Miracle à Panama

7 Mai 2011

Je prends le taxi ce matin avec 2 américains de Los Angeles. Eux vont a la plage ; pour moi ce sera le quartier El Dorado, au Centre des Courriers.

C’est bien ce que je craignais, mon sac a dos est retourné a l’adresse d’expédition, c’est-a-dire la d’ou je l’ai envoyé : Oxtepec au Mexique…
Ils l’ont gardé 15 jours réglementaires ; moi, j’en ai mis plus de 40 pour venir jusqu’ici depuis Oaxtepec. Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi l’hotel n’a jamais vu l’ombre d’un colis portant mon nom…

On me donne un numéro au cas ou le colis serait arrivé dans la seconde poste de Panama. La fille ajoute qu’il ne faut pas trop y croire. C’est quasiment sur qu’il soit retourné a l’expéditeur. C’est fermé aujourd’hui, il faudra que j’appelle seulement lundi. J’écarte completement l’idée de le retrouver ici, a Panama.

J’ai gardé l’adresse de cet hotel, a Oaxtepac. Je ne sais pas vraiment quoi faire. Je dois deja les contacter pour savoir si ils l’ont. Ca attendra demain, de toute facon, je dois désormais faire sans et organiser mon sac a dos pour que tout puisse rentrer : j’ai des choses a acheter comme des vetements supplémentaires neufs. A part ca, j’ai presque tout ce qu’il me faut d’essentiel.

Je suis au centre commercial d’El Dorado et je passe la journée dans les boutiques. En fin d’apres-midi, j’ai quasiment tout.

Il fallait que je m’en occupe aujourd’hui. Demain, c’est dimanche.
Retour en taxi au backpacker

8 Mai 2011

Tout est fermé aujourd’hui. Le chauffeur de taxi de la veille m’avait dit qu’il connaissait peut-etre quelqu’un d’interessé par mon vélo. Il m’a laissé son numéro.
Je l’appelle ce matin. Nous convenons d’un rendez-vous devant l’hotel a 9h. J’attends depuis deja 1h. Il ne vient pas.

J’ai le temps de discuter avec les membres du backpacker : anglais, canadiens, israelien et un seul autre francais, qui me fait savoir que 2 autres francais voyagent a vélo, et resident dans cet hostel. Chaque membres a sa petite histoire, et lorsqu’ils me voient en train d’attendre avec mon vélo posé contre le mur, moi aussi, j’ai ma petite histoire a raconter…

Je remonte a la réception pour téléphoner a nouveau au chauffeur. Il me dit qu’il arrive dans 30min. J’attends encore plus d’1h30…
Tant pis, je pars faire quelques courses pour cuisiner au backpacker. En tentant de le joindre une 3eme fois, il a coupé son portable… Pas sérieux l’animal.

Je décide de partir a vélo en interrogeant les gens pour savoir ou je pourrais le vendre. Je pars d’abord dans le quartier des affaires. Non, ce n’est pas vraiment le bon endroit. Le mieux, c’est d’aller errer dans les quartiers, les ruelles, la ou se passe le petit commerce quotidien, meme un dimanche.

Un commercant me dit d’aller au mercado. En m’y rendant, un type me fait une remarque sur ma roue avant. Je n’ai pas compris ce qu’il vient de me dire, mais je lui fais savoir que mon vélo est a vendre pour 50 dollars.
Il appelle un autre type. Je lui dit que tous les accessoires sont compris dans le prix. Ce second type amene le velo en retrait de la rue pour le place a l’entrée d’un vieil hangar.
Ils ne sont pas vraiment du genre commode, mais je ne montre aucun signe de vulnérabilité sur le visage et mes négociations.

Au final, il me donne 45 dollars a prendre ou a laisser. J’en reclame 5 de plus, puis j’insiste une nouvelle fois. Le 1er type me conseille de ne pas en demander plus. L’endroit est un peu « coupe-gorge » a vrai dire. Un 3eme type est d’ailleurs apparu entre temps. Ca sent l’accrochage si j’insiste une fois de plus.
A 3 contre 1 a l’entrée d’un hangar, j’y laisserais surement quelques plumes… Je les fixe quelques secondes, puis je regarde les 45 dollars dans ma main.
Bon… on va éviter la confrontation pour 5 dollars.

Je repars avec un léger sourire : autant que ce soit eux qui héritent de ce vélo dont les vitesses ne passent pas toujours, et les quelques rayons cassés de la roue arriere.
Mais c’étaient les imperfections de ce vélo qui en a fait son petit charme… snif…
Voila, la derniere fois que j’ai vu ce vélo aura été dans un vieil hangar de Panama, vendu au marché noir, dans des conditions…mémorables.

Je suis desormais libre de quitter Panama et j’ai l’apres-midi pour visiter Casco Viejo.

De ce coté, vous connaissez deja
Iglesia San Francisco, dans le Casco Viejo
Une ruelle de Casco Viejo

 

Ce quartier est construit sur une peninsule rocheuse, plus facile a defendre a l’époque
Le quartier n´est pas immense, et pourtant il y a l´Ambassade de France (la seule ambassade de Casco Viejo) ; car il faut savoir que les francais ont joué un role important a Panama.

 

 

Le Canal
A la fin du XIXeme siecle, apres l´achevement du Canal de Suez, le glorieux francais Ferdinand de Lesseps fut contacté. Mais Lesseps sous-estima fortement l´ampleur du chantier et, durant les travaux, plus de 22000 travailleurs de France, Guadeloupe et Martinique moururent de la malaria et de la fievre jaune. Tout fut interrompu durant un temps jusqu’ a ce qu’ un des ingénieurs de Lesseps accepta finalement de vendre la concession aux américains, ayant flairés l’opportunité financiére de cet échec francais.
La Plaza de Francia rend hommage aux role de la France dans la terrible construction du Canal.
L´Ambassade de France sur la Plaza de Francia
Je serais bien entré a l’intérieur mais c’est dimanche…
Je rentre au backpacker.
9 Mai 2011
Je me réveille vers 5h30 parce que mon taxi pour l’aéroport est en fin de matinée et j’ai encore une ou 2 choses a faire. Pendant le petit déjeuner, je rencontre les 2 francais qui voyagent a vélo. En fait, ce sont un francais et une suisse. Vélos neufs qui viennent de France avec porte-bagages sur les cotés… bref, tout ce qu’il faut. Je leur fais savoir – non sans fierté – que je n’ai trouvé qu’un vélo bas-de-gamme avec un porte-bébé comme porte-bagage…
Ils sont partis du Costa-Rica, descendent au Chili pour remonter jusqu’a Buenos Aires. Ils se sont donnés 1 an. Il faut bien ca, je pense. Ils me disent aussi qu’ils m’ont vu a vélo sur la route, aprés Santiago, quelques jours auparavant. Ils ajoutent qu’a ce moment, ils etaient escortés par un camping-car de touristes lorsqu’ils m’ont doublé… LES TRICHEURS !!!
Je quitte le backpacker et passe plus d´une heure a trouver une poste qui n’existe que sur le plan. Tant pis, je peux remettre ca a plus tard.
Je passe ensuite a l´Ambassade de France pour m’entretenir avec quelqu’un au sujet de mon sac a dos. Je voudrais quelqu’un de bilingue pour téléphoner a l’hotel de Oaxtepec au Mexique, et savoir si ils ont mon colis en leur possession. La personne a l’accueil de l’Ambassade me donne un nom a contacter, accompagné d’une adresse mail. Je retourne au backpacker (c’est a a peine 10min a pied) pour ecrire mon mail expliquant mon probleme.
Ca va etre long comme processus avant que mon sac n’arrive en France. Il faut que l’accueil de l’hotel de Oaxtepec se renseigne sur le coup d’envoi ; que je leur envois ensuite l’argent ; qu’ils le recoivent et enfin, qu’ils l’expedient. Et tout ca en espagnol, par l’intermediaire de l’Ambassade d’un pays que je quitte dans a peine 2h..
Je pars ensuite dans le dortoir pour ranger mes affaires. Je retourne sur Internet car je n’ai pas noté le nom de mon futur backpacker, ni l’adresse. L’Ambassade m’a répondu. La dame me dit de passer pour qu’ensemble nous téléphonions a l’hotel. Je n’ose pas lui répondre que mon taxi est dans 2h a peine, ce serait mettre de la mauvaise volonté. Je dois me dépecher en esperant qu’elle me recoive vite.
10 min plus tard, je suis a nouveau a l’Ambassade. La dame me recoit 25 min plus tard. Autant qu’elle me voit physiquement pour qu’on puisse continuer a communiquer sur l’avancé de cette histoire de colis…
Elle a imprimé mon mail et a tout compris, pas besoin de lui répéter.
Elle appelle l’hotel dans un espagnol impeccable. Ils ne l’ont pas recu. Peut-etre que c’est a la Poste de Oaxtepec, pour je ne sais quelle raison.
Je me souviens alors soudainement qu’avant-hier, le Centre des Courriers d´El Dorado m’avait donné le numéro de l’autre poste, pour me consoler dirons-nous. Je parviens a le retrouver dans mes papiers et lui donne pour qu’elle le compose.
Elle s’explique plusieurs minutes, et au bout d’un moment, tout en parlant au téléphone, elle tend son pousse en l’air en me regardant. C’est pas vrai, ils l´ont… Mon sac a dos est a Panama !
En raccrochant, la dame me dit qu’il se trouve au service courrier du centro commercial de Los Americas. Je me leve d’un coup en lui remerciant chaleureusement. Puis je sors de l’Ambassade a toute allure.
J’ai 1h pour retrouver mon sac, retourner au backpacker et préparer mes affaires avant que le taxi n’arrive…
Je sors de l’Ambassade et me met a courir dans les ruelles en criant ¨TAXI !!!¨. J’en attrape un en plein vol :
– ¨Centro commercial de Los Americas por favor¨
Il va a toute vitesse dans les ruelles de Casco Viejo, puis ressors du vieux quartier. Ce n’est pas aujourd’hui que je lui dirais de ralentir…
J’arrive au centre commercial et je cours a l’interieur.
Je trouve finalement le service des courriers, et a travers les multiples vitres du centre, j’apercois mon sac !!! Toujours sous plastique depuis 1 mois et demi.
Apres quelques formulaires a remplir, l’employé libere le colis de son plastique, puis me le donne enfin.
DANS MES BRAS !!! J’AI FAILLI NE PLUS JAMAIS TE REVOIR DE CE TOUR DU MONDE !!!
Je pars vite pour reprendre un taxi, direction le backpacker. J’essaye de caser mes affaires supplémentaires, mais du coup, j’ai beaucoup de choses en double, pensant ne plus jamais revoir mon sac. Il va falloir charger au maximum.
Il est 11h, mon taxi arrive. Direction l’aeroport international.
 Je quitte Panama alors qu’il vient de se mettre a pleuvoir des cordes. Heureux et triste a la fois de quitter cette ville que j’avais tant espéré voir un jour, durant ces semaines de vélo. J’ai vendu ce vélo, mais j’ai retrouvé par miracle mon sac a dos.
Pendant que je quitte ce quartier puis cette ville, je me dis : « tout s’est finalement arrangé » ; et je retrouve rapidemment la motivation pour continuer ce tour du monde comme avant : a pied, en bus, en taxi, en bateau, en avion…
J’espere ne pas avoir trop perdu la main !
Mais j’ai la peche. Enfin… pour le moment, alors que je suis en train de manger dans l’aéroport, toute la tension retombe. Je suis fatigué par cette matinée pleine de rebondissement, mais tres éreintante. Je pars dormir sur un siége en attendant l’heure d’embarquement.
Hier, alors que je parlais devant l’hostel avec le francais. J’en ai profité pour lui demander si il était vraiment dangereux d’accéder en Colombie par la route. Dans les livres, j’ai vu ecris « dangereux » et « potentiellement suicidaire ». Il a vécu 5 ans en Colombie et me disait que la frontiere entre Panama et la Colombie était officiellement fermée, qu’il fallait payer les paramilitaires a coup de backshich, sans parler de la présence des FARC. Cette frontiere est l’une des plus dangereuse au monde. Et c’est la raison pour laquelle l’hostel proposait uniquement l’accés par voie maritime.
Le seul probleme, c’est que ce ne sont pas des liaisons par ferry mais par bateau de plaisance, donc plus cher. En plus, ca dure 5 a 6 jours puisque les compagnies de plaisance te font passer par des plages paradisiaques. C’est sympas mais c’est 400 dollars…
Je n’avais plus qu’une seule solution : l’avion, que j’ai booké hier qui m’a coute la moitié du prix par rapport au bateau. J’avais surtout vraiment envie de tenter l’aventure par voie terrestre, mais le francais a bien insisté : la frontiere est fermée. Pour passer, c’est tres risqué. On ne tentera pas…
Il est 15h15, je prends le vol Panama-Cartagena.
1h05 de vol seulement. Et pas de soucis pour dormir pendant ce laps de temps.
Il est 16h20, je suis en Colombie.
J’échange dans l’aéroport mes dollars contre des pesos colombiens.
Cartagena, c’est au Nord de la Colombie. On est de retour coté Atlantique (que j’avais laissé a la Nouvelle-Orleans), en mer des Caraibes.
Je longe d’ailleurs la mer dans un taxi pour rejoindre le Chill House Backpacker, en plein coeur de la vieille-ville.
L’endroit est vraiment sympas.
Mais la nuit va bientot tomber et je dois partir au supermarché du coin pour quelques courses.
Apres cela, je prends enfin le temps de vous décrire ces 3 jours de folie a Panama : entre revente de velo dans un quartier mal famé, visite du Casco Viejo, et ces quelques heures décisives qui ont précédé mon départ d’Amérique Centrale.
Panama, aura été l’Arrivée et le Nouveau Départ. Maintenant, c’est derriere moi.
Place a l’Amérique du Sud !
Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

4 réflexions au sujet de « Miracle à Panama »

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