Mexico-Panama (3eme partie)

29 Mars 2011
Mexico-Panama : 11eme jour

Teotitlan. J’ai dormi toute la nuit les fenetres ouvertes. Grosse chaleur. C’est une bonne raison pour partir tot. Il est 6h30, je decolle. Je dois atteindre les hauteurs avant que le soleil ne cogne trop fort.

Tentation
Souvent, les gens en pick-up me propose de monter avec eux, en mettant le velo a l’arriere. Je serais pas bien ?! Assis a l’arriere d’une chevrolet en admirant le paysage montagneux sans le moindre effort… NON!!! Ce sera a velo du debut a la fin. Sauf en cas d’extreme urgence. Pour l’instant, rien declarer de ce coté.

Ca monte, ca monte... Teotitlan est en contrebas

L’ascension se poursuit tres doucement. Teotitlan etait dans l’Etat d’Oaxaca, mais les meandres des montagnes me font retourner quelques temps dans l’Etat de Puebla.

C’est dans ces montagnes que l’ont trouve beaucoup de descendants mazateques, peuple d’indigenes installés au Nord de l’Etat d’Oaxaca et au sud de l’Etat de Veracruz. La plupart des gens parlent 2 langues : le mazateque – dialecte qui varie de village en village – et l’espagnol.

Il est 10h30, c’est le moment de faire une pause. En pleine montée, je trouve une gargote vendant uniquement des chips et des sodas. Le vent se rafraichit. Il fait suffisamment bon pour ne pas souffrir en roulant. Ca n’arrete pas de monter. A peine 10km et il est plus de midi…

Il est maintenant 13h, me voila arrivé en haut…

...et c'est un paysage magnifique qui s'offre a moi

Je m’arrete quelques minutes ici :

Le genre de baraque qu'on peut trouver sur son chemin. On vend un peu de tout et souvent, on te propose 1 ou 2 menus pas plus

C’est dans ce genre d’endroits que j’aime m’arreter pour un casse-croute. La cuisine est toujours bonne.

Photo assez representative des habitations sud-mexicaines. Les murs sont rarement crépis et le second niveau jamais achevé

La vie rurale, ce sont des champs cultivés, des poules, des vaches…

... des chevaux...

 

...et des cochons qu'on trouve souvent au bord des routes (celui-ci a du entendre une bonne blague)

La suite, c’est une superbe descente jusqu’a 9km avant d’arriver. Et 9km, c’est pas grand chose comparés aux 64kms parcourus aujourd’hui.
Il est 16h30 (j’etais poutant sur d’arriver en pleine nuit) et je prends une nuit dans le 1er hotel de la ville de Huautla.

On est au milieu d'une foret dense...

 

...et on est au frais

30 Mars 2011
Mexico-Panama : 12eme jour

Je quitte Huautla ce matin et je demande a la 1ere personne mon chemin pour la ville de Jalapa. Les mexicains ont le sens de l’orientation mais ont assez peu la notion des distances : soit ils te disent un nombre de kilometres enorme pour rejoindre ta destination (alors qu’il y en a a peine la moitié), soit, comme maintenant, le villageois me dit qu’en 1h30, je serais a Jalapa. Donc je pars a 7h et si j’ai bien compris, d’apres son affirmation, j’arriverais a 8h30. Je sais pas s’il est au courant qu’il y a 60kms de distance entre les 2 villes.

Et ca commence par une petite descente et une bonne grosse montée ; le tout me prend l’heure et demi. Il reste 50kms a faire…
Subitement, toute cette foret et surtout ce climat me rappelle ma journee de VTT en Thailande, vers Chiang Mai : en fait, je commence petit a petit a ne plus sentir la fraicheur des montagnes. C’est un climat que j’avais oublié depuis l’Indonesie ; cette moiteur qui te fais transpirer de l’interieur, de l’exterieur, de partout.

Puis vient LA descente, l’immense descente sur des kilometres et des kilometres. Je dois ralentir tellement que j’en use mes freins. Je comprends maintenant pourquoi le villageois me disait que je serais a Jalapa en 1h30. Effectivement, ca ira plutot vite aujourd’hui.
Je passe de la « haute montagne » (quand on revient du Nepal, tout est relatif) a la moyenne montagne :

Moyenne montagne. Retour definitif de la chaleur...

Je me suis arreté plusieurs fois pour tenter de resserer les freins. A chaque fois, les villageois te demande s’il y a un probleme. Je suis quasiment l’attraction de l’année a voir le peu d’etranger qui traversent leur region de cette maniere. Tu reponds 3 mots, et quoiqu’il arrive, ils restent a coté de toi a te regarder, sans rien dire. Simplement par curiosité.
Destabilisant ? Plus maintenant. Avec l’Asie, j’ai l’habitude d’etre le centre d’interet, tous les yeux constamment rivés sur moi. Ce ne sont pas les memes « codes » qu’en Europe, tu n’es pas obligé de leur parler. Pendant que tu répares, tu peux les ignorer totalement jusqu’au « au revoir » final. Eux ne disent rien et n’attendent aucun dialogue. Ils te regardent, c’est tout.

Les reparations et les pauses, il m’aura fallut tout de meme plus de 8h pour atteindre Jalapa.
Jalapa, c’est un assez grand village de moyenne montagne. Suffisamment grand pour avoir 2 petits hotels.

Je fais changer mes freins dans un stand et reparer la roue arriere, gondolée a cause du poids excessif des 2 premiers jours. Du moins, je crois que c’est a cause de ca…
Quelques gouttes de pluie ce soir. Les premieres depuis Washington.
Il fait lourd.

31 Mars 2011
Mexico-Panama : 13eme jour

Il a fait chaud cette nuit. Le ventilateur dans une chambre d’hotel aussi haut-de-plafond n’a pas suffit.
Aujourd’hui, je quitte definitivement les montagnes pour la plaine.

Voila ce que je quitte...

 

C'etait vraiment eprouvant mais c'etait beau

 

Le decor evolue au fil des heures :

Les vaches, la moiteur, le paysage... des airs de Rajasthan

 

Je tiens a preciser que, pour le moment, je n’ai pas vu encore un seul cliché du mexicain coiffé du typique sombrero, la longue armé d’un pistolet a canon long. Et sincerement, je ne crois pas que j’en verrais.
Tous les mexicains que je croise possedent ce genre de chapeau :

Certains paysans arpentent encore leur domaine a cheval

 

Quant aux armes, les seules que je vois dans leur main sont des machettes utilisées pour le travail des champs.

Sur le chemin, dans un tout petit village, je fais reparer le frein de ma roue avant.
Le papa bricole, la maman, un peu en retrait, assise sur une chaise, fait de la couture tandis que leurs 2 petites filles me regardent fixement avec leurs grands yeux noires. Il repare tout.
Souvent, les mexicains font allusion a Dieu et a la religion. J’entends parfois quelque chose du genre : « Que Dieu te protege dans ton voyage ». Je dis merci pour etre poli.
Aujourd’hui, le pere me demande : « Lorsque tu pries Dieu, qu’est-ce qu’il te dit ? »
Bonne question…

Bref, ce qui m’interesse surtout sur le moment, c’est de lui demander (au reparateur pas a Dieu…) si il a 2 nouveaux pneus de 26 pour moi. Et bingo, il les a en stock. 100 pesos, et me voila reparti.

Il fait toujours aussi chaud et le trafic augmente a mesure que je me rapproche de Tuxtepec, ma ville d’arrivée.
Je demande ou est le centre ville. Un habitant me repond : « ici ». Non, Tuxtepec n’a aucun interet particulier, et pourtant elle a beaucoup de valeur a mes yeux :

1 – C’est ici que je decide de prendre 24h de repos
2 – C’est la fin de la partie « montagne » en ce qui concerne le Mexique
3 – Je peux desormais tourner la page de ma carte routiere et ne plus voir la ville de Mexico. Et croyez-moi, au bout de 13 jours, ca fait plaisir !

Je prends l’hotel le plus proche.

1er Avril 2011
Mexico-Panama : 14eme jour

Une journee toute entiere a ne rien faire ; tres rare dans ce tour du monde.
Je regarde la télé, je dors une bonne partie de l’apres-midi, je vais au resto situé a…5 metres de l’hotel, je regarde a nouveau la télé…
J’ai obligation de faire le minimum de choses aujourd’hui dans l’interet des jours qui suivent ; et je l’ai fais tres bien…

2 Avril 2011
Mexico-Panama : 15eme jour

Je quitte Tuxtepec. Bien remis, en forme.
Je peux faire plus de kilometres aujourd’hui, et c’est le matin que je suis le plus performant : il fait frais et il y a peu de trafic.

Par prevention, on brule des zones entieres de verdure au bord de la route

 

Vers 9h, c’est les 1eres gouttes de sueur a cause de la chaleur. Quelques nuages arrivent parfois au bon moment. Ca reste rare.
Le mieux dans ces cas-la, c’est de ralentir la cadence durant les heures chaudes. Entre 12h et 14h, je trouve des coins d’ombre pour des pauses prolongées ou bien je m’attarde dans une gargote durant le repas de midi. Mais ou que tu sois, meme a l’ombre, tu transpires quand meme. Le climat tropical est bien la…

Durant une quarantaine de kilometres, je passe dans l’Etat du Veracruz avant de revenir a nouveau dans l’Etat d’Oaxaca.
En plein milieu d’apres-midi, c’est la panne d’eau. Effectivement, j’ai mal calculé : j’ai decidé de faire plus de route aujourd’hui sans penser au ravitaillement. Mais c’est aussi et surtout a cause de l’espacement de plusieurs kilometres qu’il y avait entre les 2 points d’eau et d’une chaleur etouffante sur des chemins qui ressemblent, par endroits, a un Paris-Roubaix mexicain.
C’est au bout de 3kms que je trouve un point ravitaillement ; et heureusement, car je n’ai pas croisé grand monde sur la route.

Ce n’etait pas aussi plat que je l’imaginais. Certes, on est sur la plaine, mais c’est une suite de petites descentes et de petites montees qui m’obligent a changer frequemment de vitesse.
J’ai vu gros, trop gros aujourd’hui, pensant que c’etait du plat…

La nuit approche et je ne suis toujours pas arrivé a destination. M’arreter avant ? Pour dormir ou ? Il n’y a rien sur des kilometres.
Il est 18h30, je commence a voir de moins en moins bien. Une demi-heure plus tard, c’est la nuit noire.
Je n’ai pas acheté d’equipement pour la nuit tout simplement parce que j’avais prévu de ne pas rouler la nuit.
La seule raison pour laquelle j’ai conservé mon portable, c’est qu’il me servait de reveil le matin. Cette nuit, je lui ai trouvé une nouvelle utilité. Il fait lampe torche. Il eclaire tres faiblement mais suffisamment pour me prevenir des « nids de poules ».
Les vehicules roulent moins vite durant la nuit et eclairent ma route de temps a autre. Mais juste apres leur passage, je replonge dans la nuit noire… Lorsqu’on a aucune visibilité, le temps passe tres lentement.

Il est 20h, je vois finalement de la lumiere : Maria Lombardo de Caso. Je suis arrivé, et c’est pas trop tot. Je prends le 1er hotel et je peine a marcher, a articuler et avec la puissante lumiere de la reception de l’hotel, j’ai la tete qui tourne. Je m’en remets 5min apres m’etre affalé sur le lit de ma chambre.

J’ai parcouru 119kms sous un soleil de plomb. C’etait trop. Environ 20 kms de trop. Demain, je prendrais mieux en compte le relief. On va revoir un peu a la baisse.

3 Avril 2011
Mexico-Panama : 16eme jour

Changement d’heure. Pas a cause des fuseaux, c’est le passage a l’heure d’été.
Je quitte la tant convoitée Maria Lombardo de Caso.

Une riviere, au petit matin. N'imagine pas la petite fraicheur matinale : IL N'Y A PAS DE FRAICHEUR !

Le vent est sec et le climat tropical me tombe dessus tres tot le matin.
Je multiplie les pauses dans des coins d’ombre, sous les palmiers. Je suis constamment en sueur.
Mais avec mon compteur a velo, j’attends parfois de depasser la « barre psychologique » des chiffres ronds avant de faire une pause. Toute la journee, je fais des calculs.

Il est midi. Le dimanche, presque tout est fermé mais j’arrive a trouver un petit chalet tenue par une dame qui me propose omelette-saucisse-lentille-fromage frais-tortilla. PARFAIT ! Par contre, c’est lourd.
Je fais quelques metres a velo juste apres le repas pour trouver de l’ombre et dormir un peu. J’ai bien prévu le coup aujourd’hui, il n’y aura pas de route de nuit.

Et il n’y en a pas eu. J’arrive a Palomares, au croisement de la federale Ouest-Est et Nord-Sud en plein jour.
La route Nord-Sud, elle, est pour demain.

4 Avril 2011
Mexico-Panama : 17eme jour

Aujourd’hui, c’est jour de grand vent, va savoir pourquoi. Ca a l’avantage de ne pas me faire transpirer, mais j’ai l’inconvenient de l’avoir de pleine face.
Meme dans les descentes, je dois pedaler. Trop de vent pour parcourir de longues distances. Ca tombe bien, je n’avais pas l’intention de rouler beaucoup aujourd’hui. J’ai quelques achats a faire : creme solaire et pommade anti-moustique (les revoila…).

Je parcours seulement 36kms avant d’atteindre la ville de Matias Romero, de trouver un hotel pas trop loin de la federale, de faire mes emplettes et de vous ecrire ces quelques lignes, a environ 700kms au sud-est de Mexico.
Mon voyage avance mais je dois prendre le soin desormais de mieux apprehender les distances.

En tout cas, pas de douleur persistante, tout se repare durant la nuit. Pourvu que ca dure.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

8 réflexions au sujet de « Mexico-Panama (3eme partie) »

  1. coucou mon cousin!

    si tu te dépêche un peu pour rentrer , tu pourras enchainer avec le tout de France 🙂

    Moi qui transpire pour toi rien qu’a te lire .. je te souhaite bien du courage !

    Pleins de bisous qui j’espère t’encourageront un peu ..

    bon courages mon cousin, on pense à toi !

    1. Hehe, un mexicain m´a justement demandé si j´allais faire le tour de France. Je dis ¨respect¨aux coureurs qui enchainent plus de 200 bornes dans la journée. Pour moi, c´est physiquement impossible !!! Merci pour tes encouragements mon cousin. A+

  2. Allez Alex, Allez!!! Au taquet!… Et comme on dit dans l’jargon du cyclisme, évite de revoir « la sorcière aux dents vertes »…
    Bises mon Jaja

  3. Coucou Alex,
    Bravo pour cet exploit, cette jolie aventure. Quand reviens tu au pays pour nous faire vivre ces beaux moments.
    Je te fais des bisous et t’encourage dans ta démarche.
    Corinne, ta cousine

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