Terre Rouge (4eme partie)

22 Janvier 2011

Clara, dans un dernier elan de courage et avec une toute petite voix, me souhaite bon courage avant de ressombrer dans un profond sommeil : il est 3h25 du matin et je m’apprete a quitter le backpacker pour 3 jours de tour dans le Red Centre.
Ce matin, c’est encore un chauffeur de taxi d’origine indienne qui passe me recuperer. La fois d’avant, c’etait meme un sick (souvenirs, souvenirs…)
J’embarque encore une fois avec Jason.
Pour la 1ere fois, parmi les 13 touristes, il y a des francais dans le groupe.
Mon tour est plutot haut de gamme puisque la clientele n’a plus qu’a mettre les pieds sous la table au moment du repas ; ils dorment dans des lits confortables au lieu des petites tentes traditionnelles et des sacs de couchage, a la belle etoile.
Les francais ayant un pouvoir d’achat quelque peu moins elevé par rapport a certains pays d’Europe, j’ai plutot affaire generalement a des suisses, des scandinaves, des allemands mais aussi a des coreens et des japonais.

J’adore les francais !
Apres les allemands, les francais sont ceux qui viennent les plus nombreux en Australie pour voyager ou pour travailler. La plupart parle un anglais tres approximatif comparés a ceux des allemands, souvent bilingues ou de passage en Australie pour perfectionner leur anglais ; nous, c’est plutot pour apprendre l’anglais, depuis la base…
Et c’est ca que je trouve beau : remplis de courage et prets a affronter la terrible langue anglaise, nous arrivons de plus en plus nombreux en terre australienne. Meme pas peur…

Et voici l’une des premieres phrases que me disent les francais originaires de Martigues, avec un accent du midi des plus resonnants : « Nous, on parle pas anglais, mais on s’en fout, on voyage quand meme ! »
Ca, c’est dit !
Bon, il ne faut pas categoriser non plus car la plupart des quincagenaires des autres pays d’europe que je rencontre ont egalement un niveau tres moyen en anglais. L’ecart le plus visible entre europeens se ressent surtout chez les moins de 30 ans.
Il fait 42 degres aujourd’hui a Yulara. C’est un chaleur seche et meme si on transpire, il ne fait pas lourd ; bizarrement, ca reste plus supportable que l’Inde et sa chaleur moite.
Je finis de preparer le repas 2h avant que les touristes ne reviennent, ce qui me laisse tout le temps pour prendre quelques photos de l’endroit ou j’atteris et ou on me laisse seul, a chaque debut de tour. Quelques photos-souvenirs de mon 1er job remunere hors de France :

L’interieur de la piece commune
Le barbecue de competition !
Le campement
Les lits

Les prix s’envolent : 800 dollars pour 3 jours (600 euros) ; plus de 1000 dollars pour 4 jours (plus de 700 euros).
23 Janvier 2011

Il est 5h30. Lever du soleil. Dans le bush, on entend les dingos pousser des cris de loups.
Il va faire chaud aujourd’hui ; autant faire les taches habituelles le plus tot possible. A partir de 8h, ca cogne dur !
L’apres-midi, c’est parti pour King’s Canyon. Les arrets sont courts, on ne peut rester tres longtemps au soleil.
Nous arrivons a Canyon Creek, au Bush Camp, le second campement de ce tour.
Jason me fait savoir qu’un serpent se cache generalement sous le micro-onde, dans la piece commune :
– « Et quel genre de serpent ? »
– « Python »
C’est bon, c’est un gentil…
24 Janvier 2011

Au cours de ce tour, je trouve plusieurs techniques pour etre plus productif. Ce matin encore, je termine largement plus tot que d’habitude.
Fatigué, mais desormais, plus debordé.
Il est midi. Fin de mon boulot.
Encore 1500 kms d’avalé en 3 jours. L’equivalent d’Alice Springs-Adelaide ; ou si vous preferez, Clermont-Ferrand-Budapest a chaque tour !
25 Janvier 2011

1 jour de repos. 1 seul petit jour de repos avant de repartir pour un tour.
J’en profite pour faire une chose importante avant d’oublier : filmer la ville.
C’est souvent le lieu dans lequel on reside le plus longtemps qu’on oublie de garder des images.
Je prends un velo pour capturer les « preuves » de cette ville improbable.
Le soir venu, Rossco m’amene bien sympathiquement jusqu’en haut de l’Anzac Hill, qui surplombe Alice Springs :

Anzac Hill – Anzac signifiant Australian and New Zeland Army Corps

C’est en fait un monument commemoratif de tous les combats menés par les australiens et les neo-zelandais depuis la 1ere Guerre Mondiale : Turquie, Coree, Papouasie… mais aussi la Bataille de la Somme, en France.

Sommet de l’Anzac Hill

Demain, c’est l’Australia Day, un evenement plus important que Noel aux yeux des australiens.

 

australia

L’Australia Day
Cette fete commémore la création de la première colonie britannique sur le sol australien en 1788. A l’epoque, elle a reuni 11 bateaux charges de vivres, d’armes et de materiels de construction ; 250 soldats avec leur femme ainsi que 751 convicts (forcats). Un seul but : construire l’Australie (vaste chantier…).
Et 1ere fondation : le bagne construit dans une crique qui deviendra la baie de Sydney…
La « Premiere Flotte »
Cette Premiere Flotte connu les pires conditions une fois debarquee sur le continent australien : le blé apporté d’Angleterre avait moisi durant le trajet, le betail etait mort ou alors perdu dans l’outback. La plupart des forcats sortaient des taudis londoniens et ne connaissaient rien a la peche ni au travail de la terre. Ce n’etaient en fait pour la plupart que de petits delinquants. Apres 8 mois passes en mer, les convicts aspiraient a la liberté. Il n’en fut rien car les conditions de vie furent encore plus deplorables une fois debarqués : chatiments corporels, durete des travaux ; les forcats allaient parfois jusqu’a commettre un meurtre pour etre executes, et enfin etre delivres de leur calvaire. S’enfuir ? Pour aller ou ? Ceux qui l’ont tentés sont morts d’insolation, de faim ou tomberent sous les lances des aborigenes.
Apres avoir purgés leur peine, leur seule issue etaient de s’acheter une ferme ou un petit commerce ; ce qui etait dans l’interet du gouvernement britannique qui preferait montrer l’Australie aux yeux du monde comme une terre de libre-entreprise et non pas seulement une immense contrée penitentiaire.
Neanmoins, a l’exception de l’Australie-Meridionale, tous les Etats Australiens se sont construits sur le travail des convicts.

Autrefois une honte, descendre d’un membre de la Premiere Flotte – simple soldat ou meme forcat – est aujourd’hui une veritable fierté pour un australien.

Alice Springs vue depuis l’Anzac Hill

Il fait quasiment nuit. Rossco souhaite se rendre a l’ancien poste telegraphique d’Alice Springs : 3 maisonnettes perdues dans la pampa, tenue a l’origine, par un certain Charles Todd (d’ou le nom de la Todd Street et de la Todd River) et sa femme, une certaine Alice…
Effectivement, Charles Todd nomma ce lieu en hommage a sa femme. Autrefois simple station de relais telegraphique, la ville grandit et parvint a se developper grace a la presence d’un trou d’eau.

Et « Springs », ca vient d’ou ?
« Springs » signifie « jaillir », « s’elancer » et c’est justement la raison pour laquelle cette ville, situee en plein milieu du Red Centre, existe : l’eau provenant de son sous-sol.
26 Janvier 2011

Je prends le taxi, et encore une fois, c’est un indien qui m’amene a Adventure Tours sur Power Street, a l’autre bout de la ville. C’est la ou les rickshaws manquent pour  ce genre de petits trajets : ici, il faut compter environ 17 dollars de taxi (12 euros) !
26 Janvier… 223 ans jour pour jour depuis l’arrivee de la premiere flotte australienne. Et il s’en est passé des choses en 223 ans lorsque tu vois Luke, le guide : barbe de 8 jours, grassouillet, piercings au nez et aux 2 oreilles. En chemin, pour aller recuperer les 1ers touristes a l’hotel, il teste le micro du bus en criant : « Mother f***** » et le soleil se leve sur une musique ragga qu’il vient de mettre « plein pot » dans le vehicule. Sans ca, il est sympas. Un « Aussie » pur et dur (surnom des australiens).

Les drapeaux australiens flottent sur tous les bus de la compagnie. La plupart des employes sont deguisés et tatoués de decalcomanies pour l’occasion.

Mais pendant que certains s’amusent peut-etre a Alice Springs, je suis a Yulara, comme d’habitude, seul, a preparer les quelques plats avec le son de la radio et le bruit des ventilateurs de la piece commune.
Journee des plus normales dans le Red Centre : une quarantaine de degres encore…

27 Janvier 2011

En ce qui concerne les touristes, la bonne ou la mauvaise ambiance ne tient a rien : il suffit d’un seul extraverti et ca change toute l’humeur d’un groupe ; ils prennent alors plaisir a marcher ensemble sous 40 degres dans l’outback ; en revanche, et pour exactement la meme virée, ca devient un calvaire lorsque l’entente n’est pas au rendez-vous…
Pour la penibilite du travail, c’est a peu pres pareil. Ca depend vraiment des mentalites et des touts premiers gestes de depart. Si ils prennent l’habitude de laisser la moitie des choses sur la table, ils le feront pendant les 3 jours.
Pour ce tour, non seulement il n’y a que 10 personnes (plus simple pour tout) mais en plus, ils ramenent absolument tout jusqu’a l’evier ; et se proposent meme d’essuyer les plats et les couverts avec toi. C’est moins laborieux et j’ai toujours autant de compliment, ca fait plaisir.

Nous partons en direction de Canyon Creek.

Je m’endors comme d’habitude durant tout le trajet. 5eme fois que je passe devant mais pour la 1ere fois, et meme si je suis »dans le paté » comme d’habitude, je prends le courage de faire une petite photo du :

Lake Amadeus – Un grand lac salé du Red Centre

Nous arrivons a Canyon Creek, au Bush Camp :

Le Bush Camp – Meme principe qu’a Yulara

Il a fait 43 degres aujourd’hui…

28 Janvier 2011

Il est 3h50 du matin, j’ouvre a nouveau la porte de la piece commune pour faire le petit dejeuner, que je referme immediatement pour ne pas faire entrer d’autres insectes attirés par la lumiere.
Les souris, deja presentes, s’enfuient.
Les sauterelles, elles, restent et s’amusent a se coller a toi.
Suicide collectif des fourmis dans l’urne d’eau chaude destinée au café. Toujours un torchon a la main, je repousse les libellules et les autres insectes volants qui se mettent sur les plats empilés et les couverts du buffet.
Je prepare les oeufs brouillés.
Nouvelle colonie de fourmis. Repérage du foyer de resistance et pulverisation au liquide vaisselle (j’ai trouvé que ca).
Le petit dejeuner commence. Je continue de repousser les insectes sur le buffet. Moins les touristes en voient, mieux c’est…
Ils partent ensuite pour King’s Canyon.
Je reste, comme d’habitude au Bush Camp pour changer les draps.
Il fait encore nuit. Pour le moment, c’est par terre qu’il faut regarder.
Puis, le jour se leve.
Un pied hors des tentes et c’est le debut des combats contre les mouches (combat perdu d’avance, va sans dire…).
Dans les tentes, je balaye les sauterelles, les araignees et les papillons de nuit ecrasés par les touristes durant la nuit. Le reste se fait a coup de balai ou de chaussures.
C’est fini, je mets la table pour midi et je prepare le repas.
Les fourmis rejaillissent d’un peu partout.
Re-pulverisation.
C’est au tour du gros lezard. Il rampe sur une poutre horizontale avec une envie tres pressante : « l’excédent » tombe a un metre de mes pieds (et du repas de midi surtout).
Nettoyage du sol souillé.
Le seul animal abonné absent de la journee a ete le python sous le micro-onde…

Voila ce que c’est d’etre en plein milieu du bush australien…
Tu ne vis pas dans la nature, tu vis avec elle !

Fin de mes 3 jours de mission. Suite a un probleme de transmission, la voiture devant ramener quelques passagers et moi-meme a Alice Springs a 3h de retard.
Elle finit par arriver.
Nous sommes maintenant a quelques dizaines de kilometres encore d’Alice Springs, et il fait nuit.

Soudain, nous apercevons un feu de bush de chaque cote de la route !

Brulage dirigé
Le chauffeur d’Adventure Tours nous explique qu’une fois par an, les autorités declenchent des feux a plusieurs endroits du bush.
C’est une technique – devenue une priorite pour l’Australie – permettant la préservation de la biodiversité et une meilleure régénération du sol. Elle vise aussi à réduire l’accumulation d’amas combustibles dans le bush et donc, d’éviter les incendies de plus grande ampleur.

Ce n’est pas une grande fournaise puisque la vegetation est basse, mais ca reste impressionnant.

Retour au backpacker. Julien me fait savoir que je n’ai absolument rien raté pour l’Australia Day.
Tant mieux.
Les feux d’artifice et les grands shows se deroulent dans les metropoles, pas dans la « toute tranquille » Alice Springs.

29 Janvier 2011

Je passe l’apres-midi au backpacker a me décrasser de ces 3 derniers jours brulants passés dans le Red Centre, a vous ecrire ces quelques lignes a propos de petites, de grosses bebetes,de fete nationale, de chaleur et de bushfire

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

Une réflexion au sujet de « Terre Rouge (4eme partie) »

  1. Bonjour,

    Merci de partager votre périple. Intéressantes pages sur l’Australie qui me passionne également.
    J’espère que vous aurez l’occasion de rencontrer et de discuter avec ces grands artistes de l’outbush.

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