Le choc à l’envers

7 Decembre 2010

Apres une courte nuit passee sur un banc de l’aeroport de Jakarta, je verifie une derniere fois le contenu de mon sac avant la fouille ; ce que je conseille, au passage, a tout le monde de faire avant de franchir chaque frontiere, histoire d’etre sur. Entre 5 minutes de verif’ et une eventuelle perpetuite, le choix est vite fait.
Je prends l’avion.

Mais ou sont donc passes les australiens qui sont censes rentrer chez eux ?
Je n’en vois qu’un, le reste etant des balinais…
Ce que j’ignorais, c’est que nous transitions a Denpasar, la capitale de Bali. Bali, mais c’est bien sur ! Ils sont tous la et l’immense majorite des touristes australiens (et d’ailleurs) qui partent a Bali, restent a Bali durant tout leur sejour. C’est bien dommage, mais c’est ici que je les retrouve au complet. Tu les reperes de loin, une bonne proportion de blonds ; un peu plus que la moyenne…

L’avion decolle pour atterir quelques heures apres a Perth, au Sud-Ouest de l’Australie. L’Australie !

Mais avant ca, passage et fouille tres minutieuse de mon sac. La nourriture exportee est controlee : cafe de Bulgarie, sucre et pates de Turquie. Pas d’aliments « a risque », je peux prendre le bus en direction du Beatty Lodge, une auberge de jeunesse. Je vois Perth a travers la vitre, et tout ce que je peux dire… et ben… c’est que c’est pas l’Indonesie…
Il y a des panneaux d’indications partout (ecrit en vert sur fond blanc), pas un papier qui traine, les routes et les trottoirs sont larges, pas un coup de klaxon, on respecte les feux rouges, on a l’impression que les voitures viennent de sortir de l’usine. Lunettes de soleil, bermuda, tee-shirt ou chemise deboutonnee, tatouages et cheveux longs. Pas tous, mais une chose est sure, on s’habille de maniere beaucoup plus decontractee qu’en Indonesie.
On ne crache pas, on ne se mouche pas avec les doigts, on ne met pas les pieds sur les sieges, on ne fume pas dans les lieux publics, on entend plus le muezzin qui, j’avoue, meme si je respecte les religions, devenait vraiment lourd a entendre 5 fois par jour dans des hauts-parleurs souvent surpuissants ; mais surtout, fini les films a l’eau de rose et les chansons niaises que je me tapais depuis la Turquie.

Tout redevient clair et comprehensible pour s’informer, se deplacer. Les prix sont fixes (vallait-il la peine de le preciser…). Finie la chaleur tropicale.
A Perth, c’est l’equivalent d’une belle fin de printemps en France ou un mois de juin a peine trop chaud. On respire, l’ocean indien n’est pas loin.

Fini, plus personne ne me regarde en riant ;  et avec les cheveux longs, je passe ici pour un veritable australien.
Le bus passe de la musique americaine. Non, pas les Beach Boys, mais avec ce soleil sans nuage et toutes ces tenues decontractees, ca s’y preterait bien n’empeche !

J’ai connu une transition brutale entre la Turquie et l’Inde.
Le choc a l’envers, ca existe ? Oui, ca existe, et c’est prendre le vol Jakarta-Perth ; c’est passer d’un bateau de peche accroupi a manger du poisson avec les doigts et me retrouver dans un bus climatise sur une autoroute a 5 voies entoure de surfeurs ; c’est quitter le monde oriental, ses coutumes, ses traditions vieilles de plusieurs siecles pour trouver un pays jeune avec une culture occitendale, la tienne. Je m’y sens bien, forcement, c’est la culture que j’ai toujours connu… Par endroit, j’ai l’impression d’etre revenu en Europe.

J’ai reserve le Jakarta-Perth le 21 juillet dernier car il etait obligatoire d’avoir un billet de continuation pour obtenir le visa indonesien ; et je n’en reviens pas d’etre ici le 7 decembre 2010, exactement a l’endroit ou je devais etre apres avoir traverse 11 etats. Pas d’avance, pas de retard, je suis pile-poil dans les temps pour ce 12eme pays.

Le bus de l’aeroport me depose non loin du backpacker (auberge de jeunesse). C’est immense a l’interieur. Il y a toutes les nationalites. Je croise un couple de francais. Ils sont en Australie depuis 3 mois. La fille me demande : « et toi ? »
– « Moi, je viens juste d’arriver, je reviens de 35 jours de voyage en Indonesie »
– « Ca se voit a tes yeux »
– « … »
– « T’as l’air fatigué »

Elle a raison. Elle a bien raison la petite francaise, je suis epuise. Le choc des cultures reste difficile a encaisser, et la fatigue te fait perdre la capacite a apprehender rapidemment cette nouvelle facon de vivre : a l’australienne.
Que ce soit le passage vers un pays pauvre ou vers un pays riche, les transitions aussi brutales te font perdre un peu pied.
La meilleure chose a faire pour le moment ? dormir…

8 Decembre 2010

Je me reveille dans le dortoir prevu pour 6 personnes. Australiens, neo-zelandais, allemands. On n’a pas le temps de tous se presenter. On se croise, on s’apercoit ; le backpacker est tellement grand.

Frisson du matin
Voila un commentaire que je voulais laisser depuis un certain temps.
Quand on decide de faire un tour du monde, changer constamment d’endroit nous amene parfois a rechercher un minimum de reperes a chaque etapes, des choses qu’on a toujours connu. Ca n’a rien a voir avec le fait de rester toute une annee au meme endroit dans un pays etranger ou les reperes se trouvent assez rapidemment. Dans mon cas, les gens changent, les villes changent, les cultures changent. En remplissant les feuilles de reservations d’hotel, je mets parfois plusieurs secondes pour me rappeler du nom de la ville d’ou je viens, de celle ou je suis, et de celle ou je compte aller.
Il arrive meme que la nuit, tu reves de l’Inde ou de la Thailande et tu te reveilles le matin en te demandant : « Je suis ou deja ? » « Ah oui c’est vrai ». Tu te demandes : « Comment se fait-il que j’ai mis autant de temps a savoir ou j’etais ? »
C’est ca qui peut etre effrayant, ce sont ces quelques petites secondes ou tu te sens perdu, a la fois partout et nulle part. Tu sais que tu es dans un pays etranger, mais lequel ?
Il n’y a qu’en changeant frequemment d’endroit qu’on peut avoir ce genre de petit « frisson du matin ».
C’est difficile a expliquer. Il faut vraiment le vivre pour le comprendre.

 

Je commence par visiter le quartier autour du backpacker. La ville est calme. Ma « transition culturelle » se fait du coup plus en douceur.

On est bien loin de l'Indonesie...

J’ai beaucoup de choses a faire. Creer un compte bancaire pour eviter de payer des taxes tres lourdes a chaque paiement, reparer mon camescope, rapatrier quelques affaires en France, determiner mon futur trajet dans cet immense pays et acheter du materiel de camping. Et oui, c’est reparti pour le camping. Il y en a enormement en Australie et dans des coins superbes parait-il.

Je rejoins le centre-ville. Tout est grand, tout est propre.

Perth

Beaucoup d’illuminations. Comme en Sulawesi, on chante l’approche de Noel sous le soleil.
J’en profite pour acheter une partie de ce dont j’ai besoin ; notamment un guide de tous les camping d’Australie. C’est de cette facon que je compte essentiellement voyager.

Je devais rester 2 jours a Perth, mais il me faut 2 jours supplementaires pour profiter vraiment de cette ville et de l’Ocean Indien qui est a 2 pas.

9 Decembre 2010

Ce matin, super beau temps et pas un nuage a l’horizon.
Je passe la matinee dans Perth a rechercher les 2 ou 3 choses essentielles avant de partir pour de bon.

Une ruelle de Perth

J’entends encore les 50-60 ans me dire : « En France, dans les annees 60-70, il n’y avait qu’a se baisser pour trouver du travail ». Pour ma generation, c’est inconcevable.
Mais ici, en Australie, je vois partout des offres d’emplois. Tu veux un job ? Tu trouves un job. Il ne te convient pas ? T’en trouves un autre sans aucun probleme. On peut vraiment le dire : il n’y a qu’a se baisser.
J’ai l’impression qu’on construit un nouveau pays et je suis pas loin de la verite. 2 habitants au kilometre carre, tous les secteurs recrutent. Des grues, en veux-tu, en voila. L’Australie n’a pas connu la crise et on vient du monde entier pour travailler.
Plein-emploi et consommation de masse.
Le pays est tout neuf. Gym, body-building et quelques « beaux bebes » : un pourcentage d’obesite assez eleve. C’est les Etats-Unis de l’hemisphere Sud.

Les australiens sont vraiment sympas. Il faut souvent tendre l’oreille parce qu’ils n’articulent pas, mais sans ca, ils sont vraiment cool. Cool, cool… c’est un mot qui revient souvent ici. On peut le placer a peu pres n’importe quand.
On ne dit pas « hello », on dit : « Hi, man ». A la caisse, ils te disent a chaque fois : « How are you today? ».

En gros, pour un francais, tu entres en Australie comme dans un moulin, tu as le soleil, les plages, les blondes (et oui, s’il y a des blonds, il y a aussi des blondes), on t’offre du travail, et tout ca, avec le sourire.
Pour trouver ton chemin, c’est comme a Manhattan, c’est a l’angle entre la rue machin et la rue truc. Tout est trace a la regle… et a l’equerre. Que des routes perpendiculaires avec des bons angles droits.

Je finis de faire mes achats pour ma traversee d’Australie et je repare mon camescope.

10 Decembre 2010

Je passe la fin de matinee dans Perth, je parviens a ouvrir mon compte australien et je file l’apres-midi a Fremantle, la banlieue Ouest de Perth, une ville au bord de l’ocean.

Fremantle - ca fait quand meme penser a Disneyland par endroits

A la plage, pas de surfeurs, mais le coin est sympas.

Plage de Fremantle

Demain, c’est le grand depart pour l’Australie central. Les distances sont immenses… Ca s’annonce long, mais ca promet de bonnes rencontres avec tous ces habitants qui ne vivent pas au bord de la mer. Et oui, il y en a…

On va sortir un peu des cliches en partant dans le coeur de l’Australie.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

4 réflexions au sujet de « Le choc à l’envers »

  1. Ah, ca me rappelle des souvenirs tout ça, j’y ai passé 6 mois à Perth!! Profite bien des joies du camping et des fameux « swags »! Have a blast in Oz!!

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