Terre Rouge (2eme partie)

10 Janvier 2011
 
Tres bonne grasse mat’ pour mon day-off (jour de repos).
Lavage des vetements, rasage et un petit tour en ville.
 
Violence moderee sur Alice Springs
Statistiquement, Alice Springs est la ville la plus violente d’Australie. Dans les journaux, on peut lire que la vitre du Rock Bar (la ou travaille Clara) a ete brisee, et que les individus en ont profite pour voler des bouteilles d’alcool. Ce genre de choses arrive souvent ici.
Tout le monde sait qui sont les fautifs, mais jamais le mot « aborigene » n’est stipule sur le papier. On parle toujours « d’individus facilement reconnaissables » ou bien « sont alles se refugier dans le parc d’en face » (la ou ils dorment la plupart du temps). Ce soir, j’interroge Julien, un francais du backpacker qui travaille comme agent d’entretien dans un centre commercial d’Alice Springs :
– « Est-ce que les problemes viennent essentiellement des aborigenes ? »
– « Franchement oui ; je ne voulais pas l’accepter au depart, mais tous les vols et les degradations sont commis par les aborigenes »
Il ajoute :
– « Le pire, c’est qu’aucun agent du centre commercial n’a le droit d’intervenir ; lorsque la police arrive, le mal est deja fait ».
Il en faut beaucoup pour que le coupable soit place en garde-a-vue.
Generalement, la police ecrit un rapport, et c’est tout…
La vitre du Rock Bar a ete remplace et des le lendemain, il etait a nouveau ouvert, comme si de rien n’etait.
Le fatalisme se lit sur les visages des gens. Un peu de flegme anglais doit subsister dans le sang de chaque australiens blancs.
11 Janvier 2011

Levé a 3h30. J’embarque avec Bob, le guide et un groupe de 14 personnes que l’on doit recuperer dans 2 hotels differents d’Alice Springs.
On charge les provisions pour 3 jours. Le soleil se leve doucement.
 
Non, sans facon
A l’office d’Adventure Tours, juste avant de partir, une note nous ait donné a chacun, disant : Adventure Tours d’Alice Springs a ete specifiquement mentionnee a la derniere conference sur le Tourisme en Australie Centrale comme etant une compagnie responsable, professionnelle et tres presentable. Ceci est du en partie a notre nouvelle reputation : « la compagnie qui ne boit pas pendant le tour ».
C’etait pas des bobards. Si je suis surpris a boire une seule goutte de vin avec les touristes, je suis viré…
 
Allez, cette fois-ci, finis les Training Days ; maintenant c’est tout seul comme un grand. Le travail n’est pas forcement plus complique, mais il est beaucoup plus long.
Le midi, c’est le grand rush puisque tu debarques a Yulara en meme temps que les touristes.
L’apres-midi, ils partent en excursion, ce qui me laisse du temps pour bien preparer les choses. Et pour une 1ere en solo, je dirais que mon boeuf, mon kangourou et mon chameau etAit a point ; mes salades composees appreciees, mes pommes-de-terre-frites, mon pain a l’ail-beurre-herbe suffisamment toasté et mon crumble-creme anglaise juste craquant comme il faut. Et j’ai eu quelques felicitations.
Une dame m’a demande si j’ai fait une ecole de cuisine : la consecration !
J’ai detourne la chose pour ne pas avoir a dire : « j;ai appris ca il y 3 jours, exactement au meme endroit… »
 
12 Janvier 2011
La, c’etait complique.
Levé a 3h du matin pour les oeufs-bacon au barbecue, laver les plats, balayer l’interieur de la piece commune et du coin barbecue, changer les draps des 14 lits, nettoyer les tentes, prendre une douche, remettre la table et enfin, preparer le repas de midi.
Mais j’ai oublie un truc important : remettre tout dans les glacieres pour etre pret a decoller juste apres manger. Ca fait perdre un peu de temps puisqu’on ajoute a cela : debarasser, laver les couverts, gratter le barbecue et nettoyer le frigo vide. Tout doit etre impeccable.
Puis, nous repartons direction King’s Creek.

Le Mont Conner, situe non loin d'Uluru/Ayers Rock et que les touristes confondent souvent avec ce dernier

L’avantage de bosser pour une grande compagnie, c’est que chaque arret dans une station essence te donne le privilege de choisir ce que tu veux parmi les sandwichs et les milk-shakes (bah oui, on leur amene un paquet de touristes tous les jours dans leur station…).
 
Cette apres-midi, nous sommes soi-disant en avance. 3h avant le repas, Bob depose les touristes dans une station, maisj’insiste pour qu’il m’amene seul directement au campement. Il me dit qu’1h avant suffirait largement pour tout preparer. Et moi, je suis persuadé que non. Finalement, j’avais raison, il m’a fallu 2h30 pour tout faire. Et tout s’est bien passe, sans se presser.
Mon poulet-petit pois-poivron-oignons a eu du succes.
 
13 Janvier 2011
Dernier jour. Levé a 4h15. Pas de levée de soleil pour les touristes, c’est pas prevu a King’s Canyon ; ca me donne droit a 1h de sommeil en plus.
Je dois faire la meme chose que la veille au matin, mais dans un delai encore plus court. Autant s’en occuper au maximum pendant qu’il fait encore nuit ; ensuite, la chaleur arrive.
C’est quand meme etrange de se retrouver tout seul au campement, en plein milieu du bush, pendant que les touristes sont en excursion. On entend les insectes, qui grouillent autour du campement, et c’est tout !
Le soleil se leve tres vite, et entre changer les coussins, les draps, preparer pour midi, tu ne vois pas le temps passer.
Les touristes reviennent et c’est le rush de midi. C’est dommage, mais j’ai a peine le temps de discuter avec les gens. Trop de boulot… Je suis meme oblige de manger debout, c’est dire.
Mais j’ai des compliments sur le repas pour rattraper.
Le rush de midi fait place au rush du retour a Alice Springs.
Il faut faire la vaisselle, tout nettoyer. Et pas question de prendre son temps car les touristes chargent leur bagage dans le bus, et ca prend beaucoup moins de temps que ta masse de boulot a toi. Ca me rappelle l’armee : faire vite et faire bien.
Je suis autant trempé que la serpillere qu’il faut passer dans la piece avant de rentrer.
Mais ca annonce une chose : la fin du boulot !
Tu te fais reconduire dans le bus par le guide et TU DORS DURANT TOUT LE TRAJET !
 
Retour a Alice Springs. Bob est sympa, il me depose a mon backpacker apres que les touristes aient rejoint leur hotel.
Il y a les habitués et quelques nouvelles tetes, comme toujours.
14 Janvier 2011
1er jour de day-off. Au backpacker, detente et seance photos. Je compte rester encore un certain temps, donc autant que vous sachiez dans quel decor original et « friendly » j’atteris a la fin de chaque excursion :

Le coin piscine

 

Le coin barbecue

 

Le jardin

 

La cuisine (avec Clara et Julien)

 

Et la salle tele, indispensable a ma survie si je reste dans un endroit durant plusieurs semaines

 

Ca fait bien plaisir a chaque fois de retrouver les residents de longues dates. Tout le monde travaille : vendeur, serveuse, agent d’entretien, prof de francais… On se croise souvent mais on trouve le temps d’apprendre a se connaitre.
Julien et Clara, des habitues, font l’entretien du backpacker 2h par jour en echange de l’hebergement gratuit. C’est une bonne pratique souvent utilisee par les gerants, ou tout le monde y trouve son compte.
 
En France, Julien etait pigiste pour un journal du groupe La Montagne. Ca ne l’empeche pas de rediger quelques lignes de temps en temps ici, en Australie ; et ce soir, Julien a quelque chose a me proposer :
– « Je voudrais faire un article sur toi et melanger l’histoire de ton voyage et ta passion pour le cinema. Je te laisse reflechir un peu quand meme… »
– « C’est tout reflechi, c’est oui et ca me fait super plaisir »
– « Ca pourrait faire un bon article. Il faudra que tu m’en dises un peu plus »
– « Houla… ca risque d’etre long… »
– « C’est mon boulot d’ecouter »
– « Bah… je suis parti du sommet du Puy-de-Dome et je compte revenir exactement au meme endroit 1 an plus tard. J’aime bien quand la symbolique »
– « C’est bon, c’est deja publié, c’est sur !  »
 
On aura tout le temps par la suite de faire une interview. On verra ca plus tard. Pour le moment, on sort avec Rossco, le gerant, pour boire une biere au rock-bar.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les gens ont le sang chaud dans le Red Centre (et l’alcool mauvais aussi). Une bagarre eclate juste devant le pub. Au bar suivant, c’est l’agent de securite d’origine maori (un sacre bebe) qui derouille un « individu-en-etat-d’ebriete-insistant-pour-entrer ». Il est a terre.
 
Mais que fait la police ?
Inexistante encore une fois, comme dans les centres commerciaux, et comme partout dans Alice Springs d’ailleurs.
Jamais presente, si bien qu’il y a quelques annees, c’est carrement l’armee australienne qui arrive en renfort a Alice Springs pour des arrestations massives. Une petition a meme ete signee pour voir les flics devant chaque bar d’Alice Springs. Et il n’y a que 4 bars…
 
15 Janvier 2011
 
Il est minuit passé. Rien a declarer au « Saloon », la seule boite d’Alice Springs, ou blancs, afro-australiens et aborigenes respectables se cotoient.
 
N’empeche, cette nuit, ce sont les australiens blancs qui etaient impliques a chaque fois.
En rentrant, Rossco me dit que c’est tous les soirs comme ca. La journee, il ne se passe jamais rien. Je lui dis qu’a Paris ou Marseille, c’est bien pire que ca… Alice Springs, la ville la plus violente d’Australie… mmmouai… c’est quand meme pas si terrible que ca si on compare a certaines villes d’Europe… et c’est dire comme l’Australie est calme…
 
2eme et dernier jour de day-off. Grand retour de l’hopital de Sebastien, un allemand que je n’avais encore jamais rencontré. Il a connu l’une des pires chose qu’on puisse avoir lorsqu’on est loin de son pays. C’est simple, en Australie (ou ailleurs), il y a 2 choses qui puissent gacher ton voyage : probleme d’argent ou probleme de sante. Le probleme d’argent, ce sont par exemple les polonais qui devaient nous amener a Sydney pour le Nouvel An, vous vous souvenez ? Et bien a cause de l’accident de voiture le 30 decembre au soir, les 3000 dollars de caution ont ete retiré et conservé par l’agence. Ils n’ont plus qu’a travailler ou a rentrer.
 
Pour Sebastien, ce sont les 2 scenarios en meme temps : lors d’un trek, il tombe et se fracture la jambe a plusieurs endroits. Et, oh! folie de sa part, il n’a pris aucune assurance. Du coup, multiples operations a l’hopital d’Alice Springs. Il y reste plusieurs semaines. De retour au backpacker, il est sur des bequilles et doit trouver un avion pour rentrer en Allemagne, et en 1ere classe pour pouvoir etendre sa jambe. Et meme en 1ere classe, l’avion sera un cout derisoire par rapport au 30000 dollars que les frais d’hopitaux ont couté ! Je voudrais pas etre a sa place…

Un conseil ou que vous partiez : prenez une assurance !

Je profite des dernieres heures qui me reste pour vous ecrire ces quelques lignes avant de repartir au boulot.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

3 réflexions au sujet de « Terre Rouge (2eme partie) »

  1. Bonjour Alex et bravo pour ce que tu écris.
    Un plaisir de te lire. Un ami qui va aller en Australie te lis aussi. Fais attention à la toque en passant sous les portes. Claude

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