Le vélo de Mexico

14 Mars 2011 (suite et fin)

Je quitte le French Quarter de la Nouvelle-Orleans a pied jusqua l’hotel pour recuperer mon sac a dos. Direction la gare routiere.
On s’attache tres vite a cette ville et sincerement, elle est tres difficile a quitter.

Retour a Baton Rouge, puis depart a nouveau pour Lafayette. Baton Rouge, Lafayette, les francais sont passés par la…
Je pars en direction du Texas.

15 mars 2011

En plein milieu de la nuit, j’arrive a Houston, puis je prends un car quasiment remplis de mexicains, en direction du sud. Je vois le decor sud-texan evoluer et tourner lentement vers une architecture et un caractere nettement plus hispanique, bien avant la frontiere.
A Los Angeles, je me souviens avoir dit que les inscriptions dans les services publics etaient traduits systematiquement en espagnol. En fait, j’ai vu ca partout aux USA.

J’arrive a Mc Allen, encore bien loin de la frontiere ; et deja, partout dans le hall de la gare routiere, on parle espagnol, et je peine a trouver un anglophone pour savoir ou et quand sera mon prochain car.
La fille me dit que les horaires sur mon ticket sont faux.
Je paye 3 dollars pour le prochain car qui m’amenera a la frontiere.

J’arrive a Reynosa, la frontiere americano-mexicaine. Des immenses grillages ont été dressés de part et d’autre du fleuve Rio Grande. Le car s’arrete a la douane pour une fouille des bagages. Fouille pas tres approfondie pour les mexicains ; pour moi, encore moins, ils me laissent passer sans rien regarder, et sans meme un coup de tampon sur mon passeport.

La car roule toute l’apres-midi et toute la nuit.

16 Mars 2011

Perdu dans un sommeil profond, le chauffeur me secoue, il n’y a plus personne dans le car : on est arrivé a Mexico. Il est 4h30 du matin et il fait froid la nuit : 11 degres. Je dois remettre le polaire et le manteau. On m’indique on sont les taxis qi me permetront de rejoindre l’hostel que j’ai booké.

Itagnol
Italien, 2eme langue vivante au lycée… voila pour resumer mon niveau en espagnol.
Pour autant, si la personne ne parle pas trop vite, j’arrive a peu pres a comprendre. Les verbes sont plus ou moins les memes, et les chiffres quasiment similaires.
Par contre, la frustration, c’est de ne pouvoir repondre correctement a mon interlocuteur, ou alors dans une langue que je viens de creer, que j’ai baptisé « Itagnol », saupoudré dánglais.
La priorité lorsquón est dans un pays dont on ne parle pas la langue, ce n’est pas d’apprendre : « quel heure est-il ? », « je veux aller a… », « ou sont les mexicaines »… c’est tout d’abord la politesse : mots de courtoisie et sourire, c’est le sésame pour tous les pays du monde. Donc en premier lieu : « ola », « buenas dias », « buenas tardes », « gracias », « muchias gracias, « perdon », « disculpe », « con permiso »… d’autant plus que les mexicains sont plutot a cheval sur la politesse.

Le trajet en taxi me rapelle la 1ere nuit ou je suis arrivé a Delhi. C’etait a la meme heure, je voyais flou, et le chauffeur traversait les avenues a tout vitesse, comme maintenant.
Il faut toujours avoir un peu de monnaie pour un pourboire lorsqu’un assistant place ton sac dans la soute, ou lorsque le chauffeur de taxi le sort du coffre pour te le mettre sur le dos. Une petite piece, pas plus.

J’arrive devant l’hostel. Il est fermé. Je frappe a la porte. Pas de reponse.
Bon, c’est vrai qu’il est tot, mais generalement, c’est ouvert 24h/24. J’ai reperé une epicerie qui vient juste d’ouvrir dans cette nuit noire. Donuts et café. J’en profite pour demander, dans un itagnol impeccable, a quelle heure ouvre l’hostel. 8h… et il est 5h.
Il n’y a plus qu’a se poser sur un banc avec mon café, mes donuts et mon bouquin sur « comment-maitriser-parfaitement-l’espagnol-entre-5h-et-8h-du-matin-sur-un-banc-public » : « je cherche », « je veux », « je voudrais », « je ne comprends pas », « je suis francais » (gorgée de café), « combien », « quand », « pourquoi », « ou est-ce que je peux trouver », (j’attaque mon 2eme donuts), « haut », « bas », « gauche », « droite », « celui-ci », « celui-la », « ici », « la-bas », « rue », « avenue » (il me faut un 3eme donuts), « aller », « regarder », « pouvoir », quelques adverbes et surtout, le meilleur : « je suis perdu »… Pour le passé composé, on verra plus tard.
La place de la cathedrale etait calme, on se serait presque endormi si il ne faisait pas aussi froid.

La porte s’ouvre enfin. Je vois sur le comptoir qu’un tour guidé (et anglophone) en petit groupe est proposé.
Depart a 9h. Bon, je dormirais plus tard. C’est une bonne maniere de tater le terrain plutot que de rester 3 jours dans le meme quartier. Je vous dirais bientot pourquoi.

Le mini-bus part en direction de Tlatelolco, une cité antique minuscule située en plein coeur de Mexico.
Mexico, une des plus vieilles ville du monde, et la 3eme en population.
Fondée en 1325 par les Azteques, elle fut d’abord entourée par un lac que les Conquistadores espagnols assecherent au fil des siecles. Ils construisirent parallelement leur batiment en prenant soin de detruire chaque temple azteque pour y placer, au meme endroit, une eglise dans le style hispanique.
D’ailleurs, beaucoup d’azteques furent convertis de force.

Aujourd’hui, la ville de Mexico fait environ 1500 km2. En gros, on peut rouler d’un bout a l’autre durant une quarantaine de kilometres.

Nous partons ensuite dans un « complexe » d’eglises plus ou moins recentes vraiment remarquables.
Preuve a l’appui, en video…

Mais la ou nous passons le plus de temps est a 1h de Mexico, avec les temples de Teotihuacan. Et la chaleur arrive : plus de 30 degres.
Avant cela, nous mangeons dans une « cuisine mexicaine » quelques plats traditionnels pour un prix derisoire. Ca fait vraiment plaisir d’avoir des fruits et des legumes comme repas, je faisais une overdose des burgers americains.

Nous partons a pied pour le site historique.
C’est apres l’ascension du Temple de la Lune que je decide de m’ecarter du groupe pour quelque chose qui arrive tous les 16 du mois :

7 mois !

Bah oui, j’allais quand meme pas oublier. Celui que l’on voit au loin, c’est le Temple de la Lune. Le 2eme plus gros apres, apres ? apres ?

Le Temple du Soleil bien sur...

Dommage (et non), la partie haute etait en renovation…

Ainsi que la plupart des autres temples

L’origine de la fondation de Teotihuacan est assez mysterieuse car on retrouve des zones de construction successives d’aspect tolteques, mayas, zapoteque et mixteques… (rien a voir avec les bretons).
Ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’elle a été durant des siecles, la plus grande ville de toute l’Amerique pré-colombienne (avant la decouverte de l’Amerique par les europeens) avec 200000 habitants, étendue sur 30km2.

Une autre photo du Temple de la Lune

Une longue allée centrale, qu’on appelle « l’Allée des morts », bordés par ces petits temples, separe les 2 grands. Je n’ai pas de photos d’ensemble, mais le site est immense. 68 temples n’ont pas encore été debrouissaillé. Teotihuacan est classé au Patrimoine de l’Unesco, et ca vaut vraiment le detour.

Par contre, alimentation nouvelle, chaleur, manque de sommeil et c’est parti pour une bonne tourista, qui m’amene directement dans les chiottes, a l’autre bout du site. Il n’y a pas vraiment de facon d’eviter ce genre de désagrement. Il faut toujours un temps pour s’acclimater.

De retour sur le site, je ne trouve plus mon groupe. Je rejoins alors l’une des 5 portes par laquelle nous etions entré. Pas de mini-bus.
Je trouve une flic a l’entrée. C’est le moment de restituer ce que j’ai appris : « Estoy perdido » (je suis perdu), puis j’ajoute quelques mots d’italiens. C’est bon, l’essentiel est compris. Elle empoigne son talkie-walkie. Le mini-bus viendra me chercher 15 min plus tard.

Retour a Mexico. Je longe a nouveau ces kilometres de quartiers pauvres. Les maisons sont faites de parpaings grisatres. Arrivé dans le coeur de la ville, il fait presque nuit et l’ambiance me rappelle un peu Palerme, avec la meme agitation. Aujourd’hui, c’etait la journee culturelle. Les 2 prochains jours seront consacrés a la realisation d’un vieux projet.

17 Mars 2011

Je l’avais en tete depuis des mois : rejoindre Panama depuis Mexico a vélo. J’ai passé beaucoup de temps aux USA dans les cars. Je voudrais, pour un temps, changer de mode de transport et adopter un autre style de voyage,.
Hier soir, le guide m’avait conseillé d’aller faire un tour a San Pablo, le meilleur endroit, dit-il, pour trouver un vélo. Il m’a par ailleurs mis en garde en me disant de ne pas y aller seul, et de s’y rendre avec un ami mexicain, car le quartier n’est pas sur… J’ai pas franchement d’ami mexicain, donc on va y aller tout seul comme un grand.
Je prends une sorte de tuk-tuk ou de rickshaw mexicain pour me rendre a l’Avenidad San Pablo.

En fait, il n’y a pas vraiment de quoi avoir peur, c’est simplement le quartier des prostituées. Elles ne mordent pas que je sache… (a part si on en fait la demande).
Beaucoup de gens et surtout un nombre pas croyable de commerces en tout genre ; et spécialement des boutiques de vélos. Agreablement surpris, je n’imaginais pas que les mexicains etaient autant « branchés » 2-roues-non-motorisées. Ca va de la simple bicyclette au VTT tuning. Une foule d’accessoires en prime a des prix imbattables.
Ce que je cherche (a part un vélo bien sur), c’est une remorque capable d’accueillir mon gros sac a dos.

Et c’est bien la le probleme, personne n’en vend. Je reflechis en meme temps que j’erre dans cette longue avenue. Comment transporter mon sac sans remorque. Il est toujours possible de confectionner un plateau a l’arriere en ajoutant quelques sandoves pour maintenir le tout ; mais je suis quelque peu dubitatif sur la viabilité de cette idée. Trop compliqué a faire et j’ai peur qu’au final, le sac ne bascule a la moindre bosse.

Ou alors, une cagette en plastique… Non… pas assez large sur les cotés.

Finalement, je trouve. A force d’en voir, l’idée me traverse l’esprit doucement. J’en rie, au début. Puis je me dis : « Et pourquoi pas, c’est concu pour etre a l’arriere d’un vélo, ca aura simplement une autre fonction… ».
C’est ca qu’il me faut : un siege-bébé !
Le dossier est suffisamment élevé pour que mon sac se maintienne en hauteur, et suffisamment incurvé pour qu’il ne bascule pas sur les cotés. En plus, ca s’adapte sur quasiment tous les vélos.
Mon sac a dos, je le connais par coeur. Meme sans l’avoir pris avec moi, je connais ses dimensions. Et en voyant ce siege-bébé juste en face de moi, il ne me faudra pas longtemps pour me dire : « c’est celui-ci qu’il me faut pour mon gros bébé de 24 kgs ».
198 pesos. A peine 11 euros, pourquoi s’en priver.

Plans du Mexique et de Mexico, gants de vélo, butagaz, poncho imperméable, briquet, boussole, sandoves, guide de traduction… Aux Etats-Unis, j’aurais mis un temps pas croyable pour trouver tous ces articles. A Mexico, c’est simple, on trouve tout, pour pas cher et jamais tres loin de chez soi.

Le centre de Mexico est un quartier plutot bien entretenu. Pas de manque d’education, tout le monde jette ses dechets a la poubelle, on s’affaire a nettoyer les sols et les vitrines de sa boutique, d’effacer les tags sur ses murs, de bien présenter son magasin. Pas de négociations possible et c’est tant mieux.
Cette multitude de petits magasins donne l’impression que chacun possede son commerce, ce qui a pour avantage de faire fortement baisser les prix, meme en plein centre.
La police est omniprésente devant les bijouteries, les banques. Armés de fusils a pompe, d’uzi et meme de fusils d’assaut. La ville est bruyante mais les klaxons sont beaucoup plus discrets que dans certains pays d’Asie. A peu pres comme en Italie, ca reste vivable de marcher dans la rue.

Il me manque encore quelques articles (et le principal) mais c’est tout pour aujourd’hui.
Je retourne a l’hostel, articles et siege-bébé en main.

La place principale coté droit
Et coté gauche. La grande place se situe derriere la cathedrale

18 Mars 2011

Et c’est reparti pour une journee complete a denicher les quelques articles manquants. Le mieux, c’est de trouver tous les accesoires qu’il me faut avant d’acheter un velo (que je devrais trainer par la suite dans chaque commerces).
Je prends le taxi, siege-bébé en main. Le chauffeur parle vite. C’est dur a suivre.

Accessoires de reparation, roues de secours, cadenas, je crois avoir presque tout.
C’est le moment d’acheter un vélo. Et j’en trouve un. Il est possible de fixer le siege-bébé a l’arriere du vélo mais j’ai oublié un accessoire a l’hostel. Pas le choix, je dois rentrer juste pour une piece metallique indispensable, qu’aucun commerce ne possedait. Petit passage dans une boutique de sport pour essayer un short rembouré special VTT, puis j’achete aussi un petit sac a dos d’appoint avant de retourner a San Pablo.
Tous ces allers-retours me font perdre du temps, mais ca y est, il est 16h, je suis de nouveau a San Pablo, le siege-bébé est fixé, et j’ai officiellement tout ce qu’il me faut pour quiter Mexico. Je retourne a l’hostel a vélo tout en testant mon nouvel achat.
Un dernier passage a l’épicerie du coin pour pouvoir faire cuire quelques aliments le 1er soir. Si il y a quelque chose qui remonte le moral lorsqu’on est seul au milieu de nulle part, c’est bien de savoir qu’un bon repas, au fond de ton sac, n’attend plus que d’etre cuisiné. C’est un tres bon reconfort, je le sais d’experience.

Il me faut encore une chose, mais c’est une surprise, je tiens a prendre en photo mon vélo uniquement lorsqu’il sera entierement terminé.

Voila, tout est pret. Mon vélo dort tranquillement dans le compartiment a bagage fermé de l’hostel pendant que je vous ecris tout ce qui s’est passé depuis mon depart de la Nouvelle-Orleans.
Nouveau pays, nouveau défi.
Vous connaissez pour une fois ma prochaine destination, mais il va se passer quelques semaines avant de l’atteindre.
A partir de demain, on va vivre au jour le jour durant quelques temps, et je l’espere, jusqu’a Panama city, ma ville d’arrivée. On verra bien jusqu’ou j’irais.

Mélange d’impatience et d’anxiété : ca me rappelle le jour de mon depart…

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

7 réflexions au sujet de « Le vélo de Mexico »

  1. saluUUut ! courage mon grand pour ce périple! et si tu passes par la guyanne j’ai une pote là bas, tu me diras. allez, bonne rando! héhé

  2. qd tu m’avais parlé de ta traversée à vélo j’avais pas envisagé tout ce qu’il te fallait prévoir!! régale toi en tout cas, bon courage et sois prudent!!

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