Conscience et tiraillement

24 Septembre 2010 (suite et fin)

Je pars de mon hotel pour la gare d’Agra. J’ai 2 bonnes heures devant moi.
Un velo-rickshaw (meme chose que le rickshaw mais le chauffeur doit pedaler) me propose la gare pour 40 roupies. J’accepte.
C’est plus long mais j’ai tout mon temps et je veux tester un peu tout.
Mais en voulant tout tester, forcement, dans un sens, on cautionne certaines choses : c’est seulement sur le chemin de la gare que je me rend compte de l’age du conducteur. Il est assez vieux pour faire ce metier.
Le pauvre, avec mon sac a dos, je fais plus de 100kg ! La moindre montee le fait se mettre debout.

40 roupies… 80 centimes d’euros pour traverser la moitie de la ville.

Si je lui demande de s’arreter, il ne gagnera pas sa course. Si je lui donne plus, je cautionne encore davantage, surtout en tant que touriste occidental… Que faire ?

Arrive a la gare, je lui donne ses 40 roupies.

Heureusement, j’avais pas negocie le prix avant de partir. Je m’en serais voulu.
En sueur mais avec un grand sourire, il me remercie.
Je lui laisse 10 roupies de plus. Tant mieux et tant pis.

Au bout de quelques jours en Inde, on perd le sens du discernement ; ce qui est bien, ce qui est mal ; et surtout trouver la limite entre les deux. Les cas de conscience s’accumulent.
Ton corps en Inde et ton esprit occidental : un cerveau pour deux cultures….

Les indiens, eux, ne se posent pas autant de questions. Lui, tant qu’il a ses  jambes, ses bras et la force pour pousser son vehicule, il continuera.

La religion comme explication
L’hindouisme est fonde sur le fait que le corps est perissable, que la vie n’est que souffrance et que l’ame se reincarne d’un corps a un autre, eternellement.
Quand il faut gagner sa vie tant qu’on a la sante, et que la religion tend a pousser dans le meme sens, on travaille.

Trouver l’equilibre
Desormais, toute la monnaie qu’on me rend en piece, je la mets dans ma poche.
Il serait lache de ne donner a personne, mais je pense qu’il n’est pas bon non plus que les touristes occidentaux soient les « poules aux oeufs d’or ». Alors, je donne autant que les indiens : 1, 2 ou 5 roupies.
J’avais besoin de trouver un equilibre a ma conscience. C’est fait.

J’arrive a Jaipur, capitale du Rajasthan. Je passe la nuit dans un bon hotel, a l’ecart du bruit. J’en avais besoin.

25 Septembre 2010

Je rencontre un couple d’anglais. Eux aussi, on vu New Delhi de pres ; et comme moi, ils ont pris cet hotel loin du centre « to be relax ».

Question d’education
Partout, les rues sont sales, pas entretenues.
Les gens jettent leur emballage par terre juste apres avoir consomme. Les poubelles, il y en a quelques unes, mais c’est pour faire beau. C’est comme les feux tricolores, la ceinture de securite, le clignotant…c’est pour faire joli.
J’ai vu un type en scooter sans casque, qui tenait son enfant dans une main et de l’autre le guidon, tout en esquivant les autres scooters, les velos, les rickshaws, les chiens errants…

Je vois les gens racler leur gorge et cracher tout le temps. Rien n’est parfaitement propre.
Les bouteilles d’eau vendues sont fraiches, epurees, mais boueuses sur l’exterieur. Les tables des restaurants ne sont pas systematiquement nettoyees. Coupures d’electricite a repetition dans les grandes villes (donc le refrigerateur aussi…).
Le gerant d’un « self a ciel ouvert » a meme gratte avec son pouce une cuillere avant de me la donner. Je ne fais pas le difficile, je constate simplement ; mais parfois, c’est vraiment aberrant.

Mais ce qui m’a le plus choque, et pour avoir ete sensibilise au patrimoine durant mes etudes de Tourisme, c’etait le nombre impressionnant  de detritus presents sur le site de Fatehpur Sikri classe au patrimoine mondial de l’UNESCO…

Je me rappelle subitement ce que la francaise, rencontree 3 jours plus tot, m’a raconte : en passant par la Turquie (elle aussi), un turc lui disait que compare a l’Inde, elle aura l’impression par la suite que la Turquie, c’etait la Suisse.
Je pourrais presque comprendre…

Question d’education, question de sensibilisation a l’hygiene, a la securite.
1 milliard d’indiens ; et moi, et moi et moi… je constate (parfois avec indignation) le chemin qui leur reste a parcourir…

Je passe l’apres-midi a visiter Jaipur.

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

2 réflexions au sujet de « Conscience et tiraillement »

  1. Je peux comprendre ton « cas de conscience » Alex! La question ne serait-elle pas de savoir si ce pays « soi-disant » en développement a réellement besoin du tourisme (et en particulier du tourisme dit « occidental »)comme moteur de croissance ou s’il peut se développer d’une manière endogène, c’est à dire « par lui-même », dans un premier temps? (Par exemple, le chauffeur de vélo-rickshaw aurait très bien pu transporter des indiens à ta place, car j’imagine que la demande ne manque pas…)J’envisage déjà ta réponse objective combinant la nécessité du développement local et le besoin d’une croissance externe basée sur les exportations et le tourisme! Cependant, les sociètés occidentales telles que nous les connaissons se sont d’abord développées « elles-mêmes » (révolutions agricoles, révolutions industrielles puis révolution démographique). Dès lors, une politique favorisant le développement du « tourisme indien » en s’appuyant sur les inégalités de revenus entre « Pays riches » et PED constitue-t-elle une aide « viable » à la croissance du pays ou s’agit-il d’une contribution exogène mineure voire « vouée à l’échec »? 😉
    Tu n’es pas obligé de me répondre dès à présent, c’est juste pour que je n’oublie pas les questions et les débats auxquels tu n’échapperas pas à ton retour…;) Bises mon p’tit! On se retrouve au sommet 😉

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