Pourtant, que la montagne est belle

8 Octobre 2010

Namche Bazar (3440m)
4eme jour dans le Solu Khumbu

Nous partons de Namche Bazar. Apres 3h d’ascension tres difficile (plus de 500m de denivele), nous mangeons a Mong-La (3975m).
J’ai quand meme reussi a choper un rhume et une toux persistante.
Les medicaments ont l’inconvenient de me fatiguer. Il faut lutter pour ne pas s’endormir apres le repas.
Nous repartons pour 3h de plus en direction de Dhole.
J’ai encore la tete qui tourne (ce qui n’est pas forcement recommande lorsqu’on marche chaque jour a moins d’un metre du ravin).

En haut a gauche, l’Everest

 

Nous arrivons a Dhole (4110m). Je suis vraiment fatigue. Ma tete tourne encore.
J’en parle a Janga. Il me dit que peut-etre on ira pas aussi haut que prevu si je suis toujours autant malade.Je lui dis quon verra demain. Pour l’instant, je veux dormir et je ne mange rien le soir (c’est pas bon signe).

9 Octobre 2010

Dhole (4110m)
5eme jour dans le Solu Khumbu

Je suis cloue au lit.
Impossible d’ouvrir les yeux. Les medicaments ne font pas du tout leurs effets. Janga frappe a ma porte a 7h. Je lui dis que j’ai tres mal au crane et encore la tete qui tourne. Je n’ai toujours pas faim.
Il m’apporte un cachet contre le mal de tete.
Je me rendors.
30 min plus tard, il m’apporte un medicament contre le mal d’altitude.
Je me rendors a nouveau.
Il me dit que l’hopital le plus proche est a 3h de marche. Le mal des montagnes peut prendre un certain temps avant de disparaitre.
Janga me conseille de boire beaucoup d’eau chaude, de la soupe lorsqu’on s’arretera, et aussi de manger… de l’ail ! (ca tombe bien, je comptais embrasser personne aujourd’hui). C’est un remede asez efficace contre le mal des montagnes. Vish m’en avait donne avant de partir.

Nous marchons en direction de Machherma (300m de denivele). J’ai moins mal au crane, mais ma tete tourne encore.
L’eau chaude, la soupe, le the, les medicaments de Janga, l’ail commencent a faire leurs effets.
Janga me dit que je ne suis pas le seul a avoir le mal des montagnes et que plusieurs personnes ont abandonne a Dhole.
Sincerement, je ne sais pas jusqu’ou je suis capable d’aller. Le manque d’oxygene fatigue tres vite… Je respire fort, je perds mes reflexes, mes gestes sont maladroits et j’ai l’impression de reflechir « au ralenti ».
Mais rien a declarer au niveau musculaire (encore heureux).

Apres 3h de marche, nous apercevons en contrebas le village de Machherma perche a 4410m.
C’est ici qu’en 1974, le Yeti aurait tue 3 yaks et attaque une femme sherpa (les sherpas croient encore dur comme fer en l’existence du Yeti).

Village de Machherma

Je vois les enfants nepalais s’amuser et courir sur le peu de surface qu’il y a avant le ravin. Mais comment font-ils pour courir autant ? Heritage genetique.
Nous, occidentaux, n’avons plus qu’a nous incliner face a ce peuple des montagnes : mon sac de 24kgs est ridicule compare a ce que transportent chaque jours les porteurs (parfois jusqu’a 60kgs !) ; nous, on arrive au Nepal durant la « bonne saison ». Eux, affrontent toute l’annee cet endroit hostile.
Et quelle solidarite entre les nepalais !
Un peu comme on peut en trouver personnes de meme caste en Inde, ici, on voit de l’entraide partout.
C’est comme si tout le monde se connassait, comme si les enfants etaient les tiens, comme si on se sentait responsable de ne pas laisser passer les porteurs lorsqu’on les croise ou les yaks transportant du materiel precieux pour les villags les plus recules.
De les voir, ou plutot, de les admirer, me donne de la force pour continuer.
J’arrive dans le restaurant de Machherma. Je commande un menu et recommande a nouveau (ca, c’est bon signe).
On file tout de meme a l’hopital, mais ca va deja mieux.
Un des guides me montre un tableau des symptomes qu’on peut avoir en altitude : perte d’appetit, grosse fatigue durant la journee, mal de crane, difficulte respiratoire, augmentation du rythme cardiaque, sommeil agite la nuit.
C’est bon, je les ai tous eu ! (ca aurait ete dommage de se louper…).
Diagnostic : Taux d’oxygenation normal, rythme cardiaque un peu eleve. Mais le medecin me dit que ca devrait se calmer des demain.
Verdict : Pas de contre-indication pour la suite.

J’ai mon ticket pour le Mont Gokyo.

Le soir, on dine avec quelques touristes dans la piece commune : allemands, americains, italiens (j’aurais jamais pense parler italien au Nepal a plus de 4000m d’altitude).
Tous ont pour destination le Mont Gokyo. Un objectif pour tout ceux qui n’ont pas abandonne la partie.
Ca tousse, ca renifle, ca se mouche. Personne n’est franchement en tres grande forme.

10 Octobre 2010

Machherma (4410m)
6eme jour dans le Solu Khumbu

On apercoit le Mont Chuly

Le Mont Chuly

Sur la route, on depasse certains touristes qui font une pause, puis ils nous depassent quand on en fait une a notre tour ; et enfin, on les retrouve dans les lodges. On mange ensemble, on dine ensemble, on commence a se connaitre.

Apres 3h de marche, nous atteignons le village de Gokyo (4790m) au bord d’un superbe lac d’un bleu turquoise.
Nous sommes au pied du Mont Gokyo.

11 Octobre 2010

Gokyo (4790m)
7eme jour dans le Solu Khumbu

Reveil a 5h30 et depart a 6h pour le Mont Gokyo.
3h de marche tres lente et douloureuse. L’air est de plus en plus rare. Le soleil commence a peine a se lever. Il fait froid. Avec la brume, on ne distingue ni le pied du Mont ni son sommet.
Plus de 600m de denivele.

Mont Everest, Mont Lhotse : la vue est deja saisissante

30min avant d’arriver, le ciel se degage enfin pour laisser place a une vue splendide sur les glaciers, les lacs en contrebas et quelques uns des plus hauts sommets du monde.

Vue sur les lacs de Gokyo

Et enfin, j’arrive au sommet !

En face, le Mont Cho Oyu
Le Mont Gaurishankar

Pour tout ceux qui ont vu le film « 7 ans au Tibet », imaginez admirer ce paysage avec dans la tete la musique « Clair de Lune » de De Bussy. Magique !

Mais ca se merite. Le Mont Gokyo etait mon objectif pour le Nepal. Ma tete est a nouveau lourde, il est temps de redescendre.
Je passe a nouveau la nuit dans le village de Gokyo.
12 Octobre 2010

Gokyo (4790m)
8eme jour dans le Solu Khumbu

Nous traversons le glacier Ngozumpa et amorcons notre lente redescente par des sentiers differents de ceux de l’aller.
Le soleil est la, mais un vent glacial penetre au creux des deux massifs montagneux dans lequel nous nous sommes engouffres.
Nous arrivons a Thare (4300m).

La plupart des lodges et des maisons ont un petit emplacement dans leur piece commune dedie au culte bouddhiste :

Une pensee pour le Tibet

Nous passons la nuit a Thare.

13 Octobre 2010

Thare (4300m)
9eme jour dans le Solu Khumbu

Thare

Nous continuons notre descente (et c’est pas pour autant qu’il y a uniquement de la descente… – ca descend, ca monte, c’est le principe de la montagne !).
Le paysage lunaire des hautes montagnes laisse place a l’herbe rase.

Yak

 

Une affaire de famille
Les lodges dans lesquels nous nous arretons pour manger et dormir sont souvent tenus par toute la famille. La mere et la fille (ou le fils) font la cuisine et le service ; tandis que le pere s’occupe d’aller chercher du bois (on le verra, c’est pas systematique…).
Excellent combustible et quasi-inodore, ils recoltent les bouses de yaks, les applatissent, les font secher durant plusieurs heures au soleil avant de les mettre au feu.
A l’interieur du lodge, souvent tres peu de chambres mais la piece commune est toujours conviviale.
Les banquettes sont alignees le lond des fenetres, le poele a bois toujours au centre de la salle. Sur les murs, quelques tapisseries, mais surtout des photos de la famille, de divinites protectrices des sherpas, des photos de la construction du lodge…

Nous arrivons a Phortse (3810m).

Ici, sur les murs, les diplomes du proprietaire, son certificat d’etude scolaire et medical ainsi que la photo et l’attestation de son ascension de l’Everest il y a 2 ans, masque a oxygene au visage.
Je suis le seul touriste.
Janga essaie desesperement de faire marcher son portable a cette altitude (moi j’ai abandonne depuis longtemps) ; je suis assis a cote du poele tandis qu’a quelques metres, le jeune fils fait ses devoirs d’ecole sur l’une des tables vides destinees a l’accueil des touristes.
Il n’y a pas un bruit, le village est relativement peu frequente puisqu’on est plus sur la route principale qui mene a Gokyo ni sur le chemin qui mene a l’Everest.
C’est comme ca depuis mon retour de Gokyo et c’est vraiment agreable.
Le garcon vient de terminer ses exercices de mathematiques. Il me dit qu’il prefere ca aux autres matieres. L’ecole n’a pas lieu tous les jours et les cours sont dispenses soit dans un hotel proche, soit a l’ecole Hillary a Khumjung (il faut marcher longtemps) ; inauguree par Sir Edmund Hillary en personne, le premier homme a avoir gravi l’Everest.
Le garcon parle un anglais plutot correct pour son jeune age. Il me dit qu’il souhaite apprendre le francais parce que beaucoup de francais viennent dans leur lodge et ne parlent pas anglais (ca nous suit partout !!! j’ai honte…).
Je lui dis que c’est une langue difficile mais pas insurmontable ; et qu’une fois rentre en France, je dirais aux francais de faire un effort en anglais lorsqu’il viendront au Nepal.
14 Octobre 2010

Phortse (3810m)
10eme jour dans le Solu Khumbu

Nous poursuivons notre redescente. Ma tete ne me fait presque plus mal.
Le voyage est rythme par des « Janga, one minute, please » (ce qu’on peut traduire par : « j’arrive plus a te suivre, on fait une pause ? ») ; et des « Janga, toilet » (ce qu’on peut traduire par : « j’ai la vessie qui se comprime a cause du froid, j’vais pisser au bord du ravin »).
Lorsqu’on fait une pause, j’ai a peine le temps de reprendre mon souffle que Janga commence deja a siffler ou a chantonner. Et quand il ne chantonne pas, il se regarde dans le miroir (un retroviseur de mobylette).
C’est calme, on entend pas un bruit. Et petit a petit, l’herbe rase laisse place a l’herbe haute, puis a la foret de sapin.
Plus de douleur a la tete. On respire bien a present.

C’est dans un lodge de la foret de Deboche que nous passons la nuit.

 

15 Octobre 2010

Debuche (3820m)
11eme jour dans le Solu Khumbu

Nous remontons legerement pour nous rendre dans le village de Tengboche (3860m).

 

Religion sherpas

La religion des sherpas
Les sherpas sont un peuple tres religieux, adepte du bouddhisme lamaiste (alors que la religion dominante au Nepal est l’hindouisme).
Les stupas, les monasteres, les drapeaux et moulins a prieres (cylindriques) sont presents partout. On trouve egalement des murettes ou les textes sont graves a-memes la pierre.

Belle recompense apres 11 jours dans le Solu Khumbu : j’ai la chance d’assister a une ceremonie de prieres bouddhiste dans le monastere de Tengboche, construit dans les annees 20, a l’initiative d’un celebre lama (qui, dit-on, utilisait la levitation pour se deplacer et transformait les chiens en tigres. A sa mort, il se serait change en arc-en-ciel…)

 

Monastere de Tengboche
Dans la cour du monastere
Moine bouddhiste se rendant a la priere

Je pensais que c’etait interdit pour les touristes et uniquement reserves aux lamas (moines bouddhistes). Par contre, interdiction formelle de prendre des photos a l’interieur, je n’ai que du texte a vous offrir :

Je me place dans un coin. 2 rangees de 5 ou 6 moines se font face, assis, clochette a la main, recitant des textes bouddhiques en prenant chacun une voix tres grave, dont on a l’impression qu’elle ne vient pas de leur emetteur.
Le rimpoche (« grand precieux ») est assis au milieu de la salle, entre les 2 rangees. Il est sureleve par rapport aux autres et recite lui aussi les dogmes bouddhiques, tout comme celui qui est debout, le seul : il porte une coiffe de plume en forme de crete et tient lui aussi une clochette a la main.
Ambiance sereine, les voix qui resonnent sont rythmee par le bruit de ses clochettes a chaque fin de verset.
Toutefois, un ou deux moines semblent distraient et me regardent tout en priant. C’est peut-etre mes cheveux en bataille qui les intrigue (eux qui ont tous le crane rase), a moins que ce ne soit ma barbe de 12 jours…
Ici, les lamas ne vivent pas reclus dans ce monastere (abritant une cinquantaine de moines). Certains suivent des etudes de lamas avant de retourner dans la vie laique.
C’est la grande difference qui existe entre ces « lamas de village » (la plupart maries et exercant des taches laiques) et les lamas de monastere recules, ayant prononce le voeu de chastete et consacrant leur temps a la priere.

Apres ce moment vraiment particulier au milieu des lamas, 1h ou 2h suffisent a rejoindre Khumjung ou nous passons la nuit.
16 Octobre 2010

Khumjung (3780m)
12eme jour dans le Solu Khumbu

Je pars de Khumjung. En chemin, nous nous arretons a l’Hotel Everest (l’un des seuls veritables hotels du Solu Khumbu).
Normalement, il y a ici une tres bonne vue sur l’Everest. Malheureusement, trop de brouillard ce matin.
Avant de partir de Khumjung, j’ai quand meme le temps de prendre une photo. J’ai bien mis Janga a contribution, mais impossible d’allumer les bougies a 3780m d’altitude. Vous m’excuserez…

2 mois !

 

Des bises a tous. On se retrouve au sommet !

11 réflexions au sujet de « Pourtant, que la montagne est belle »

  1. Grosse bise à Alex(sans ail).Je te lis avec assiduité.C’est un plaisir.Tu surprends ceux qui te connaissaient mal.Je pars 4 jours en Lozère.Je pensais faire à cette occasion un site comme toi,mais j’ai maintenant des complexes…Au revoir,toujours sans ail
    Claude

  2. Hey Hey! Cher Alex!

    Quel chemin parcouru! J’avais du retard dans les aventures! Quel plaisir de voyager avec toi grâce à tes écrits et photos!
    Ici, l’automne se manifeste! Froid et temps pluvieux sont bien (trop) présents! Heureusement, l’été va vite arriver pour nous… on part le 6 novembre à La Réunion!
    En France, c’est un peu la galère en ce moment avec ze grève qui dure… plus de train… plus d’amis pour nous rendre visite à Annecy! this is la France 😉

    Je pense bien fort à toi et t’embrasse! (Pierre-Jean, le sacré Elliot et Régis te saluent!!!)

    Profite bien et prend soin de toi Alex-dit-le-duc!

    Marie.

  3. Salut Alex,
    J’essaie de te suivre depuis le début, pas toujours très assidument mais je voyage toujours en te lisant !
    Bon courage pour la suite de cette belle aventure!
    Je pense à toi.
    Roxane

  4. Merci pour me dire bon anniversaire !
    Est-ce-que t’as bien vu les hommes qui croivent au yéti ? parce que papy il nous l’a dit…
    est-ce-que ça va bien là-bas ?
    au revoir tonton

  5. Toujours un grand plaisir à suivre votre aventure, les récits et photos me font réver, et je salue votre ténacité – bonne suite
    Les Daniels (le club de la passerel)

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