ou ecrasés, de petits crabes lorsqu’on longe la mer, des grosses chenilles, des crapeaux, des grenouilles, des corbeaux qui mangent ce que les automobilistes ont renversés sur la route (chiens, chats et meme chevaux et anes). Je trouve aussi des agoutis (rongeurs d’Amérique centrale) et putois ecrasés (qui sentent encore lorsque tu passes a coté d’eux), de nombreux papillons qui ne parviennent pas a t’eviter lorsque tu es en pleine descente, des oiseaux multicolores, des colibris, des pic-vert.
Je n’en ai jamais vu, mais il y aurait aussi des tatous, des tamanoirs et meme des jaguars.

Un check-point ou 2 sur la route, mais personne ne m’a arreté.
J’ai beaucoup roule – 116kms – et j’arrive dans la ville de Neily ou je trouve un hotel convivial et tres simple.

C’est mon dernier soir au Costa Rica et je finis ma journée par un comedor. Je suis a 18kms de la frontiere.

3 Mai 2011
Mexico-Panama : 45eme jour

Je quitte Neily a 5h30 et 18kms plus tard, c’est le Costa Rica que je laisse derriere moi. C’etait un pays magnifique. Venez au Costa Rica autant pour les plages que pour les montagnes. Les 2 en valent la peine.

J’arrive au poste-frontiere. Pas de probleme pour le coup de tampon de sortie du Costa Rica.
Puis, je me rend au 2nd poste pour enfin entrer :

A Panama !

Il est 7h40 et je roule dans le 7eme et dernier pays de ce voyage a vélo (et le 20eme de ce tour du monde).

J’empreinte l’Interamericana qui m’amenera jusqu’a la ville de Panama, dans une poignée de jours. Pour le moment, je roule. Je sue a pleines gouttes. Il fait tres lourd aujourd’hui.

J’arrive dans la ville de La Concepcion en milieu de matinée. Je me rend dans une 1ere banque qui refuse d’echanger mes colones. Le banquier me dit : « c’est seulement a la frontiere qu’on peut les echanger ».

Devant un distributeur, je ne peux retirer que des dollars. En fait, tout fonctionne en dollar a Panama meme si la monnaie officielle est le balboa (aucune piece ou billet n’est a l’effigie de Rocky, si c’est pas malheureux…). Le balboa se calque sur le cours du dollar. Du coup, lorsque tu payes, tu peux avoir un mélange de 2 monnaies en retour.

L’Interamericana a de larges bas-cotés. Pas besoin de s’écarter lorsqu’une voiture passe. A l’intérieur des villes c’est plus dur. C’est d’ailleurs a la sortie d’une ville qu’un mini-bus me fait une queue-de-poisson pour se ranger a un arret. Je pile pour ne pas me prendre l’arriere du vehicule. Je repasse devant lui en cognant sa portiere gauche d’un bon coup de poing. Pas un coup de klaxon, rien… Les mini-bus sont déja tellement cabossés…
Avec le recul, je regrette. Oui, je regrette de ne pas lui avoir pété son rétro d’un coup de coude ! J’ai vraiment frolé l’accident.
Tout ca pour dire que je ne rencontre pas que des gens sympas, surtout sur la chaussée.

J’ai perdu du temps a la frontiere et en retirant de la monnaie. Mais je rattrape tout ca sur une route faite de plat et de légeres montées.
En revanche, il fait vraiment tres chaud. De la vraie chaleur tropicale.

Il est 15h30, j’arrive dans un comedor et j’en profite pour demander a combien de kilometres se situe Las Lajas, ma destination d’aujourd’hui. Moi j’ai calcule 120 bornes sur mon plan. Eux, me disent encore 20kms, ce qui nous ramene au km117 sur mon compteur… On tombe a peu pres d’accord, je ne suis plus tres loin.
Et pourtant, il est 17h30, j’arrive dans un village et ce n’est pas Las Lajas ; j’arrive dans un autre village, et ce n’est toujours pas Las Lajas.

A la station-service, j’interroge un groupe. L’un me dit : « encore 8kms ». C’est precis, je lui fais confiance.

Le soleil se couche, j’arriverais au tout début de la nuit. Et bien non ! Encore une fois, on m’a donné un chiffre incorrect. Les kilometres defilent et je n’apercois toujours pas la ville. Il fait nuit et je vois un peu de lumiere en haut de la colline… raté… ce sont les phares d’une voiture.

1h que je roule dans l’obscurité en suivant la ligne blanche du bas-coté. Ciel étoilé, le tonnerre gronde au loin. Je dois atteindre qu’une voiture passe pour voir les kilometrages sur mon compteur.
Je vois enfin de la lumiere, c’est une station-service, l’entree de Las Lajas.
Je leur dis que je cherche un endroit pour dormir. Il me repond : « Playa ! ». Non, certainement pas, la plage de Las Lajas est a 15kms au sud, et ca ferait 15kms a refaire le lendemain pour retrouver l’Interamericana.
Il me dit finalement qu’il y a un petit hotel dans le « Las Lajas-du-bord-de-route ».

Je m’y rend. Je sonne. La dame accourt pour me dire : « Désolé, c’est complet »
Alors ca, je ne m’y attendais pas du tout… Ca ne m’étais encore jamais arrivé. Je lui demande ou est-ce que je peux trouver un endroit pour la nuit.
Elle me repond : « Au restaurant Hermanos Fernandez ». Ce n’est pas trop loin. Je suis deja passé par ce restaurant mais il n’apparait nulle part qu’on puisse y dormir.
Et pourtant, le gérant m’amene dans l’arriere-cours, vers l’un des 2 dortoirs dont il dispose, laissé a l’abandon (ou alors entretenu qu’une fois par an). Mais il me change les draps d’un lit, branche le ventilateur et me donne 2 serviettes propres et du savon. Je suis le seul a dormir ce soir :

Un peu glauque mais au moins, j'ai un toit

Je mange dans son restaurant avant de retourner au dortoir faire ma lessive et… écraser un cafard.

Aujourd’hui, j’ai explosé mon record sans le vouloir : 142kms. Celui qui m’avait dit : « 8kms », c’etait en fait « 17kms ». Quant a moi, j’ai fait une erreur de pres de 25 bornes.
Sur mon plan, ce pays apparait de la meme taille que les pays précédents. Or, Panama est presque 2 fois plus long que le Guatemala ou le Salvador. Ca a du m’induire en erreur.

4 Mai 2011
Mexico-Panama : 46eme jour

Petit café que je fais chauffer a meme le sol, comme d’habitude, a la gaziniere. J’écrase un autre petit cafard avant de quitter le dortoir.
Direction Santiago.

Le trajet est assez difficile. Je profite des quelques descentes, mais les cotes sont longues : une suite de collines sur des dizaines de kilometres et une chaleur etouffante des 6h30 ! C’est d’ailleurs beaucoup plus une question de chaleur que de montée. Pas un nuage, le soleil cogne.

De temps, je trouve une pulperia (une mini-superette) et heureusement, parce que je fais une bonne consommation d’eau.
Il est 10h30, je suis deja épuisé. Je fais une sieste derriere une de ses pulperia, a l’ombre d’un arbre.

Les pulperias ne proposent aucun menu et j’aimerais bien trouver un comedor . Il aura fallu attendre 14h pour en voir un ; car avant ca, les pulperia ne te donnent pas un grand choix : chips ou biscuits.

Apres un bon riz/poulet, et la digestion passée, ca va beaucoup mieux. Les nuages sont desormais de la partie et la route tend a s’aplanir au bout de 8 kms de trajet.

J’ai entendu plusieurs « Gringo » durant ma route. Au Costa Rica, pas une seule fois.
Parfois, les gens essayent de te parler anglais, lorsqu’ils voient que tu as des difficultés a comprendre ou parler espagnol. Je leur dis que je ne suis pas americain et j’ajoute :  » Vous pouvez parler en espagnol, je comprends un peu ». Je ne veux pas passer pour un touriste durant ce voyage a vélo. En ce moment, je suis un voyageur, pas un touriste.

Au bout de 113kms, j’arrive a Santiago, que je dépasse de 4 ou 5 bornes, persuadé qu’il y a un hotel en sortie de ville. Raté…

J’interroge 2 jeunes au bord de la route. Ils me disent que tout est en centre-ville. Je voyais Santiago beaucoup plus grand et donc pourvu de plus d’hotel.
On ne va pas tenter le diable, je retourne a Santiago.

Hotel de classe moyenne…

...avec une vieille télé en prime

Tiens, le Nouveau Testament est de retour sur la table de nuit.

5 Mai 2011
Mexico-Panama : 47eme jour

Je décide de me lever 30 minutes plus tot pour décoller a 5h. La journée sera longue.
Route assez plate, nuages, j’ai bouffé du lion aujourd’hui : je passe la barre des 50kms juste avant 8h.

Je m’arrete dans une station-service. Je viens de passer une bonne montée, et une fillette arrive pour me vendre un sachet de cacahuetes. Je lui dis non et entre dans la station pour acheter quelques provisions. En ressortant, je regrette un peu de lui avoir dit « non » un peu sechement. J’etais essoufflé, elle ne m’a pas laissé le temps de respirer.
Assis sur une table exterieur, je la vois avec un garcon de son age vendre tous les 2 ces sachets de cacahuetes.
Au moment ou elle passe devant moi, je lui achete finalement 1 sachet.
Elle repars en direction des clients qui viennent de se garer sous le préau de la station. Elle et le garcon reviennent me voir quelques secondes plus tard pour me demander d’ou je viens.
C’est surtout moi qui leur pose des questions. Ils ne sont pas frere et soeur mais viennent du meme village d’a coté. La maman de la fillette travaille et tous les 2 vendent des cacahuetes chaque jour. Aucun d’entre eux ne va a l’ecole.
C’est dur d’entendre ca, ils ont l’age de mes neveux et niece et leur ressemble un peu. Ils ont le sourire et son poli. Je leur donne a chacun un petit paquet de chips que j’avais acheté il y a 5 minutes. Je n’aurais jamais fait ca dans un lieu touristique, car, comme je l’avais dit en Inde, le touriste ne dois pas passer pour la vache a lait. Ici, en l’occurence, je suis de passage dans un endroit absolument pas touristique. En plus, ils ne reclamaient rien.
A peine j’empoigne mon velo pour repartir, je les vois proposer des cacahuetes aux clients, la bouche pleine de chips.
Ces enfants sont loin d’etre un cas isolé. En Inde, j’etais parvenu a voir tout ca comme une fatalite, un « This is India » tellement ils marchent sur la tete.
Ici, c’est plus dur.

J’avale les kilometres. Au bout de 79 bornes, crevaison… ca faisait longtemps. Un habitant d’une maisonnette isolée ne dit qu’il n’a pas de quoi réparer et m’indique du doigt l’entrée du prochain village.
Et c’est parti pour 1 petit kilometre a pied.

J’arrive dans un vulcanizadora, et lui donne une chambre a air neuve. J’ai toujours les 3 que j’avais acheté au Nicaragua. D’ailleurs, c’est officiel, le Costa Rica aura été le seul des 7 pays ou je n’ai effectué aucune reparation sur mon vélo.

Je mange a midi dans le comedor a 10m du vulcanizadora. Pret a repartir, les pneus bien gonflés.
Le seul probleme, c’est qu’il ne peut pas changer les quelques rayons cassés de ma roue arriere. J’espere simplement que ca tiendra jusqu’a la fin.

Je repars. Je passe la ville de Penonomé, d’Anton, puis je longe l’océan sans le voir ; trop loin…

Il est 1h30, je passe la barre des 100kms.
En fait, je n’ai pas vraiment prévu de destination, j’avais simplement l’idee de rejoindre la mer. J’arrive aux 143kms. Record battu. Je m’arrete dans une superette pour demander l’hotel le plus proche. Il me reponds a San Carlos, a 20kms. Je me mefie un peu maintenant.
S’il a raison, ca va faire juste pour moi : je roulerais un peu dans la pénombre.
Mais en regardant un panneau, je vois ecrit « San Carlos 9.2kms ». Ca c’est une bonne surprise.
Conclusion : les habitants te disent soit la moitié, soit le double de la vraie distance…

152kms au compteur, record pulvérisé. Ce sera également le record pour ce voyage a vélo.
Vous savez pourquoi ? Parce qu’on est a 90kms de la ville de Panama.
C’est pour demain !

6 Mai 2011
Mexico-Panama : 48eme (et dernier) jour

C’est la raison pour laquelle j’ai fait beaucouop de kilometres la veille : en avoir le moins possible pour mon dernier jour.

Je pars a 5h30 et je vais a un bon rythme, sans negliger les pauses.
Les 30 premiers kilometres se font sans probleme. Quelques collines a franchir sur une dizaine de kilometres seulement.

Je supplie mon velo pour qu’il tienne le coup jusqu’a Panama. Je supplie aussi mon compteur a velo qui affiche le symbole « clé anglaise » sur le cadran depuis une semaine.

J’en suis a 50kms. Pause repas a 10h (je suis decalé).
On me propose des spaghettis. Parfait pour attaquer la suite.
Je repars sur l’Interamericana, mais je dois faire un détour dans un village en bord de route pour faire le plein d’eau.
Je suis a moins de 20kms de Panama.

Le ciel se couvre, les nuages sont noirs. J’aurais esperé ne pas avoir de pluie pour mon dernier jour ; mais entre un probleme de vélo et la pluie, je choisis la pluie.

Je me mets a penser a tout ce trajet parcouru, a toutes ces epreuves endurées. Je me souviens lorsque j’étais a Mexico et que j’effectuais des tests sur mon vélo devant l’hostel, le jour ou je croyais que j’allais partir ; un couple d’americains m’avaient demandé d’ou je venais et ou est-ce que je me rendais a vélo.
J’ai dis :
– « Panama »
A cela, l’américaine m’avait répondu :
– « Waaahooo… et vous etes parti d’ou ? »
– « De la… j’ai fais 5 metres… »

Il commence a tomber quelques gouttes. Je peux encore rouler sans probleme. J’en suis a plus de 70kms.
J’attaque une bonne descente. Panama étant au niveau de la mer, c’est bon signe.

Il est 13h, c’est la derniere montée, j’apercois le debut du pont au-dessus du Canal.

Check-point en pleine cote. Il font signe de m’arreter. On est a 50m de l’entrée du pont. Ils me posent tout un tas de question. Mais toujours sympas comme d’habitude. Ils me posent aussi et surtout des questions parce qu’ils sont interessés de savoir d’ou je viens et tout ce que j’ai fait a vélo durant ces 48 jours.
La pluie s’intensifie pendant que je leur parle. Au bout de 10min, ils me laissent partir.
Je fais une trentaine de metres jusqu’a un monument qui commémore les 150 ans de la présence chinoise a Panama.
C’est un tres bon endroit pour prendre 2 photos, durant une courte accalmie.

Le pont (on apercoit au loin le sommet des plus hauts gratte-ciels de Panama)
Le Canal de Panama

La pluie regagne d’intensité. Je me réfugie sous le préau de ce monument, dans une sorte de kiosque. Je partage ce petit espace avec 2 motards (et leur moto) venus aussi se réfugier. J’attends que ca se calme. Il est 14h, le tonnerre gronde encore.
J’ai le sourire parce que je suis arrivé au bout de ce voyage a vélo en 1 seul morceau. Je n’explose pas de joie pour autant. Je me dis simplement : « C’est fini », et c’est une étrange sensation…

La pluie continue, les motards, eux, sont repartis.
La fatigue et la tension retombe pendant que je patiente a l’intérieur de ce kiosque. Je tombe de sommeil.
Au réveil, je suis allongé sur l’un des petits bancs, mon sac a dos en guise d’oreiller. Il est 15h30, et il ne pleut plus.

Je quitte enfin le kiosque pour traverser le pont. La banlieue de Panama n’a rien d’intéressant. Je la traverse.

Ca y est, j’y suis. Je suis a Panama !

Je n’ai pas de « ligne d’arrivée » précise. Je me suis dis que l’arrivée sera la photo finale.
Je prends une rue au hasard, un viaduc au hasard pour arriver pile-poil ou je voulais, le long de la cote avec les gratte-ciels comme toile de fond.

Chaque soir, j’ai reporté sur une feuille les kilometres parcourus durant la journée.
Je les ecris ici pour calculer et aussi pour me rappeler :

Mexico – quelque part : 49,9kms
Quelque part – Oxtepec : 62,1kms
Oaxtepec-Tetela del Volcan : 39,5kms
Tetela del Volcan – Atlixco : 41kms
Atlixco – Amozoc : 52,3kms
Amozoc – Tehuacan : 123kms
Tehuacan – Coaxcatlan : 40kms
Coaxcatlan – Teotitlan : 25,3kms
Teotitlan – Huautla : 64,5kms
Huautla – Jalapa : 62,5kms
Jalapa – Tuxtepec : 63,4kms
Tuxtepec – Maria Lombardo de Caso : 119kms
Maria Lombardo de Caso – Palomares : 63kms
Palomares – Matias Romero : 36kms
Matias Romero – Niltepec : 77kms
Niltepec – Arriaga : 102kms
Arriaga – Tonala : 24kms
Tonala – quelque part : 51kms
Quelque part – Escuintla : 102kms
Escuintla – Huixtla : 33kms
Huixtla – Ciudad Hidalgo : 81kms
Ciudad Hidalgo – Mazatenango : 100kms
Mazatenango – Escuintla : 99kms
Escuintla – Cara Sucia : 126kms
Cara Sucia – Playa Dorada : 65kms
Playa Dorada – Comalapa : 93kms
Comalapan – Usulutan : 93kms
Usulutan – Santa Rosa de Lima : 99kms
Santa Rosa de Lima – San Lorenzo : 77kms
San Lorenzo – Somotillo : 94kms
Somotillo – Leon : 101kms
Leon – Managua : 100kms
Managua – Masaya : 30kms
Masaya – La Cruz : 128kms
La Cruz – Cañas : 103kms
Cañas – Esparza : 73kms
Esparza – San Jose : 90kms
San Jose – km56 : 50kms
Km56 – Uvita : 125kms
Uvita – Neily : 116kms
Neily – Las Lajas : 142kms
Las Lajas – Santiago : 113kms
Santiago – San Carlos : 152kms
San Carlos – Panama : 90kms

C’est bon, le calcul est fait.

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, je vous annonce la fin de ce voyage a vélo :

Mexico- Panama "Expedition Auvergne 2011" 3570,5kms en 48 jours

Mon vélo ne m’aura pas fait de sale coup pour la derniere journée, et mon compteur aussi aura tenu jusqu’au bout.

Je rejoins le backpacker que j’ai booké. C’est dans le Casco Viejo, le vieux quartier qui surplombe la ville nouvelle.
J’etais au Mexique lorsque j’ai fais la reservation. J’avais pris pour 3 nuits a partir du 5 mai…Je ne suis pas tombé bien loin.
Je n’ai pas pu leur dire que j’aurais du retard puisque je n’ai pas eu accés a Internet pendant des jours.
J’arrive a l’hostel. C’est la, en arrivant au pied de cette auberge de jeunesse que je me suis vraiment dit : « C’est terminé, il n’y a plus aucune distance a parcourir ».

Dans le backpacker, de la jeunesse, partout. Ca fait un peu beaucoup lorsque tu viens de passer plus d’un mois et demi dans des hotels calmes (en général…). Des backpackers, je n’en ai vu aucun durant ce voyage. Je n’aurais jamais pu fonctionner de cette maniere, ne serais-ce que pour des questions d’horaires. Je me levais a 4h30 les matins, et… dans une auberge de jeunesse, c’est souvent l’heure a laquelle la plupart se couche.

Me voici donc de nouveau dans un backpacker, le dernier étant celui de Mexico. Le coin est sympas, et Panama a l’air d’etre une bonne ville avec des quartiers agréables a visiter.
Mais accordez moi un peu de temps avant de reprendre la casquette du touriste. J’ai beaucoup de choses a faire.

J’attache mon vélo au rez-de-chaussée, puis je me rends a la réception a l’étage. Pas de probleme pour décaler les dates, et sans payer de supplément. Je pars au comedor, a quelques rues de l’auberge, puis je fais un détour par la superette pour acheter un deodorant, histoire que les jeunes survivent lorsque je passe trop pres d’eux.
Apres une douche, me voici devant Internet pour vous ecrire la 7eme et derniere partie de ce Mexico-Panama. C’etait une formidable aventure.

Je n’ai pas fait de pause de 24h depuis le Honduras ; demain matin, c’est grace matinée… si j’y arrive.
En regardant l’horloge du backpacker, je constate 1h de plus par rapport a ma montre. J’ai encore traversé tout Panama avec la mauvaise heure. A vrai dire, je fonctionnais plus avec le soleil qu’avec ma montre.

Je reste quelques jours a Panama, le temps de souffler, et de tout régler.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

9 réflexions au sujet de « Mexico-Panama (7eme partie) »

  1. BRAVO !! c’est génial !! on est contents pour toi !! je suis très fière !

    …. et merci pour la photo, on dirait papa à 20 ans (sans les grosses lunettes !!) !!

    Et j’attends la suite… !!

  2. Je te dis également merci pour la photo!! ça fait plaisir de voir ta petite bouille!
    Et surtout FELICITATION pour ce périple!!
    plein de bizous

  3. Bravo pour le périple en vélo, et ravie de tes commentaires sur le Costa Rica ! J’ai vraiment adoré ce pays, tout en couleur, propre par tout et la gentillesse des Costa Ricains !
    Bonne chance pour la suite,
    Gros bisous, ta grande cousine Sylvie

  4. salut alex ! déjà un grand bravo pour ce voyage, tu l’as fait! et, tu payes ta bogossitude avec les cheveux longs, je te l’ai toujlours dit, fais toi pousser les cheveux et monte un groupe de grunge hard-core ! je suis très fier(de tes cheveux )de toi! continues bien!! bises, bruno

    1. Merci mon grand. Par contre je sais plus quoi en faire de ces cheveux. Ca fais des semaines que je les rabats d’un rapide mouvement de tete, tel un adolescent je-m’en-foutiste. Mais effectivement, si je veux monter mon groupe de grunge-hard core (pour ma reconversion), il faudra s’y habituer.
      Biz

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