Terre Rouge (3eme partie)

16 Janvier 2011

Pour ce 3eme tour, j’embarque cette fois-ci avec Jason, le guide. Cool, toujours le sourire et des dreadlocks jusqu’aux epaules. Il n’y a que 6 personnes au depart d’Alice Springs. Les autres nous rejoindrons a Yulara apres manger. Et ca, ca veut dire 6 personnes pour le repas de midi : un demi-rush. Tant mieux. Apres les avoir recupere aux 4 coins d’Alice Springs, nous partons en direction de Yulara, avec les arrets habituels : station essence (mon sandwich gratuit…), la ferme des chameaux. Et entre chaque arret, pendant qu’on roule, je m’endors systematiquement.
Je rattrape a peu pres mes heures de sommeil manquants au moment d’arriver a Yulara. Le reste du groupe nous rejoint comme prevu.
J’ai quand meme un peu de boulot apres le repas. Je dois tout nettoyer et tout ranger comme d’habitude.
Ils repartent pour l’apres-midi.

Je suis seul. Il fait 40 degres. En sueur, dans ce silence soudain et les mains dans l’evier a laver les plats, je m’arrete et reflechis…
Hum… si j’attends trop longtemps, je n’aurais peut-etre plus l’occasion de… et si les touristes reviennent, ce sera carrement fichu pour aujourd’hui… surtout qu’aujourd’hui, je suis pas tres loin de…

Allez, c’est parti ! Je laisse tout en plan, je m’essuie les mains, je pars mettre de la creme solaire, ma casquette, mes lunettes de soleil ; je prends 1 litre d’eau et je quitte le campement, pour un bon emplacement, a plus d’un kilometre. Il est 15h et une chaleur torride s’abat en ce moment dans le Red Centre.
On ne la voit pas depuis le campement. Mais au bout d’un moment, on l’apercoit.
Je sors des sentiers battus pour grimper une petite colline. Les traces laissees par les serpents rampants sur le sable sont partout dans cette vegetation aride.
Je tape du pied a chaque pas. J’ai deja vide plus de la moitie de ma gourde et je n’ai plus beaucoup de temps ; il me faudra songer a un retour rapide.
Pour le moment, je continue ma lente ascension pour enfin arriver au sommet de la colline.

La terre rouge me brule les jambes : je suis a genou et elle est juste en face de moi : la montagne Uluru ! Non, je ne suis pas en trsain de la venerer ! Quoique…
Mais qu’est-ce que je peux bien faire a genou, au milieu du bush sous 40 degres ? La reponse :

5 mois !

Meme les bougies se tordent sous cette chaleur. J’aurais regrette de ne pas l’avoir fait alors que la montagne n’etait qu’a quelques kilometres seulement du campement.
Je dois quand meme vous avouer quelque chose…
Quand j’etais encore a Perth, vous vous souvenez, je tenais un billet de train entre les mains. Il devait me conduire a l’Est, pas bien loin d’ailleurs ; mais je devais etre a Uluru/Ayers Rock le mois dernier avant d’atteindre Sydney pour le Nouvel An.
Finalement, si j’avais pris cette option, je suis persuade que je n’aurais jamais rejoint Sydney a temps…
Il y avait une chance sur combien pour que je trouve un job qui m’offre Uluru/Ayers Rock sur un plateau le mois suivant, et un 16 du mois ? Un jour de moins, j’etais encore a Alice Springs. Un jour de plus, j’aurais ete a King’s Canyon…
Toutes ces bonnes augures me donne de l’entrain pour le chemin du retour.
Arrive au campement, ma bouteille d’eau est vide, toute la vaisselle est en plan, et je n’ai toujours pas attaque le repas du soir.

Je m’active, je m’active, et tout compte fait, je termine plus d’une heure avant le retour des touristes. Le metier qui rentre…

Il est 23h, je suis creve par cette journee. Personne ne saura a propos de mon echapee dans le bush. Je ferme la porte de la piece commune, et soudain, un serpent passe a moins d’1m de mes pieds pour repartir dans les profondeurs du bush australien !
Bonne augure, bonne augure… il faudra tout de meme rester vigilant ; comme pour me dire : « on t’as laisse tranquille au milieu du bush cet apres-midi, mais n’oublie pas qu’on est jamais tres loin… »

17 Janvier 2011

Je me leve a 3h15 dans la nuit noire et pas si fraiche que ca…
Lampe torche a la main, histoire de savoir ou je marche (et sur quoi…), je prepare les oeufs-bacon avant que les touristes n’aillent voir le leve du soleil sur Uluru.
Il reviennent pour midi.
Nettoyage des plats, on astique la piece commune et c’est parti pour King’s Canyon.
Pour certain, c’est deja le dernier soir. L’ambiance est meilleure que le tour precedent. Comme quoi, ca ne depend pas de mes repas qui sont les meme a chaque tour ; mais les gens sont plutot bavards entre eux et rient plus ouvertement. Va savoir pourquoi….

Ceux qui marchent, ceux qui volent et ceux qui rampent
A vrai dire, je ne suis pas vraiment tout seul durant la journee.
Certains reptiles de tailles imposantes, de mouches, de sauterelles, de volatiles et de scarabees s’invitent parfois dans la piece commune. Dans les toilettes, on peut trouver des gecko : de petits lezards inoffensifs, il y en avait partout en Asie. A cela, on peut ajouter les colonies de fourmis, si malencontreusement, on oublie de refermer un pot de confiture. Et si la nourriture n’est pas placee dans un container metallique durant la nuit, les souris rongent l’emballage.
Au lendemain matin, les pains de mie risquent d’avoir l’air de vrais gruyeres…
Promis, je ne presente jamais ca aux clients…

18 Janvier 2011

J’ouvre les portes de la piece commune a 4h30. Je les entends, toutes ces bestioles, cachees derriere le micro-onde, le frigo. J’entends les reptiles sur pattes escaladant les murs, ou faisant un vacarme sur le toit en tole.
Les touristes partent en rando, et je m’affaire aux taches matinales que sont le changement des draps et la preparation du repas de midi. Dernier coup de serpillere en debut d’apres-midi et c’est officiellement la fin de mon boulot.
Nous partons pour Glen Helen Gorge. L’effectif sera tellement reduit pour le 4eme jour que la compagnie m’emploie pour 3 jours seulement. Le 4eme jour, c’est le guide qui prendra ma place.

Un jolie vue sur l'outback

Nous roulons desormais sur une route non-goudronnee, defoncee par les intemperies.

Le bus et les touristes

Sur cette route, nous rencontrons un couple qui viennent de passer les dernieres 24h dans leur berlines avec 2 pneus eclates.
C’est ecrit partout : la route n’est pratiquable qu’en 4X4 et ou en gros bus a suspension comme le notre.
Ils ont pousse la voiture sous un arbre mais nous sommes les 1ers a les avoir trouve. On est au milieu de rien. Avoir un probleme avec un vehicule peut s’averer tres dangereux dans le Red Centre. Comme dans le Nullarbour Plain, pas de point d’eau a des kilometres et pas de reception telephonique. Ils avaient des reserves d’eau, mais pas de quoi tenir eternellement.
Partir a pied ? Du suicide…
Jason utilise le telephone satellite de secours. Les Rangers arriveront dans quelques heures…

Nous poursuivons notre route.

Vue sur le West MacDonnell Range

Nous arrivons a Glen Helen Gorge, juste le temps de prendre un bus en compagnie des touristes ayant choisi le 3 day tour.

De retour a Alice Springs, il fait nuit et je recupere mon sac dans la cabane du jardin du backpacker. J’ai bien fait d’allumer ma lampe torche car devant moi se tient une araignee red-back, tissant tranquillement sa toile, juste a l’entree. Elle ne mesure que 2 ou 3 centimetres, mais c’est l’espece d’araignee la plus dangereuse d’Australie. Son venin est neurotoxique et sa morsure, tres douloureuse entrainent vomissement, abdomen rigide, probleme respiratoire et perte des reflexes (rien que ca…). Dans ces cas-la, ne jouez pas « l’ami des betes »…
Celle-ci finira ecrasee sous ma belle grosse chaussure de randonnee pointure 47.

19 Janvier 2011

1er jour de day-off. Repos et parcours de la ville a velo. Il fait environ 40 degres. Comme hier…

Se loger a Alice Springs
Alice Springs, c’est aussi une ville ou il est difficile de se loger. Depuis une recente politique de retrocession des terres aux aborigenes, ces derniers font louer leur terrain ou decident de les conserver sans y toucher. Pour exemple, juste en face du backpacker, impossible de construire quoique ce soit : propriete des aborigenes. Ils se sont d’ailleurs installes dans des tentes au milieu du champ… Peut-on leur reprocher de vouloir garder leurs terres ancestrales en l’etat ? Alors on s’observe, de temps en temps ; on passe devant eux a chaque fois qu’on sort ou qu’on rentre. C’est ca Alice Springs : une etrange cohabitation.

20 Janvier 2011

Cette cohabitation, je la retrouve aujourd’hui en me rendant a la bibliotheque d’Alice Springs. C’est d’ailleurs un des rares endroits ou les aborigenes ne crient pas. On les voit regarder un film a plusieurs, lire des magazines, jouer a de petits jeux simplifies sur Internet et meme faire du coloriage d’enfants, le casque audio sans fil sur les oreilles. Cette ville m’etonnera toujours !
Il faudra que je m’interesse par la suite a l’art aborigene ; autre que les coloriages…

21 Janvier 2011

Interessons-nous aujourd’hui, si vous le voulez bien, et pour mon 3eme et dernier jour de day-off, aux reptiles ; et si possible, a ceux qui m’entoure quotidiennement lorsque je travaille.
Je me rend au Reptile Centre d’Alice Springs.
Je tiens a savoir quel serpent j’ai vu passer pres de moi a Yulara ; et pourquoi pas, avoir plus d’infos sur les gentils (pas nombreux) et les mechants serpents (en surnombre).

Reptile Centre - Rien a craindre, ils sont sous vitrine
A part un : un Spencer's Goanna, totalement inoffensif, la replique exacte de ceux qui trainent autour du campement de Yulara et qui rentrent parfois dans la piece commune
Calmes et inderangeables
Le Blue Tongue Skink

Les varans d’Australie sont communement appeles les « goannas ». Je retrouve les memes autour de mon barbecue ou rampant sur les murs et le toit. Ils ne sont pas dangereux, ils s’approchent de toi timidement. Le moindre geste brusque les font detaler de quelques metres. Puis ils reviennent quelques secondes apres. Courageux mais pas temeraire.

Le Perentie - Imposant mais pas mechant

Passons maintenant aux serpents. J’apprends que les pythons d’Australie ne sont pas venimeux et que la majorite sont sans defense face a l’homme. Ils attaquent les crapeaux, les lezards, les petits mammiferes, et toujours de la meme facon : par constriction.

Le Stimson's Python - Relativement petit pour un python

Central Carpet Python

J’en suis certain, ce n’est pas un python que j’ai croise a Yulara…
J’interroge une responsable et je decris son signalement. Je ne tiens pas a ecrire n’importe quoi sur ce blog. Meme si ca doit prendre du temps, je veux connaitre l’espece exacte :

– « Je travaille a Yulara, lui dis-je. Un soir, j’ai croise un serpent long, clair, plutot fin et de couleur unie »

Nous faisons quelques recherches sur les especes presentes dans le centre en fonction de leur lieu de vie habituel. Meme si les pythons sont quelquefois de couleur unie, ils sont trop gros ou bien trop fin par rapport a celui que j’ai vu.
Ce n’est pas :

Le Mulga Snake ou King Brown, present partout en Australie. Il est trop large

Ce n’est pas non plus le Taipan, le plus venimeux au monde: il vit dans la region de Darwin ou au Nord-Est, dans le Queensland (au passage, il baigne en ce moment entre les maisons du Queensland, englouties par les eaux, en compagnie des crocodiles).

J’approche du but. Ca y est, il est la :

C'etait un Brown Snake, le 2eme plus dangereux au monde apres le Taipan !

Mais j’apprends qu’il mord rarement, ou seulement lorsqu’il est provoque.
J’ai neanmoins entendu parler d’attaques sans raisons, et d’une histoire ou la personne mordue n’a pas eu le temps d’atteindre l’hopital, meme en courant… surtout en courant devrait-on dire… Et oui, lorsqu’on court, le venin circule plus vite dans le sang.
La solution ? Se faire porter ou transporter en voiture. Ca s’est deja produit par le passe, et la personne a pu etre sauvee.
En revanche, au milieu du bush, si vous n’etes pas un medecin transportant un kit anti-venin, peu de solutions s’offre a vous…

Ne cedons pas non plus a la parano, mais (conseils du jour) n’oubliez pas une lampe-torche lors de vos deplacements et virees nocturnes dans l’outback ; secouez votre sac de couchage avant de dormir a la belle etoile et enfin, TAPEZ DU PIED !!!

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

5 réflexions au sujet de « Terre Rouge (3eme partie) »

  1. BOn alors, tout à l’air de se passer bien, du coup t’as fini ton taf?j’ai pas bien compris si t’es en repos ou pas…
    une question me turlupine, comment vas-tu finalement franchir le pacifique…?tu nous garde la surprise ou bien?

    1. Des fois je suis en repos, des fois je bosse. En general 1 ou 2 jours de repos puis un tour de 3 jours. Ouai, je garde la surprise pour la traversee du Pacifique. Bise mon grand

  2. Slt Alex,
    Nous partons decouvrir l’Australie avec mon copain et ferons un stop de 3j a Yulara ou nous camperons.
    Est ce que ca craint au niveau des serpents? C’est ce qui me fait un peu peur…

    1. Salut Sophie,
      Pas de soucis pour Yulara et ses serpents. Le moindre mouvement, le moindre tremblement (bruit de pas) et ils décampent vite fait. Le serpent est peureux par nature. Ca, c’est pour la journée. Celui qui est passé à quelques mètres de moi au début de la nuit à très vite détalé. C’était un cas exceptionnel lorsqu’on sait que les serpents du coeur de l’Australie chassent le jour et dorment la nuit. Alors de là à ce qu’il s’invite dans vos sacs de couchage durant une de ses rares insomnies, c’est quasi-impossible.
      Enjoy Australia mate !

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